{"id":28761,"date":"2015-12-21T20:27:05","date_gmt":"2015-12-21T19:27:05","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/?p=28761"},"modified":"2021-08-26T13:57:00","modified_gmt":"2021-08-26T11:57:00","slug":"migreurop-ueturquie-enfermer-les-migrants-reprimer-les-mouvements-bombarder-le-kurdistan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2015\/12\/21\/migreurop-ueturquie-enfermer-les-migrants-reprimer-les-mouvements-bombarder-le-kurdistan\/","title":{"rendered":"Migreurop |\u00a0 UE\/Turquie: enfermer les migrants, r\u00e9primer les mouvements, bombarder le Kurdistan"},"content":{"rendered":"<p class=\"introduction\"><span class=\"accroche\">Les ambitions de l\u2019Union europ\u00e9enne sont claires: \u00e9viter que les migrants n&rsquo;arrivent sur le sol europ\u00e9en, et pour cela payer le prix qu&rsquo;il faudra. Celles de la Turquie \u00e9galement: disposer d\u2019une marge de man\u0153uvre plus large pour mettre en place librement la politique qu\u2019elle entend mener. Au milieu se trouvent des centaines de milliers d\u2019hommes, de femmes, d&rsquo;enfants.<\/span><\/p>\n<p class=\"introduction\"><em>Article publi\u00e9 le 1er d\u00e9cembre 2015 sur le blog de Migreurop h\u00e9berg\u00e9 sur le site de Mediapart. Cliquez <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/migreurop\/blog\/011215\/ueturquie-enfermer-les-migrants-reprimer-les-mouvements-bombarder-le-kurdistan\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site de Mediapart.<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but de cette crise des politiques migratoires europ\u00e9ennes camoufl\u00e9e en \u00abcrise des r\u00e9fugi\u00e9s\u00bb, les institutions de l&rsquo;Union europ\u00e9enne et ses \u00c9tats membres, ainsi que les pays tiers concern\u00e9s (notamment les pays des Balkans) n&rsquo;ont de cesse de tenir des discours \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 des actions effectivement mises en place pour r\u00e9pondre \u00e0 cette \u00abcrise\u00bb (\u00e9viter d&rsquo;accueillir, ou alors en petit nombre, et <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/migreurop\/blog\/150715\/guerre-aux-migrants-larme-de-lexternalisation\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">externaliser<\/a> soit dans les pays fronti\u00e8res soit hors de l&rsquo;UE). Ainsi Federica Mogherini, \u00a0haute repr\u00e9sentante de l&rsquo;UE pour les Affaires \u00e9trang\u00e8res et la Politique de s\u00e9curit\u00e9,\u00a0<a class=\"external\" href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/monde\/2015\/09\/15\/federica-mogherini-si-nous-refoulons-les-refugies-quel-message-envoyons-nous-au-monde_1383214\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">d\u00e9clarait-elle le 15 septembre dernier<\/a> \u00ab<i>Si nous refoulons les r\u00e9fugi\u00e9s, quel message envoyons-nous au monde?<\/i>\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi la Turquie &#8211; qui a accueilli plus de 2.2 millions de personnes venant\u00a0principalement\u00a0de Syrie, d&rsquo;Irak et d&rsquo;Afghanistan &#8211; affirmait-elle fin septembre, <a class=\"external\" href=\"http:\/\/abonnes.lemonde.fr\/europe\/article\/2015\/09\/28\/ankara-refuse-d-installer-des-camps-d-enregistrement-des-refugies-sur-le-sol-turc_4775164_3214.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">par la voix du premier ministre\u00a0Ahmet Davuto\u011flu<\/a>, le refus cat\u00e9gorique de toute installation\u00a0sur son sol,\u00a0souhait\u00e9e par l&rsquo;UE,\u00a0de camps d&rsquo;accueil et d&rsquo;enregistrement des migrants. Et d&rsquo;ajouter: \u00ab<i>L&rsquo;installation de ces centres est inhumaine et inacceptable<\/i>\u00bb. Dans le m\u00eame temps elle proposait la cr\u00e9ation d&rsquo;une zone de s\u00e9curit\u00e9 tout au long de la fronti\u00e8re turco-syrienne afin d&rsquo;y accueillir les r\u00e9fugi\u00e9s syriens, dont elle organiserait l&rsquo;installation tout en demandant \u00e0 l&rsquo;UE d&rsquo;en assurer le financement.<\/p>\n<p>Les v\u00e9ritables intentions des autorit\u00e9s turques vont cependant se d\u00e9voiler rapidement. Sous l&rsquo;insistance de plus en plus pressante de l&rsquo;UE, notamment de l&rsquo;Allemagne et de la France, un premier sommet a lieu les 5 et 6 octobre \u00e0 Bruxelles, lors duquel les termes d&rsquo;un accord ont \u00e9t\u00e9 mis sur la table: la Turquie devrait s&rsquo;engager \u00e0 prendre les mesures n\u00e9cessaires pour la mise en place d&rsquo;un syst\u00e8me de gestion des migrations, faciliter le s\u00e9jour et l&rsquo;int\u00e9gration des r\u00e9fugi\u00e9s au sein de la soci\u00e9t\u00e9 turque et acc\u00e9l\u00e9rer les proc\u00e9dures de r\u00e9admission des migrants \u00abn&rsquo;ayant pas besoin d&rsquo;une protection internationale\u00bb intercept\u00e9s par les autorit\u00e9s roumaines, grecques ou bulgares. Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 question que la Turquie accepte la cr\u00e9ation d&rsquo;un \u00ab<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/migreurop\/blog\/210715\/avec-les-hotspots-l-ue-renforce-sa-politique-de-refoulement-des-boat-people\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">hotspot<\/a>\u00bb sur son territoire, et que soient organis\u00e9es des op\u00e9rations conjointes entre les corps de gardes-fronti\u00e8res grecs et turcs, aux fronti\u00e8res maritime comme terrestre.<\/p>\n<p>La Turquie n&rsquo;a pas manqu\u00e9 de pr\u00e9senter de son c\u00f4t\u00e9 sa liste de revendications: le versement de trois milliards d&rsquo;euros en vue du financement des mesures demand\u00e9es par l&rsquo;UE; l&rsquo;exemption de l&rsquo;obligation de visas \u00abSchengen\u00bb pour les nationaux turcs; l&rsquo;ouverture de cinq chapitres du processus d&rsquo;adh\u00e9sion en cours; la tenue de sommets r\u00e9guliers r\u00e9unissant des chefs d\u2019\u00c9tats et de gouvernements afin d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les n\u00e9gociations en vue de cette adh\u00e9sion; enfin, l&rsquo;inscription de la Turquie dans la liste commune des pays consid\u00e9r\u00e9s comme\u00a0\u00abpays d&rsquo;origine s\u00fbrs\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;occasion semble ainsi trop bonne pour la Turquie, qui s&#8217;empresse de la saisir pour revenir sur des demandes adress\u00e9es depuis longtemps \u00e0 ses partenaires europ\u00e9ens sans rencontrer d&rsquo;\u00e9cho&#8230; C&rsquo;est le cas de sa demande de lib\u00e9ralisation des visas, dont l&rsquo;UE n&rsquo;avait voulu envisager, au mieux, que la facilitation, ne b\u00e9n\u00e9ficiant qu&rsquo;\u00e0 certaines cat\u00e9gories de personnes, et non l&rsquo;exemption. C&rsquo;est le cas bien s\u00fbr de la demande d&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;UE, dont on peut rappeler qu&rsquo;elle ne date pas d&rsquo;hier; en effet, c&rsquo;est d\u00e8s septembre 1959 que la Turquie avait d\u00e9pos\u00e9 sa demande, laquelle avait abouti \u00e0 \u00a0un accord d&rsquo;association conclu en septembre 1963, puis, seulement en octobre 2005, \u00e0 l&rsquo;ouverture officielle des n\u00e9gociations.<\/p>\n<p>Nouvelle revendication, l&rsquo;inscription de la Turquie sur la liste des\u00a0\u00abpays d&rsquo;origine s\u00fbrs\u00bb\u00a0aura pour cons\u00e9quence que les demandes d&rsquo;asile d\u00e9pos\u00e9es par les nationaux\u00a0turcs &#8211; des Kurdes par exemple &#8211; ne seront examin\u00e9es au mieux que dans le cadre de proc\u00e9dures en urgence, avec le d\u00e9faut de garanties que cela implique.<\/p>\n<p>L&rsquo;enjeu pour la Turquie de ce \u00abdonnant &#8211; donnant\u00bb est \u00e0 comprendre en termes de politique int\u00e9rieure: l&rsquo;appel de plus en plus insistant de l&rsquo;UE et de ses \u00c9tats membres est intervenu \u00e0 quelques semaines des \u00e9lections l\u00e9gislatives, fix\u00e9es au 1er novembre. Malgr\u00e9 la r\u00e9pression connue de tous exerc\u00e9e par les autorit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard des partis d\u2019opposition, des journaux, et de la minorit\u00e9 kurde, aucune voix discordante ne s&rsquo;est fait entendre avant cette \u00e9ch\u00e9ance, \u00e0 l&rsquo;exception notable de l&rsquo;euro-d\u00e9put\u00e9e allemande Ska Keller (vice-pr\u00e9sidente du groupe Verts\/ALE au PE)\u00a0dans une <a class=\"external\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=RPnMZz8nlRQ\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">intervention le 7 octobre au Parlement<\/a>\u00a0apr\u00e8s la visite d&rsquo;Erdogan \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n<p>On peut remarquer au passage que le <a class=\"external\" href=\"http:\/\/ec.europa.eu\/enlargement\/pdf\/key_documents\/2015\/20151110_report_turkey.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">rapport de la Commission europ\u00e9enne sur les principaux r\u00e9sultats de la Turquie en 2015<\/a> en vue de son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019UE n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 rendu public que le 10 novembre, alors qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00eat bien avant l\u2019\u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale du 1er novembre. Dans ce rapport, la Commission fait part de ses inqui\u00e9tudes sur la d\u00e9gradation de la situation politique interne. Elle conclut \u00e0 une d\u00e9t\u00e9rioration en mati\u00e8re de respect des droits fondamentaux, passant en particulier par des lacunes importantes en mati\u00e8re de libert\u00e9 d&rsquo;expression et de r\u00e9union. Elle souligne que \u00ab<i>le r\u00e8glement de la question kurde, apr\u00e8s des avanc\u00e9es positives, est actuellement dans une impasse<\/i>\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab<i>Bilan globalement n\u00e9gatif du respect de la loi et des droits fondamentaux<\/i>\u00bb et \u00ab<i>manques significatifs<\/i>\u00bb, on retrouve l\u00e0 les euph\u00e9mismes habituels de la novlangue europ\u00e9enne pour qualifier assassinats, fraude \u00e9lectorale, corruption, r\u00e9pression, presse et magistrature musel\u00e9es, bombardements et couvre-feu au Kurdistan&#8230;<\/p>\n<p>L\u2019\u00ab\u00c9tat profond\u00bb, ce r\u00e9seau au c\u0153ur de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, ultra-nationaliste, pan-turquiste et anti-kurde s&rsquo;appuyant sur la mafia, a toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0. Certes, en usant d\u2019un discours anti-militariste et de tribunaux hautement m\u00e9diatis\u00e9s, l\u2019AKP a contribu\u00e9 au d\u00e9mant\u00e8lement de la machine militaire turque et a mis en marche\u00a0en 2009\u00a0le processus de paix avec les Kurdes. \u00a0En d\u00e9pit de ces mesures, n\u00e9cessaires \u00e0 la d\u00e9mocratisation de la Turquie, le manque de transparence et les abus de pouvoir ont toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sents dans les actions de l\u2019AKP qui, plut\u00f4t que de d\u00e9manteler l\u2019\u00e9tat profond, l\u2019a r\u00e9organis\u00e9 pour mieux s\u2019en servir. Malgr\u00e9 de nombreuses r\u00e9gressions, les n\u00e9gociations de paix et le cessez-le-feu ont continu\u00e9. Mais la r\u00e9pression s\u2019est accrue depuis les \u00e9v\u00e9nements de Gezi en 2013, les scandales de corruption les 17-25 janvier 2013, les manifestations en soutien de Kobane (Kurdistan syrien) les 6 et 7 octobre 2014, les campagnes des l\u00e9gislatives de juin 2015 et d&rsquo;octobre 2015. \u00a0 Pendant cette p\u00e9riode, les arrestations et les attaques militaires se sont multipli\u00e9es en toute impunit\u00e9. Les attentats de Diyarbakir le 5 juin (2 morts), de Suru\u00e7 le 20 juillet (33 morts), d\u2019Ankara le 10 octobre (102 morts), attribu\u00e9s \u00e0 l\u2019EI mais non revendiqu\u00e9s par le groupe, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lucid\u00e9s, et l\u2019AKP a emp\u00each\u00e9 la cr\u00e9ation de commissions d\u2019enqu\u00eate. C\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles le gouvernement turc est r\u00e9guli\u00e8rement accus\u00e9 de collaborer avec l\u2019EI ou de faciliter ses activit\u00e9s sur son territoire. Le Kurdistan est aujourd\u2019hui \u00e0 nouveau en \u00e9tat de si\u00e8ge, arbitrairement \u00e9tabli par recours \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, ou d\u2019interdictions de sortir, des villes enti\u00e8res sont bombard\u00e9es et soumises au couvre-feu (Cizre en septembre, maintenant Silvan, Silopi et la quasi-totalit\u00e9 de la r\u00e9gion); \u00e0 Silvan, ville dont la population est en \u00e9crasante majorit\u00e9 kurde, les policiers, avant de se retirer, ont tagu\u00e9 sur les murs: \u00ab<i>Si tu es Turc, sois fier. Sinon, ob\u00e9is<\/i>\u00bb.<\/p>\n<p>Depuis les \u00e9lections du 1er novembre, des journalistes sont mis \u00e0 pied, des magistrats en attente de jugement, plusieurs m\u00e9dias passent sous le contr\u00f4le d\u2019administrateurs judiciaires proches de l\u2019AKP, les rassemblements sont brutalement r\u00e9prim\u00e9s, les \u00e9lu.e.s du HDP menac\u00e9.e.s, <a class=\"external\" href=\"http:\/\/www.lesaf.org\/blog-solidarite.html?fb_744905_anch=2737683\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Tahir El\u00e7i, b\u00e2tonnier de Diyarbakir, ex\u00e9cut\u00e9<\/a>, les assassinats par des groupes para-militaires &#8211; parfois infiltr\u00e9s par la police \u2013 sont tol\u00e9r\u00e9s, voire encourag\u00e9s. Les \u00abm\u00e8res du samedi\u00bb manifestent, comme en Argentine, pour savoir ce que sont devenu.e.s les disparu.e.s, tandis que l&rsquo;aviation turque bombarde les cimeti\u00e8res kurdes. La Fondation turque des droits de l\u2019homme rapporte qu\u2019entre l\u2019\u00e9lection du 7 juin et le 9 novembre 5713 personnes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es, dont 1004 sont toujours d\u00e9tenues.<\/p>\n<p>Ajoutons que le r\u00e9gime Erdogan laisse libre cours \u00e0 un capitalisme ultra-lib\u00e9ral: tout comme la Libye en 2004, la Turquie est un eldorado pour les lobbies des \u00e9quipementiers, avec des projets pharaoniques qui devraient culminer avec \u00abObjectif 2023\u00bb et \u00abIstanbul 2023\u00bb, op\u00e9rations lanc\u00e9es pour la comm\u00e9moration des cent ans de la R\u00e9publique, qui accentueront urbanisation sauvage, rel\u00e9gation des pauvres, saccages \u00e9cologiques (comme ceux li\u00e9s au futur troisi\u00e8me pont sur le Bosphore qui menace les for\u00eats sur les deux rives). Et la responsabilit\u00e9 des industriels restera sans doute impunie pour les 301 morts de la catastrophe mini\u00e8re de Soma en 2014.<\/p>\n<p>Il existe en Turquie un mouvement prot\u00e9iforme, renforc\u00e9 par Gezi en 2013 et l\u2019essor du parti HDP, m\u00ealant aspirations d\u00e9mocratiques, soutien aux Kurdes, solidarit\u00e9 avec les migrants, activisme LGBT, engagement \u00e9cologique, pr\u00e9sent dans tout le pays et dans toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;ensemble de ces mouvements d&rsquo;opposition et de r\u00e9sistance est aujourd\u2019hui gravement menac\u00e9 par le soutien de l\u2019UE et de ses \u00c9tats membres au gouvernement turc.<\/p>\n<p>Un soutien qui va du simple silence \u00e0 de v\u00e9ritables op\u00e9rations de d\u00e9douanement des autorit\u00e9s turques. Ainsi\u00a0Jean-Claude Juncker, pr\u00e9sident de la \u00a0Commission, <a class=\"external\" href=\"http:\/\/www.telegraph.co.uk\/news\/worldnews\/europe\/turkey\/11957432\/EU-should-not-harp-on-at-Turkey-about-human-rights-says-Jean-Claude-Juncker.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">a-t-il d\u00e9clar\u00e9 devant le Parlement \u00e0 Strasbourg le 27 octobre 2015<\/a>: \u00ab<i>l\u2019UE ne devrait pas harceler la Turquie au sujet des droits de l\u2019homme [\u2026] Nous savons qu\u2019il y a des manques, mais il est indispensable d\u2019impliquer la Turquie. Nous voulons \u00eatre s\u00fbrs que plus un r\u00e9fugi\u00e9 n\u2019arrive en Europe par la Turquie<\/i>\u00bb. Dimitris Avramopoulos, Commissaire europ\u00e9en aux Migrations et Affaires int\u00e9rieures, ne disait pas autre chose\u00a0(AFP, 14 mars 2015): \u00ab<i>Nous ne devons pas \u00eatre na\u00effs. Le fait que nous coop\u00e9rions avec des r\u00e9gimes dictatoriaux ne signifie pas que nous les l\u00e9gitimions. Mais nous devons coop\u00e9rer l\u00e0 o\u00f9 nous avons d\u00e9cid\u00e9 de lutter contre la contrebande et la traite des \u00eatres humains<\/i>\u00bb (\u00e0 ces luttes sans merci s\u2019ajoute maintenant celle contre le terrorisme). C\u2019est l\u00e0 le langage de la realpolitik, et, comme le rappelle Jacques Ranci\u00e8re, \u00abl<i>es r\u00e9alistes sont toujours en retard d&rsquo;un r\u00e9el<\/i>\u00bb.<\/p>\n<p>Car tandis que l&rsquo;UE cherche avant tout, par sa politique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Turquie, \u00e0 endiguer la venue de migrants par le territoire de ce voisin, ce dernier, fid\u00e8le au peu de cas qu&rsquo;il fait des libert\u00e9s fondamentales, bafoue impun\u00e9ment les droits des migrants. Human Rights Watch d\u00e9non\u00e7ait, le 23 novembre 2015, les <a class=\"external\" href=\"https:\/\/www.hrw.org\/news\/2015\/11\/23\/turkey-syrians-pushed-back-border\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">refoulements \u00e0 la fronti\u00e8re turco-syrienne des r\u00e9fugi\u00e9s syriens<\/a> et la violence des gardes-fronti\u00e8res turcs \u00e0 leur encontre. Cette fronti\u00e8re, ferm\u00e9e par la Turquie depuis mars 2015, ne voit traverser, depuis lors, que les personnes ayant des besoins m\u00e9dicaux urgents, bloquant les r\u00e9fugi\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re o\u00f9 les bombes russo-syriennes pleuvent.<\/p>\n<p>De plus les autorit\u00e9s turques restreignent, voire emp\u00eachent, le passage par les fronti\u00e8res terrestres avec la Gr\u00e8ce et la Bulgarie, ce qui oblige les personnes d\u00e9sirant se rendre sur le territoire de l&rsquo;UE \u00e0 prendre la mer o\u00f9 les risques sont bien plus mortels. Selon les m\u00e9dias, une directive du minist\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9rieur turc, dat\u00e9e du 29 ao\u00fbt, pr\u00e9voit que les Syriens ne peuvent pas quitter sans permission les provinces de Turquie o\u00f9 ils sont enregistr\u00e9s, au risque d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme une \u00ab<i>menace pour l&rsquo;ordre public, affectant l&rsquo;image de la Turquie aux yeux du monde<\/i>\u00bb. A la gare routi\u00e8re de Bayrampasa, \u00e0 Istanbul, les personnes sont emp\u00each\u00e9es de monter dans les bus en partance pour la Thrace, les billets \u00e9tant vendus exclusivement aux titulaires du num\u00e9ro figurant sur la carte d&rsquo;identit\u00e9 turque. A Edirne, la ville turque situ\u00e9e avant la fronti\u00e8re avec ses deux pays voisins, plusieurs milliers de personnes ont \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9es dans un stade, afin de les \u00abconvaincre\u00bb de faire demi-tour (<a class=\"external\" href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/europe\/article\/2015\/09\/24\/la-turquie-a-du-mal-a-retenir-les-refugies-venus-de-syrie_4770072_3214.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Le Monde<\/em>, 24\/09\/15<\/a>).\u00a0Alors que les drames des noyades en mer continuent, les courants de la mer \u00c9g\u00e9e et la puissance des vents \u00ab<i>transforment ces travers\u00e9es en entreprises incroyablement dangereuses<\/i>\u00bb (Watch The Med \u2013 AlarmPhone <a class=\"external\" href=\"http:\/\/www.gisti.org\/spip.php?article5048\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Communiqu\u00e9 apr\u00e8s un an de fonctionnement<\/a>\u00a012\/10\/15).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution r\u00e9cente de la l\u00e9gislation turque sur le droit des \u00e9trangers, et sur l&rsquo;asile, pr\u00e9voit que soit accord\u00e9es protection et assistance aux demandeurs d&rsquo;asile et r\u00e9fugi\u00e9s en Turquie, quels que soient leurs pays d&rsquo;origine, et ce malgr\u00e9 le maintien de la limitation g\u00e9ographique \u00e0 la <abbr class='c2c-text-hover' title='La Convention de Gen\u00e8ve relative au statut des r\u00e9fugi\u00e9s est un texte de droit international qui d\u00e9finit \u00e0 la fois ce qu\u2019est un\u00b7e r\u00e9fugi\u00e9\u00b7e, quels sont ses droits et quelles sont les obligations des \u00c9tats signataires \u00e0 son \u00e9gard.'>Convention de Gen\u00e8ve de 1951<\/abbr>. En vertu de ce nouveau r\u00e9gime l\u00e9gislatif, une protection temporaire est accord\u00e9e aux Syriens, qui leur garantit le droit de s\u00e9journer en Turquie. Ce statut ne leur permet pas en revanche d\u2019y travailler. En pratique, il existe \u00e0 l\u2019heure actuelle 25 camps de r\u00e9fugi\u00e9s, o\u00f9 ne sont \u00abaccueillies\u00bb que 260&rsquo;000 personnes sur les 2.2 millions de r\u00e9fugi\u00e9s recens\u00e9s. L\u2019acc\u00e8s aux soins, lui aussi, devient de plus en plus difficile, avec un service public d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9.<\/p>\n<p>S&rsquo;agissant du droit \u00e0 la scolarisation, de m\u00eame, l\u00e0 encore officiellement ouvert aux enfants de r\u00e9fugi\u00e9s, des obstacles majeurs demeurent, principalement d\u2019ordre linguistique et d\u2019int\u00e9gration sociale et \u00e9conomique. L\u2019association Human Rights Watch rendait public le 8 novembre un <a class=\"external\" href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2015\/11\/08\/turquie-400-000-enfants-syriens-ne-sont-pas-scolarises\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">rapport<\/a> dans lequel elle pointe les \u00e9normes carences en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour les enfants syriens; HRW affirme que sur les 708&rsquo;000 enfants r\u00e9fugi\u00e9s pr\u00e9sents en Turquie en \u00e2ge d\u2019\u00eatre scolaris\u00e9s \u00e0 peine plus de 212&rsquo;000 sont inscrits dans le syst\u00e8me officiel d\u2019enseignement aux niveaux primaire et secondaire. Sans surprise, ce sont ceux qui ont r\u00e9ussi \u00e0 avoir une place dans les 25 camps qui pr\u00e9sentent le taux le plus \u00e9lev\u00e9 de scolarisation (90%) alors que, pour ceux et celles vivant en dehors de ces camps, seulement 25% des enfants sont inscrits dans une \u00e9cole.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats membres de l\u2019UE, condamn\u00e9s \u00e0 maintes reprises par la Cour Europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme pour \u00abtraitements inhumains et d\u00e9gradants\u00bb (art. 3 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme), seraient malvenus de donner des le\u00e7ons \u00e0 Recep Tayyip Erdogan, ou de se scandaliser que les \u00abgrands textes internationaux\u00bb qui font le socle de l\u2019UE &#8211; et qu\u2019elle transgresse r\u00e9guli\u00e8rement! &#8211; n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 sign\u00e9s par ces dictateurs qu\u2019elle courtise: la Libye de Khadafi \u00e0 partir de 2004, l\u2019\u00c9rythr\u00e9e ou le Soudan aujourd\u2019hui, la Turquie enfin.<\/p>\n<p>Les ambitions de l\u2019Union europ\u00e9enne sont claires: \u00e9viter que les migrants n&rsquo;arrivent sur le sol europ\u00e9en, et pour cela payer le prix qu&rsquo;il faudra. Celles de la Turquie \u00e9galement: disposer d\u2019une marge de man\u0153uvre plus large pour mettre en place librement la politique qu\u2019elle entend mener. Au milieu se trouvent des centaines de milliers d\u2019hommes, de femmes, d&rsquo;enfants qui n&rsquo;aspirent \u00e0 rien d&rsquo;autre qu\u2019\u00e0 une protection et un acc\u00e8s effectif aux droits fondamentaux. La Turquie et l\u2019Union europ\u00e9enne s&rsquo;entendent parfaitement pour ne pas les leur offrir. Ce n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 lors du <a class=\"external\" href=\"http:\/\/europa.eu\/rapid\/press-release_STATEMENT-15-6194_en.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Sommet des chefs d\u2019\u00c9tat ou de gouvernement avec la Turquie<\/a> le 29 novembre lorsque, sous couvert de la \u00ablutte contre l&rsquo;immigration irr\u00e9guli\u00e8re\u00bb, elles entendent faire en sorte que les personnes b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;une protection temporaire &#8211; dont les Syriens &#8211; n&rsquo;aient pas acc\u00e8s au territoire europ\u00e9en.<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<div class=\"introduction\">\n<div class=\"documentDescription description\">\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les ambitions de l\u2019Union europ\u00e9enne sont claires: \u00e9viter que les migrants n&rsquo;arrivent sur le sol europ\u00e9en, et pour cela payer le prix qu&rsquo;il faudra. 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