{"id":20247,"date":"2015-01-24T18:00:01","date_gmt":"2015-01-24T18:00:01","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=20247"},"modified":"2021-08-26T14:03:51","modified_gmt":"2021-08-26T12:03:51","slug":"hrw-france-migrants-et-demandeurs-dasile-victimes-de-violence-et-demunis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2015\/01\/24\/hrw-france-migrants-et-demandeurs-dasile-victimes-de-violence-et-demunis\/","title":{"rendered":"HRW | France: migrants et demandeurs d&rsquo;asile victimes de violence et d\u00e9munis"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"node-subtitle\">Il faut enqu\u00eater sur les all\u00e9gations de mauvais traitements par la police \u00e0 Calais et fournir un abri \u00e0 tous.<\/h2>\n<p><em><strong>Analyse publi\u00e9 sur le site de Human Rights Watch (HRW), le 20 janvier 2015. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2015\/01\/20\/france-les-migrants-et-les-demandeurs-dasile-victimes-de-violence-et-demunis\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour lire l&rsquo;analyse sur le site de HRW.<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Les demandeurs d&rsquo;asile et migrants vivant dans le d\u00e9nuement dans la ville portuaire de Calais sont victimes de harc\u00e8lement et d&rsquo;exactions de la part de la police fran\u00e7aise, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch aujourd&rsquo;hui. Les abus d\u00e9crits \u00e0 Human Rights Watch comprennent des passages \u00e0 tabac et des attaques au gaz lacrymog\u00e8ne alors que les migrants et demandeurs d&rsquo;asile marchaient dans la rue ou se cachaient dans des camions dans l&rsquo;espoir de se rendre au Royaume-Uni.<\/p>\n<p>Plusieurs milliers de demandeurs d&rsquo;asile et migrants, la plupart en provenance du Soudan, d\u2019\u00c9rythr\u00e9e et d\u2019\u00c9thiopie, vivent dans des camps de fortune ou dans les rues de Calais. Certains ont affirm\u00e9 que leur traitement par la police, le manque de logements pour les demandeurs d&rsquo;asile et les retards dans le traitement des demandes d&rsquo;asile les avait dissuad\u00e9s de demander l&rsquo;asile en <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/europecentral-asia\/france\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">France<\/a>.<\/p>\n<p>\u00ab<em>Les demandeurs d&rsquo;asile et les migrants ne devraient pas \u00eatre victimes de violences polici\u00e8res en France et aucun demandeur d&rsquo;asile ne devrait \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 vivre dans la rue<\/em>\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/bios\/izza-leghtas\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Izza Leghtas<\/a>, chercheuse de la division Europe de l&rsquo;Ouest \u00e0 Human Rights Watch. \u00ab<em>Offrir des conditions d&rsquo;accueil ad\u00e9quates et un traitement humain aux demandeurs d&rsquo;asile n\u2019est pas seulement une question de respect des obligations l\u00e9gales, c\u2019est \u00e9galement ce qu\u2019il y a lieu de faire pour mettre fin \u00e0 la situation dans laquelle se trouvent de nombreux demandeurs d&rsquo;asile \u00e0 Calais<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p>En novembre et d\u00e9cembre 2014, Human Rights Watch s\u2019est entretenu avec 44 demandeurs d&rsquo;asile et migrants \u00e0 Calais, dont trois enfants. La plupart des entretiens ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s en groupes. Les migrants et les demandeurs d&rsquo;asile ont d\u00e9crit ce qui semble \u00eatre des exactions de routine par des policiers alors qu&rsquo;ils tentaient de se cacher dans des camions ou alors qu&rsquo;ils marchaient dans la ville.<\/p>\n<p>Dix-neuf personnes, dont deux des enfants, ont d\u00e9clar\u00e9 que la police les avait maltrait\u00e9es au moins une fois, notamment par le biais de passages \u00e0 tabac. Huit ont eu des membres fractur\u00e9s ou d\u2019autres blessures visibles, qui, selon leurs dires, ont \u00e9t\u00e9 caus\u00e9es par la police \u00e0 Calais et dans les environs. Vingt et un, dont deux enfants, ont confi\u00e9 que la police les avait asperg\u00e9s de gaz lacrymog\u00e8ne.<\/p>\n<p>En novembre 2014, le directeur d\u00e9partemental de la s\u00e9curit\u00e9 publique, s\u2019adressant aux journalistes, a ni\u00e9 les all\u00e9gations de mauvais traitements. Dans une r\u00e9union avec Human Rights Watch le 16 d\u00e9cembre 2014, des conseillers membres du cabinet du ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur ont assur\u00e9 qu&rsquo;ils n\u2019\u00e9taient pas au courant de cas de violences polici\u00e8res contre les migrants et demandeurs d&rsquo;asile \u00e0 Calais, mais qu\u2019ils m\u00e8neraient des enqu\u00eates si les all\u00e9gations \u00e9taient fond\u00e9es sur des \u00abfaits pr\u00e9cis\u00bb. Le 14 janvier 2015, le pr\u00e9fet du d\u00e9partement du Pas-de-Calais a ni\u00e9 tout usage injustifi\u00e9 de la force par la police \u00e0 l\u2019encontre des migrants \u00e0 Calais.<\/p>\n<p>La France est confront\u00e9e \u00e0 une crise de l\u2019h\u00e9bergement pour les demandeurs d&rsquo;asile. Actuellement, seulement un tiers des personnes qui demandent l&rsquo;asile en France sont log\u00e9es dans des centres d&rsquo;accueil pour demandeurs d&rsquo;asile (CADA). En d\u00e9cembre 2013, <a href=\"http:\/\/www.asylumineurope.org\/news\/02-06-2014\/updated-aida-report-shows-access-accommodation-asylum-seekers-remains-problematic\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">15&rsquo;000<\/a> demandeurs d&rsquo;asile \u00e9taient sur une liste d&rsquo;attente pour obtenir une place dans un centre d&rsquo;accueil. Le temps d&rsquo;attente \u00e9tait de 12 mois en moyenne. Un projet de loi devant le Parlement vise \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer les proc\u00e9dures d&rsquo;asile et \u00e0 augmenter les h\u00e9bergements disponibles dans les centres d&rsquo;accueil pour demandeurs d&rsquo;asile dans tout le pays.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il y ait eu des demandeurs d&rsquo;asile et des migrants \u00e0 Calais depuis plus d&rsquo;une d\u00e9cennie, en raison de sa proximit\u00e9 avec le Royaume-Uni par train et par bateau, leur nombre a fortement augment\u00e9 depuis le printemps 2014. Le 14 janvier 2015, Denis Robin, pr\u00e9fet du Pas-de-Calais a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu\u2019il y avait environ 2300 demandeurs d&rsquo;asile et migrants dans la r\u00e9gion de Calais. \u00c0 la mi-d\u00e9cembre 2014, des organisations non gouvernementales locales ont estim\u00e9 que 200\u00a0femmes et jeunes enfants vivaient dans des campements et que 50 femmes et jeunes enfants se trouvaient dans un centre g\u00e9r\u00e9 par une organisation locale.<\/p>\n<p>La plupart des migrants et des demandeurs d&rsquo;asile \u00e0 Calais n\u2019ont pas d&rsquo;abri contre le froid et la pluie, pas d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 des installations sanitaires et un acc\u00e8s tr\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;eau courante. Un grand nombre d\u2019entre eux d\u00e9pendent de la nourriture fournie par des organisations de solidarit\u00e9 et des b\u00e9n\u00e9voles locaux.<\/p>\n<p>Pourtant, la r\u00e9ponse du gouvernement fran\u00e7ais aux mauvaises conditions de vie \u00e0 Calais a \u00e9t\u00e9 insuffisante et lente. Le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur avait annonc\u00e9 en novembre qu&rsquo;un centre d\u2019accueil de jour serait mis \u00e0 disposition pour fournir des douches, des repas ainsi qu\u2019une assistance juridique \u00e0 1500 demandeurs d&rsquo;asile et migrants \u00e0 partir de janvier 2015. Mais le 15\u00a0janvier\u00a02015, seuls des services limit\u00e9s \u00e9taient disponibles sur le site jusqu\u2019en avril 2015. D\u2019apr\u00e8s l\u2019 association Vie Active qui g\u00e8re le centre, l\u2019h\u00e9bergement de nuit ne serait disponible qu\u2019en mars 2015 et ne concernera que <a href=\"http:\/\/www.lavoixdunord.fr\/region\/les-premiers-repas-distribues-ce-jeudi-au-centre-pour-ia33b48581n2602421\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">100<\/a>\u00a0femmes et jeunes enfants.<\/p>\n<p>Le gouvernement finance une autre association, Solid\u2019R, pour g\u00e9rer un hangar \u00e0 Calais dans lequel des migrants peuvent dormir la nuit, dont l\u2019ouverture est obligatoire lorsque la temp\u00e9rature ressentie est de moins cinq degr\u00e9s Celsius ou inf\u00e9rieure. Les autorit\u00e9s ont la latitude de le laisser ouvert m\u00eame lorsque la temp\u00e9rature est au-dessus des moins cinq degr\u00e9s ressentis. Ce hangar a ouvert le 26\u00a0d\u00e9cembre 2014 et a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 le 2 janvier 2015, puis a ouvert \u00e0 nouveau le 14 janvier 2015 du fait de vents violents dans la r\u00e9gion. Le 5 janvier 2015, l\u2019association qui g\u00e8re ce hangar a inform\u00e9 Human Rights Watch que sa capacit\u00e9 maximale \u00e9tait de 500 places, soit un tiers des 1\u00a0500 places promises par le gouvernement. M.\u00a0Denis Robin a inform\u00e9 Human Rights Watch que, si n\u00e9cessaire, la capacit\u00e9 du hangar pourrait \u00eatre augment\u00e9e pour atteindre les1\u00a0500 places promises par le gouvernement, mais que des travaux de r\u00e9novation seraient n\u00e9cessaires. Une installation similaire \u00e9tait disponible les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, mais avec une capacit\u00e9 limit\u00e9e \u00e0 120 places.<\/p>\n<p>Des officiels ont inform\u00e9 Human Rights Watch en d\u00e9cembre 2014 et janvier 2015 que des mesures avaient \u00e9t\u00e9 prises pour inscrire et traiter les demandes d&rsquo;asile rapidement. Ils ont d\u00e9clar\u00e9 que le nombre de demandes d\u2019asile avait fortement augment\u00e9 en 2014. Ils ont \u00e9galement affirm\u00e9 que 422 places dans des centres d\u2019accueil avaient \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es a des demandeurs d\u2019asiles venant de Calais, et que 500 places additionnelles allaient \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 disposition dans des centres d&rsquo;accueil en dehors de Calais pour accueillir les personnes qui demandent l&rsquo;asile \u00e0 Calais, bien que l\u2019on ignore comment ces places seront attribu\u00e9es et quand elles seront toutes disponibles.<\/p>\n<p>Bien que ces mesures constituent une am\u00e9lioration, la situation demeure \u00e9prouvante pour de nombreux migrants et demandeurs d\u2019asile et les nouvelles installations sont rudimentaires. Le gouvernement fran\u00e7ais doit intensifier ses efforts pour faire en sorte que tous les demandeurs d&rsquo;asile \u2013 y compris ceux qui sont couverts par le <abbr class='c2c-text-hover' title='En vertu du R\u00e8glement Dublin, chaque demande d\u2019asile d\u00e9pos\u00e9e sur le territoire d\u2019un \u00c9tat Dublin n\u2019est examin\u00e9e que par un seul \u00c9tat membre.'>R\u00e8glement Dublin<\/abbr> \u2013 soient log\u00e9s sans d\u00e9lai comme l\u2019exige la l\u00e9gislation europ\u00e9enne, selon Human Rights Watch. Le gouvernement devrait envisager de rendre l&rsquo;abri d&rsquo;urgence disponible ind\u00e9pendamment de la temp\u00e9rature ressentie et s\u2019assurer qu&rsquo;il y ait suffisamment de places pour tous les migrants sans papiers qui dorment dehors.<\/p>\n<p>Le gouvernement fran\u00e7ais devrait \u00e9galement enqu\u00eater imm\u00e9diatement sur les t\u00e9moignages de violence polici\u00e8re \u00e0 l\u2019encontre des demandeurs d&rsquo;asile et des migrants \u00e0 Calais et garantir que toute personne reconnue responsable de tels actes soit amen\u00e9e \u00e0 rendre des comptes. Le gouvernement devrait fournir des directives claires aux policiers sp\u00e9cifiant l&rsquo;interdiction de l&rsquo;utilisation injustifi\u00e9e et disproportionn\u00e9e de la force, notamment des gaz lacrymog\u00e8nes.<\/p>\n<p>\u00ab<em>Le gouvernement fran\u00e7ais devrait mettre un terme \u00e0 toute violence polici\u00e8re et honorer son engagement \u00e0 fournir rapidement un logement aux demandeurs d&rsquo;asile<\/em>\u00bb, a conclu Izza Leghtas. \u00ab<em>Une solution durable \u00e0 la crise \u00e0 Calais est attendue depuis longtemps<\/em>.\u00bb<\/p>\n<h3><strong>Migrants et demandeurs d&rsquo;asile \u00e0 Calais<\/strong><\/h3>\n<p>Les demandeurs d&rsquo;asile et les migrants ont v\u00e9cu dans des camps de fortune et dans la rue dans la r\u00e9gion de Calais depuis que le gouvernement fran\u00e7ais a ferm\u00e9 un centre g\u00e9r\u00e9 par la Croix-Rouge \u00e0 Sangatte, pr\u00e8s de Calais, en 2002. Le centre avait la capacit\u00e9 d\u2019accueillir 700 personnes, mais en accueillait jusqu&rsquo;\u00e0 2000. Il a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 par les gouvernements fran\u00e7ais et britannique comme un facteur d&rsquo;attraction pour les migrants sans papiers cherchant \u00e0 entrer au Royaume-Uni.<\/p>\n<p>Des centaines de personnes ont \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9es par les autorit\u00e9s en septembre 2009. Le nombre de demandeurs d&rsquo;asile et de migrants a ensuite diminu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 environ 200, mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2014, les chiffres ont de nouveau augment\u00e9, avec des personnes fuyant les conflits et la r\u00e9pression au Soudan, en Syrie, en \u00c9rythr\u00e9e et en \u00c9thiopie. Des centaines de personnes ont \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9es de camps de fortune \u00e0 Calais en mai et juillet 2014, dans la majorit\u00e9 des cas sans qu\u2019aucune alternative d\u2019h\u00e9bergement ad\u00e9quate ne soit propos\u00e9e.<\/p>\n<p>La plupart des demandeurs d&rsquo;asile et migrants que Human Rights Watch a interrog\u00e9s ont d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;ils \u00e9taient arriv\u00e9s en Europe par l&rsquo;Italie, mais qu&rsquo;ils n\u2019y \u00e9taient pas rest\u00e9s en raison des mauvaises conditions d\u2019accueil.<\/p>\n<p>La r\u00e9glementation de Dublin de l&rsquo;UE permet aux pays europ\u00e9ens de renvoyer les demandeurs d&rsquo;asile vers le premier pays de l&rsquo;UE dans lequel ils sont entr\u00e9s, o\u00f9 ils sont identifi\u00e9s par leurs empreintes digitales dans une base de donn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle europ\u00e9enne. Un grand nombre de demandeurs d&rsquo;asile \u00e0 Calais ont confi\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;ils \u00e9vitaient de fournir leurs empreintes digitales en Italie ou en France.<\/p>\n<p>La pr\u00e9f\u00e9rence par un demandeur d&rsquo;asile d\u2019obtenir une protection dans un pays plut\u00f4t qu\u2019un autre n&rsquo;a aucune incidence sur la validit\u00e9 de sa demande d&rsquo;asile.<\/p>\n<h3><strong>Rapports de violences polici\u00e8res<\/strong><\/h3>\n<p>Rosa, 25 ans, qui a indiqu\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait ressortissante d\u2019\u00c9rythr\u00e9e, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que le 14 novembre 2014, des policiers l&rsquo;ont battue quand ils l&rsquo;ont trouv\u00e9e dans un camion sur l&rsquo;autoroute. Comme pour les autres personnes interrog\u00e9es, elle est identifi\u00e9e seulement par son pr\u00e9nom, pour sa protection. Les pr\u00e9noms de certaines personnes interrog\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9s \u00e0 leur demande.<\/p>\n<p>\u00ab<em>La police a examin\u00e9 le camion et m&rsquo;a trouv\u00e9e<\/em>\u00bb, a-t-elle confi\u00e9. \u00ab<em>J\u2019ai dit<\/em>: \u2018S\u2019il vous pla\u00eet aidez-moi\u2019, <em>mais ils m\u2019ont battue et je me suis effondr\u00e9e devant le camion. Ils m\u2019ont rou\u00e9e de coups de pieds sur le sol<\/em>.\u00bb Rosa a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;elle a perdu connaissance et s\u2019est r\u00e9veill\u00e9e dans la salle des urgences \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Quand Human Rights Watch s\u2019est entretenu avec elle le 25\u00a0novembre dans un h\u00f4pital de Calais o\u00f9 elle avait \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e de la jambe droite, elle a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;elle devrait encore passer six semaines \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Human Rights Watch n&rsquo;a pas pu v\u00e9rifier la cause de sa blessure.<\/p>\n<p>Salamou, 28 ans, originaire d\u2019\u00c9rythr\u00e9e, a d\u00e9clar\u00e9 que trois policiers l&rsquo;ont battu pr\u00e8s d&rsquo;une station essence dans la soir\u00e9e du 25 novembre 2014.<\/p>\n<p>\u00ab<em>Je marchais, normalement<\/em>\u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9. \u00ab<em>Quatre policiers sont sortis de leur camionnette et m\u2019ont frapp\u00e9 \u00e0 coups de bottes et de matraque. Apr\u00e8s m\u2019avoir frapp\u00e9, un policier a dirig\u00e9 une lampe sur moi et m&rsquo;a ri au nez<\/em>. \u2018Aidez-moi\u2019, <em>ai-je suppli\u00e9, mais il a ri. Ils m\u2019ont donn\u00e9 des coups de pieds alors que j\u2019\u00e9tais \u00e0 terre, comme un chien<\/em>.\u00bb Quand Human Rights Watch a interrog\u00e9 Salamou, le lendemain du jour o\u00f9 il affirme avoir \u00e9t\u00e9 battu par la police, il avait des blessures visibles sur le nez.<\/p>\n<p>\u00ab<em>Il y a de bons policiers et de mauvais policiers<\/em>\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Ahmed Ibrahim, 17 ans, demandeur d&rsquo;asile en provenance du Soudan et vivant dans un camp de fortune \u00e0 Calais. Il a affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que deux policiers l\u2019avaient rou\u00e9 de coups de pied quand il est sorti d&rsquo;une voiture vide, o\u00f9 il \u00e9tait assis avec trois hommes \u00e0 l&rsquo;abri de la pluie. \u00ab<em>Je voulais demander l&rsquo;asile ici, mais avec cette violence, je pr\u00e9f\u00e8re qu&rsquo;ils me renvoient au Soudan. Je ne vais pas rester en France. Ils<\/em> [les policiers] <em>vous frappent, les gens vous jettent des \u0153ufs dessus. J\u2019ai eu une mauvaise image de la France.\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Mohammad, 32 ans, originaire du Soudan, a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;il marchait dans la rue \u00e0 midi le 2\u00a0novembre 2014 quand un agent de police l&rsquo;a frapp\u00e9 dans le dos avec une matraque. \u00abJ\u2019ai couru et je suis tomb\u00e9 dans un trou<\/em>\u00bb, a-t-il confi\u00e9. \u00ab<em>La police a appel\u00e9 une ambulance. J\u2019ai pass\u00e9 20 jours \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, mon bras \u00e9tait cass\u00e9 en trois endroits<\/em>.\u00bb Il avait un bras dans le pl\u00e2tre au moment de l&rsquo;entretien.<\/p>\n<p>Le 3 d\u00e9cembre 2014, \u00abAziz\u00bb, un ressortissant d\u2019Afghanistan \u00e2g\u00e9 de 29 ans, a d\u00e9clar\u00e9 que des policiers l&rsquo;avaient battu trois jours plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>\u00ab<em>J\u2019\u00e9tais dans la rue en train d\u2019utiliser le Wifi sur mon t\u00e9l\u00e9phone vers 23 heures<\/em>\u00bb, a-t-il expliqu\u00e9. \u00ab<em>Quand ils<\/em> [les policiers] <em>sont arriv\u00e9s, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 courir, ils m\u2019ont pouss\u00e9 au sol [&#8230;] Un policier m&rsquo;a pouss\u00e9, j\u2019\u00e9tais par terre, ils m\u2019ont asperg\u00e9<\/em> [de gaz lacrymog\u00e8ne] <em>et quand je me suis retourn\u00e9, ils m\u2019ont frapp\u00e9. J\u2019avais du sang sur le visage, sous mon \u0153il, sur le nez et le genou. Je n\u2019ai rien vu parce qu&rsquo;ils m\u2019ont d\u2019abord asperg\u00e9 puis ils m\u2019ont frapp\u00e9 aux jambes, sur tout le corps<\/em>.\u00bb Une chercheuse de Human Rights Watch a vu des traces de blessures sur le visage d\u2019Aziz et des trous aux genoux de ses pantalons, dont il a affirm\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient dus au fait qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9 et battu sur le sol.<\/p>\n<p>Aziz a d\u00e9clar\u00e9 que des policiers l\u2019avaient \u00e9galement battu 20 jours plus t\u00f4t quand ils l\u2019ont trouv\u00e9 cach\u00e9 dans un camion sur l&rsquo;autoroute. \u00ab<em>Ils m\u2019ont frapp\u00e9 avec leurs mains, m&rsquo;ont donn\u00e9 des coups de poing au visage, mon nez saignait<\/em>. [Ils m\u2019ont battu] <em>avec un b\u00e2ton sur le corps, puis ils m\u2019ont sorti du camion et ont dit<\/em>: \u2018Allez! Va dans la jungle!\u2019\u00bb La jungle est une r\u00e9f\u00e9rence au plus grand des camps de fortune o\u00f9 les demandeurs d&rsquo;asile cherchent refuge.<\/p>\n<p>Le 26 novembre 2014, Kader, 24 ans, originaire d\u2019\u00c9thiopie, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch dans la salle d&rsquo;attente des urgences d\u2019un h\u00f4pital de Calais: \u00ab<em>J\u2019\u00e9tais sur la route, sur mon v\u00e9lo, hier \u00e0 17\u00a0heures. Un fourgon de police blanc avec une ligne bleue<\/em> [ce qui correspond \u00e0 la description d&rsquo;une camionnette appartenant \u00e0 la police anti-\u00e9meute fran\u00e7aise] <em>s\u2019est arr\u00eat\u00e9. Cinq policiers sont sortis, l&rsquo;un d&rsquo;eux m\u2019a pouss\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9paule et je suis tomb\u00e9 sur mon bras droit. Il m&rsquo;a donn\u00e9 un coup de pied, ensuite il m\u2019a asperg\u00e9 le visage<\/em>.\u00bb\u00a0Quand une chercheuse de Human Rights Watch a rencontr\u00e9 Kader une semaine plus tard, son bras \u00e9tait dans un pl\u00e2tre de r\u00e9sine et dans une \u00e9charpe, confectionn\u00e9e avec un foulard.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises pr\u00e9tendent que le gaz lacrymog\u00e8ne n\u2019est utilis\u00e9 que pour dissuader des groupes compos\u00e9s de nombreux migrants cherchant \u00e0 grimper sur des camions. Mais les migrants ont affirm\u00e9 qu&rsquo;il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 dans d&rsquo;autres situations. Mohammad, 26 ans, originaire du Soudan, a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab <em>Ils<\/em> [les policiers] <em>vous aspergent comme si vous \u00e9tiez un insecte. Cela nous est arriv\u00e9 \u00e0 tous dans la rue<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Souhail, 20 ans, originaire d&rsquo;Iran, a expliqu\u00e9 : \u00ab\u00a0<em>Les policiers m&rsquo;ont asperg\u00e9 trois fois quand j\u2019\u00e9tais dans le camion. J\u2019\u00e9tais seul. Les trois fois, c\u2019\u00e9tait il y a environ un mois. Les policiers ont ouvert la porte et avant de dire quoi que ce soit ils m\u2019ont asperg\u00e9 le visage, je ne pouvais rien voir et deux fois ils m\u2019ont frapp\u00e9 avec leurs bottes et leurs mains<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lina, 25 ans, originaire d\u2019Erythr\u00e9e, a affirm\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait tomb\u00e9e depuis le bord escarp\u00e9 de l\u2019autoroute pr\u00e8s du plus grand camp de Calais lorsque des policiers lui ont asperg\u00e9 le visage alors qu&rsquo;elle tentait de monter dans un camion avec un groupe. \u00ab<em>Nous voulions aller dans<\/em> [le camion], <em>les policiers sont venus, ils ont dit<\/em> \u2018Allez! Allez!\u2019 <em>et m\u2019ont asperg\u00e9e dans les yeux, je suis tomb\u00e9e<\/em>\u00bb, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9.<\/p>\n<p>Dans un <a href=\"http:\/\/www.lavoixdunord.fr\/region\/calais-et-les-migrants-vus-par-le-chef-de-la-police-du-ia33b48581n2524428\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">entretien avec les m\u00e9dias<\/a> le 30 novembre 2014, Thierry Alonso, le directeur sortant de la s\u00e9curit\u00e9 publique pour le d\u00e9partement du Pas-de-Calais et chef de la police dans la r\u00e9gion de Calais, a ni\u00e9 tout mauvais traitement de la part des responsables de l&rsquo;application des lois contre les migrants. Il a affirm\u00e9: \u00ab<em>Quelles que soient les accusations contre les policiers et les gendarmes qui assurent leur mission sous mon autorit\u00e9, tout ce qui peut \u00eatre dit est infond\u00e9. Il n\u2019y a eu ni bless\u00e9s, ni violences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des migrants<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p>Lors d\u2019un entretien avec Human Rights Watch le 16 d\u00e9cembre 2014, le conseiller du ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur sur les questions de police a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019 \u00ab<em>Aucune violence polici\u00e8re n\u2019est tol\u00e9r\u00e9e<\/em>\u00bb et que m\u00eame s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas au courant de cas de violence polici\u00e8re contre les migrants et demandeurs d&rsquo;asile \u00e0 Calais, toute all\u00e9gation bas\u00e9e sur des faits pr\u00e9cis serait examin\u00e9e.<\/p>\n<p>Le 14 janvier 2015, Denis Robin, le pr\u00e9fet du d\u00e9partement du Pas-de-Calais a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que bien qu\u2019il y ait des bless\u00e9s parmi les migrants \u00e0 Calais, leurs blessures proviennent de leurs tentatives de passage au Royaume-Uni ou sont caus\u00e9es par d\u2019autres migrants. Il a ni\u00e9 que des blessures aient \u00e9t\u00e9 caus\u00e9es par un usage excessif et injustifi\u00e9 de la force par la police.<\/p>\n<p>L\u2019usage excessif et injustifi\u00e9 de la force par la police est interdit par le droit p\u00e9nal fran\u00e7ais et constitue \u00e9galement une violation de la Convention europ\u00e9enne des droits de l&rsquo;homme (<abbr class='c2c-text-hover' title='Convention europ\u00e9enne des droits de l&#039;homme'>CEDH<\/abbr>) et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auxquels la France est partie. Selon les <a href=\"http:\/\/www.ohchr.org\/FR\/ProfessionalInterest\/Pages\/UseOfForceAndFirearms.aspx\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Principes de base<\/a> des Nations Unies (ONU) sur le recours \u00e0 la force et l\u2019utilisation des armes \u00e0 feu par les responsables de l&rsquo;application des lois, ceux-ci dans l&rsquo;exercice de leurs fonctions ne peuvent recourir \u00e0 la force \u00ab<em>que si les autres moyens restent sans effet ou ne permettent pas d&rsquo;escompter le r\u00e9sultat d\u00e9sir\u00e9<\/em>.\u00bb Si l&rsquo;utilisation l\u00e9gitime de la force est in\u00e9vitable, les responsables de l&rsquo;application de la loi doivent faire preuve de mod\u00e9ration et ne pas utiliser plus de force que celle qui est proportionn\u00e9e pour atteindre un objectif l\u00e9gitime tel que la protection de la s\u00e9curit\u00e9 personnelle.<\/p>\n<h3><strong>Conditions de vie pr\u00e9caires<\/strong><\/h3>\n<p><strong><em>Manque d&rsquo;abris, d&rsquo;eau et d&rsquo;installations sanitaires<\/em><\/strong><\/p>\n<p>En novembre et d\u00e9cembre 2014, Human Rights Watch s\u2019est rendu dans quatre campements de fortune \u00e0 Calais et a rencontr\u00e9 un groupe de demandeurs d&rsquo;asile vivant dans la rue. Des centaines de personnes, notamment des femmes et de tr\u00e8s jeunes enfants, dormaient dans des tentes, sur des matelas en plein air, avec peu ou pas d&rsquo;abri contre le froid. Lors de la visite de Human Rights Watch, la temp\u00e9rature est descendue \u00e0 1 degr\u00e9 Celsius au cours de la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Aucun des camps ne dispose d&rsquo;installations sanitaires et l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;eau est limit\u00e9. Les personnes s\u2019approvisionnent \u00e0 la source d&rsquo;eau la plus proche. L\u2019un des camps a une source d&rsquo;eau, mais les personnes dans les autres endroits devaient marcher entre 300 m\u00e8tres et 2 km pour trouver de l&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Les organisations locales estiment que 800 \u00e0 900 personnes vivent dans le plus grand camp, compos\u00e9 de deux sites proches l\u2019un de l&rsquo;autre, appel\u00e9 localement \u00ab<em>la jungle<\/em>\u00bb. L\u2019un se trouve sur le site d&rsquo;une usine chimique et comprend une salle de sport couverte o\u00f9 plus de 100 personnes dorment dans des tentes ou sur le sol. L&rsquo;autre site est situ\u00e9 dans un bois \u00e0 proximit\u00e9. Les organisations locales estiment que 200 femmes et enfants, y compris de jeunes enfants, vivent dans ces deux camps.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un centre de jour ouvre partiellement le 15 janvier 2015, des organismes de solidarit\u00e9 locaux fournissaient un repas par jour \u00e0 environ 700 demandeurs d&rsquo;asile et migrants dans le centre-ville. Pour nombre d\u2019entre eux, c\u2019est leur seul repas de la journ\u00e9e et ils doivent s\u2019y rendre \u00e0 pied puis faire la queue dans le froid pour recevoir la nourriture. Le nouveau centre est situ\u00e9 \u00e0 9\u00a0kilom\u00e8tres de l\u2019un des grands camps de fortune \u00e0 Calais. La maire de Calais a <a href=\"http:\/\/www.lavoixdunord.fr\/region\/migrants-a-calais-natacha-bouchart-propose-maintenant-un-ia33b48581n2604511\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">interdit<\/a> la distribution de repas dans des endroits autres que le nouveau centre, bien que l\u2019un des organismes de solidarit\u00e9 ait dit qu\u2019il continuerait de distribuer des repas aux personnes vivant dans ce camp deux fois par semaine.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9occupations les plus courantes cit\u00e9es par les personnes vivant dans les camps ont \u00e9t\u00e9 le froid et le manque d&rsquo;acc\u00e8s aux installations sanitaires. L&rsquo;organisation humanitaire M\u00e9decins du Monde fournit des douches une fois par semaine dans deux camps ainsi qu\u2019aux femmes et aux enfants vivant dans le plus grand camp, d&rsquo;une capacit\u00e9 de 20 \u00e0 25 douches par visite.<\/p>\n<p>Zeinab, une femme de 23 ans originaire d\u2019\u00c9thiopie vivant avec son mari dans le plus grand camp, a expliqu\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;elle se lave dehors avec une feuille de plastique autour d&rsquo;elle. \u00ab<em>Plus que le manque de nourriture, ne pas avoir une salle de bains est un probl\u00e8me plus important<\/em>\u00bb, a-t-elle confi\u00e9.<\/p>\n<p>Isabelle Bruand, coordinatrice de M\u00e9decins du Monde dans la r\u00e9gion Nord-Pas-de-Calais, a d\u00e9crit les conditions de vie des demandeurs d&rsquo;asile et des migrants \u00e0 Calais comme \u00ab<em>inacceptables et catastrophiques<\/em>\u00bb. La coordinatrice a \u00e9num\u00e9r\u00e9 des probl\u00e8mes de peau comme la gale, des maux d&rsquo;estomac et des maux de t\u00eate dus \u00e0 l\u2019insuffisance de nourriture, des probl\u00e8mes respiratoires en raison de l&rsquo;humidit\u00e9, des probl\u00e8mes de dos et des maux de dents comme cons\u00e9quences directes ou indirectes de ces conditions de vie.<\/p>\n<p><strong><em>R\u00e9ticence \u00e0 demander l&rsquo;asile en France<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des personnes que Human Rights Watch a interrog\u00e9es ont d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;elles voulaient demander l&rsquo;asile, mais un grand nombre d\u2019entre elles ont indiqu\u00e9 qu&rsquo;elles ne l\u2019ont pas fait en France en raison d&rsquo;un manque d\u2019h\u00e9bergement pour les demandeurs d&rsquo;asile, ainsi que de la violence polici\u00e8re et de l&rsquo;hostilit\u00e9 de la part de certaines parties de la population locale. Certaines personnes ont \u00e9galement mentionn\u00e9 la longueur de la proc\u00e9dure d&rsquo;asile comme facteur de dissuasion.<\/p>\n<p>La proc\u00e9dure ordinaire de demande d&rsquo;asile en France dure plus de deux ans. Le projet de loi devant le Parlement a pour objectif de r\u00e9duire cette p\u00e9riode \u00e0 neuf mois.<\/p>\n<p>Abdallah, 21 ans, originaire du Soudan, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch le 3 d\u00e9cembre 2014 qu&rsquo;il avait v\u00e9cu dans le plus grand camp de fortune de Calais pendant quatre mois.<\/p>\n<p>\u00ab<em>J\u2019ai des amis qui ont donn\u00e9 leurs empreintes digitales il y a quatre mois et ils vivent avec nous dans la<\/em> \u00abjungle\u00bb. <em>Donc, je pr\u00e9f\u00e8re essayer d&rsquo;aller au Royaume-Uni<\/em>\u00bb, a-t-il affirm\u00e9. \u00ab<em>La vie est tr\u00e8s, tr\u00e8s dure. Il y a des probl\u00e8mes partout: la salle de bains, un repas par jour est fourni par Salam<\/em> [l&rsquo;organisme de solidarit\u00e9 local], <em>parfois nous recevons de l&rsquo;aide des personnes ici et nous sommes reconnaissants, mais ce n\u2019est pas ce que nous attendions<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab<em>Les personnes qui ont donn\u00e9 leurs empreintes digitales<\/em> [en France] <em>vivent ici avec nous<\/em>\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Nasr Eddin, un ressortissant originaire du Soudan \u00e2g\u00e9 de 30 ans vivant dans un camp \u00e0 Calais. \u00ab<em>Je voudrais faire une demande d&rsquo;asile mais le probl\u00e8me c\u2019est l\u2019h\u00e9bergement, le froid, la nourriture<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abAshraf\u00bb, un demandeur d&rsquo;asile \u00e2g\u00e9 de 25 ans en provenance du Soudan vivant \u00e9galement dans un camp, a indiqu\u00e9: \u00ab<em>Nous n\u2019avons pas d\u2019endroit o\u00f9 nous laver, o\u00f9 prier. La France c\u2019est bien, mais elle<\/em> [la proc\u00e9dure d&rsquo;asile] <em>prend du temps<\/em>. <em>O\u00f9 dormez-vous, o\u00f9 mangez-vous? Je voudrais demander l&rsquo;asile en France, mais il n&rsquo;y a aucun endroit o\u00f9 habiter<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p>Mohammad Moussa, 27 ans, demandeur d&rsquo;asile en provenance du Soudan vivant dans un camp \u00e0 Calais, a d\u00e9clar\u00e9: \u00ab<em>Les gens savent que la vie au Royaume-Uni est difficile et co\u00fbteuse. La France c\u2019est beaucoup mieux. Mais ici, vous \u00eates sous la pluie, dans le froid, vous tombez malade. Au Royaume-Uni, j\u2019aurai un h\u00e9bergement et la proc\u00e9dure d&rsquo;asile sera plus rapide<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p>Salamou, l&rsquo;homme \u00e9rythr\u00e9en battu par la police, a affirm\u00e9 qu&rsquo;il avait pr\u00e9vu de demander l&rsquo;asile en France, mais apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 battu par la police, il a chang\u00e9 d&rsquo;avis et il essayait d&rsquo;aller au Royaume-Uni.<\/p>\n<p><strong><em>R\u00e9ponse inad\u00e9quate du gouvernement fran\u00e7ais<\/em><\/strong><\/p>\n<p>En novembre 2014, le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur Bernard Cazeneuve a fait une annonce \u00e0 propos de l&rsquo;ouverture d&rsquo;un centre de jour \u2013 o\u00f9 les repas seront distribu\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur &#8211; pour 1500 demandeurs d&rsquo;asile et migrants \u00e0 Calais, en disant qu&rsquo;il allait ouvrir en janvier. Mais seuls certains services\u2013repas, toilettes, eau et chargement de t\u00e9l\u00e9phones portables \u2013 \u00e9taient disponibles sur le site d\u00e8s le 15 janvier 2015. L\u2019ensemble des services du centre, avec 60 douches et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019assistance juridique, ne seront disponibles qu\u2019\u00e0 partir d\u2019avril. Le site comprendra des espaces modulaires s\u00e9par\u00e9s, avec 20 douches, pouvant accueillir 100 femmes et jeunes enfants \u00e0 temps plein, mais ces nouveaux espaces n\u2019ouvriront que le 20 mars 2015. Selon le pr\u00e9fet et un conseiller au minist\u00e8re du Logement, ces espaces pourraient potentiellement \u00eatre \u00e9tendus pour accueillir plus de personnes vuln\u00e9rables si n\u00e9cessaire. Les hommes continueront d&rsquo;\u00eatre sans abri pendant la nuit.<\/p>\n<p>Selon l&rsquo;article 13 de la directive de l\u2019Union europ\u00e9enne du 27 janvier 2003, \u00e9tablissant les normes minimales pour l&rsquo;accueil des demandeurs d&rsquo;asile (la directive d\u2019accueil), les \u00c9tats membres de l&rsquo;UE doivent fournir des \u00ab\u00a0conditions mat\u00e9rielles d&rsquo;accueil qui permettent de garantir un niveau de vie ad\u00e9quat pour la sant\u00e9 et d&rsquo;assurer la subsistance des demandeurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au regard du droit fran\u00e7ais, les demandeurs d&rsquo;asile ont le droit au logement dans un centre d&rsquo;accueil de l&rsquo;\u00c9tat, ou <em>centre d&rsquo;accueil pour les demandeurs d&rsquo;asile <\/em>(CADA), o\u00f9 ils re\u00e7oivent \u00e9galement un soutien social et administratif en attendant que leur demande d&rsquo;asile soit trait\u00e9e.<\/p>\n<p>Le <span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"http:\/\/abonnes.lemonde.fr\/societe\/article\/2014\/11\/12\/calais-500-places-supplementaires-votees-pour-le-centre-d-accueil-pour-migrants_4522566_3224.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Parlement<\/a><\/span> a approuv\u00e9 en novembre 2014 l\u2019ouverture de 500 places suppl\u00e9mentaires dans les centres d&rsquo;accueil dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions de France, afin de recevoir des demandeurs d&rsquo;asile de Calais. Le 3 d\u00e9cembre 2014, le pr\u00e9fet, repr\u00e9sentant du gouvernement dans la r\u00e9gion Nord-Pas-de-Calais, a annonc\u00e9 qu\u2019un hangar serait disponible pour accueillir jusqu\u2019\u00e0 1500 migrants \u00e0 Calais les nuits o\u00f9 la temp\u00e9rature ressentie atteindrait moins cinq degr\u00e9s Celsius ou moins. Le hangar a ouvert le 26 d\u00e9cembre 2014 mais il a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 le 2 janvier 2015 lorsque la temp\u00e9rature est remont\u00e9e. Il a ouvert \u00e0 nouveau le 14 janvier 2015 \u00e0 cause de vents forts dans les environs de Calais. L\u2019association qui g\u00e8re ce hangar a inform\u00e9 Human Rights Watch le 5 janvier 2015 que sa capacit\u00e9 maximale est de 500 places.<\/p>\n<p>Le gouvernement fran\u00e7ais devrait respecter ses obligations en vertu de la directive de l\u2019UE sur les conditions d\u2019accueil et fournir un logement sans d\u00e9lai \u00e0 tous les demandeurs d&rsquo;asile en attendant que leurs demandes soient trait\u00e9es, y compris les personnes qui indiquent leur intention de demander l&rsquo;asile. Le gouvernement devrait \u00e9galement travailler avec les associations humanitaires et non gouvernementales afin de mettre en place l&rsquo;h\u00e9bergement d&rsquo;urgence pour tout migrant sans papiers sans abri \u00e0 Calais, en particulier pendant les mois d&rsquo;hiver.<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les demandeurs d&rsquo;asile et migrants vivant dans le d\u00e9nuement dans la ville portuaire de Calais sont victimes de harc\u00e8lement et d&rsquo;exactions de la part de la police fran\u00e7aise, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch aujourd&rsquo;hui. Les abus d\u00e9crits \u00e0 Human Rights Watch comprennent des passages \u00e0 tabac et des attaques au gaz lacrymog\u00e8ne alors que les migrants et demandeurs d&rsquo;asile marchaient dans la rue ou se cachaient dans des camions dans l&rsquo;espoir de se rendre au Royaume-Uni.<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[160,155,162],"tags":[1106,1159,442],"ve_numero":[],"pays":[354],"ve_type":[1073],"ve_action":[1050],"class_list":["post-20247","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites","category-documentation","category-publications","tag-calais","tag-documentation","tag-police","pays-france","ve_type-rapport-recherche","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20247","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20247"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20247\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20247"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20247"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20247"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=20247"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=20247"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=20247"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=20247"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}