{"id":31328,"date":"2016-04-15T07:39:23","date_gmt":"2016-04-15T05:39:23","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/?p=31328"},"modified":"2021-08-26T13:55:24","modified_gmt":"2021-08-26T11:55:24","slug":"gisti-les-mineurs-disparus-deuropol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2016\/04\/15\/gisti-les-mineurs-disparus-deuropol\/","title":{"rendered":"GISTI |\u00a0Les mineurs disparus d\u2019Europol"},"content":{"rendered":"<div class=\"texte\">\n<p><span class=\"accroche\">Fin janvier\u202f2016, plusieurs articles de presse ont \u00e9voqu\u00e9 les disparitions d\u2019enfants migrants: \u00ab<i>Plus de 10&rsquo;000 enfants migrants disparus depuis deux ans<\/i>\u00a0\u00bb, \u00ab<i>L\u2019inqui\u00e9tante disparition d\u2019au moins 10\u00a0000\u00a0enfants migrants en Europe<\/i>\u00a0\u00bb, \u00ab<i>Comment 10&rsquo;000\u00a0enfants r\u00e9fugi\u00e9s peuvent dispara\u00eetre des radars<\/i>\u00a0\u00bb, a-t-on pu, par exemple, lire sur les sites respectifs de Lib\u00e9ration, de <i>RFI <\/i> ou de <i>l\u2019Obs<\/i>. La source de ces articles? Les d\u00e9clarations d\u2019un responsable d\u2019Europol, l\u2019agence polici\u00e8re europ\u00e9enne, dans l\u2019hebdomadaire britannique <i>The Observer<\/i> pr\u00e9cisant que ce chiffre concerne les enfants dont la trace a \u00e9t\u00e9 perdue apr\u00e8s leur enregistrement aupr\u00e8s des autorit\u00e9s europ\u00e9ennes sur les dix-huit \u00e0 vingt derniers mois. Une grande partie d\u2019entre eux serait des mineurs isol\u00e9s et environ la moiti\u00e9 serait pass\u00e9e par l\u2019Italie.<\/span><\/p>\n<p><em>\u00c9dito extrait de la revue <a href=\"http:\/\/www.gisti.org\/spip.php?article5308\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Plein droit n\u00b0 108<\/a>, mars 2016.<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>5000 enfants disparus en Italie, 1000 autres en Su\u00e8de, les chiffres sont d\u2019autant plus effrayants que le responsable d\u2019Europol fait \u00e9tat de risques d\u2019exploitation par des r\u00e9seaux criminels. En reprenant cette information, la presse \u00e9voque p\u00eale-m\u00eale la traite des \u00eatres humains, les r\u00e9seaux de prox\u00e9n\u00e9tisme ou de servitudes domestiques, les trafics d\u2019organes! Discours aussi alarmant que peu document\u00e9 en termes de sources et de chiffres fiables. Cette dramatisation un peu forc\u00e9e finit par masquer une autre r\u00e9alit\u00e9, dont toutes les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes, Europol compris, devraient se sentir responsables: celle qui conduit l\u2019ensemble des pays europ\u00e9ens \u00e0 refuser d\u2019accueillir et de prot\u00e9ger convenablement ces mineurs accompagn\u00e9s ou non d\u2019adultes.<\/p>\n<p>Pour retrouver trace d\u2019une partie de ces mineurs \u00abdisparus\u00bb, il suffit de se rendre \u00e0 l\u2019Adjie (accompagnement et d\u00e9fense des jeunes isol\u00e9s), une petite permanence interassociative situ\u00e9e \u00e0 Paris. Beaucoup des adolescents qui s\u2019y pressent chaque semaine sont de jeunes Africains qui ont effectivement travers\u00e9 un ou plusieurs pays europ\u00e9ens, dont l\u2019Italie le plus souvent, avant d\u2019arriver en France. Il s\u2019agit quasi exclusivement de jeunes gar\u00e7ons, \u00e2g\u00e9s de quinze \u00e0 dix-sept ans. La plupart confirment avoir \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre au cours de leur voyage par une ONG, la police ou un service qu\u2019ils n\u2019ont pas vraiment identifi\u00e9. Nul doute que nombre d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 ensuite d\u00e9clar\u00e9s \u00abdisparus\u00bb par ces m\u00eames services ou organisations. Parmi les jeunes de l\u2019Adjie, aucune victime de traite des \u00eatres humains, de trafic d\u2019organes ou encore d\u2019activit\u00e9s li\u00e9es au commerce du sexe. Mais tous t\u00e9moignent en revanche des \u00e9preuves qu\u2019ils ont d\u00fb subir pour arriver en France: voyage \u00e9prouvant \u00e0 travers le continent africain, souvent entrecoup\u00e9 de petits boulots pour financer la prochaine \u00e9tape, travers\u00e9e terrifiante de la M\u00e9diterran\u00e9e, puis souvent l\u2019errance et la d\u00e9brouille dans les rues de villes europ\u00e9ennes. Pour ces jeunes, l\u2019urgence est de trouver un toit, de la nourriture et d\u2019\u00eatre scolaris\u00e9s au plus vite, une urgence aussi importante \u00e0 leurs yeux que les deux premi\u00e8res. Certains viennent d\u2019arriver en r\u00e9gion parisienne et sont dans l\u2019attente d\u2019un premier rendez-vous avec les services sociaux du d\u00e9partement. D\u2019autres, les plus nombreux, ont d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet d\u2019un refus de protection de la part des services de protection de l\u2019enfance, du juge des enfants, voire d\u2019une cour d\u2019appel. Incapables de pr\u00e9senter des documents d\u2019identit\u00e9 ou accus\u00e9s d\u2019en fournir de faux, leur minorit\u00e9 est remise en cause et, avec elle, c\u2019est toute leur histoire qui est ni\u00e9e.<\/p>\n<p>Combien de jeunes ont demand\u00e9 protection en France? Combien de situations \u00e9valu\u00e9es par les d\u00e9partements? Combien de refus de prise en charge? Personne ne sait vraiment. Il semble plus facile d\u2019\u00e9voquer le chiffre des \u00abdisparus\u00bb &#8211;\u00a0la faute \u00e0 pas de chance\u00a0&#8211; que celui des jeunes qui ont fait l\u2019objet d\u2019un refus de protection par un service de l\u2019aide sociale \u00e0 l\u2019enfance ou un juge des enfants. Ce que l\u2019on sait, c\u2019est qu\u2019au moins la moiti\u00e9, peut \u00eatre plus, des 10&rsquo;000\u00a0mineurs isol\u00e9s qui demandent chaque ann\u00e9e protection \u00e0 la France se font \u00e9conduire dans ces conditions. Ces chiffres sont aussi approximatifs que ceux d\u2019Europol puisque qu\u2019aucune donn\u00e9e fiable n\u2019existe vraiment dans ce domaine.<\/p>\n<p>Parmi ceux qui finissent tout de m\u00eame par obtenir une mesure de protection, beaucoup doivent se contenter d\u2019un h\u00e9bergement dans un h\u00f4tel minable, avec un rendez-vous par semaine pour r\u00e9cup\u00e9rer les tickets restaurant distribu\u00e9s par l\u2019aide sociale \u00e0 l\u2019enfance. Certains seront scolaris\u00e9s, d\u2019autres pas. Les moins bien lotis finiront par fuguer et reprendront leur errance dans l\u2019espoir de trouver meilleur accueil dans un autre d\u00e9partement ou un autre pays. Quelques-uns se retrouveront s\u00fbrement sous les tentes de la jungle de Calais ou dans les cabanes de Grande-Synthe.<\/p>\n<p>Europol pourrait ainsi ajouter chaque ann\u00e9e \u00e0 sa triste comptabilit\u00e9 encore quelques milliers d\u2019enfants disparus en France, souvent les m\u00eames que ceux enregistr\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment par d\u2019autres pays europ\u00e9ens. Mais peut-on r\u00e9ellement parler d\u2019enfants \u00abdisparus\u00bb quand tout est fait pour qu\u2019ils disparaissent?<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fin janvier\u202f2016, plusieurs articles de presse ont \u00e9voqu\u00e9 les disparitions d\u2019enfants migrants: \u00abPlus de 10 000 enfants migrants disparus depuis deux ans \u00bb, \u00abL\u2019inqui\u00e9tante disparition d\u2019au moins 10 000 enfants migrants en Europe \u00bb, \u00abComment 10 000 enfants r\u00e9fugi\u00e9s peuvent dispara\u00eetre des radars \u00bb, a-t-on pu, par exemple, lire sur les sites respectifs de Lib\u00e9ration, de RFI ou de l\u2019Obs. La source de ces articles? 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