{"id":18242,"date":"2014-09-24T16:22:41","date_gmt":"2014-09-24T14:22:41","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=18242"},"modified":"2021-08-26T14:05:20","modified_gmt":"2021-08-26T12:05:20","slug":"swissinfo-erythree-lexode-de-ceux-qui-nont-plus-rien-a-perdre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2014\/09\/24\/swissinfo-erythree-lexode-de-ceux-qui-nont-plus-rien-a-perdre\/","title":{"rendered":"Swissinfo | Eritrea: The Exodus of Those With Nothing Left to Lose"},"content":{"rendered":"<p><em>Premi\u00e8re partie d&rsquo;un\u00a0reportage en Ethiopie r\u00e9alis\u00e9 par Stefania Summermatter,\u00a0dans le cadre d\u2019<a href=\"http:\/\/eqda.ch\/site\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">En Qu\u00eate d\u2019Ailleurs (eqda)<\/a>, un projet d\u2019\u00e9changes entre journalistes suisses et des pays en voie de d\u00e9veloppement. Pour <a href=\"http:\/\/www.swissinfo.ch\/fre\/erythr\u00e9e--l-exode-de-ceux-qui-n-ont-plus-rien-\u00e0-perdre\/40630800#\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">lire l&rsquo;article sur le site de Swissinfo, cliquer ici<\/a>. Vous y\u00a0trouverez \u00e9galement un reportage\u00a0photo.<\/em><\/p>\n<p>16.09.2014<\/p>\n<h3>Fuyant le r\u00e9gime d\u2019Isaias Afewerki, des milliers de jeunes Erythr\u00e9ens d\u00e9fient chaque mois les tireurs d\u2019\u00e9lite et passent la fronti\u00e8re avec l\u2019Ethiopie. Ici commence le voyage vers l\u2019Europe.\u00a0Des camps de r\u00e9fugi\u00e9s du Nord aux faubourgs d\u2019Addis Abeba, il y a ceux qui se pr\u00e9parent \u00e0 traverser le d\u00e9sert et la M\u00e9diterran\u00e9e et ceux qui attendent depuis des ann\u00e9es un billet pour la Suisse. swissinfo.ch est all\u00e9 \u00e0 leur rencontre.<\/h3>\n<p>Mebrathon nous a donn\u00e9 rendez-vous dans un parc \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de la ville. Le taxi se fraie un passage entre les ouvriers des chantiers et les mendiants qui tendent la main pour quelques birr, la monnaie locale.<\/p>\n<p>Avec ses plus de trois millions d\u2019habitants, Addis Abeba est en proie \u00e0 la fi\u00e8vre de l\u2019immobilier: les vieux quartiers font place aux h\u00f4tels, aux immeubles r\u00e9sidentiels et aux grands magasins. Au c\u0153ur de la capitale \u00e9thiopienne, \u00e0 2330 m\u00e8tres au-dessus du niveau de la mer, s\u2019incarne l\u2019ambition de d\u00e9veloppement d\u2019un pays entier, dont 30% des habitants vivent encore en-dessous du seuil de pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>Mais pour les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9rythr\u00e9ens, Addis est avant tout une ville \u00e9trang\u00e8re, parfois hostile, un lieu de passage et d\u2019attente. Le t\u00e9l\u00e9phone sonne: c\u2019est Mebrathon. \u00abJe pr\u00e9f\u00e8re qu\u2019on se voie dans un parking. Il y a trop de gens ici, je ne me sens pas en s\u00e9curit\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>D\u2019origine \u00e9rythr\u00e9enne, Mebrathon a 39 ans et le regard perdu. Il parle \u00e0 voix basse. \u00abJe suis arriv\u00e9 en Ethiopie il y a un an et demi, mais apr\u00e8s-demain, je pars. Je n\u2019en peux plus de rester ici \u00e0 me tourner les pouces\u00bb. Il a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9 son sac: une paire de jeans et un t-shirt, une bible et quelques sous. Un passeur l\u2019emm\u00e8nera au Soudan, puis un autre en Libye. De l\u00e0, il attendra un bateau pour traverser la mer et rejoindre l\u2019Italie. Le voyage prendra des mois.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-18247\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/rtemigratoire.jpg\" alt=\"rtemigratoire\" width=\"681\" height=\"752\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/rtemigratoire.jpg 681w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/rtemigratoire-272x300.jpg 272w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/rtemigratoire-136x150.jpg 136w\" sizes=\"auto, (max-width: 681px) 100vw, 681px\" \/><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/centredetention.tiff\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-18243\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/centredetention.tiff\" alt=\"centredetention\" width=\"1\" height=\"1\" \/><\/a><\/p>\n<h4>Un peuple entier aux travaux forc\u00e9s<\/h4>\n<p>Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s (<abbr class='c2c-text-hover' title='Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s'>HCR<\/abbr>), ce sont plus de 4000 Erythr\u00e9ens qui passent chaque mois clandestinement les fronti\u00e8res avec l\u2019Ethiopie ou avec le Soudan pour fuir le r\u00e9gime totalitaire d\u2019Isaias Afewerki. Le premier et unique pr\u00e9sident de l\u2019Erythr\u00e9e ind\u00e9pendante a militaris\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9, avec la rh\u00e9torique d\u2019une situation de \u00abni guerre ni paix\u00bb avec l\u2019Ethiopie.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-18246\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/raisons.jpg\" alt=\"raisons\" width=\"314\" height=\"363\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/raisons.jpg 314w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/raisons-260x300.jpg 260w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/raisons-130x150.jpg 130w\" sizes=\"auto, (max-width: 314px) 100vw, 314px\" \/><\/p>\n<p>Tous les citoyens, hommes et femmes, doivent servir dans l\u2019arm\u00e9e ou dans une entreprise d\u2019Etat pour une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e, comme des travailleurs forc\u00e9s. Les fugitifs et les d\u00e9serteurs sont consid\u00e9r\u00e9s comme des ennemis du peuple. Ceux qui sont pris le payent par la prison et parfois par la vie. Le Rapport 2013 d\u2019Amnesty International sur cette dictature oubli\u00e9e de l\u2019Occident est tr\u00e8s clair.<\/p>\n<p>Mebrathon a \u00e9t\u00e9 enr\u00f4l\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e \u00e0 16 ans. \u00abAu d\u00e9but, j\u2019\u00e9tais de garde sur la fronti\u00e8re avec l\u2019Ethiopie. Nous avions l\u2019ordre de tirer sur quiconque tentait de passer. J\u2019ai travaill\u00e9 jour et nuit pour un salaire de 450 naktfa, soit environ 30 dollars\u00bb. La premi\u00e8re fois qu\u2019il a cherch\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9chapper, il avait un peu plus de 30 ans. Mais les soldats l\u2019ont pris, mis dans une cellule souterraine et tortur\u00e9. Mebrathon allume une cigarette et l\u2019on peut voir que ses poignets portent encore la marque des menottes.<\/p>\n<p>Sa seconde fugue l\u2019am\u00e8ne \u00e0 Asmara, sa ville natale, o\u00f9 il se terre trois ans dans la clandestinit\u00e9. \u00abJe ne dormais jamais deux nuits au m\u00eame endroit. Je travaillais comme serveur, avec de faux papiers. Mais quand l\u2019arm\u00e9e a commenc\u00e9 \u00e0 interroger ma famille et que la ville a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement militaris\u00e9e, il \u00e9tait devenu trop dangereux de se cacher et j\u2019ai cherch\u00e9 un passeur pour aller en Ethiopie\u00bb. La travers\u00e9e lui a co\u00fbt\u00e9 2000 dollars, envoy\u00e9s par sa s\u0153ur des Etats-Unis, pour 18 heures de marche entre postes de contr\u00f4le et snipers embusqu\u00e9s.<\/p>\n<h4><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-18245\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/centredetention.jpg\" alt=\"centredetention\" width=\"651\" height=\"592\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/centredetention.jpg 651w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/centredetention-300x273.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/centredetention-150x136.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 651px) 100vw, 651px\" \/><\/h4>\n<h4>Un camp sous le soleil<\/h4>\n<p>D\u2019Addis Abeba, nous nous rendons dans le nord, dans la r\u00e9gion historique du Tigr\u00e9. Nous sommes \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re, qui a \u00e9t\u00e9 en 1998 le th\u00e9\u00e2tre du conflit entre l\u2019Ethiopie et l\u2019Erythr\u00e9e. Sur cette terre semi-aride, o\u00f9 le soleil ne laisse aucun r\u00e9pit, les r\u00e9fugi\u00e9s trouvent un premier asile, temporaire. Une fois pass\u00e9e la fronti\u00e8re, l\u2019arm\u00e9e \u00e9thiopienne les accompagne jusqu\u2019au centre d\u2019enregistrement d\u2019Endabaguna.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-18248\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/premiereetape.jpg\" alt=\"premiereetape\" width=\"315\" height=\"317\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/premiereetape.jpg 315w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/premiereetape-298x300.jpg 298w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/premiereetape-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 315px) 100vw, 315px\" \/><\/p>\n<p>Avec plus de 620&rsquo;000 r\u00e9fugi\u00e9s recens\u00e9s, dont 100&rsquo;000 Erythr\u00e9ens, l\u2019Ethiopie applique une politique migratoire des \u00abportes ouvertes\u00bb, explique Michael Owor, responsable de la section du Tigr\u00e9 du HCR: \u00abOn ne renvoie personne\u00bb. Politique certes g\u00e9n\u00e9reuse, mais qui se heurte \u00e0 la machine bureaucratique et polici\u00e8re de l\u2019Etat \u00e9thiopien, aux manques de moyens et aux restrictions impos\u00e9es aux Organisations non gouvernementales, pratiquement absentes des camps du nord.<\/p>\n<p>Nous arrivons \u00e0 Endabaguna \u00e0 l\u2019heure du repas. A peine entr\u00e9s, nous sommes pris en charge par les autorit\u00e9s, qui g\u00e8rent les camps. Pas de photos, pas d\u2019interviews avec des r\u00e9fugi\u00e9s, nous ne sommes pas particuli\u00e8rement les bienvenus. Plusieurs centaines d\u2019Erythr\u00e9ens sont assis sous un dais, attendant leur ration de nourriture. Le centre n\u2019a pas de vraies structures d\u2019accueil, les r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019y resteront en principe que quelques heures, le temps d\u2019une premi\u00e8re audition. Mais les camps sont pleins, et parfois, ils devront y passer des semaines.<\/p>\n<p>Un peu plus loin, dans un b\u00e2timent jamais fini, qui n\u2019est plus qu\u2019une structure de briques nue, un jeune gar\u00e7on dort \u00e0 m\u00eame le sol. Il a pass\u00e9 la fronti\u00e8re seul, il y a quelques jours. Ce n\u2019est pas un cas isol\u00e9: depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, le HCR enregistre une forte augmentation des mineurs non accompagn\u00e9s, en Ethiopie comme au Soudan.<\/p>\n<h4>Entre soif d\u2019eau et soif de vie<\/h4>\n<p>Suivant la route des migrants, nous nous dirigeons vers le camp de Hitsats, ouvert l\u2019an dernier. C\u2019est ici que l\u2019on am\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ralement les nouveaux arrivants. La route de terre serpente dans la montagne, puis redescend pour traverser des villages aux cases faites de rondins de bois.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-18249\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/prixduvoyage.jpg\" alt=\"prixduvoyage\" width=\"320\" height=\"463\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/prixduvoyage.jpg 320w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/prixduvoyage-207x300.jpg 207w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/prixduvoyage-104x150.jpg 104w\" sizes=\"auto, (max-width: 320px) 100vw, 320px\" \/><\/p>\n<p>Avec une population de quelque 20&rsquo;000 personnes, Hitsats pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une petite ville. Mais si les autres camps ont au moins quelques structures &#8211; un dispensaire, une \u00e9cole, un petit magasin -,ici, ce minimum fait simplement d\u00e9faut. \u00abParfois, il n&rsquo;y a pas assez d&rsquo;eau potable et d&rsquo;\u00e9nergie pour tout le monde. La r\u00e9gion est pauvre en ressources naturelles et il faut les partager entre les r\u00e9fugi\u00e9s et les communaut\u00e9s locales. Les moyens financiers manquent pour offrir une r\u00e9ponse ad\u00e9quate\u00bb, d\u00e9plore Michael Owor.<\/p>\n<p>A l\u2019abri des regards indiscrets, Danait nous emm\u00e8ne dans sa tente, qu\u2019elle partage avec une dizaine de r\u00e9fugi\u00e9s, hommes compris. Assise sur son matelas, elle raconte son quotidien monotone, en agitant continuellement sa jambe, dans des tremblements de nervosit\u00e9. \u00abDans les camps, nous sommes comme des v\u00e9g\u00e9taux. Nous nous levons d\u00e8s que le soleil commence \u00e0 poindre, nous prenons le petit-d\u00e9jeuner et nous restons assis \u00e0 parler de notre avenir. Toujours les m\u00eames questions, les m\u00eames histoires. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons nous promener au village, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019heure du souper. Puis, nous attendons de dormir, un \u0153il toujours ouvert\u00bb.<\/p>\n<p>Avec son l\u00e9ger accent lombard, Danait a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole italienne d\u2019Asmara et a re\u00e7u une bourse pour aller \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Rome. Mais obtenir un visa de sortie d\u2019Erythr\u00e9e est impossible quand on est jeunes, en bonne sant\u00e9 et apte au service militaire. Elle a donc aussi rev\u00eatu l\u2019uniforme. Comme tous les adolescents \u00e9rythr\u00e9ens, Danait a fait sa derni\u00e8re ann\u00e9e d\u2019\u00e9cole au Centre de formation militaire de Sawa, entre crayons et fusils. Puis elle a \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9e comme domestique: \u00abLe sergent voulait plus que simplement un repas\u2026 et donc, je me suis enfuie\u00bb. Danait n\u2019est au camp que depuis quelques mois, mais son ami Teddy y a d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 des ann\u00e9es. \u00abJ\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 rejoindre Isra\u00ebl, mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 dans le Sina\u00ef et ramen\u00e9 ici\u00bb.<\/p>\n<p>Un visage sombre s\u2019encadre dans l\u2019ouverture de la tente. Le responsable du camp nous invite \u00e0 le suivre dans son bureau. \u00abOn pourra y discuter plus tranquillement\u00bb, dit-il. Et garder le contr\u00f4le de la situation.<\/p>\n<p>Les r\u00e9fugi\u00e9s que nous avons rencontr\u00e9s ne font pas confiance aux autorit\u00e9s &#8211; accus\u00e9es de toucher des pots-de-vin \u2013 et ne se sentent pas en s\u00e9curit\u00e9 dans les camps. \u00abIl y a des histoires de femmes viol\u00e9es et de r\u00e9fugi\u00e9s enlev\u00e9s qui circulent. Le soir, je ne sors jamais seule\u00bb, affirme Danait. Des histoires dont le HCR a connaissance, mais qu\u2019il relativise. Plus tard, le responsable r\u00e9gional de l\u2019Administration pour les affaires des r\u00e9fugi\u00e9s et des rapatri\u00e9s (ARRA) d\u00e9mentira l\u2019accusation de corruption, tout en reconnaissant qu\u2019il est particuli\u00e8rement difficile de garantir la s\u00e9curit\u00e9 dans les camps. \u00abVu la forte pr\u00e9sence de jeunes hommes seuls, les cas de violence sont plus nombreux que dans les camps accueillant majoritairement des familles avec enfants\u00bb.<\/p>\n<h4>Rester en Ethiopie n\u2019est pas une option<\/h4>\n<p>Pour la majorit\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9rythr\u00e9ens, l\u2019Ethiopie n\u2019est pas une destination privil\u00e9gi\u00e9e, mais une \u00e9tape obligatoire pour aller plus loin. D\u2019une part, la crise en Erythr\u00e9e qui tra\u00eene d\u00e9sormais depuis des d\u00e9cennies et l\u2019absence de perspectives de changement excluent la possibilit\u00e9 d\u2019un retour. De l\u2019autre, l\u2019Ethiopie offre peu de d\u00e9bouch\u00e9s et ceux-ci sont souvent bien moins attrayants que l\u2019image id\u00e9ale que se font ces migrants de l\u2019Europe.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-18251\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/destinationeurope.jpg\" alt=\"destinationeurope\" width=\"312\" height=\"341\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/destinationeurope.jpg 312w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/destinationeurope-274x300.jpg 274w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/destinationeurope-137x150.jpg 137w\" sizes=\"auto, (max-width: 312px) 100vw, 312px\" \/><\/p>\n<p>\u00abLes jeunes de vingt ans r\u00eavent d\u2019avoir une famille, un emploi, un dipl\u00f4me. Il est compr\u00e9hensible qu\u2019ils essaient de quitter les camps, parce qu\u2019ici, il n\u2019y a aucun avenir. Mais le r\u00f4le du HCR avec ces camps et d\u2019offrir une r\u00e9ponse ponctuelle \u00e0 une urgence humanitaire. Rien de plus\u00bb, rappelle Ramsey Bryant, responsable de la section protection du HCR au Tigr\u00e9.<\/p>\n<p>En Ethiopie, les r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019ont pas de libert\u00e9 de mouvement. L\u2019Etat autorise ceux qui ont de graves probl\u00e8mes de sant\u00e9 \u00e0 vivre en ville et offre la possibilit\u00e9 \u00e0 une poign\u00e9e de jeunes de poursuivre leurs \u00e9tudes. Ce programme est r\u00e9serv\u00e9 aux Erythr\u00e9ens, en vertu d\u2019une culture commune qui facilite &#8211; peut-\u00eatre \u2013 l\u2019int\u00e9gration. Ils sont un peu plus de 300 \u00e0 en b\u00e9n\u00e9ficier, soit 0,3% des 100&rsquo;000 r\u00e9fugi\u00e9s enregistr\u00e9s.<\/p>\n<p>Celles et ceux qui n\u2019entrent pas dans cette cat\u00e9gorie ne pourront quitter les camps que s\u2019ils d\u00e9montrent qu\u2019ils ont des moyens suffisants pour s\u2019en sortir. C\u2019est le cas de Jamila* et de Sophia*, qui ont fui l\u2019Erythr\u00e9e pour rejoindre leur fr\u00e8re Asmaron* en Suisse. Nous les rencontrons \u00e0 notre retour dans la capitale, deux filles perdues dans une ville trop grande.<\/p>\n<h4>Le r\u00eave de s\u2019envoler pour la Suisse<\/h4>\n<p>Jamila \u00e9tait encore mineure quand elle a travers\u00e9 la fronti\u00e8re, il y a un an. Depuis, elle n\u2019a plus l\u00e2ch\u00e9 la main de sa s\u0153ur Sophia. C\u2019est elle qui m\u00e8ne l\u2019entretien, sur la d\u00e9fensive, l\u2019ombre d\u2019un soup\u00e7on planant sur son visage. \u00abComment pouvons-nous \u00eatre s\u00fbres que vous n\u2019\u00eates pas envoy\u00e9s par l\u2019ambassade?\u00bb Le temps d\u2019un caf\u00e9, l\u2019atmosph\u00e8re se d\u00e9tend. Sur le fourneau \u00e0 charbon, Jamila fait chauffer les l\u00e9gumes de la veille et un \u00e9pi de ma\u00efs. Puis elle nous tend une portion, envelopp\u00e9e dans l\u2019injera, la cr\u00eape traditionnelle de farine de teff [c\u00e9r\u00e9ale locale]. Un geste de bienvenue auquel nous r\u00e9pondrons deux fois, comme le veut la tradition.<\/p>\n<p>Cette pi\u00e8ce de trois m\u00e8tres sur quatre contient tout le pr\u00e9sent des deux s\u0153urs. Elles s\u2019en sortent avec 100 dollars par mois. \u00abC\u2019est peu, mais nous essayons de faire avec\u00bb. Dans la capitale, elles ne connaissent quasiment personne, elles ne parlent ni anglais ni amharique, la langue officielle de l\u2019Ethiopie. \u00abAu d\u00e9but, on avait peur de sortir, mais maintenant, nous commen\u00e7ons au moins \u00e0 pouvoir nous orienter dans le quartier et dire quelques mots\u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-18250\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/unerythreenfuite.jpg\" alt=\"unerythreenfuite\" width=\"316\" height=\"541\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/unerythreenfuite.jpg 316w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/unerythreenfuite-175x300.jpg 175w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/unerythreenfuite-88x150.jpg 88w\" sizes=\"auto, (max-width: 316px) 100vw, 316px\" \/><\/p>\n<p>Parties d\u2019Erythr\u00e9e en ao\u00fbt 2013, Jamila et Sophia attendent depuis des mois une r\u00e9ponse de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral des migrations \u00e0 Berne. En Suisse, leur fr\u00e8re a d\u00e9pos\u00e9 une demande de regroupement familial. \u00abNotre r\u00eave, c\u2019est de pouvoir \u00e9tudier et de pouvoir aider nos parents en Erythr\u00e9e\u00bb.<\/p>\n<p>Les deux jeunes femmes ne savent pas \u00e0 quel stade en est leur proc\u00e9dure. Elles sont nerveuses et elles ont peur. Elles ne savent pas non plus qu\u2019Asmaron, leur fr\u00e8re, devra prouver aux autorit\u00e9s qu\u2019il a un travail et un logement ad\u00e9quat pour les accueillir et subvenir \u00e0 leurs besoins. Pas \u00e9vident quand on est en Suisse avec le statut de r\u00e9fugi\u00e9 ou une admission provisoire\u2026<\/p>\n<p>A quelques blocs de l\u00e0, nous rencontrons Senait, 26 ans. Il y a quelques semaines, elle a re\u00e7u un appel de l\u2019ambassade: sa demande d\u2019asile a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e. Son mari, qui est en Suisse depuis plusieurs ann\u00e9es, a tent\u00e9 de la rassurer. \u00abIl m\u2019a dit qu\u2019il ferait recours. Il ne veut pas que je parte pour la Libye, parce que c\u2019est trop dangereux. Mais qu\u2019est-ce que je fais ici toute seule? Si j\u2019arrive \u00e0 traverser la mer et arriver jusqu\u2019en Suisse, ils ne me mettront pas dehors\u2026. N\u2019est-ce pas?\u00bb<\/p>\n<h4>\u00abEntre les mains de Dieu\u00bb<\/h4>\n<p>Les migrants savent ce qui les attend sur la route de l\u2019Europe. Les naufrages en mer, les r\u00e9serves d\u2019eau qui ne suffisent pas pour traverser le d\u00e9sert, les prisons libyennes ou le risque d\u2019\u00eatre enlev\u00e9 au Soudan et vendu aux B\u00e9douins du Sina\u00ef. Comme Milena et ses quatre amis. \u00abNous avons pass\u00e9 plus d\u2019une ann\u00e9e enferm\u00e9s dans une prison. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 battue et viol\u00e9e\u00bb, raconte-t-elle cr\u00fbment, en nous regardant droit dans les yeux.<\/p>\n<p>Selon les organisations de d\u00e9fense des Droits de l\u2019homme, ce seraient des dizaines de milliers de migrants qui ont ainsi \u00e9t\u00e9 captur\u00e9s depuis 2009, \u00e9rythr\u00e9ens pour la plupart. L\u2019histoire est toujours la m\u00eame: \u00abPendant qu\u2019ils nous torturent, ils appellent notre famille pour exiger une ran\u00e7on\u00bb. Le chiffre varie entre 30 et 40&rsquo;000 dollars, que les gens r\u00e9unissent en sollicitant les parents, les amis et les usuriers. Ceux qui survivent finissent souvent dans les ge\u00f4les \u00e9gyptiennes, en attente d\u2019\u00eatre expuls\u00e9s, pour se retrouver en Ethiopie.<\/p>\n<p>Senait a entendu ce genre d\u2019histoire plus d\u2019une fois. Mais tant pis, sa d\u00e9cision est prise. Deux jours apr\u00e8s notre d\u00e9part, elle est partie elle aussi. Premi\u00e8re \u00e9tape: le Soudan. De l\u00e0, elle organisera le reste de son p\u00e9riple. \u00abLe plus difficile, c\u2019est de trouver un passeur de confiance. Mais j\u2019ai demand\u00e9 un peu autour de moi et j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 quelques noms\u00bb. Est-ce qu\u2019elle a peur? \u00abBien s\u00fbr que j\u2019ai peur. Mais je n\u2019ai plus rien \u00e0 perdre et ma vie est d\u00e9sormais entre les mains de Dieu\u00bb.<\/p>\n<p>*Pr\u00e9noms fictifs<\/p>\n<h4>Par Stefania Summermatter, de retour d&rsquo;Ethiopie,\u00a0swissinfo.ch<br \/>\n(Traduction de l&rsquo;italien: Marc-Andr\u00e9 Miserez)<\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fuyant le r\u00e9gime d\u2019Isaias Afewerki, des milliers de jeunes Erythr\u00e9ens d\u00e9fient chaque mois les tireurs d\u2019\u00e9lite et passent la fronti\u00e8re avec l\u2019Ethiopie. Ici commence le voyage vers l\u2019Europe. Des camps de r\u00e9fugi\u00e9s du Nord aux faubourgs d\u2019Addis Abeba, il y a ceux qui se pr\u00e9parent \u00e0 traverser le d\u00e9sert et la M\u00e9diterran\u00e9e et ceux qui attendent depuis des ann\u00e9es un billet pour la Suisse. swissinfo.ch est all\u00e9 \u00e0 leur rencontre.<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":18245,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[342,155,496,499,162],"tags":[1158,312,1159,177],"ve_numero":[],"pays":[263,521],"ve_type":[1061],"ve_action":[1046,1050],"class_list":["post-18242","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-de-presse","category-documentation","category-comptoir-des-medias","category-perles-comptoirmedias","category-publications","tag-comptoir","tag-desertion","tag-documentation","tag-revision","pays-erythree","pays-ethiopie","ve_type-article-de-presse","ve_action-comptoir","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18242","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18242"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18242\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18245"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18242"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18242"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18242"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=18242"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=18242"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=18242"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=18242"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}