{"id":20239,"date":"2015-01-24T16:55:20","date_gmt":"2015-01-24T16:55:20","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=20239"},"modified":"2021-08-26T14:03:53","modified_gmt":"2021-08-26T12:03:53","slug":"livre-la-boisseliere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2015\/01\/24\/livre-la-boisseliere\/","title":{"rendered":"Livre |\u00a0La boisseli\u00e8re"},"content":{"rendered":"<h3>Une atmosph\u00e8re d\u2019\u00e9tranget\u00e9 nimbe la Boisseli\u00e8re, maison de retraite en d\u00e9clin, au milieu des for\u00eats. Des \u00eatres en fuite \u2013 hommes, femmes, enfants \u2013 y trouvent asile puis s\u2019y installent, en entente avec les r\u00e9sidents. D\u2019o\u00f9 viennent-ils? \u00c0 quoi veulent-ils \u00e9chapper? Guerre, invasion, \u00e9pid\u00e9mie? On ne sait. Un jour, trois nouveaux arrivants rompent le fragile \u00e9quilibre autarcique: mena\u00e7ants, violents, cyniques, il font \u00e9clater la communaut\u00e9. Plus tard, dans la maison abandonn\u00e9e, le narrateur tente de reconstituer le drame \u00e0 partir de traces \u00e0 demi effac\u00e9es: journal intime, notes, lettres. Le myst\u00e8re pourtant reste entier. Romanci\u00e8re au talent affirm\u00e9, Sylviane Chatelain ma\u00eetrise le trouble et l\u2019incertitude.<\/h3>\n<p><em><strong>Livre de Sylviane Chatelain, paru aux \u00e9ditions Campiche. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.campiche.ch\/pages\/oeuvres\/Boisseliere.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">here<\/a> pour voir une description d\u00e9taill\u00e9e sur livre sur le site de l&rsquo;\u00e9diteur.<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<h2><a href=\"http:\/\/www.campiche.ch\/pages\/oeuvres\/Boisseliere.html\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-20240\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Boisseliere_grand-178x300.jpg\" alt=\"Boisseliere_grand\" width=\"178\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Boisseliere_grand-178x300.jpg 178w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Boisseliere_grand-89x150.jpg 89w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/Boisseliere_grand.jpg 380w\" sizes=\"auto, (max-width: 178px) 100vw, 178px\" \/><\/a>Entretien avec Sylviane Chatelain<\/h2>\n<p><em>Le lecteur croit comprendre que dans La Boisseli\u00e8re nous sommes en temps de guerre, mais rien n\u2019est dit. \u00c9tait-ce une r\u00e9elle volont\u00e9 de ne pas vouloir situer l\u2019action?<\/em><\/p>\n<p>\u00c9crire un roman, c\u2019est toujours enfermer un nombre plus ou moins grand de personnages dans un espace restreint, quelques centaines de pages, et les observer. Jouer avec eux, les placer l\u2019un en face ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019autre, les regarder s\u2019affronter ou s\u2019unir, se blesser ou s\u2019aimer. Voir comment ils vont r\u00e9agir aux diff\u00e9rents \u00e9v\u00e9nements qui leur sont impos\u00e9s. Ce huis clos est encore plus prononc\u00e9 dans La Boisseli\u00e8re puisque mes personnages sont confin\u00e9s dans un lieu, une maison perdue dans la montagne, dont il leur devient de plus en plus difficile de s\u2019\u00e9chapper. Ce qui les a oblig\u00e9s \u00e0 fuir, qui les maintient dans cet isolement, ce sont les troubles, le chaos du monde, les dangers et les violences d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui s\u2019effondre.<\/p>\n<p><em>Pourquoi pr\u00e9ciser davantage?<\/em><\/p>\n<p>Hommes, femmes et enfants jet\u00e9s sur les routes apr\u00e8s avoir abandonn\u00e9 tout ce qu\u2019ils poss\u00e9daient: une image malheureusement trop famili\u00e8re, une situation qui s\u2019est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e tout au long de notre histoire, qui est celle, aujourd\u2019hui, de tant de gens, qui se reproduira encore.<br \/>\nMon intention n\u2019\u00e9tait pas de d\u00e9crire une p\u00e9riode de crise, de guerre ou de r\u00e9volution, mais de m\u2019attacher \u00e0 ceux qui en subissent les cons\u00e9quences, qui se voient arrach\u00e9s \u00e0 leurs habitudes, leurs occupations, leurs demeures et leurs affections. Ce qui m\u2019int\u00e9ressait, qui devait dans mon projet \u00eatre le sujet de mon livre, c\u2019\u00e9taient la naissance et l\u2019\u00e9volution de cette communaut\u00e9 pr\u00e9caire, les relations tiss\u00e9es entre ses membres, leur \u00e9volution au gr\u00e9 des circonstances, leur fa\u00e7on de g\u00e9rer les conflits, les d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec leur conscience, les choix qu\u2019ils sont amen\u00e9s \u00e0 faire.<\/p>\n<p><em> De la m\u00eame fa\u00e7on, le pass\u00e9 des diff\u00e9rents personnages, m\u00eame celui du narrateur, est assez flou. Vous avez imagin\u00e9 leur biographie avant de vous lancer dans l\u2019\u00e9criture de ce roman, ou m\u00eame pour vous il y a des parts d\u2019ombre\u2009?<\/em><\/p>\n<p>Il y a toujours des parts d\u2019ombre. Dans la connaissance que nous avons des autres et de nous-m\u00eames. Et, de nouveau, ce n\u2019est pas le pass\u00e9 de mes personnages (m\u00eame si j\u2019\u00e9voque assez souvent leurs souvenirs pour qu\u2019on puisse l\u2019imaginer en partie) qui me para\u00eet important, mais plut\u00f4t le rapport qu\u2019ils entretiennent avec lui.<br \/>\nAu d\u00e9but d\u2019un livre, il y a souvent une question, ou plut\u00f4t une inqui\u00e9tude, la question elle-m\u00eame ne se pr\u00e9cisant qu\u2019au cours de la r\u00e9daction. Une question, en ce qui concerne La Boisseli\u00e8re, que j\u2019ai amen\u00e9 Robert \u00e0 formuler: Les circonstances changent, constate-t-il, et nous changeons et de quoi serons-nous capables encore, pour survivre, qui nous \u00e9loignera chaque jour davantage de ce que nous avons cru ou voulu \u00eatre\u2009?<br \/>\nAu d\u00e9but de leur histoire, je connais mal mes personnages. Ils s\u2019imposent et ne se d\u00e9voilent que peu \u00e0 peu. \u00c0 force de les c\u00f4toyer chaque jour, pendant des ann\u00e9es, ils me deviennent tr\u00e8s proches. Ils r\u00e9clament mon attention, m\u2019accaparent et me quittent quand ils ont obtenu de moi ce qu\u2019ils voulaient.<\/p>\n<p><em> J\u2019entends souvent parler de la coh\u00e9rence de votre \u0153uvre, nouvelle et roman, qu\u2019est-ce qui d\u00e9finit \u00e0 votre sens votre style ou le choix de vos sujets\u2026<\/em><\/p>\n<p>Mes sujets naissent, comme je l\u2019ai dit, d\u2019une inqui\u00e9tude, plus pr\u00e9cis\u00e9ment de la rencontre entre une pr\u00e9occupation (consciente ou non) et un \u00e9v\u00e9nement ext\u00e9rieur, fait divers lu dans un journal, propos cueillis au vol, visages crois\u00e9s dans la rue, nouvelles du monde\u2026 Alors surgit une image qui s\u2019anime lentement, en suscite d\u2019autres. Pour ce roman, la premi\u00e8re sc\u00e8ne qui m\u2019est apparue clairement est celle du groupe \u00e9puis\u00e9 dans la clairi\u00e8re, avant la d\u00e9couverte de la maison. Quant au style, il est le fruit de la n\u00e9cessit\u00e9 et de la difficult\u00e9 de traduire au plus pr\u00e8s ce que je vois, ressens et d\u00e9sire communiquer. Cette traduction exige une patiente recherche des mots qui souvent se d\u00e9robent, elle exige de tenir compte non seulement de leur sens mais aussi de leurs couleurs, de leurs sonorit\u00e9s, du rythme des phrases, de la structure du r\u00e9cit avec suffisamment de rigueur pour ne pas h\u00e9siter \u00e0 supprimer une phrase qui sonne bien si elle ne semble pas juste. Et souvent il faut savoir renoncer \u00e0 des moyens qui ont fait leur preuve pour se forger de nouveaux outils. Quant \u00e0 la coh\u00e9rence de tout cela, j\u2019ai de la peine \u00e0 me prononcer. Je n\u2019aime pas me relire. C\u2019est au lecteur d\u2019en d\u00e9cider.<\/p>\n<p><em> Aux dires de votre \u00e9diteur, vous \u00eates assez discr\u00e8te dans la sc\u00e8ne litt\u00e9raire romande. Est-ce une volont\u00e9 de vous prot\u00e9ger? Peut-on toujours dissocier l\u2019\u0153uvre de l\u2019auteur?<\/em><\/p>\n<p>On ne peut pas dissocier l\u2019\u0153uvre de son auteur. Elle se nourrit de sa vie, de toute l\u2019\u00e9paisseur de sa vie. Elle se nourrit m\u00eame de ce qu\u2019il n\u2019avouera jamais, ni aux autres ni \u00e0 lui-m\u00eame, de ce qui se cache au fond de profonds et obscurs labyrinthes qui, quelquefois, par la gr\u00e2ce de l\u2019\u00e9criture, rejoignent ceux du lecteur. Alors le livre lui appartiendra et il se sentira proche de celui qui l\u2019a produit sans \u00e9prouver le besoin de conna\u00eetre sa biographie.<br \/>\nVolont\u00e9 de me prot\u00e9ger, peut-\u00eatre, mais surtout de prot\u00e9ger mon travail. Pour \u00e9crire j\u2019ai besoin de silence et de solitude. Il me faut aussi travailler r\u00e9guli\u00e8rement, descendre lentement, par paliers, d\u2019une version \u00e0 une autre jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re. Rien n\u2019aboutit si je me disperse, si je me laisse distraire.<\/p>\n<p><em> Vous avez re\u00e7u un certain nombre de prix et de distinctions. La reconnaissance de vos pairs est-elle importante?<\/em><\/p>\n<p>Oui, c\u2019est important pour moi qui doute continuellement de la qualit\u00e9 de mes textes comme le sont aussi toutes les marques d\u2019int\u00e9r\u00eat de mes lecteurs. C\u2019est un encouragement qui me donne la force et le droit de continuer.<\/p>\n<p><em>Si vous deviez conseiller \u00e0 nos lecteurs une bonne fa\u00e7on de d\u00e9couvrir vos \u00e9crits, quel livre ou quel recueil de nouvelles lui conseilleriez-vous en premi\u00e8re lecture?<\/em><\/p>\n<p>Quand un lecteur me pose cette question, j\u2019essaie de conna\u00eetre ses go\u00fbts. Est-ce qu\u2019il lit volontiers des nouvelles, est-ce qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re les romans? Je lui parle un peu de mes livres pour qu\u2019il puisse se d\u00e9terminer lui-m\u00eame. Puisque, en l\u2019occurrence, ce dialogue n\u2019est pas possible, je proposerais le dernier recueil de nouvelles ou le dernier roman et, si ces textes ont le bonheur de plaire, de remonter le courant, d\u2019un livre \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p><em>Question subsidiaire mais toujours int\u00e9ressante: quel type de lectrice \u00eates-vous? Quels genres de livres vous transportent?<\/em><\/p>\n<p>Les livres qui \u00e9largissent, transforment mon regard. Ceux qui ne m\u2019entra\u00eenent pas en courant d\u2019une page \u00e0 la suivante dans le seul d\u00e9sir d\u2019en conna\u00eetre le d\u00e9nouement, mais qui me retiennent au contraire, me donnent l\u2019envie de m\u2019attarder dans un monde qui ne m\u2019appartient pas, que je reconnais pourtant comme s\u2019il m\u2019avait attendue. Quand les mots d\u2019un autre deviennent les miens, s\u2019offrent comme un miroir dans lequel je me perds et me retrouve, me d\u00e9couvre \u00e0 la fois diff\u00e9rente et plus proche. Ceux que je referme \u00e0 regret tout en sachant que, d\u00e9sormais, ils feront partie de ma vie.<span class=\"auteurs_art\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<h4><span class=\"auteurs_art\"><br \/>\n<\/span><\/h4>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une atmosph\u00e8re d\u2019\u00e9tranget\u00e9 nimbe la Boisseli\u00e8re, maison de retraite en d\u00e9clin, au milieu des for\u00eats. Des \u00eatres en fuite \u2013 hommes, femmes, enfants \u2013 y trouvent asile puis s\u2019y installent, en entente avec les r\u00e9sidents. D\u2019o\u00f9 viennent-ils? \u00c0 quoi veulent-ils \u00e9chapper? Guerre, invasion, \u00e9pid\u00e9mie? On ne sait. 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