{"id":19492,"date":"2014-12-11T07:09:38","date_gmt":"2014-12-11T07:09:38","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=19492"},"modified":"2021-08-31T12:18:53","modified_gmt":"2021-08-31T10:18:53","slug":"le-courrier-quand-lasile-nuit-a-la-sante-mentale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2014\/12\/11\/le-courrier-quand-lasile-nuit-a-la-sante-mentale\/","title":{"rendered":"Le Courrier | Quand l\u2019asile nuit \u00e0 la sant\u00e9 mentale"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">VAUD &#8211; Les troubles psychiques sont fr\u00e9quents chez les requ\u00e9rants d\u2019asile. En cause, des traumatismes anciens, le parcours migratoire et les conditions de vie en Suisse.<\/span><\/p>\n<p><em>Article de Sophie Dupont, publi\u00e9 dans Le Courrier, le 11 d\u00e9cembre 2014. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.lecourrier.ch\/126144\/quand_l_asile_nuit_a_la_sante_mentale\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">here<\/a> to read the article on the Courrier website.<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Dans la salle d\u2019attente du Centre de sant\u00e9 infirmier de B\u00e9thusy, \u00e0 Lausanne, les premiers patients viennent se mettre au chaud d\u00e8s l\u2019ouverture. A l\u2019entr\u00e9e, un tableau avec des pirogues africaines rappelle les longues travers\u00e9es que certains ont endur\u00e9es pour arriver jusqu\u2019ici.<\/p>\n<p>Tous les requ\u00e9rants d\u2019asile sont re\u00e7us pour un premier bilan de sant\u00e9 puis suivis par l\u2019un des sept Centres de sant\u00e9 infirmiers (CSI) vaudois. Les centres, qui d\u00e9pendent de la Polyclinique m\u00e9dicale universitaire emploient quinze infirmiers et infirmi\u00e8res pour un bassin d\u2019environ 5000 requ\u00e9rants.<\/p>\n<p>Gwenola Seroux, infirmi\u00e8re au CSI de B\u00e9thusy, a rendez-vous avec un patient arriv\u00e9 sur sol vaudois il y a quelques semaines, pour un premier bilan de sant\u00e9. \u00abVous pouvez retirer votre veste\u00bb dit l\u2019infirmi\u00e8re au requ\u00e9rant qui tient un sac \u00e0 dos serr\u00e9 sur ses genoux. M. Diallo (nom d\u2019emprunt) commence par s\u2019excuser pour son retard, dans sa langue d\u2019origine, traduite par une interpr\u00e8te: parce qu\u2019il a oubli\u00e9 sa carte d\u2019identit\u00e9 en arrivant \u00e0 l\u2019abri de protection civile o\u00f9 il loge, il a pass\u00e9 la nuit dehors. Sans document, les agents de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019abri lui ont refus\u00e9 l\u2019entr\u00e9e mais permis d\u2019acc\u00e9der \u00e0 son casier, afin de prendre quelques v\u00eatements chauds. \u00abJe me suis rendu au commissariat, mais je n\u2019ai pas pu annoncer la perte. Cela co\u00fbtait cinquante francs, que je n\u2019avais pas\u00bb,\u00a0 rapporte le patient.<\/p>\n<h3><strong>\u00abFuir la r\u00e9alit\u00e9\u00bb<\/strong><\/h3>\n<p>Le jeune homme, de 18 ans selon ses papiers mais qui en para\u00eet plus, a quitt\u00e9 son pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest en janvier dernier. Apr\u00e8s avoir s\u00e9journ\u00e9 en Espagne, il s\u2019est rendu en Suisse pour fuir la crise \u00e9conomique. Interrog\u00e9 sur sa sant\u00e9, il parle d\u2019un stress permanent. La journ\u00e9e, il se connecte \u00e0 internet, o\u00f9 il regarde des films et des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre de son pays, afin de \u00abfuir la r\u00e9alit\u00e9\u00bb. \u00abMais au bout d\u2019un moment, je ne sais plus que faire, les pens\u00e9es n\u00e9gatives me rattrapent. La vie est limit\u00e9e entre le bunker (l\u2019abri PC, ndlr) et Mama Africa (nom donn\u00e9 par les requ\u00e9rants aux centres d\u2019accueil de jour, ndlr). Si on veut un jour se construire, il faut aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, apprendre un m\u00e9tier, travailler pour subvenir \u00e0 ses besoins. Rester sans occupation, c\u2019est d\u00e9stabilisant\u00bb, l\u00e2che-t-il.<\/p>\n<p>Gwenola Seroux ne s\u2019inqui\u00e8te pour l\u2019instant pas pour la sant\u00e9 mentale de son patient, qu\u2019elle juge lucide et b\u00e9n\u00e9ficiant suffisamment de ressources. \u00abSans projet, vous \u00eates bloqu\u00e9s, c\u2019est normal que cela provoque du stress\u00bb, le rassure l\u2019infirmi\u00e8re. Tr\u00e8s fr\u00e9quents parmi ceux qui logent en abri PC, ses troubles du sommeil sont \u00ab\u00e0 surveiller\u00bb. Ses sympt\u00f4mes somatiques \u2013 maux de ventre, tremblement des mains \u2013 feront l\u2019objet d\u2019un examen plus pr\u00e9cis.<\/p>\n<h3><strong>D\u00e9gradation progressive<\/strong><\/h3>\n<p>A leur arriv\u00e9e, les migrants sont en meilleure sant\u00e9 que la population du pays d\u2019accueil, selon plusieurs \u00e9tudes. Les personnes les plus vuln\u00e9rables ont en effet plut\u00f4t tendance \u00e0 renoncer \u00e0 la migration. L\u2019arriv\u00e9e en Suisse, objectif souvent longtemps attendu, agit comme un moteur stimulant. Puis la r\u00e9alit\u00e9 \u2013 conditions d\u2019h\u00e9bergement difficiles, impossibilit\u00e9 de travailler, attente \u2013 rattrape rapidement les requ\u00e9rants. Des traumatismes v\u00e9cus pendant le parcours migratoire ou dans le pays d\u2019origine peuvent alors refaire surface. D\u2019autres, li\u00e9s aux conditions d\u2019accueil, apparaissent. \u00abCertaines personnes vont mal. D\u2019autres ont encore assez de ressources pour se battre\u00bb, constate Gwenola Seroux.<\/p>\n<p>Les d\u00e9cisions de renvoi, assorties du passage \u00e0 l\u2019aide d\u2019urgence, sont un coup de massue et facilitent le d\u00e9veloppement de certains troubles psychiques. L\u2019infirmi\u00e8re donne l\u2019exemple d\u2019un requ\u00e9rant d\u00e9bout\u00e9 de 22 ans, actuellement en d\u00e9compensation psychique \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Cery. A son arriv\u00e9e en 2011, le jeune homme avait failli \u00eatre expuls\u00e9, puis avait finalement \u00e9t\u00e9 admis provisoirement. Il avait pu travailler et vivre dans un appartement. Tous ses espoirs se sont \u00e9croul\u00e9s lorsqu\u2019il a re\u00e7u une d\u00e9cision de renvoi, a d\u00fb quitter son logement et son emploi pour vivre \u00e0 l\u2019aide d\u2019urgence. \u00abC\u2019\u00e9tait au d\u00e9part un jeune homme autonome, qui ne pr\u00e9sentait pas de probl\u00e8mes psychiques\u00bb, rapporte Gwenola Seroux.<\/p>\n<p>\u00abDepuis cinq ans, j\u2019ai l\u2019impression que la sant\u00e9 mentale des requ\u00e9rants s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e. D\u2019une part, les conditions d\u2019accueil se sont durcies, avec une restriction de l\u2019aide sociale et m\u00e9dicale, d\u2019autre part, les patients issus des derni\u00e8res vagues migratoires, en particuliers les Syriens, ont subis des traumatismes dans leur pays d\u2019origine et leur parcours\u00bb, observe Francis Vu, docteur \u00e0 la PMU.<\/p>\n<h3><strong>Des parcours traumatisants<\/strong><\/h3>\n<p>Lors des consultations, les soignants sont attentifs aux signes d\u2019atteinte \u00e0 la sant\u00e9 mentale r\u00e9currents: probl\u00e8mes de sommeil, besoin d\u2019isolement, col\u00e8res, pleurs, troubles de concentration, crises d\u2019angoisse, flashbacks de souvenirs de leurs pays, d\u00e9veloppement de d\u00e9pendances. \u00abNous pr\u00e9venons les patients que nous avons l\u2019habitude d\u2019entendre des histoires horribles, ce n\u2019est pas \u00e9vident de parler directement d\u2019un traumatisme.\u00bb<\/p>\n<p>Le type de voyage et sa dur\u00e9e, qui peut atteindre dix ans, sont des indicateurs important des risques pour la sant\u00e9 mentale. Les Erythr\u00e9ens ont g\u00e9n\u00e9ralement s\u00e9journ\u00e9 dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s dans des pays limitrophes et affront\u00e9 la mort de compagnons de route pendant la travers\u00e9e du d\u00e9sert. Beaucoup sont pass\u00e9s par la Lybie, o\u00f9 ils ont travaill\u00e9 et ont parfois fait de la prison pour s\u00e9jour ill\u00e9gal avant de tenter plusieurs travers\u00e9es de la M\u00e9diterran\u00e9e. Les Syriens, Iraniens, Afghans et Kurdes arrivent apr\u00e8s de longues marches dans la montagne, par la Gr\u00e8ce ou par l\u2019Italie. \u00abIls perdent tous leurs biens, leur statut. Certains \u00e9taient touristes \u00e0 Gen\u00e8ve quelques ann\u00e9es auparavant\u00bb, rapporte Gwenola Seroux. Les migrants solitaires et les femmes, qui subissent fr\u00e9quemment des violences sexuelles durant leur parcours, sont particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p>\u00abPour soigner une personne au niveau psychique, il faut am\u00e9liorer son quotidien\u00bb, rapporte Francis Vu. Dans le cas des requ\u00e9rants d\u2019asile, c\u2019est une mission quasiment impossible. \u00abCe qui compte, c\u2019est ce qu\u2019on fait malgr\u00e9 cela. Lorsqu\u2019on ne peut pas changer sa situation, \u00e9couter une personne, la reconna\u00eetre en tant que telle, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup\u00bb, conclut Gwenola Seroux.<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<blockquote>\n<h3><strong>Le parlement vaudois ne compte pas modifier la prise en charge m\u00e9dicale<\/strong><\/h3>\n<p>Hier, le Grand Conseil vaudois, \u00e0 majorit\u00e9 de droite, a estim\u00e9 que la prise en charge des requ\u00e9rants \u00e9tait suffisante. Il a en effet refus\u00e9 \u00e0 une voix pr\u00e8s un postulat de la commission de la sant\u00e9 publique demandant au Conseil d\u2019Etat un rapport sur la prise en charge socio-m\u00e9dicale des requ\u00e9rants d\u2019asile. La commission avait d\u00e9pos\u00e9 ce postulat \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, apr\u00e8s avoir auditionn\u00e9 des repr\u00e9sentants du corps m\u00e9dical. M\u00e9decin chef \u00e0 l\u2019H\u00f4pital de l\u2019enfance de Lausanne, le docteur Mario Gehri s\u2019est notamment inqui\u00e9t\u00e9 des r\u00e9percussions des conditions d\u2019accueil sur le d\u00e9veloppement des enfants en bas \u00e2ge. Au pl\u00e9num, le Conseiller d\u2019Etat Philippe Leuba a estim\u00e9 que le canton faisait suffisamment d\u2019efforts pour l\u2019asile, avec un budget de 130 millions par ann\u00e9e. Il a rappel\u00e9 que l\u2019Etablissement vaudois des migrants (Evam), surcharg\u00e9, n\u2019arrivait pas \u00e0 prendre en compte tous les facteurs m\u00e9dicaux.<\/p>\n<p>Actuellement, les situations les plus critiques passent devant une \u00ab<a href=\"http:\/\/www.pmu-lausanne.ch\/pmu_home\/pmu-patients-et-familles\/pmu-specialites-medicales\/pmu-unite-populations-vulnerables.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Commission des populations vuln\u00e9rables<\/a>\u00bb compos\u00e9e de m\u00e9decins de la PMU. Celle-ci \u00e9value les indications \u00e0 changer de conditions de logement pour raison de sant\u00e9 et fait des recommandations \u00e0 l\u2019EVAM. Les troubles psychiques sont largement en t\u00eate de liste des dossiers examin\u00e9s par la commission. En 2012, dans plus de 70% des cas, les m\u00e9decins font \u00e9tat d\u2019au moins un diagnostic psychiatrique. Les tentatives de suicide concernent 25% des cas. \u00abCompte tenu de la jeunesse des personnes concern\u00e9es (en moyenne 33 ans chez les adultes), leur \u00e9tat de sant\u00e9 para\u00eet pr\u00e9occupant\u00bb, analysent des m\u00e9decins dans la <a href=\"http:\/\/rms.medhyg.ch\/numero-354-page-1786.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Revue m\u00e9dicale suisse (19.09.2012)<\/a>. \u00abIl para\u00eet vraisemblable que les conditions difficiles de l\u2019aide d\u2019urgence ont un impact sur la sant\u00e9 psychique, en<br \/>\naggravant les troubles psychiatriques pr\u00e9existants, voire en favorisant l\u2019apparition de nouveaux troubles\u00bb poursuivent les cliniciens. SDT<\/p><\/blockquote>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>VAUD &#8211; Les troubles psychiques sont fr\u00e9quents chez les requ\u00e9rants d\u2019asile. 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