{"id":17714,"date":"2014-08-01T19:10:00","date_gmt":"2014-08-01T19:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=17714"},"modified":"2021-08-26T14:05:35","modified_gmt":"2021-08-26T12:05:35","slug":"hrw-libye-fouettes-battus-et-suspendus-a-des-arbres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2014\/08\/01\/hrw-libye-fouettes-battus-et-suspendus-a-des-arbres\/","title":{"rendered":"HRW | Libye: Fouett\u00e9s, battus et suspendus \u00e0 des arbres"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"node-subtitle\">Des migrants et des demandeurs d\u2019asile emprisonn\u00e9s rapportent des actes de torture et d\u2019autres abus en d\u00e9tention<\/h2>\n<h3>Dans des centres de d\u00e9tention de migrants contr\u00f4l\u00e9s par le gouvernement libyen, des gardiens ont tortur\u00e9 des migrants et des demandeurs d\u2019asile avec des chocs \u00e9lectriques, et leur ont inflig\u00e9 de violents passages \u00e0 tabac ainsi que d\u2019autres abus.<\/h3>\n<p><em><strong>Billet publi\u00e9 par Human Rights Watch (<a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">HRW<\/a>), le 22 juin 2014. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2014\/06\/22\/libye-fouettes-battus-et-suspendus-des-arbres\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour t\u00e9l\u00e9charger le rapport (en anglais).<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Human Rights Watch a publi\u00e9 les conclusions pr\u00e9liminaires de son enqu\u00eate men\u00e9e en avril 2014 et bas\u00e9e sur des entretiens avec 138 d\u00e9tenus, dont presque 100 ont rapport\u00e9 des actes de torture et d\u2019autres exactions. Les violations pr\u00e9sum\u00e9es, la surpopulation extr\u00eame, les conditions sanitaires d\u00e9plorables et l\u2019absence d\u2019acc\u00e8s \u00e0 des soins m\u00e9dicaux appropri\u00e9s dans huit des neuf centres visit\u00e9s par Human Rights Watch contreviennent aux obligations de la <a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/middle-eastn-africa\/libya\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Libye<\/a> de s\u2019abstenir de tout acte de torture ou autres traitements inhumains ou d\u00e9gradants.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Les d\u00e9tenus ont racont\u00e9 en d\u00e9tail la fa\u00e7on dont les gardiens imposaient des fouilles \u00e0 nu aux femmes et aux jeunes filles, et agressaient brutalement les hommes et les jeunes gar\u00e7ons<\/em>\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/bios\/gerry-simpson\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Gerry Simpson<\/a>, chercheur senior aupr\u00e8s de la division R\u00e9fugi\u00e9s. \u00ab\u00a0<em>La situation politique de la Libye est certes difficile, mais le gouvernement n\u2019a aucune excuse pour les tortures et autres violences d\u00e9plorables dont se rendent responsables les gardiens dans ces centres de d\u00e9tention<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chaque semaine, les garde-c\u00f4tes libyens, qui b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019aide de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) et de l\u2019Italie, interceptent ou secourent des centaines de migrants et de demandeurs d\u2019asile qui tentent de rejoindre l\u2019Italie \u00e0 bord des bateaux de passeurs ill\u00e9gaux. Dans l\u2019attente de leur expulsion pr\u00e9sum\u00e9e, ils les placent alors en d\u00e9tention, avec des milliers d\u2019autres personnes arr\u00eat\u00e9es en Libye pour \u00eatre entr\u00e9es dans le pays sans autorisation ou pour y \u00eatre demeur\u00e9es sans permis de s\u00e9jour valide.<\/p>\n<p>L\u2019UE et l\u2019Italie appuient \u00e9galement les centres de d\u00e9tention de la Libye, en r\u00e9habilitant certains d\u2019entre eux et en finan\u00e7ant des organisations non-gouvernementales libyennes ou internationales qui interviennent dans ces centres pour aider les d\u00e9tenus. L\u2019UE et l\u2019Italie se sont engag\u00e9es \u00e0 verser au moins 12 millions d\u2019euros \u00e0 ces centres dans les quatre prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019UE et l\u2019Italie devraient suspendre toute aide \u00e0 ces centres, qui sont g\u00e9r\u00e9s par le Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, tant que celui-ci n\u2019aura pas accept\u00e9 d\u2019enqu\u00eater sur les exactions et que la Mission d\u2019assistance des Nations Unies en Libye (MANUL) et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les R\u00e9fugi\u00e9s (<abbr class='c2c-text-hover' title='Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s'>HCR<\/abbr>) n\u2019auront pas v\u00e9rifi\u00e9 de fa\u00e7on ind\u00e9pendante que celles-ci ont pris fin, a affirm\u00e9\u00a0 Human Rights Watch.<\/p>\n<p>Dans le cas o\u00f9 un terme serait effectivement mis \u00e0 ces abus, l\u2019UE et l\u2019Italie devraient \u00e9galement obtenir un accord avec le Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur pour que les financements \u00e0 venir soient utilis\u00e9s pour am\u00e9liorer les conditions de d\u00e9tention et \u00e0 les mettre en conformit\u00e9 avec les normes minima internationales, et ce d\u2019ici la fin 2014. Si cette date limite n\u2019est pas respect\u00e9e, toute aide aux centres ne respectant pas ces normes devrait \u00eatre suspendue.<\/p>\n<p>Les r\u00e9v\u00e9lations sur les exactions affluent alors que le nombre de migrants et de demandeurs d\u2019asile qui s\u2019engagent dans la p\u00e9rilleuse travers\u00e9e maritime vers l\u2019UE, depuis la Libye, s\u2019appr\u00eate \u00e0 atteindre des niveaux record pour 2014. La marine italienne m\u00e8ne depuis octobre 2013 une vaste op\u00e9ration de sauvetage, connue sous le nom de Mare Nostrum, et a secouru des milliers de demandeurs d\u2019asile et de migrants embarqu\u00e9s dans des bateaux qui n\u2019\u00e9taient pas en \u00e9tat de naviguer. Le 17 juin, le Ministre italien de la D\u00e9fense a d\u00e9clar\u00e9 que lors du sommet de l\u2019UE des 26 et 27 juin, l\u2019Italie avait l\u2019intention de demander \u00e0 l\u2019Agence des fronti\u00e8res de l\u2019Union, Frontex, de reprendre les r\u00eanes de cette op\u00e9ration.<\/p>\n<p>Un nombre record de migrants et de demandeurs d\u2019asile ont r\u00e9cemment atteint l\u2019Italie depuis la Libye. Au cours des quatre premiers mois de l\u2019ann\u00e9e 2014, ce sont environ 42\u00a0000 personnes qui ont d\u00e9barqu\u00e9 en Italie, dont un peu moins de 27\u00a0000 venaient de Libye, selon l\u2019Agence europ\u00e9enne des fronti\u00e8res, Frontex. Le record d\u2019arriv\u00e9es en Italie et \u00e0 Malte en une ann\u00e9e, atteint en 2011, s\u2019\u00e9levait \u00e0 pr\u00e8s de 60\u00a0000 personnes selon Frontex.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a visit\u00e9 neuf centres de d\u00e9tention de migrants sur les 19 g\u00e9r\u00e9s par le \u00a0D\u00e9partement de lutte contre l\u2019immigration ill\u00e9gale du Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. Dans huit de ces centres, 93 d\u00e9tenus, parmi lesquels plusieurs jeunes gar\u00e7ons d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 14 ans, ont d\u00e9crit les agressions r\u00e9guli\u00e8res qu\u2019eux et d\u2019autres d\u00e9tenus avaient subies de la part des gardiens.<\/p>\n<p>Les migrants d\u00e9tenus ont racont\u00e9 comment des gardiens les avaient battus avec des barres de fer, des b\u00e2tons et des crosses de fusil, les avaient fouett\u00e9s avec des c\u00e2bles, des tuyaux et des fouets en caoutchouc fabriqu\u00e9s \u00e0 partir de pneus et de tubes de plastique, leur infligeant parfois de longues s\u00e9ries de coups sur la plante des pieds. Ils ont dit aussi que des gardiens les avaient br\u00fbl\u00e9s avec des cigarettes, leur avaient donn\u00e9 des coups de poing et des coups de pied au torse et \u00e0 la t\u00eate, et fait subir des chocs \u00e9lectriques. Dans l\u2019un des centres, cinq d\u00e9tenus ont racont\u00e9 que des gardiens les avaient suspendus \u00e0 un arbre la t\u00eate en bas avant de les fouetter.<\/p>\n<p>Les hommes comme les femmes ont affirm\u00e9 que des gardiens de sexe masculin leur avaient fait subir une fouille \u00e0 nu \u00e0 leur arriv\u00e9e au centre, et leur avaient impos\u00e9 des recherches corporelles pouss\u00e9es, y compris internes. Des d\u00e9tenus de quatre centres ont racont\u00e9 que des gardiens avaient menac\u00e9 de les abattre, ou avaient tir\u00e9 au-dessus de leur t\u00eate. D\u2019autres ont \u00e9galement rapport\u00e9 des violences verbales de la part des gardiens, et notamment des insultes raciales, des menaces, et des\u00a0 injures r\u00e9guli\u00e8res.<\/p>\n<p>Les violences persistantes commises par des gardiens dans les centres de d\u00e9tention sous contr\u00f4le gouvernemental, tout au moins officiellement, repr\u00e9sentent une violation des obligations internationales de la Libye, qui lui imposent de prot\u00e9ger toute personne sur son territoire contre les tortures et les traitements cruels, inhumains ou d\u00e9gradants.<\/p>\n<p>L\u2019interdiction absolue de la torture et des autres traitements cruels, inhumains ou d\u00e9gradants dans le droit international est \u00e9nonc\u00e9e dans la Convention des Nations Unies contre la torture (CCT) et dans le Pacte international des droits civils et politiques (PIDCP), des trait\u00e9s qui engagent la Libye. Ces deux textes d\u00e9finissent la torture en int\u00e9grant tout acte par lequel une douleur aigu\u00eb ou des souffrances intenses sont inflig\u00e9es d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment par une personne d\u00e9tentrice de l\u2019autorit\u00e9 publique, \u00e0 des fins d\u2019intimidation ou de coercition. Le rapporteur sp\u00e9cial sur la torture a consid\u00e9r\u00e9 l\u2019administration de chocs \u00e9lectriques ou de coups violents comme une forme de torture, de m\u00eame que le Comit\u00e9 des droits de l\u2019Homme.<\/p>\n<p>Aucun des d\u00e9tenus interrog\u00e9s par Human Rights Watch n\u2019avait \u00e9t\u00e9, selon leurs dires, pr\u00e9sent\u00e9 au tribunal ou n\u2019avait eu l\u2019occasion de contester la d\u00e9cision de placement en d\u00e9tention et d\u2019expulsion. La d\u00e9tention prolong\u00e9e sans acc\u00e8s au contr\u00f4le judiciaire est synonyme de d\u00e9tention arbitraire, et le droit international l\u2019interdit.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Dans chacun de ces centres, les d\u00e9tenus se sont pr\u00e9sent\u00e9s en nombre pour parler de la peur quotidienne dans laquelle ils vivent, se demandant en permanence quand ils recevront les prochains coups, ou seront fouett\u00e9s<\/em>, \u00bb a affirm\u00e9 Gerry Simpson. \u00ab\u00a0<em>Les autorit\u00e9s ont ferm\u00e9 les yeux sur ces terribles abus, et ont cr\u00e9\u00e9 une culture d\u2019impunit\u00e9 totale pour les violations commises \u00e0 l\u2019encontre des migrants et des demandeurs d\u2019asile<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Human Rights Watch a \u00e9galement rassembl\u00e9 des informations sur la grave surpopulation qui affecte les neufs centres visit\u00e9s, et les conditions sanitaires dramatiquement mauvaises dans huit de ces derniers. Dans certains de ces centres, les chercheurs de Human Rights Watch ont vu jusqu\u2019\u00e0 60 hommes et jeunes gar\u00e7ons entass\u00e9s dans des espaces qui atteignaient parfois tout juste 30 m\u00e8tres carr\u00e9s. Dans d\u2019autres endroits, des centaines de d\u00e9tenus d\u00e9bordaient de l\u2019int\u00e9rieur des pi\u00e8ces jusque dans les \u00e9troits couloirs \u2013 parfois inond\u00e9s par des toilettes bouch\u00e9es \u2013 pour utiliser le moindre centim\u00e8tre carr\u00e9 d\u2019espace.<\/p>\n<p>Les d\u00e9tenus qui avaient besoin de traitements m\u00e9dicaux ont affirm\u00e9 que les gardiens avaient refus\u00e9 de les transf\u00e9rer vers un h\u00f4pital ou une clinique, ou qu\u2019ils n\u2019avaient pas re\u00e7u les soins n\u00e9cessaires au sein du centre de d\u00e9tention. Certains membres du personnel des centres ont dit \u00e0 Human Rights Watch n\u2019avoir pas les moyens suffisants pour assurer aux d\u00e9tenus, et notamment aux femmes et aux enfants, des soins ad\u00e9quats, ni les moyens de les transf\u00e9rer vers un h\u00f4pital pour des soins sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>L\u2019UE et les autres bailleurs de fonds devraient signifier clairement aux autorit\u00e9s libyennes qu\u2019ils ne continueront pas \u00e0 aider les centres de d\u00e9tention o\u00f9 les gardiens infligent des abus aux migrants et aux demandeurs d\u2019asile en toute impunit\u00e9<\/em>,\u00a0\u00bb a affirm\u00e9 Gerry Simpson. \u00ab\u00a0<em>Les bailleurs devraient insister sur la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre un terme aux exactions et d\u2019am\u00e9liorer les conditions de d\u00e9tention avant que l\u2019aide n\u2019afflue \u00e0 nouveau.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Human Rights Watch publiera un rapport complet sur ses conclusions relatives aux abus et aux conditions de d\u00e9tention dans ces centres.<\/p>\n<p><strong>Recommandations<\/strong><br \/>\nLe D\u00e9partement de lutte contre l\u2019immigration ill\u00e9gale du Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur libyen devrait imm\u00e9diatement fermer les centres de d\u00e9tention de Soroman et de Tomena. Sur les neuf centres visit\u00e9s, c\u2019est l\u00e0 que les d\u00e9tenus sont confront\u00e9s aux violences les plus graves et aux conditions de d\u00e9tention les plus difficiles, en partie \u00e0 cause de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9labrement et de la petite taille des b\u00e2timents, associ\u00e9s \u00e0 une surpopulation massive. Les autorit\u00e9s devraient transf\u00e9rer les d\u00e9tenus de ce centre vers d\u2019autres lieux de d\u00e9tention, tels que le centre de d\u00e9tention des migrants d\u2019Abu Saleem \u2013 qui est distinct de la prison d\u2019Abu Saleem \u2013 \u00e0 Tripoli, qui dispose de bien davantage d\u2019espace.<\/p>\n<p>En accord avec leurs obligations l\u00e9gales internationales concernant tous les migrants et demandeurs d\u2019asile d\u00e9tenus en Libye, les autorit\u00e9s devraient soit faire quitter le pays sans d\u00e9lais \u00e0 tous les d\u00e9tenus s\u2019il est \u00e9tabli qu\u2019ils s\u2019y trouvaient de fa\u00e7on ill\u00e9gale, soit les rel\u00e2cher s\u2019ils souhaitent demander l\u2019asile aupr\u00e8s de l\u2019agence des r\u00e9fugi\u00e9s des Nations Unies, le HCR.<\/p>\n<p>Le gouvernement devrait proclamer l\u2019interdiction pour les gardiens de faire usage de violence sur les d\u00e9tenus, diffuser des instructions \u00e0 ces derniers en ce qui concerne les proc\u00e9dures de fouilles des prisonniers, et notamment le fait de recourir \u00e0 des gardiennes pour fouiller les d\u00e9tenues de sexe f\u00e9minin quand c\u2019est possible. Il devrait \u00e9galement suspendre et punir ceux dont on sait qu\u2019ils ont commis des violences.<\/p>\n<p>Le gouvernement devrait \u00e9galement travailler avec l\u2019UE, l\u2019Italie et les agences internationales qui op\u00e8rent dans les centres \u2013 parmi lesquelles la Mission d\u2019Assistance des Nations Unies en Libye (MANUL), le HCR, l\u2019Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) et le Comit\u00e9 International de la Croix Rouge (CICR) \u2013 pour d\u00e9terminer l\u2019aide dont le gouvernement a besoin pour mettre les centres en conformit\u00e9 avec les normes minima relatives \u00e0 la d\u00e9tention, selon les termes de l\u2019Ensemble de r\u00e8gles minima pour le traitement des d\u00e9tenus des Nations Unies.<\/p>\n<p>Ces derni\u00e8res imposent entre autres une limitation du nombre de personnes d\u00e9tenues dans une m\u00eame pi\u00e8ce, selon la taille de celle-ci, des am\u00e9nagements adapt\u00e9s pour dormir, des \u00e9quipements d\u2019hygi\u00e8ne personnel ad\u00e9quats, des v\u00eatements et de la literie, une nourriture correcte et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des services m\u00e9dicaux.<\/p>\n<p>L\u2019UE et l\u2019Italie devraient imm\u00e9diatement suspendre toute aide aux centres tant qu\u2019il n\u2019est pas clairement \u00e9tabli que les violations ont cess\u00e9. Pour remplir cet objectif, le Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur doit prendre un certain nombre de mesures, et notamment enqu\u00eater sur les abus, poursuivre les responsables, et donner son accord sur un m\u00e9canisme de contr\u00f4le. Dans le cadre de ce m\u00e9canisme de contr\u00f4le, la Mission des NU et le HCR devraient se voir accorder l\u2019acc\u00e8s sans restrictions \u00e0 tous les centres de d\u00e9tention de migrants, et rendre compte publiquement de l\u2019arr\u00eat ou de la poursuite des violations.<\/p>\n<p>L\u2019UE et l\u2019Italie devraient \u00e9galement informer le Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur de la suspension de toute aide future \u00e0 tout centre de d\u00e9tention qui ne respecterait pas les normes minima de la d\u00e9tention d\u2019ici \u00e0 la fin 2014.<\/p>\n<p><strong>Visites de Human Rights Watch aux centres de d\u00e9tention<\/strong><br \/>\nA la mi-avril, le D\u00e9partement de lutte contre l\u2019immigration ill\u00e9gale a autoris\u00e9 Human Rights Watch \u00e0 acc\u00e9der sans restrictions \u00e0 l\u2019ensemble des 19 centres de d\u00e9tention de migrants officiels de la Libye, et a permis \u00e0 ses chercheurs de s\u2019entretenir avec les d\u00e9tenus de fa\u00e7on confidentielle. L\u2019agence affirme que les centres d\u00e9tiennent entre 1 000 et 6 000 personnes selon les moments, en fonction du nombre de personnes appr\u00e9hend\u00e9es, rel\u00e2ch\u00e9es et expuls\u00e9es.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a visit\u00e9 neuf de ces centres \u2013 deux pour les femmes, les jeunes filles et les jeunes gar\u00e7ons, et sept r\u00e9serv\u00e9s aux hommes et aux gar\u00e7ons plus \u00e2g\u00e9s \u2013 et s\u2019est entretenu avec 138 d\u00e9tenus au sujet des probl\u00e8mes auxquels ils \u00e9taient confront\u00e9s en d\u00e9tention. Dans huit centres \u2013 Burshada et al-Hamra, pr\u00e8s de Gharayan; al-Khums, \u00e0 100 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019est de Tripoli; Zliten, et Tomena, pr\u00e8s de Misrata; abu-Saleem et Tuweisha \u00e0 Tripoli; et Soroman, \u00e0 60 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019ouest de Tripoli \u2013 les d\u00e9tenus ont \u00e9voqu\u00e9 de graves abus commis par des gardiens. Certains entretiens ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s en groupes, et d\u2019autres en priv\u00e9, de fa\u00e7on confidentielle.<\/p>\n<p>Les infrastructures utilis\u00e9es pour emprisonner les migrants incluent des conteneurs de transport maritime, d\u2019anciens centres v\u00e9t\u00e9rinaires et des bureaux inutilis\u00e9s appartenant au gouvernement, et sont des lieux inadapt\u00e9s \u00e0 la d\u00e9tention de personnes, m\u00eame pour de courtes p\u00e9riodes. Des dizaines de d\u00e9tenus ont racont\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch avoir pass\u00e9 des mois confin\u00e9s 24 heures sur 24 dans une pi\u00e8ce ou un conteneur.<br \/>\nQuand Human Rights Watch a discut\u00e9 de ses conclusions relatives aux abus commis dans les centres de d\u00e9tention de migrants avec des responsables du D\u00e9partement de l\u2019immigration, le 29 avril, ces derniers ont affirm\u00e9 qu\u2019aucune autre organisation n\u2019avait jamais signal\u00e9 de telles violations aux autorit\u00e9s. Le HCR a cependant dit \u00e0 Human Rights Watch avoir alert\u00e9 quelques fois les autorit\u00e9s au sujet de certains gardiens violents. Selon l\u2019agence, le Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur interdit depuis mars 2013 aux organisations qui travaillent r\u00e9guli\u00e8rement dans les centres de mener des entretiens priv\u00e9s avec les d\u00e9tenus, ce que le Minist\u00e8re a confirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch. Le HCR affirme cependant que certains directeurs et gardiens ont continu\u00e9 \u00e0 permettre aux membres de son \u00e9quipe de mener de tels entretiens.<\/p>\n<p>Dans un <a href=\"http:\/\/www.amnesty.org\/en\/library\/asset\/MDE19\/007\/2013\/en\/5310f0f7-1ff4-4acd-bfd8-e3e2c082d7d3\/mde190072013en.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">rapport<\/a> publi\u00e9 en juin 2013, Amnesty International a rassembl\u00e9 des informations sur plusieurs cas de violences commises par des gardiens dans trois centres de d\u00e9tention de migrants, l\u2019un dans la ville de Sabha et deux autres dans des lieux ind\u00e9termin\u00e9s. Les responsables du D\u00e9partement de l\u2019immigration ont dit \u00e0 Human Rights Watch ne pas avoir lu ce rapport d\u2019Amnesty International.<\/p>\n<p><strong>Conditions de d\u00e9tention en Libye, politiques d\u2019expulsion <\/strong><br \/>\nLa Libye attire depuis longtemps les migrants et demandeurs d\u2019asile qui aspirent \u00e0 y travailler, ou esp\u00e8rent trouver un emploi et une protection en Europe. En avril 2014, selon ce que le Minist\u00e8re du travail libyen a dit \u00e0 Human Rights Watch, \u00a0le nombre de migrants sans papiers dans le pays pouvait s\u2019\u00e9lever \u00e0 pr\u00e8s de trois millions.<br \/>\nEn mai 2013, l\u2019UE a cr\u00e9\u00e9 la Mission de l\u2019Union europ\u00e9enne d\u2019Assistance aux fronti\u00e8res (European Union Border Assistance Mission \u2013 EUBAM) en Libye pour \u00ab<em>\u00a0aider les autorit\u00e9s libyennes \u00e0 am\u00e9liorer et d\u00e9velopper la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res du pays.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un responsable de l\u2019EUBAM en Libye a expliqu\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que parmi les missions de l\u2019organisme figurait la formation des garde-c\u00f4tes libyens aux techniques de gestion du contr\u00f4le des fronti\u00e8res. L\u2019Ambassade italienne en Libye a \u00e9galement d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que l\u2019Italie apportait un soutien logistique aux garde-c\u00f4tes libyens, notamment en finan\u00e7ant la r\u00e9paration des bateaux de patrouille.<\/p>\n<p>Quand des citoyens \u00e9trangers sans papiers sont plac\u00e9s en d\u00e9tention, la Libye ne fait aucune distinction entre ceux qui cherchent du travail en Libye ou dans l\u2019UE, et les demandeurs d\u2019asile qui fuient des pers\u00e9cutions et d\u2019autres exactions dans leurs pays. La Libye n\u2019a pas ratifi\u00e9 la Convention sur les R\u00e9fugi\u00e9s de 1951 et n\u2019a pas de droit d\u2019asile propre ou de proc\u00e9dures en la mati\u00e8re. Le HCR en Libye ne dispose pas d\u2019un protocole d\u2019entente official pour encadrer sa pr\u00e9sence et ses op\u00e9rations en Libye. La Libye a ratifi\u00e9 la Convention r\u00e9gissant les aspects propres aux probl\u00e8mes des r\u00e9fugi\u00e9s en Afrique.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s libyennes ont affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que ni les Erythr\u00e9ens, ni les Somaliens n\u2019\u00e9taient d\u00e9port\u00e9s vers leurs pays d\u2019origine, reconnaissant les violations g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es des droits humains en Erythr\u00e9e et le conflit en cours en Somalie. Pourtant, les d\u00e9tenus \u00e9rythr\u00e9ens et somaliens qui ne b\u00e9n\u00e9ficient pas d\u2019autres proc\u00e9dures informelles de lib\u00e9ration croupissent pendant des mois en d\u00e9tention \u2013 et parfois pendant plus d\u2019un an \u2013, selon les responsables libyens de l\u2019immigration, le HCR et l\u2019Organisation Internationale pour les Migrations.<\/p>\n<p>Si le HCR recense un certain nombre de demandeurs d\u2019asile qui vivent dans les zones urbaines de la Libye, les autorit\u00e9s n\u2019ont plus enregistr\u00e9 aucun demandeur d\u2019asile depuis juin 2013, selon ce que l\u2019agence des Nations Unies a affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch. Les autorit\u00e9s libyennes devraient permettre imm\u00e9diatement au HCR de reprendre l\u2019enregistrement de toutes les personnes souhaitant demander l\u2019asile en Libye, et mettre un terme \u00e0 la d\u00e9tention prolong\u00e9e automatique pour les demandeurs d\u2019asile.<\/p>\n<p>Les Principes Directeurs du HCR sur la D\u00e9tention, d\u00e9riv\u00e9s du droit international, affirment que les autorit\u00e9s gouvernementales ne devraient placer en d\u00e9tention les demandeurs d\u2019asile qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0<em>en dernier ressort<\/em>\u00a0\u00bb, et comme une mesure qui doit \u00eatre strictement n\u00e9cessaire et proportionn\u00e9e dans le but d\u2019atteindre un objectif juridique l\u00e9gitime. Elles ne devraient pas emprisonner les demandeurs d\u2019asile uniquement pour les expulser. La d\u00e9tention n\u2019est autoris\u00e9e que pour une p\u00e9riode br\u00e8ve, afin de d\u00e9terminer l\u2019identit\u00e9 d\u2019une personne, ou pour une dur\u00e9e plus longue si c\u2019est le seul moyen d\u2019atteindre des objectifs plus larges, comme par exemple prot\u00e9ger la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou la sant\u00e9 publique.<\/p>\n<p>La Libye est \u00e9galement partie \u00e0 la Convention relative aux droits de l\u2019enfant, qui affirme que les enfants ne peuvent \u00eatre emprisonn\u00e9s que \u00ab\u00a0<em>comme mesure de dernier ressort et d\u2019une dur\u00e9e aussi br\u00e8ve que possible<\/em>.\u00a0\u00bb Le comit\u00e9 des NU qui interpr\u00e8te la Convention affirme que les enfants ne doivent pas \u00eatre rendus p\u00e9nalement responsables pour des raisons li\u00e9es \u00e0 leur statut d\u2019immigrant ou \u00e0 leur entr\u00e9e ill\u00e9gale sur le territoire, et que les pays ne devraient emprisonner aucun enfant sur la base de son statut d\u2019immigrant.<\/p>\n<p>Les responsables de l\u2019agence de l\u2019immigration libyenne ont admis aupr\u00e8s de Human Rights Watch que les migrants et les demandeurs d\u2019asile expuls\u00e9s de Libye pouvaient facilement rentrer \u00e0 nouveau dans le pays par la fronti\u00e8re sud, une zone ouverte de 1 000 km de long, point d\u2019ailleurs soulign\u00e9 par les d\u00e9tenus eux-m\u00eames au cours des entretiens.<\/p>\n<p><strong>T\u00e9moignages d\u2019abus commis en d\u00e9tention<\/strong><br \/>\nLes gardiens sont tellement violents ici. En novembre [2013], des gens ont essay\u00e9 de s\u2019\u00e9vader. Ils les ont rattrap\u00e9s. Puis ils ont puni tous les d\u00e9tenus qui \u00e9taient dans un des conteneurs [de transport maritime]. J\u2019ai vu tout ce qui s\u2019est pass\u00e9. Ils les ont fait sortir, leur ont enlev\u00e9 leur chemise, les ont asperg\u00e9 d\u2019eau partout, et ensuite ils leur ont fouett\u00e9 le dos et la t\u00eate avec du caoutchouc, pendant environ une demi-heure. Ils \u00e9taient tous en train de vomir tellement ils avaient mal. D\u2019autres fois, les gardiens disaient qu\u2019ils allaient abattre des gens s\u2019ils refusaient de sortir les pieds par les barreaux \u00e0 l\u2019avant du conteneur, et puis ils les frappaient.<br \/>\n<em>\u2013 Homme \u00e9rythr\u00e9en de 33 ans, au centre de d\u00e9tention de migrants al-Hamra, o\u00f9 les prisonniers sont d\u00e9tenus dans des conteneurs maritimes. <\/em><br \/>\nDepuis que je suis arriv\u00e9 ici [en 2014], les gardiens m\u2019ont agress\u00e9 deux fois. Ils m\u2019ont fouett\u00e9 avec un c\u00e2ble en m\u00e9tal et m\u2019ont frapp\u00e9 et donn\u00e9 des coups de poing sur tout le corps. Je les ai aussi vus suspendre quatre ou cinq personnes la t\u00eate en bas aux arbres qui sont devant l\u2019entr\u00e9e, et les frapper et les fouetter au niveau des pieds et du ventre. Et il y a une semaine [mi-avril 2014], je les ai vus agresser un homme \u00e9gyptien qui \u00e9tait l\u00e0 depuis trois mois et qui souffrait de troubles mentaux. Ils lui ont donn\u00e9 des coups de pied \u00e0 la t\u00eate et lui ont cass\u00e9 une dent.<\/p>\n<p><em>\u2013 Homme somalien de 27 ans,<\/em> <em>centre de d\u00e9tention de migrants de Tomeina <\/em><br \/>\nQuand quelqu\u2019un fait quelque chose qui ne plait pas aux gardiens, ils arrivent, hurlent et le frappent avec des b\u00e2tons. Quand je suis arriv\u00e9e ici, les gardiens nous ont mis [23 femmes] dans une pi\u00e8ce, nous ont demand\u00e9 de retirer nos v\u00eatements et ensuite ils ont mis leurs doigts dans nos vagins.<br \/>\n\u2013 <em>Femme \u00e9rythr\u00e9enne de 21 ans, sur la fa\u00e7on dont les gardiens du centre de d\u00e9tention de migrants l\u2019ont trait\u00e9e \u00e0 son arriv\u00e9e en f\u00e9vrier 2014<\/em><\/p>\n<p><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans des centres de d\u00e9tention de migrants contr\u00f4l\u00e9s par le gouvernement libyen, des gardiens ont tortur\u00e9 des migrants et des demandeurs d\u2019asile avec des chocs \u00e9lectriques, et leur ont inflig\u00e9 de violents passages \u00e0 tabac ainsi que d\u2019autres abus.<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[155,162],"tags":[476,1159],"ve_numero":[],"pays":[366],"ve_type":[1073],"ve_action":[1050],"class_list":["post-17714","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-documentation","category-publications","tag-detention-administrative","tag-documentation","pays-libye","ve_type-rapport-recherche","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17714","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17714"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17714\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17714"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17714"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17714"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=17714"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=17714"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=17714"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=17714"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}