{"id":19487,"date":"2014-12-10T16:08:49","date_gmt":"2014-12-10T16:08:49","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=19487"},"modified":"2021-08-26T14:04:16","modified_gmt":"2021-08-26T12:04:16","slug":"orient-en-migration-du-camp-au-camp-zaatari-juillet-2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2014\/12\/10\/orient-en-migration-du-camp-au-camp-zaatari-juillet-2014\/","title":{"rendered":"Orient en migration | Du camp au Camp. Zaatari, juillet 2014"},"content":{"rendered":"<h2>Ecrire sur Zaatari est un exercice compliqu\u00e9. Il y a de nombreux \u00e9cueils \u00e0 \u00e9viter. Le manich\u00e9isme des bons humanitaires et des mauvais gouverneurs. Des pauvres r\u00e9fugi\u00e9s et des g\u00e9n\u00e9reux donateurs. De ces simplifications fallacieuses et inutiles, en somme. Qui n\u2019aident ni la compr\u00e9hension sociologique ni la compr\u00e9hension politique du camp.<\/h2>\n<p><em><strong>Billet publi\u00e9 sur le blog Orient en migration, le 17 juillet 2014. Cliquez <a href=\"http:\/\/orientenmigration.wordpress.com\/2014\/07\/17\/du-camp-au-camp-zaatari-juillet-2014\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour lire le billet sur le blog.<\/strong><\/em><\/p>\n<p><figure id=\"attachment_19489\" aria-describedby=\"caption-attachment-19489\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/Zaatari.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-19489 size-medium\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/Zaatari-300x183.jpg\" alt=\"By U.S. Department of State [Public domain], via Wikimedia Commons\" width=\"300\" height=\"183\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-19489\" class=\"wp-caption-text\">Zaatari refugee camp. By U.S. Department of State [Public domain], via Wikimedia Commons<\/figcaption><\/figure><div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Zaatari, c\u2019est 84&rsquo;000 personnes selon le dernier recensement. Les cartes du camp, en format XXL, se trouvent dans tous les bureaux-caravanes du <abbr class='c2c-text-hover' title='Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s'>HCR<\/abbr> sur place. On note les diff\u00e9rents districts, mis en place fin 2013 dans une entreprise conjointe de rationalisation urbaine du HCR et du gouvernement jordanien. On note les diff\u00e9rentes concentrations de population, les vieux districts o\u00f9 les rues s\u2019enchev\u00eatrent, les districts plus \u00e9loign\u00e9s, plus a\u00e9r\u00e9s. Ouvert en aout 2012, le camp \u2013 le choix de la politique de l\u2019encampement \u2013 s\u2019explique par la forte pr\u00e9sence historique de populations r\u00e9fugi\u00e9es sur le territoire jordanien. 2,5 millions de Palestiniens d\u00e9j\u00e0, ce n\u2019est pas rien. On me pr\u00e9cise \u00e9galement que c\u2019est un sujet plus politique que social, si la chose n\u2019\u00e9tait pas encore bien claire.<\/p>\n<p>Zaatari au d\u00e9but c\u2019\u00e9tait des tentes pr\u00e8s de la fronti\u00e8re, dans le district de Mazraq, sur un territoire allou\u00e9 par les autorit\u00e9s. C\u2019\u00e9tait quelques employ\u00e9s du HCR d\u00e9j\u00e0 sur place ou d\u00e9p\u00each\u00e9s pour l\u2019occasion qui distribuaient des tentes et posaient les pr\u00e9misses d\u2019un gouvernorat humanitaire. C\u2019\u00e9tait rapidement des centaines de Syriens qui fuyaient et venaient se r\u00e9fugier ici. Pas de visa, pas de proc\u00e9dure \u2013 comme le veut cette vieille solidarit\u00e9 transnationalopanarabe, \u00e0 double tranchant. On traversait la fronti\u00e8re et on marchait. C\u2019\u00e9tait des millions de dollars qui n\u2019\u00e9taient pas encore compl\u00e8tement arriv\u00e9s. C\u2019\u00e9tait un gouvernement un peu passif, qui laissait faire. Bref. C\u2019\u00e9tait un camp plus ou moins auto construit, plus ou moins autog\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, ce sont des cartes biom\u00e9triques et des fichiers informatis\u00e9s sur la vie et les modalit\u00e9s de l\u2019assistance de chacun. Ce sont douze districts encercl\u00e9s d\u2019une \u2018ring road\u2019. Ce sont les caravanes-bureaux des humanitaires au nord du camp encercl\u00e9es de barbel\u00e9s \u2013 ce dont personne ne semble s\u2019\u00e9tonner. C\u2019est une rue principale baptis\u00e9e Champs Elys\u00e9es \u2013 en r\u00e9f\u00e9rence aux militaires fran\u00e7ais qui oeuvraient dans le premier h\u00f4pital alors pr\u00e9sent au tout d\u00e9but de la rue \u2013 o\u00f9 l\u2019on trouve des cyber caf\u00e9s, des housses de t\u00e9l\u00e9phones par milliers, des tenues en vitrine, des frigos remplis de Pepsi, des caf\u00e9s ferm\u00e9s en p\u00e9riode de ramadan, des primeurs, des coiffeurs, le tout h\u00e9berg\u00e9 dans des caravanes rafistol\u00e9es, d\u00e9mont\u00e9es, r\u00e9mont\u00e9es, bricol\u00e9es au point qu\u2019on ne reconnaisse m\u00eame plus l\u2019habitacle d\u2019origine.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, au HCR, on ne sait pas tr\u00e8s bien quoi penser de ce d\u00e9veloppement. Si la chose est exceptionnelle \u2013 rappelleront des agents ayant servis dans des camps au Soudan ou en Somalie, oui, assur\u00e9ment les Syriens sont d\u00e9finitivement bien plus entreprenants que les africains \u2013 on commence pourtant \u00e0 interroger cette croissance commerciale sur laquelle personne n\u2019a de prise et dont les b\u00e9n\u00e9fices sont qui plus est g\u00e9n\u00e9r\u00e9s au frais de la communaut\u00e9 internationale. Car les caravanes qui abritent ces magasins\u00a0sont donn\u00e9es par le HCR, comme l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qui les alimente. Alors on r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 un syst\u00e8me de licence. D\u2019enregistrement de ces commerces champignons. A Azraq, le deuxi\u00e8me et nouveau camp, c\u2019est la d\u00e9marche inverse: on a directement d\u00e9cid\u00e9 d\u2019interdire les magasins.<\/p>\n<p>Il est vrai que les commerces alimentent et sont aliment\u00e9s par diff\u00e9rents trafics, eux m\u00eames tr\u00e8s largement orchestr\u00e9s\u00a0par ceux que l\u2019on regroupe sous l\u2019appellation de \u2018street leaders\u2019. Une famille qui s\u2019en va, c\u2019est une carte de rationnement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e, soit une portion de nourriture vendable. Tout commencerait plus ou moins comme cela \u2013 m\u00eame s\u2019il serait bien na\u00eff de laisser croire qu\u2019une tente revendue 30 dinars (environ 30 euros) permette d\u2019ouvrir un commerce. Face \u00e0 ces manipulations certaines mais dont la mesure semble sur\u00e9valu\u00e9e, les moyens biom\u00e9triques mis \u00e0 disposition du HCR et r\u00e9clam\u00e9s par le gouvernement jordanien, r\u00e9duisant \u00e0 z\u00e9ro les trafics, se trouvent alors pleinement justifi\u00e9s. On sait exactement qui vit o\u00f9, depuis quand, qui a pris quoi, quand et comment. Cela facilite les choses quand une famille vient r\u00e9clamer son d\u00fb, me dit-on. Si on sait qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 eu sa ration, on peut la d\u00e9bouter sans remords.<\/p>\n<p>Cette modernisation date en partie de janvier 2014 et du d\u00e9but la \u2018v\u00e9rification\u2019 entreprise par le HCR. L\u2019exercice apr\u00e8s un ou deux ans d\u2019existence du camp, consiste \u00e0 recompter les populations pr\u00e9sentes, les familles, les enfants. Il a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion \u00e9galement d\u2019introduire des moyens \u00e0 la pointe de la technologie. La grande nouveaut\u00e9, le \u2018eye scan\u2019, a permis \u00e0 l\u2019organisation internationale et au gouvernement jordanien de relier chaque\u00a0pupille \u00e0 son dossier. Un coup de scan oculaire et on ressort l\u2019historique du b\u00e9n\u00e9ficiaire.<\/p>\n<p>On estime qu\u2019environ 40&rsquo;000 habitants auraient quitt\u00e9 le camp depuis son ouverture, une baisse qui s\u2019explique par l\u2019ampleur des retours spontan\u00e9s depuis plusieurs mois. Quand on essaie d\u2019imaginer ce que peut vouloir dire rentrer en Syrie aujourd\u2019hui, on reste quand m\u00eame un peu interloqu\u00e9. Si les d\u00e9plac\u00e9s ont toujours l\u2019espoir de retrouver rapidement leurs foyers d\u2019origine, la d\u00e9cision est \u00e9galement aliment\u00e9e par le manque d\u2019alternative. Le nombre\u00a0des\u00a0r\u00e9fugi\u00e9s urbains en Jordanie ainsi que la part croissante des Syriens au sein de la population totale \u2013 environ un huiti\u00e8me \u2013 favorise le maintien de la politique d\u2019encampement et pousse \u00e0 une bureaucratisation de plus en plus pouss\u00e9e des entr\u00e9es et des sorties.<\/p>\n<p>Deux moyens donc existent pour sortir aujourd\u2019hui de Zaatari. La premi\u00e8re option, celle d\u2019un retour en Syrie, se fait sur une base volontaire, sans aide autre que celle du transport jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re par des bus affr\u00e9t\u00e9s pour l\u2019occasion \u2013 les d\u00e9parts, actuellement, sont quotidiens. La deuxi\u00e8me option consiste \u00e0 trouver un homme jordanien de plus de 35 ans, n\u2019ayant jamais eu de probl\u00e8mes avec la justice. L\u2019homme en question devient alors sponsor, en r\u00e9f\u00e9rence au syst\u00e8me de la Kafala, que l\u2019on associe plus spontan\u00e9ment \u00e0 la p\u00e9ninsule arabique, mais qui se retrouve aussi au Liban ou encore en Jordanie. Ce syst\u00e8me serait largement utilis\u00e9 par des femmes syriennes se faisant \u00e9pouser dans des conditions obscures \u2013 quoique le nombre de Syriens r\u00e9ussissant \u00e0 trouver un tel sponsor soit relativement marginal.<\/p>\n<p>Pour les autres, il n\u2019y a plus de sortie de Zaatari. S\u2019ils ont pour la plupart r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s leurs papiers d\u2019identit\u00e9 \u2013 \u00e0 quoi ne se substituent pas leurs cartes de r\u00e9sidence temporaire \u2013 confisqu\u00e9s par les autorit\u00e9s jordaniennes \u00e0 leurs arriv\u00e9es, ceux-ci leurs sont absolument inutiles. Cette impossibilit\u00e9 de sortir \u2013 comparable donc \u00e0 un enfermement \u2013 est une pr\u00e9occupation et une source d\u2019angoisse majeures pour les Syriens. La modernit\u00e9 du camp ou la profusion de toutes sortes de produits accessibles \u00e0 ceux qui en ont les moyens n\u2019enl\u00e8vent rien \u00e0 la frustration que g\u00e9n\u00e8re une telle privation de libert\u00e9.<\/p>\n<p>Par ailleurs, il n\u2019est pas seulement question d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la mobilit\u00e9. 150 \u00e9l\u00e8ves par classe, cela ne donne pas envie \u00e0 Rim d\u2019aller r\u00e9viser sa grammaire. \u2018C\u2019est impossible d\u2019apprendre quoi que ce soit\u2019 me dit-elle. Et sa m\u00e8re d\u2019ajouter \u2018Mes filles savaient lire et \u00e9crire. Maintenant j\u2019ai peur qu\u2019elles oublient\u2019. Elle parle des \u00e9coles, l\u00e0 bas, de leur sud originaire. Elle dit ce n\u2019\u00e9tait pas le grand luxe, mais qu\u2019il y avait un acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation pour tous. Je pense \u00e0 cette r\u00e9flexion entendue plus t\u00f4t dans la matin\u00e9e, qui justifiait la non assiduit\u00e9 scolaire par l\u2019emploi des enfants dans les commerces du camp. Comme toujours, il y a deux faces d\u2019une m\u00eame histoire.<\/p>\n<p>Cela fait deux ans que cette famille syrienne de quatre enfants entre 13 et 4 ans, vit \u00e0 Zaatari. Les matelas sont pouss\u00e9s contre le mur pour faire de place dans la caravane. On ne parle pas de pourquoi on est l\u00e0. On parle de comment en sortir. On parle aussi des probl\u00e8mes d\u2019alimentation. En eau. En nourriture. Parfois les produits ne sont plus bons. <span class=\"Apple-style-span\">En gaz.\u00a0<\/span>Deux semaines d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il n\u2019y en a plus. C\u2019est difficile en cette p\u00e9riode de ramadan. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9, fournie gratuitement par le HCR, ne semble pas \u00eatre un probl\u00e8me. Un petit ventilateur fonctionne, et le bruit sourd de la t\u00e9l\u00e9vision nous rappelle qu\u2019elle est l\u00e0, dans un coin. Elle ajoute que les gens de l\u2019agence ne viennent jamais les voir. Elle trouve qu\u2019ils les fuient, comme s\u2019ils en avaient peur. Je repense aux barbel\u00e9s autour des caravanes des employ\u00e9s du HCR. Je repense \u00e0 leur petit nombre face \u00e0 des dizaines de milliers d\u2019habitants, souvent en col\u00e8re. Je me dis que personne ne se comprend ici, et qu\u2019\u00e0 force de se barbeler, on finit par se perdre.<\/p>\n<p>Assurer la s\u00e9curit\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s, assurer la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Etat jordanien, assurer la s\u00e9curit\u00e9 des humanitaires? Plus que jamais la question se pose. Les barbel\u00e9s continuent d\u2019interpeller. Il faut dire que le camp a pu \u00eatre agit\u00e9. Il y a quelques mois un policier a trouv\u00e9 la mort dans des affrontements qui portaient sur l\u2019approvisionnement en eau, les conditions de vie, l\u2019encampement en g\u00e9n\u00e9ral. Les humanitaires ont failli \u00eatre \u00e9vacu\u00e9s, avant que l\u2019on arrive \u00e0 calmer le jeu. On sait aussi que Zaatari est la base arri\u00e8re des forces syriennes libres. Quoiqu\u2019ils n\u2019aient pas officiellement droit ni \u00e0 la r\u00e9sidence temporaire ni \u00e0 la protection du camp. Alors on reste un peu sur ses gardes.<\/p>\n<p>Celui qui se fait appeler le maire de Zaatari, employ\u00e9 du HCR, est actuellement en n\u00e9gociation pour trouver des investisseurs pour la construction d\u2019un moulin \u00e0 vent. On parle aussi de faire importer des v\u00e9los pour permettre aux Syriens de se d\u00e9placer facilement dans le camp. V\u00e9ridiques ou non, ces ou\u00ef-dire soulignent l\u2019urbanisation du camp et de fait sa p\u00e9rennisation. Ils soulignent \u00e9galement le d\u00e9calage pharamineux entre les sommes allou\u00e9es \u00e0 la crise syrienne et d\u2019autres conflits actuels. Les humanitaires eux m\u00eames n\u2019en reviennent pas. Dans les camps dans lesquels il leur a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de travailler, il n\u2019y avait pas de caf\u00e9t\u00e9ria avec des canap\u00e9s en sky, ni d\u2019\u00e9crans plats aux murs. Il n\u2019y a avait pas non plus de tablettes pour faire les visites \u00e0 domicile des r\u00e9fugi\u00e9s urbains. Il n\u2019y avait pas de eye scan. Pas d\u2019iphone syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas question de juger des sommes et des moyens mis \u00e0 disposition. Il n\u2019est pas question de dire que des dossiers en papier \u00e9taient pr\u00e9f\u00e9rables \u00e0 des dossiers informatis\u00e9s. Que les humanitaires sont log\u00e9s \u00e0 trop bonne enseigne. Et certainement pas que les Syriens n\u2019ont pas le droit \u00e0 avoir de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 7 jours sur 7, 24h sur 24h parce que d\u2019autres\u00a0n\u2019ont pas ce privil\u00e8ge. Mais il est question de s\u2019interroger sur le r\u00f4le et les cons\u00e9quences qu\u2019auront ces politiques publiques et les int\u00e9r\u00eats auxquels elles r\u00e9pondent aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Plusieurs fois, on m\u2019a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u2018nous nous ne pouvons rien faire de plus, nous n\u2019avons pas de territoire\u2019. Le HCR comme Etat dans un Etat. Un semi-Etat. La comp\u00e9tence administrative mais le territoire en moins. Savoir qui, o\u00f9 et comment. Organiser, \u00e9tiqueter, compter et mettre \u00e0 disposition. Mais les r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019ont pas d\u2019int\u00e9r\u00eat au eye scan, que l\u2019on soit clairs. De quoi d\u00e9poussi\u00e9rer peut \u00eatre un peu le concept d\u2019humanitaire.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas de bons et de m\u00e9chants. Pas de position claire \u00e0 prendre ou de bl\u00e2mes \u00e0 donner. Un seul constat \u00e0 faire: il n\u2019est d\u2019asile que provisoire et de r\u00e9fugi\u00e9s que juridiques. Et pourtant, \u00e0 la question \u2018tell me something about yourself\u2019 pos\u00e9e par \u00e9crit lors d\u2019un atelier collectif, la plupart n\u2019ont plus que cette r\u00e9ponse \u00e0 la bouche,\u00a0\u2018I am a refugee\u2019. Cette \u00e9tiquette qui colle, sans qu\u2019on sache trop comment. Une \u00e9tiquette qui encombre, et dont les habitants de Zaatari n\u2019arrivent plus \u00e0 se d\u00e9barrasser.<\/p>\n<p>On remonte dans son bus comme on est venu. On reprend la longue bande asphalt\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e du camp. On passe les gardes, les postes de contr\u00f4les. On sort. On laisse derri\u00e8re soi Zaatari et ses 84&rsquo;000 habitants. Jusqu\u2019au lendemain matin.<\/p>\n<p><\/div><\/div><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il n\u2019y a pas de bons et de m\u00e9chants. Pas de position claire \u00e0 prendre ou de bl\u00e2mes \u00e0 donner. Un seul constat \u00e0 faire: il n\u2019est d\u2019asile que provisoire et de r\u00e9fugi\u00e9s que juridiques. Et pourtant, \u00e0 la question \u2018tell me something about yourself\u2019 pos\u00e9e par \u00e9crit lors d\u2019un atelier collectif, la plupart n\u2019ont plus que cette r\u00e9ponse \u00e0 la bouche, \u2018I am a refugee\u2019. Cette \u00e9tiquette qui colle, sans qu\u2019on sache trop comment. 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