{"id":25520,"date":"2015-09-25T06:46:01","date_gmt":"2015-09-25T06:46:01","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=25520"},"modified":"2021-08-26T14:00:38","modified_gmt":"2021-08-26T12:00:38","slug":"swissinfo-ch-il-faut-harmoniser-les-politiques-dasile-europeennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2015\/09\/25\/swissinfo-ch-il-faut-harmoniser-les-politiques-dasile-europeennes\/","title":{"rendered":"swissinfo.ch | \u00abIl faut harmoniser les politiques d\u2019asile europ\u00e9ennes\u00bb"},"content":{"rendered":"<h2><strong>Alors qu\u2019elle vit l\u2019une de ses plus graves crises migratoires depuis la Seconde Guerre mondiale, l\u2019Union europ\u00e9enne vient d\u2019adopter dans la douleur une cl\u00e9 de r\u00e9partition de 120&rsquo;000 r\u00e9fugi\u00e9s. L\u2019expert en migrations Etienne Piguet souligne la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019harmoniser les pratiques, mais aussi de concentrer les efforts sur l\u2019int\u00e9gration des migrants.<\/strong><\/h2>\n<p><em><strong>Article de Katy Romy, publi\u00e9 sur swissinfo.ch le 24 septembre 2015. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.swissinfo.ch\/fre\/migration_-il-faut-harmoniser-les-politiques-d-asile-europ%C3%A9ennes-\/41679872?hootPostID=c3c9dd128093f6980d306c07557d0db4\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">here<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site de swissinfo.ch.<\/strong> <\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<h3>Pas question de faire cavalier seul. La Suisse doit se joindre \u00e0 une politique d\u2019asile europ\u00e9enne et investir le plus rapidement possible dans l\u2019int\u00e9gration des migrants. Interview avec Etienne Piguet, professeur de g\u00e9ographie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel et vice-pr\u00e9sident de la Commission f\u00e9d\u00e9rale des migrations, en marge d\u2019une r\u00e9cente conf\u00e9rence \u00e0 Berne du Conseil\u00a0de la Diaspora Africaine de Suisse sur le th\u00e8me de la migration.<\/h3>\n<p><strong>swissinfo.ch: Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re crise migratoire qui bouleverse l\u2019Europe. Dans quelle mesure la situation est-elle cette fois diff\u00e9rente?<\/strong><\/p>\n<p>Etienne Piguet.: Au d\u00e9but et \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 avec les crises en Bosnie et au Kosovo, l\u2019Europe a eu un nombre de demandes d\u2019asile comparable \u00e0 celui d\u2019aujourd\u2019hui. A l\u2019\u00e9poque, nous avions toutefois pu constater une r\u00e9sorption rapide des foyers de crises, ce qui a permis le retour d\u2019une partie des personnes qui avaient \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9es. Actuellement, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 une multitude de crises qui semblent de longue dur\u00e9e, notamment en Syrie et en Erythr\u00e9e mais aussi ailleurs. Nous devons ainsi mettre en place une protection qui sera probablement de longue dur\u00e9e, ce qui cr\u00e9e de nouveaux d\u00e9fis.<\/p>\n<p><strong>swissinfo.ch: Quels sont les \u00e9l\u00e9ments qui expliquent l\u2019\u00e9mergence d\u2019une telle situation?<\/strong><\/p>\n<p>E.P: En premier lieu, ce sont les crises profondes qui ravagent les pays d\u2019origines de la plupart des migrants. En outre, des situations tr\u00e8s particuli\u00e8res se sont install\u00e9es dans les zones par lesquelles transitent ces personnes. Pendant longtemps, ces r\u00e9gions \u00e9taient difficiles \u00e0 franchir. Aujourd\u2019hui, certaines sont devenues des zones elles-m\u00eames troubl\u00e9es. Le conflit reprend notamment dans le sud de la Turquie. Les troubles expliquent dans une large mesure l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des d\u00e9placements de population.<\/p>\n<p><strong>swissinfo.ch: Quelles solutions l\u2019Europe doit-elle mettre en \u0153uvre?<\/strong><\/p>\n<p>E.P: La premi\u00e8re piste consiste \u00e0 lutter pour que les conflits prennent fin et pour le respect des droits de l\u2019homme dans les pays de d\u00e9part. Evidemment, il y a aussi des solutions \u00e0 plus court terme. Il faut prot\u00e9ger les migrants contre les naufrages et organiser des op\u00e9rations de sauvetage si n\u00e9cessaire. Une harmonisation des politiques pour la reconnaissance de l\u2019asile \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union europ\u00e9enne est absolument n\u00e9cessaire. Une r\u00e9partition de la responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger doit \u00eatre mise en place entre les Etats membres de l\u2019UE. Enfin, il faut clarifier le message afin de mieux d\u00e9finir qui peut esp\u00e9rer recevoir une protection et qui n\u2019a aucune chance. Nous pourrions de cette mani\u00e8re \u00e9viter que des personnes prennent des risques inconsid\u00e9r\u00e9s pour rejoindre l\u2019Europe.<\/p>\n<p><strong>swissinfo.ch: A terme, l\u2019UE parviendra-t-elle \u00e0 une politique d\u2019immigration harmonis\u00e9e?<\/strong><\/p>\n<p>E.P.: La Commission europ\u00e9enne a d\u00e9j\u00e0 franchi un certain nombre de pas, au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. Des directives, des fonds de solidarit\u00e9 existent d\u00e9sormais. Il faut toutefois aussi une volont\u00e9 politique forte, pas au niveau de l\u2019UE mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des Etats, dont beaucoup essaient d\u2019\u00e9chapper \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s. Si certains d\u00e9cident de faire cavalier seul, tout l\u2019\u00e9difice de protection va \u00eatre mis en danger. Un principe qui est aussi valable pour la Suisse. Si chacun prend sa part de responsabilit\u00e9s, nous pouvons finalement parvenir \u00e0 accueillir des effectifs importants de personnes et les prot\u00e9ger de la mani\u00e8re la plus efficace possible.<\/p>\n<p>Une cl\u00e9 de r\u00e9partition est indispensable, en tout cas pour les situations d\u2019urgence. Nous ne pouvons pas laisser certains pays crouler sous les demandes de protection. Le syst\u00e8me de Dublin doit \u00eatre compl\u00e9t\u00e9 par un m\u00e9canisme de solidarit\u00e9. Le chemin \u00e0 parcourir est toutefois long. Il faudra harmoniser les proc\u00e9dures. Nous ne trouverons pas de solutions satisfaisantes \u00e0 court terme, mais nous devons mettre en place une coordination europ\u00e9enne le plus vite possible.<\/p>\n<p>L\u2019Europe est un immense continent. Actuellement, les flux migratoires, dont on parle tant, ne repr\u00e9sentent m\u00eame pas 1% de sa population. Il ne faut toutefois pas croire que ce sera facile. L\u2019int\u00e9gration sur le march\u00e9 du travail est difficile pour ces populations, et les efforts \u00e0 fournir sont consid\u00e9rables.<\/p>\n<p><strong>swissinfo.ch: Comment r\u00e9ussir le d\u00e9fi de l\u2019int\u00e9gration?<\/strong><\/p>\n<p>E.P.: Il est n\u00e9cessaire de clarifier aussi vite que possible quelles sont les personnes qui ont de fortes probabilit\u00e9s des rester et quelles sont celles qui vont devoir repartir. Les migrants qui ont de grandes chances de rester doivent imm\u00e9diatement \u00eatre pris en charge. Nous devons leur donner acc\u00e8s au march\u00e9 du travail et leur proposer des cours de langues pour leur permettre de devenir autosuffisants. A cet \u00e9gard, la Su\u00e8de est un exemple. Elle fournit tout de suite des efforts pour favoriser l\u2019int\u00e9gration. En Suisse, nous avons tendance \u00e0 attendre d\u2019\u00eatre persuad\u00e9 que la personne va rester, avant de finalement lui donner les moyens de s\u2019ins\u00e9rer. Dans certaines situations, c\u2019est trop tard.<\/p>\n<p><strong>swissinfo.ch: Comment la Suisse doit se positionner par rapport aux d\u00e9cisions de la Commission europ\u00e9enne?<\/strong><\/p>\n<p>E.P.: On peut saluer la d\u00e9cision du Conseil f\u00e9d\u00e9ral de participer \u00e0 la cl\u00e9 de r\u00e9partition des demandeurs d\u2019asile en Europe et \u00e0 l\u2019accroissement des efforts d\u2019aide sur place. Faire cavalier seul, en abrogeant par exemple l\u2019accord de Dublin, exposerait au contraire la Suisse \u00e0 recevoir encore plus de demandes de protection. La Suisse accueille d\u00e9j\u00e0 un nombre consid\u00e9rable de requ\u00e9rants d\u2019asile mais, compte tenu de sa prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique, elle pourrait en faire plus, en particulier au niveau de l\u2019accueil de r\u00e9fugi\u00e9s en provenance directe des zones de conflits. D\u2019un point de vue \u00e9thique comme d\u2019un point de vue pragmatique, l\u2019int\u00e9r\u00eat de la Suisse, c\u2019est une politique europ\u00e9enne d\u2019asile. <em>(R\u00e9d: cette r\u00e9ponse a \u00e9t\u00e9 actualis\u00e9e \u00e0 la suite des d\u00e9cisions du Conseil f\u00e9d\u00e9ral et de l\u2019UE)<\/em><\/p>\n<p><strong>swissinfo.ch: L\u2019afflux massif de Syriens va-t-il rel\u00e9guer l\u2019immigration africaine au second plan?<\/strong><\/p>\n<p>E.P.: L\u2019ouverture actuelle vis-\u00e0-vis de la Syrie, qui est dans une situation dramatique et a besoin de solidarit\u00e9, a de nombreux c\u00f4t\u00e9s positifs. N\u00e9anmoins, nous devons effectivement faire attention \u00e0 ne pas oublier les autres. Historiquement, une population dont on se pr\u00e9occupe chasse l\u2019autre. Il faut garder en t\u00eate que des foyers de crises importants se trouvent en Afrique et il faut aussi trouver des solutions de protection en Europe.<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote class=\"blockquote--infobox\"><p><strong>Un premier pas vers une solution europ\u00e9enne<\/strong><\/p>\n<p>Les chefs d\u2019Etat et de gouvernement europ\u00e9ens viennent de s\u2019engager \u00e0 d\u00e9bloquer un milliard d\u2019euros suppl\u00e9mentaires pour les r\u00e9fugi\u00e9s syriens au Proche-Orient. D\u2019ici \u00e0 fin novembre, ils ont aussi d\u00e9cid\u00e9 de mettre en place des centres d\u2019accueil et d\u2019enregistrement des migrants en Italie et en Gr\u00e8ce. Ces \u00abhotspots\u00bb, install\u00e9s dans les pays situ\u00e9s en premi\u00e8re ligne face \u00e0 l&rsquo;afflux de demandeurs d&rsquo;asile, doivent permettre d&rsquo;identifier, d&rsquo;enregistrer et de prendre les empreintes digitales des migrants, avec une aide logistique d&rsquo;agences de l&rsquo;Union europ\u00e9enne (UE).<\/p>\n<p>En outre, l\u2019UE a adopt\u00e9 au forceps une cl\u00e9 de r\u00e9partition de 120&rsquo;000 r\u00e9fugi\u00e9s. Le plan de relocalisation concerne des r\u00e9fugi\u00e9s syriens, irakiens et \u00e9rythr\u00e9ens arriv\u00e9s au plus tard il y a un mois en Gr\u00e8ce et en Italie. La Hongrie, la Roumanie, la R\u00e9publique tch\u00e8que et la Slovaquie ont vot\u00e9 contre cette mesure, alors que la Finlande s\u2019est abstenue. Faute de consensus, la mesure a \u00e9t\u00e9 \u00e0 titre exceptionnel vot\u00e9e \u00e0 la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e. Elle s&rsquo;impose ainsi juridiquement \u00e0 tous les Etats membres de l&rsquo;UE, y compris \u00e0 ceux qui s\u2019y opposent.<\/p>\n<p>La Suisse a d\u00e9cid\u00e9 de participer au programme europ\u00e9en de r\u00e9partition des r\u00e9fugi\u00e9s. Elle va accueillir jusqu&rsquo;\u00e0 1500 requ\u00e9rants d&rsquo;asile. Ce contingent fait partie du groupe de 3000 r\u00e9fugi\u00e9s que la Suisse s&rsquo;\u00e9tait engag\u00e9e \u00e0 accueillir en mars. La diff\u00e9rence, c\u2019est que les nouveaux arriv\u00e9s viendront de Gr\u00e8ce ou d\u2019Italie et non plus seulement des camps du Haut Commissariat des Nations unies aux r\u00e9fugi\u00e9s (<abbr class='c2c-text-hover' title='United Nations High Commissioner for Refugees'>HCR<\/abbr>) dans les pays limitrophes des zones de conflit.<\/p>\n<p>Le gouvernement n\u2019augmente donc pas les quotas de migrants. Il pr\u00e9f\u00e8re renforcer l\u2019aide sur place, en d\u00e9bloquant 70 millions de francs de plus pour l&rsquo;aide en Syrie, en Irak et dans la Corne de l&rsquo;Afrique.<\/p><\/blockquote>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors qu\u2019elle vit l\u2019une de ses plus graves crises migratoires depuis la Seconde Guerre mondiale, l\u2019Union europ\u00e9enne vient d\u2019adopter dans la douleur une cl\u00e9 de r\u00e9partition de 120&rsquo;000 r\u00e9fugi\u00e9s. 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