{"id":22253,"date":"2015-04-08T05:32:03","date_gmt":"2015-04-08T05:32:03","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=22253"},"modified":"2021-08-29T22:33:30","modified_gmt":"2021-08-29T20:33:30","slug":"le-courrier-de-lenfer-de-lexil-a-leglise-lausannoise-de-saint-laurent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2015\/04\/08\/le-courrier-de-lenfer-de-lexil-a-leglise-lausannoise-de-saint-laurent\/","title":{"rendered":"Le Courrier | De l\u2019enfer de l\u2019exil \u00e0 l\u2019\u00e9glise lausannoise de Saint-Laurent"},"content":{"rendered":"<h2>Amar, Erythr\u00e9en de 21 ans r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9glise Saint-Laurent, raconte l\u2019horreur du p\u00e9riple qu\u2019il a parcouru pour arriver en Suisse.<\/h2>\n<p><em><strong>Article de Sophie Dupont publi\u00e9 dans Le Courrier, le 8 avril 2015. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.lecourrier.ch\/128995\/de_l_enfer_de_l_exil_a_l_eglise_lausannoise_de_saint_laurent\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">here<\/a> to read the article on the Courrier website.<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>C\u2019est un havre o\u00f9 il se repose apr\u00e8s des nuits d\u2019angoisse au bunker, veill\u00e9es dans la crainte d\u2019une irruption de la police. Amar est soulag\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9glise Saint-Laurent, m\u00eame s\u2019il a d\u00fb surmonter ses craintes de s\u2019y sentir enferm\u00e9. Sa seule pr\u00e9occupation, \u00ab\u00eatre en s\u00e9curit\u00e9\u00bb, est \u00e0 mille lieues des vagues politiques que suscite l\u2019occupation de l\u2019\u00e9glise du centre-ville lausannois.<\/p>\n<p>Le jeune homme de 21 ans est arriv\u00e9 en Suisse il y a six mois, apr\u00e8s un p\u00e9riple cauchemardesque dont il ne savait pas s\u2019il sortirait vivant. En vertu des accords Dublin, il est menac\u00e9 de renvoi en Italie. \u00abPlut\u00f4t me tuer que d\u2019y retourner\u00bb, affirme-t-il, devant la perspective de se retrouver \u00e0 la rue.<\/p>\n<p>En cet apr\u00e8s-midi, les occupants de la salle de paroisse discutent avec deux Erythr\u00e9ennes venues apporter un repas \u00e0 leurs compatriotes. Des rideaux tendus donnent un semblant d\u2019intimit\u00e9 aux matelas dispos\u00e9s au sol. Amar, benjamin des six r\u00e9sidents du refuge, cache sa timidit\u00e9 en pianotant sur son t\u00e9l\u00e9phone. Venu du Nord-Ouest de l\u2019Erythr\u00e9e, il ne partage pas la m\u00eame langue que ses compagnons.<\/p>\n<h3><strong>A la merci des passeurs<\/strong><\/h3>\n<p>Dans son village, Amar \u00e9tait \u00e9leveur, comme son p\u00e8re. Lorsqu\u2019il re\u00e7oit un ordre de marche, sa m\u00e8re le supplie de quitter le pays pour \u00e9chapper \u00e0 un service militaire apparent\u00e9 \u00e0 du travail forc\u00e9, qui se prolonge souvent ind\u00e9finiment. Comme des centaines de milliers d\u2019autres Erythr\u00e9ens, il s\u2019enfuit au Soudan. Ce ne sera qu\u2019une \u00e9tape. \u00abAu Soudan, les immigr\u00e9s ne sont pas bien consid\u00e9r\u00e9s et c\u2019est difficile de trouver un bon travail\u00bb, rapporte-t-il.<\/p>\n<p>Le jeune homme ne r\u00eave que d\u2019Europe, o\u00f9 il imagine des chances \u00e9gales et des opportunit\u00e9s pour tous. Pour r\u00e9unir les 2000\u00a0dollars qui lui permettront de se rendre en Libye, Amar travaille dans une boulangerie. Il vit dans une maison abandonn\u00e9e avec ses compagnons de route.<\/p>\n<p>Une fois la somme r\u00e9unie commence un voyage de l\u2019horreur. Sur un camion surcharg\u00e9, Amar passe dix jours dans le d\u00e9sert. \u00abPour que nous ne buvions pas trop, les passeurs m\u00e9langeaient un peu de p\u00e9trole \u00e0 l\u2019eau. Des gens sont morts de soif, d\u2019\u00e9puisement, de maladie.\u00bb Les \u00e9migr\u00e9s \u00e9chappent aux bandes criminelles qui sillonnent le d\u00e9sert pour enlever les r\u00e9fugi\u00e9s, en esp\u00e9rant arracher des ran\u00e7ons \u00e0 leurs familles.<\/p>\n<p>En Libye, le jeune homme et ses compagnons sont s\u00e9questr\u00e9s par les passeurs, qui les obligent \u00e0 payer un suppl\u00e9ment pour Tripoli. Arriv\u00e9 pr\u00e8s de la capitale, il est \u00e0 nouveau enferm\u00e9 pendant un mois. \u00abNos ge\u00f4liers voulaient \u00e9viter que nous rejoignions une bande de passeurs concurrente\u00bb, explique-t-il. Amar paiera 700\u00a0dollars pour traverser la M\u00e9diterran\u00e9e, le prix de l\u2019option bas de gamme du voyage: un bateau gonflable sur lequel s\u2019entassent plus de 100 personnes. \u00abJe ne savais pas nager, comme la plupart des gens. Nous n\u2019osions ni boire ni manger, de peur de faire basculer le bateau en bougeant\u00bb, t\u00e9moigne-t-il. Apr\u00e8s deux jours en mer, les voyageurs appellent la marine italienne.<\/p>\n<h3><strong>Fuir l\u2019Italie, au plus vite<\/strong><\/h3>\n<p>Arriv\u00e9 sur terre, Amar est transport\u00e9 en bus jusqu\u2019\u00e0 G\u00eanes, puis parqu\u00e9 dans une salle pendant des heures. Les requ\u00e9rants sont emmen\u00e9s par petits groupes pour un pr\u00e9l\u00e8vement des empreintes digitales. Il tente de refuser. \u00abEn Libye, des gens m\u2019avaient inform\u00e9 de la situation en Italie. Je ne voulais pas rester ici.\u00bb<\/p>\n<p>Amar quitte le centre o\u00f9 il est plac\u00e9 et erre dix jours dans la rue, o\u00f9 il rencontre des compatriotes qui y vivent dans des conditions mis\u00e9rables depuis plusieurs ann\u00e9es. \u00abPas d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la sant\u00e9, pas de travail, pas de formation. En Italie, il n\u2019y a pas moyen de faire quelque chose de sa vie\u00bb, constate-t-il. Il cherche alors \u00e0 fuir le pays au plus vite. \u00abJe voulais venir en Suisse, parce qu\u2019il y a des organisations qui peuvent nous aider.\u00bb Gr\u00e2ce au pr\u00eat d\u2019un ami, il prend un billet de train pour Chiasso, o\u00f9 il est arr\u00eat\u00e9. Il sera d\u00e9plac\u00e9 \u00e0 B\u00e2le puis dans un abri PC \u00e0 Coppet.<\/p>\n<p>Depuis son arriv\u00e9e en Suisse, le migrant n\u2019a appel\u00e9 que deux fois sa famille. \u00abJe n\u2019ose pas leur dire dans quelle situation je suis\u00bb, souffle-t-il en baissant la t\u00eate. En Erythr\u00e9e, Amar ne r\u00eavait pas d\u2019\u00e9migrer, mais de \u00abvivre dans la tranquillit\u00e9\u00bb en subvenant aux besoins des siens. \u00abLes autorit\u00e9s de mon pays ne m\u2019ont pas laiss\u00e9 en paix, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de partir.\u00bb Aujourd\u2019hui, il n\u2019aspire qu\u2019\u00e0 retrouver en Suisse cette paix perdue. Et r\u00eave de faire des \u00e9tudes. \u00abM\u00eame si \u00e7a doit me prendre la moiti\u00e9 de ma vie\u00bb, assure-t-il, le regard d\u00e9cid\u00e9.<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Amar, Erythr\u00e9en de 21 ans r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9glise Saint-Laurent, raconte l\u2019horreur du p\u00e9riple qu\u2019il a parcouru pour arriver en Suisse.<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[342,155,218],"tags":[187,246,1157,189,1156],"ve_numero":[],"pays":[178],"ve_type":[1054],"ve_action":[1077],"class_list":["post-22253","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-de-presse","category-documentation","category-temoignage","tag-dublin","tag-mobilisation","tag-notre-regard","tag-renvoi","tag-revue","pays-italie","ve_type-temoignage","ve_action-notre-regard"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22253","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22253"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22253\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22253"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22253"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22253"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=22253"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=22253"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=22253"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=22253"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}