{"id":26947,"date":"2015-11-05T09:24:24","date_gmt":"2015-11-05T09:24:24","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=26947"},"modified":"2021-08-26T13:40:44","modified_gmt":"2021-08-26T11:40:44","slug":"migros-magazine-adolescents-et-migrants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2015\/11\/05\/migros-magazine-adolescents-et-migrants\/","title":{"rendered":"Migros Magazine | Adolescents et migrants"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"leading helvetica\"><span class=\"accroche\">Les requ\u00e9rants d\u2019asile mineurs non accompagn\u00e9s (<abbr class='c2c-text-hover' title='Les requ\u00e9rant\u00b7es d\u2019asile mineur\u00b7es non accompagn\u00e9\u00b7es sont consid\u00e9r\u00e9\u00b7es comme non accompagn\u00e9\u00b7es lorsqu\u2019ils ou elles sont s\u00e9par\u00e9\u00b7es de leurs deux parents et ne se trouvent pas sous la garde l\u00e9gale d\u2019un autre adulte.'>RMNA<\/abbr>) sont de plus en plus nombreux \u00e0 arriver en Suisse. Loin de leur famille, apr\u00e8s parfois des mois d\u2019errance, ces jeunes tentent de trouver leur place dans ce vaste monde.<\/span><\/h2>\n<p><em><strong>Article de Pierre L\u00e9derrey, publi\u00e9 dans Migros Magazine n\u00b044, publi\u00e9 le 26 octobre. Cliquez <a href=\"https:\/\/www.migrosmagazine.ch\/societe\/reportage\/article\/adolescents-et-migrants\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site de Migros Magazine.<\/strong><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p class=\"leading helvetica\"><div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p class=\"leading helvetica\">\u00abLeur nombre a doubl\u00e9 en quelques semaines. Et les solutions trouv\u00e9es il y a un mois paraissent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 peine suffisantes.\u00bb Evi Kassimidis, porte-parole de l\u2019Etablissement vaudois d\u2019accueil (EVAM), n\u2019est pas la seule \u00e0 \u00eatre sous pression. Comme partout en Suisse, la tr\u00e8s forte vague migratoire d\u00e9ferlant sur l\u2019Europe pose d\u2019insondables probl\u00e8mes de places. D\u00e9bord\u00e9, le Centre f\u00e9d\u00e9ral de Vallorbe se voit contraint de travailler avec des h\u00f4tels de toute la r\u00e9gion. Des solutions d\u2019urgence se multiplient, comme \u00e0 Renens o\u00f9 l\u2019EVAM vient de mobiliser un grand abri de protection civile.<\/p>\n<p>Au sein de cette population fragilis\u00e9e, les requ\u00e9rants mineurs le sont davantage encore. Ils ont travers\u00e9 le pire, arrivent sans rien et surtout sans leurs parents. Des enfants ou des adolescents d\u00e9boussol\u00e9s que l\u2019administration appelle <a class=\"linktype link-external\" href=\"https:\/\/www.sem.admin.ch\/sem\/fr\/home\/publiservice\/statistik\/asylstatistik\/statistik_uma.html\" target=\"_blank\" rel=\"target:blank noopener\">requ\u00e9rants d\u2019asile mineurs non accompagn\u00e9s (RMNA)<\/a>.<\/p>\n<p>Au niveau suisse, il y a eu 244 nouvelles entr\u00e9es de RMNA en ao\u00fbt, six fois plus qu\u2019au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e. 1233 entr\u00e9es entre janvier et ao\u00fbt 2015, contre 794 en 2014 et 337 en 2013. Une population aux trois quarts masculine.<\/p>\n<p>Certains pensent que ce nombre est sous-estim\u00e9, car des mineurs seraient consid\u00e9r\u00e9s comme majeurs faute de pouvoir d\u00e9montrer leur \u00e2ge. D\u2019autres insistent sur le fait que certains se pr\u00e9sentent comme plus jeunes qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, histoire de b\u00e9n\u00e9ficier de conditions d\u2019accueil plus favorables.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, on comprend l\u2019ampleur du probl\u00e8me pour les cantons qui doivent se charger de leur prise en charge selon des cl\u00e9s de r\u00e9partition tenant compte du nombre d\u2019habitants. La Suisse a ratifi\u00e9 en 1997 la Convention internationale des droits de l\u2019enfant. Ce qui l\u2019oblige \u00e0 leur accorder protection, soin et encadrement. Leur prise en charge demande donc des mesures particuli\u00e8res dont la possibilit\u00e9 de les scolariser, un placement loin des adultes avec un encadrement \u00e9ducatif adapt\u00e9. Gen\u00e8ve leur r\u00e9serve une aile dans son centre de Saconnex. Il est archi-plein avec cent dix mineurs aujourd\u2019hui contre quarante au printemps encore.<\/p>\n<p>M\u00eame situation dans le canton de Vaud: \u00abA peine ouvert, le foyer du Chasseron affiche complet\u00bb, reconna\u00eet Evi Kassimidis. Ainsi qu\u2019en Valais o\u00f9 le centre <a class=\"linktype link-external\" href=\"http:\/\/www.vs.ch\/Navig\/navig.asp?MenuID=19164\" target=\"_blank\" rel=\"target:blank noopener\">le Rados<\/a> accueille quarante-deux internes et onze externes log\u00e9s dans des studios tout autour du foyer. \u00abLa semaine prochaine, nous aurons trois nouveaux arrivants et nous serons au maximum de nos capacit\u00e9s\u00bb, explique Aline Berthod, responsable du foyer.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la charge de travail toujours plus \u00e9lev\u00e9e, la jeune femme de 32 ans et son \u00e9quipe font tout pour encadrer le mieux possible les jeunes. \u00abCertains jeunes arrivent ici apr\u00e8s des mois d\u2019errance et nous voulons les entourer au mieux.\u00bb Pour cela, un accent particulier est mis sur l\u2019apprentissage de la langue et la formation \u00abgr\u00e2ce \u00e0 une volont\u00e9 politique qui nous en donne les moyens\u00bb, commente la Valaisanne.<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame logique, l\u2019\u00e9quipe \u00e9ducative du Rados peut suivre le RMNA jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa formation, et non seulement jusqu\u2019\u00e0 sa majorit\u00e9. Partout s\u2019exprime cependant la crainte que ces jeunes en d\u00e9tresse soient parmi les premi\u00e8res victimes de cette importante pression migratoire.<\/p>\n<h3>\u00abJ\u2019esp\u00e8re pouvoir commencer un apprentissage\u00bb<\/h3>\n<p>A 17 ans, Abdulali a d\u00e9j\u00e0 bien bourlingu\u00e9. D\u2019abord de Kaboul, o\u00f9 il est n\u00e9, jusqu\u2019en Iran avec ses parents et deux de ses trois fr\u00e8res. \u00abLe dernier est rest\u00e9 en Afghanistan, c\u2019\u00e9tait trop dur pour lui de quitter notre pays.\u00bb Son p\u00e8re, menuisier, se blesse gravement au dos et n\u2019a plus de salaire. Avec sa silhouette solide, Abdulali veut aider sa famille. \u00abJe suis parti en Turquie pour travailler comme soudeur. On \u00e9tait plusieurs jeunes et c\u2019\u00e9tait p\u00e9nible, surtout sans parler la langue\u00bb, explique le jeune homme avec un sourire triste.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 le 7 d\u00e9cembre dernier, il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un seul permis F. Autrement dit d\u2019une autorisation de s\u00e9jour provisoire qui durera jusqu\u2019\u00e0 sa majorit\u00e9. Ou se prolongera, s\u2019il a de la chance et parvient \u00e0 s\u2019int\u00e9grer. En quelques mois, Abdulali parle d\u00e9j\u00e0 plut\u00f4t correctement le fran\u00e7ais. Et c\u2019est dans cette langue qu\u2019il poursuit son r\u00e9cit. \u00abL\u00e0-bas, en Turquie, un copain m\u2019a dit qu\u2019en Europe de l\u2019Ouest ce serait plus facile de gagner de l\u2019argent. La Suisse? Je ne savais m\u00eame pas que ce pays existait. C\u2019est lorsque je suis arriv\u00e9 en Autriche avec un ami qu\u2019il m\u2019a parl\u00e9 de Zurich. J\u2019ai tent\u00e9 ma chance, seul, et suis arriv\u00e9 \u00e0 Vallorbe.\u00bb<\/p>\n<p>Quinze jours \u00abtr\u00e8s difficiles\u00bb dans le centre d\u2019enregistrement f\u00e9d\u00e9ral plein \u00e0 craquer. Ici aussi, le foyer du Chablais de l\u2019EVAM d\u00e9borde. \u00abMais \u00e7a va, sourit encore Abdulali. Les gens sont gentils et je me suis fait plein d\u2019amis de ma g\u00e9n\u00e9ration. Notamment un Erythr\u00e9en et un autre Afghan avec lesquels je vais aux cours de fran\u00e7ais.\u00bb L\u2019avenir? Abdulali aurait voulu \u00eatre menuisier comme son p\u00e8re. \u00abPeut-\u00eatre que je pourrai commencer un apprentissage l\u2019ann\u00e9e prochaine?\u00bb<\/p>\n<h3>\u00abJe prends un jour apr\u00e8s l\u2019autre\u00bb<\/h3>\n<p>Qu\u2019ils soient r\u00e9fugi\u00e9s non accompagn\u00e9s ou mineurs non accompagn\u00e9s entr\u00e9s ill\u00e9galement en Suisse, de nombreux jeunes Africains partagent la m\u00eame histoire que Jade. \u00abAu Congo, je vivais dans un village avec mes parents et mes trois fr\u00e8res et s\u0153urs. Je suis la plus grande. Mon p\u00e8re est rest\u00e9, mais nous sommes partis avec ma m\u00e8re en Angola pour essayer d\u2019avoir une vie un peu meilleure. C\u2019\u00e9tait en janvier. Comme ma m\u00e8re connaissait quelqu\u2019un en France, ma m\u00e8re m\u2019a dit que j\u2019irais l\u00e0-bas. Mais je n\u2019ai pass\u00e9 que quelques mois \u00e0 Paris. Comme j\u2019\u00e9tais ill\u00e9gale, elle ne me laissait m\u00eame pas sortir de son appartement.\u00bb<\/p>\n<p>Jade sourit. Elle regarde par la fen\u00eatre. Pas la vue, offrant pourtant un joli d\u00e9gagement sur le lac L\u00e9man. \u00abOui, on m\u2019a dit qu\u2019ici \u00e0 Lausanne les gens payaient cher pour voir \u00e7a. Mais moi j\u2019adore les chaussures et j\u2019ai mis sur le rebord mes cinq ou six paires. Cela les a\u00e8re et je peux les voir facilement.\u00bb Jade \u00e9clate de rire. Elle a une chambre seule. Privil\u00e8ge rare. \u00abAvant il y avait une autre fille, mais on se prenait trop la t\u00eate.\u00bb<\/p>\n<p>Jade montre son permis N. Cela signifie que l\u2019examen de sa demande d\u2019asile est toujours en cours. \u00abJe suis arriv\u00e9e en Suisse le 12 avril. Une de mes tantes habite d\u00e9j\u00e0 ici, dans la campagne vaudoise. Je ne l\u2019avais jamais vue avant, mais maintenant on apprend \u00e0 se conna\u00eetre. C\u2019est elle qui a fait la demande d\u2019asile pour moi. Et rapidement, on m\u2019a envoy\u00e9e ici au foyer.\u00bb O\u00f9 les choses se passent \u00abplut\u00f4t bien quand je suis d\u2019humeur rigolote. Il ne faut juste pas trop que je r\u00e9fl\u00e9chisse. Je n\u2019ai notamment plus trop de nouvelles de ma famille. \u00c7a me so\u00fble.\u00bb Jade sait bien aussi que sa situation administrative n\u2019est pas d\u00e9finie. Que l\u2019avenir est en forme de gros point d\u2019interrogation.<\/p>\n<p>\u00abMais je fais la part des choses. Certains sont dans ce foyer depuis deux ans. On m\u2019a dit que des jeunes y sont rest\u00e9s m\u00eame quatre ans. Alors je prends un jour apr\u00e8s l\u2019autre. Et quand \u00e7a ne va pas trop, je mange des biscuits, m\u00eame si je sais que je dois faire attention \u00e0 ma ligne\u00bb, dit-elle en riant une fois encore.<\/p>\n<h3>\u00abJ\u2019aimerais que ma famille me rejoigne\u00bb<\/h3>\n<p>\u00abJe voulais changer de vie. Chez moi, ce n\u2019est pas bien\u00bb, murmure en anglais. Sa silhouette longiligne se tortille un peu. Du haut de ses 15 ans, il semble un peu perdu. Trop de monde peut-\u00eatre, dans cet ancien squat en attente de d\u00e9molition et transform\u00e9 dans l\u2019urgence comme foyer pour requ\u00e9rants mineurs non accompagn\u00e9s par l\u2019EVAM. \u00abLes derniers adultes ne sont partis que depuis quelques jours et nous sommes archi-pleins\u00bb, confirme Evi Kassimidis, porte-parole de l\u2019Etablissement vaudois d\u2019accueil des migrants.<\/p>\n[caption id=\"attachment_26948\" align=\"alignright\" width=\"300\"]<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/19143108.jpg\" rel=\"attachment wp-att-26948\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-26948 size-medium\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/19143108-300x225.jpg\" alt=\"Yumis a quitt\u00e9 sa Somalie natale pour venir faire sa vie en Suisse. \" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/19143108-300x225.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/19143108-150x113.jpg 150w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/19143108.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a> Yumis a quitt\u00e9 sa Somalie natale pour venir faire sa vie en Suisse.[\/caption]\n<p>Les parents de Yumis et ses sept fr\u00e8res et s\u0153urs sont toujours en Somalie. \u00abMoi je voulais vraiment partir. En Suisse, parce que j\u2019en avais un peu entendu parler. Ne pas donner trop de d\u00e9tails. Sur son p\u00e9nible p\u00e9riple non plus, d\u2019ailleurs. \u00abJe suis pass\u00e9 entre autres par l\u2019Italie o\u00f9 je suis rest\u00e9 un peu. Et je suis arriv\u00e9 \u00e0 Vallorbe le 1er ao\u00fbt\u00bb, pr\u00e9cise-t-il seulement. Un signe, peut-\u00eatre.<\/p>\n<p>Apprendre un m\u00e9tier? Oui, s\u00fbrement, mais il ne sait pas encore tr\u00e8s bien quoi. \u00abJe sais juste que je veux faire ma vie ici. Et que j\u2019aimerais que ma famille vienne aussi me rejoindre.\u00bb Il a un peu de temps pour y penser. Comme beaucoup de RMNA, il est inscrit \u00e0 Lausanne aupr\u00e8s de l\u2019Organisme pour le perfectionnement scolaire (OPTI). Reste que dans cette structure aussi, les places libres sont rares.<\/p>\n<p class=\"leading helvetica\"><\/div><\/div><\/p>\n<h5 class=\"leading helvetica\" style=\"text-align: right;\">Article reproduit avec l&rsquo;aimable autorisation de Migros Magazine.<\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les requ\u00e9rants d\u2019asile mineurs non accompagn\u00e9s (<abbr class='c2c-text-hover' title='Unaccompanied minor asylum seekers are considered unaccompanied when they are separated from both their parents and are not under the legal care of another adult.'>RMNA<\/abbr>) sont de plus en plus nombreux \u00e0 arriver en Suisse. 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