{"id":32386,"date":"2016-05-30T11:11:30","date_gmt":"2016-05-30T09:11:30","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/?p=32386"},"modified":"2021-08-26T13:54:28","modified_gmt":"2021-08-26T11:54:28","slug":"visionscarto-net-migrations-sauvetage-mer-droits-humains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2016\/05\/30\/visionscarto-net-migrations-sauvetage-mer-droits-humains\/","title":{"rendered":"VisionsCarto.net | Migrations, sauvetage en mer et droits humains"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Secourir les \u00eatres humains en pleine mer est un principe humanitaire fondamental, une obligation. C\u2019est ce que Navi Pillay, haut-commissaire aux droits humains \u00e0 l\u2019<span class=\"caps\">ONU<\/span> [entre 2008 et 2014], croyait bon de rappeler aux gouvernements de nombreux Etats ainsi qu\u2019aux capitaines de certains navires, qu\u2019elle accusait violemment d\u2019ignorer les appels au secours de naufrag\u00e9s en difficult\u00e9. M<sup class=\"typo_exposants\">me<\/sup>\u00a0Pillay pouvait bien \u00eatre en col\u00e8re. Car ces naufrag\u00e9s sont parmi les personnes les plus vuln\u00e9rables de la plan\u00e8te: des \u00abmigrants-voyageurs\u00bb, souvent embarqu\u00e9s sur des rafiots mena\u00e7ant de sombrer \u00e0 chaque instant.<\/span><\/p>\n<p><em>Un billet de Philippe Rekacewicz, <a href=\"http:\/\/visionscarto.net\/migrations-sauvetage-en-mer\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">publi\u00e9 sur VisionsCarto.net en 2009 <\/a>et que nous vous proposons de relire aujourd\u2019hui. Son contenu reste en effet tr\u00e8s actuel.<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Il est assez rare d\u2019entendre des hauts responsables onusiens impliquer aussi directement et brutalement les gouvernements des \u00c9tats membres. Pourtant, les appels de M<sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup> Pillay ne nous apprennent rien de nouveau. Les flux de migrants se sont consid\u00e9rablement accrus, mais ils existent depuis plusieurs d\u00e9cennies. Le trafic (dans les deux sens du terme) est simplement de plus en plus soutenu. En Europe, certaines dispositions l\u00e9gales \u2014 compl\u00e8tement ahurissantes \u2014 punissent ceux qui, p\u00eacheurs ou capitaines de cargo, ont le courage de secourir en mer cette humanit\u00e9 sans papiers et sans visas\u00a0: c\u2019est ce qui explique qu\u2019elle soit de plus en plus souvent abandonn\u00e9e \u00e0 son triste sort. Et qui justifie pleinement le cri d\u2019alarme de M<sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup> Pillay.<\/p>\n<p class=\"spip\"><strong>Quand les navires commerciaux ignorent des appels de d\u00e9tresse<\/strong><\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Dans une tragique r\u00e9p\u00e9tition, le mois dernier, la mort de migrants en pleine mer, et le d\u00e9sespoir de beaucoup d\u2019autres, abandonn\u00e9s sur les c\u00f4tes libyennes, maltaises ou italiennes, ont une fois de plus attir\u00e9 l\u2019attention sur les souffrances des r\u00e9fugi\u00e9s et des migrants<\/i>, a dit M<sup class=\"typo_exposants\">me<\/sup>\u00a0Pillay lors du discours d\u2019ouverture de la <a class=\"spip_out\" href=\"https:\/\/documents-dds-ny.un.org\/doc\/UNDOC\/GEN\/G10\/118\/29\/PDF\/G1011829.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"external noopener\">douzi\u00e8me session du Conseil des droits de l\u2019homme<\/a> qui s\u2019est tenu \u00e0 Gen\u00e8ve du 14\u00a0septembre au 2\u00a0octobre 2009.<\/p>\n<p><i>Aujourd\u2019hui, les navires commerciaux qui croisent par hasard des embarcations en perdition passent leur chemin s\u2019ils suspectent qu\u2019\u00e0 bord se trouvent des migrants clandestins, ignorant leurs appels de d\u00e9tresse, et cela en violation flagrante des lois internationales et des principes humanitaires fondamentaux.<\/i><\/p>\n<p><i>Dans de nombreux cas, les autorit\u00e9s rejettent ces migrants qui tentent de traverser la M\u00e9diterran\u00e9e, la mer des Cara\u00efbes ou le Golfe d\u2019Aden, les laissant face \u00e0 de grands p\u00e9rils sinon \u00e0 la mort. Elles se d\u00e9tournent de leurs embarcations comme si elles contenaient des d\u00e9chets dangereux, ou leur interdisent d\u2019accoster et de d\u00e9barquer sans m\u00eame prendre le soin de v\u00e9rifier leur situation. Bien trop souvent, ces millions de migrants et de r\u00e9fugi\u00e9s sont rejet\u00e9s \u2014 dans des conditions inhumaines \u2014 aux fronti\u00e8res terrestres des Etats qu\u2019ils souhaitent rejoindre, \u00e0 la recherche de meilleures conditions de vie. Nombre d\u2019entre eux sont des proies faciles pour les trafiquants qui s\u2019enrichissent sur leur dos, justement dans les r\u00e9gions o\u00f9 le contr\u00f4le gouvernemental est le plus faible.<\/i><\/p>\n<p><i>Les Etats ont l\u2019obligation de respecter les droits humains fondamentaux de tous les individus qui sont sous leur juridiction. Y compris les migrants, quel que soit leur statut. Les pratiques qui consistent \u00e0 syst\u00e9matiquement mettre en d\u00e9tention des migrants \u201cirr\u00e9guliers\u201d, \u00e0 les criminaliser et \u00e0 les maltraiter lors des contr\u00f4les aux fronti\u00e8res, doivent cesser<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>, conclut M<sup class=\"typo_exposants\">me<\/sup>\u00a0Pillay.<\/p>\n<p>Cette trag\u00e9die qui ne date pas d\u2019hier trouve peu d\u2019\u00e9cho dans les m\u00e9dias, qui se d\u00e9tournent eux aussi d\u2019un sujet qu\u2019il ne jugent pas assez vendeur. L\u2019organisation non gouvernementale hollandaise <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.unitedagainstracism.org\" target=\"_blank\" rel=\"external noopener\">United for intercultural action<\/a> a document\u00e9 <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.unitedagainstracism.org\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/Listofdeaths22394June15.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"external noopener\">la mort de 22\u00a0394 personnes<\/a> ayant tent\u00e9 de rejoindre la \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>forteresse Europe<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb depuis 1993. Ces chiffres [mis \u00e0 jour en septembre 2015] &#8211; sont une estimation <i>a minima<\/i> (ils repr\u00e9sentent les d\u00e9c\u00e8s prouv\u00e9s)<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; le nombre r\u00e9el est sans doute beaucoup plus \u00e9lev\u00e9. Par ailleurs, ils ne tient pas compte des naufrages survenus ailleurs dans le monde, en particulier dans le Golfe d\u2019Aden ou au large de Mayotte, en Asie ou dans les Cara\u00efbes.<\/p>\n<p class=\"spip\"><strong>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>La mer n\u2019est pas une amie, m\u00eame si elle feint de l\u2019\u00eatre<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, dit un vieux proverbe norv\u00e9gien&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>La mer est un environnement aussi fascinant qu\u2019effrayant<\/i>, raconte M.\u00a0William Spindler, porte parole du Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s. <i>Toutes les l\u00e9gendes le rappellent\u00a0: <\/i>L\u2019Odyss\u00e9e, Les aventures de Robinson Cruso\u00e9<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Roman de l\u2019\u00e9crivain anglais Daniel Defoe, publi\u00e9 en 1719.\" href=\"http:\/\/visionscarto.net\/migrations-sauvetage-en-mer#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>]<\/span><i>, les <\/i>Contes de Sinbad le marin, La Temp\u00eate<i> de William Shakespeare, la peinture all\u00e9gorique de Th\u00e9odore G\u00e9ricault figurant le Radeau de la M\u00e9duse, le succ\u00e8s plan\u00e9taire du film hollywoodien <\/i>Titanic<i>\u2026 Ces r\u00e9cits qui \u00e9voquent les dangers de la \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>grande bleue<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb ont toujours exerc\u00e9 un immense pouvoir d\u2019attraction dans l\u2019imaginaire collectif.<\/i><\/p>\n<p><i>Au cours des si\u00e8cles, marins et p\u00eacheurs ont du affronter quotidiennement la col\u00e8re des \u00e9l\u00e9ments. Ils ont d\u00e9velopp\u00e9 un code informel mais puissant\u00a0: n\u2019importe quel \u00eatre humain en p\u00e9ril dans les flots doit \u00eatre sauv\u00e9, quelles que soient les circonstances et quel qu\u2019en soit le prix<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>; ce principe universel s\u2019appliquant aussi, bien s\u00fbr, \u00e0 l\u2019ennemi en temps de guerre. L\u2019initiative la plus ancienne connue \u00e0 ce jour pour prot\u00e9ger les vies humaines en mer est la construction en Asie mineure, il y a plus de vingt-sept si\u00e8cles, d\u2019un phare qui permettait de pr\u00e9venir les naufrages en pleine nuit.<\/i><\/p>\n<p><i>Le sauvetage en mer est assur\u00e9 aujourd\u2019hui par un r\u00e9seau mondial d\u2019agences, mais souffre encore d\u2019un grand d\u00e9ficit de coordination, d\u00fb essentiellement \u00e0 une d\u00e9finition tr\u00e8s imparfaite du droit de la mer et des d\u00e9limitations maritimes.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Il arrive que, selon le lieu des naufrages, on ne sache pas tr\u00e8s bien qui doit intervenir et qui doit payer&#8230; On a d\u00e9j\u00e0 vu des agents d\u2019assurances n\u00e9gocier avec les sauveteurs sur les lieux m\u00eames du naufrage, alors que les op\u00e9rations \u00e9taient en cours<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>!<\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Mais le plus important,<\/i> dit encore M.\u00a0Spindler, <i>lorsque des vies sont en jeu, c\u2019est de r\u00e9affirmer l\u2019imp\u00e9ratif moral de sauver les naufrag\u00e9s\u00a0: ce principe a un cadre l\u00e9gal depuis 1974<\/i> [avec la mise en place de la Convention pour la s\u00e9curit\u00e9 et la vie en mer (the Safety of Life at Sea &#8211; <span class=\"caps\">SOLAS<\/span>], <i>renforc\u00e9 en 1979 par la Convention internationale pour le secours et la recherche maritime (International Convention on Maritime Search and Rescue &#8211; <span class=\"caps\">SAR<\/span>).<\/i><\/p>\n<p><i>Les peuples ont souvent utilis\u00e9 la mer pour \u00e9chapper aux guerres ou aux pers\u00e9cutions. <i>L\u2019En\u00e9ide<\/i>, du po\u00e8te Virgile, au premier si\u00e8cle avant J\u00e9sus-Christ, raconte l\u2019histoire l\u00e9gendaire d\u2019En\u00e9e, r\u00e9fugi\u00e9 qui fuit la guerre de Troie et accoste en Italie o\u00f9, toujours selon la l\u00e9gende, il devient l\u2019anc\u00eatre des Romains. C\u2019est aussi par la mer que les passagers du Mayflower<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh2\" class=\"spip_note\" title=\"Navire d\u2019environ 30\u00a0m\u00e8tres qui a transport\u00e9 les l\u00e9gendaires immigrants anglais\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/visionscarto.net\/migrations-sauvetage-en-mer#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>]<\/span>, fuyant les pers\u00e9cutions religieuses, sont arriv\u00e9s sur un territoire qui deviendra les Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, l\u2019exode de centaines de milliers de personnes originaires de la p\u00e9ninsule indochinoise (Vietnam et Cambodge essentiellement) a \u00e9t\u00e9 largement m\u00e9diatis\u00e9. Le monde d\u00e9couvrait les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>boat people<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb \u2014 terme utilis\u00e9 pour la premi\u00e8re fois dans ce contexte \u2014 et l\u2019effroyable traitement que leur ont r\u00e9serv\u00e9 les pirates du Golfe de Tha\u00eflande et de la mer de Chine m\u00e9ridionale. Ces \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>boat people<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, h\u00e9las, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 les uniques victimes des pirates, mais aussi \u2014 d\u00e9j\u00e0 \u2014 des gouvernements des pays de la r\u00e9gion, qui envoyaient leurs navires militaires pour les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>intercepter<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb (les emp\u00eacher de d\u00e9barquer) et les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>refouler<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire en clair, les reconduire en pleine mer o\u00f9 nombre d\u2019entre eux ont disparu. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du monde, des dizaines de milliers de personnes fuyaient aussi Ha\u00efti et Cuba, sur des radeaux ou d\u2019autres embarcations de fortune.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, les flux de migration clandestine par la mer se sont beaucoup d\u00e9velopp\u00e9s et sont devenus aujourd\u2019hui une pr\u00e9occupation humanitaire majeure, non seulement en mer M\u00e9diterran\u00e9e, en mer Eg\u00e9e et en mer Adriatique, mais aussi en Asie, le long des c\u00f4tes d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, au large des Iles Canaries, le long des c\u00f4tes birmanes et tha\u00eflandaises, dans l\u2019oc\u00e9an Indien, au large de l\u2019Australie, entre les Comores et Mayotte, et enfin et surtout dans le Golfe d\u2019Aden. Tous les ans, des centaines de milliers de personnes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es fuyant guerres, pers\u00e9cutions, et pauvret\u00e9 prennent la mer sur des embarcations pleines \u00e0 craquer.<\/p>\n<p>M.\u00a0Spindler poursuit\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s a estim\u00e9 qu\u2019en 2006, plus de 50\u00a0000 personnes avaient tent\u00e9 d\u2019atteindre clandestinement l\u2019Europe par la mer. Il est tr\u00e8s probable que le nombre r\u00e9el soit plus \u00e9lev\u00e9. Malheureusement, quelques milliers y ont perdu la vie, mais l\u00e0 aussi, c\u2019est sans doute beaucoup plus\u00a0: les statistiques sont tr\u00e8s impr\u00e9cises et de nombreux bateaux coulent sans laisser de trace. On parle souvent de ce qui se passe en M\u00e9diterran\u00e9e, mais la situation des migrants comoriens au large de Mayotte, et des r\u00e9fugi\u00e9s somaliens et \u00e9thiopiens dans le Golfe d\u2019Aden, est tout aussi \u00e9pouvantable.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Certains pays, pour faire face \u00e0 cette situation, ont m\u00eame envoy\u00e9 des bateaux de guerre (lire Jean Ziegler, \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2008\/03\/ZIEGLER\/15658\" target=\"_blank\" rel=\"external noopener\">R\u00e9fugi\u00e9s de la faim<\/a><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, mars 2008) pour intercepter ces bateaux-\u00e9paves, et souvent les renvoyer d\u2019o\u00f9 ils semblaient venir. Depuis la cr\u00e9ation de l\u2019Agence europ\u00e9enne pour la gestion de la coop\u00e9ration op\u00e9rationnelle aux fronti\u00e8res ext\u00e9rieures des Etats membres de l\u2019Union europ\u00e9enne (ou plus simplement <a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/frontex.europa.eu\/\" target=\"_blank\" rel=\"external noopener\">Frontex<\/a>), les gouvernements pr\u00e9tendent que la pratique des interceptions a permis de sauver plusieurs milliers de vies humaines. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Plus de 6\u00a0000 vies ont \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9es par des bateaux de patrouille qui sont venus au secours d\u2019embarcations \u2014 qui n\u2019\u00e9taient pas en \u00e9tat de naviguer \u2014 avant qu\u2019elles ne s\u2019engagent trop loin des c\u00f4tes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> a affirm\u00e9 M<sup class=\"typo_exposants\">me<\/sup>\u00a0Laura Mart\u00edn P\u00e9rez, vice-d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du gouvernement espagnol \u00e0 Las Palmas sur l\u2019\u00eele de Grande Canarie dans l\u2019Oc\u00e9an Atlantique.<\/p>\n<p>Mais ce qu\u2019oublie de dire M<sup class=\"typo_exposants\">me<\/sup>\u00a0Martin Perez, c\u2019est que les \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>boat people<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, pour \u00e9viter les interceptions, prennent encore plus de risques en choisissant des voies maritimes toujours plus longues et plus dangereuses.<\/p>\n<p>M.\u00a0Spindler\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Jusqu\u2019en 2005, la plupart des migrants clandestins utilisaient de petites embarcations l\u00e9g\u00e8res (appel\u00e9es \u201cpateras\u201d) pouvant contenir jusqu\u2019\u00e0 vingt personnes pour atteindre les Iles Canaries depuis le Maroc ou le Sahara occidental. Le voyage pouvait se faire en 10 ou 12\u00a0heures. Ces \u201cpateras\u201d ont aujourd\u2019hui disparu, pour \u00eatre remplac\u00e9es par des bateaux bien plus grands (connus sous le nom de \u201ccayucos\u201d) qui peuvent embarquer jusqu\u2019\u00e0 cent cinquante\u00a0personnes<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>! Et pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre rep\u00e9r\u00e9s et intercept\u00e9s, ces bateaux partent des ports ouest-africains du S\u00e9n\u00e9gal, de Gambie, de Guin\u00e9e, de Sierra Leone, des Iles du Cap-Vert, voire m\u00eame du Ghana, pour un voyage souvent apocalyptique qui peut durer jusqu\u2019\u00e0 un mois.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Les <span class=\"caps\">ONG<\/span> et les organisations internationales ont depuis longtemps alert\u00e9 l\u2019opinion publique et les gouvernements. Mais sans succ\u00e8s\u00a0: l\u2019h\u00e9catombe se poursuit. Le <span class=\"caps\"><abbr class='c2c-text-hover' title='Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s'>HCR<\/abbr><\/span>, organisation mandat\u00e9e par les Nations unies, ne cesse de rappeler que les interceptions en mer ne doivent pas emp\u00eacher les migrants et r\u00e9fugi\u00e9s de faire valoir leurs droits fondamentaux\u00a0: d\u2019abord, b\u00e9n\u00e9ficier de la protection de la communaut\u00e9 internationale, ensuite, avoir acc\u00e8s au territoire europ\u00e9en, et enfin, d\u00e9poser une demande d\u2019asile.<\/p>\n<p class=\"spip\"><strong>Interf\u00e9rences I\u00a0: rencontres en mer<\/strong><\/p>\n<p>M.\u00a0Spindler\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>En mer, il n\u2019y a pas que les patrouilleurs de la Frontex. Il y a aussi des bateaux de plaisance, des bateaux de p\u00eache, des cargos, de luxueux bateaux de croisi\u00e8re\u2026 Et ce sont souvent eux qui r\u00e9cup\u00e8rent les migrants lorsqu\u2019ils sont en grande difficult\u00e9. Sur l\u2019\u00eele italienne de Lampedusa, des travailleurs humanitaires ont m\u00eame entendu des p\u00eacheurs raconter que des dauphins avaient guid\u00e9 vers le rivage des migrants dont le bateau avait coul\u00e9\u2026<\/i><\/p>\n<p><i>En juillet 2006, le chalutier espagnol Francisco y Catalina a secouru en mer M\u00e9diterran\u00e9e cinquante et une personnes dont dix\u00a0femmes et un enfant de deux ans, alors que leur bateau \u00e9tait sur le point de couler. Lorsque le capitaine a tent\u00e9 de d\u00e9barquer ses passagers sur l\u2019\u00eele de Malte, les autorit\u00e9s le lui ont cat\u00e9goriquement interdit. Le chalutier est rest\u00e9 bloqu\u00e9 au large des c\u00f4tes de Malte pendant plus d\u2019une semaine sans p\u00eacher \u2014 perdant donc une partie importante de son revenu \u2014 le temps de trouver o\u00f9 les migrants pourraient enfin d\u00e9barquer.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>M\u00eame si je devais perdre l\u2019essentiel de mes revenus et \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 des tracasseries administratives,<\/i> a affirm\u00e9 le capitaine du <i>Francisco y Catalina<\/i>, <i>je n\u2019h\u00e9siterais pas une seconde. Je me porterais imm\u00e9diatement au secours d\u2019\u00eatres humains en d\u00e9tresse au milieu des flots, si l\u2019occasion se repr\u00e9sentait \u00e0 nouveau. Il n\u2019y a aucun doute. On se met \u00e0 leur place. Si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 dans leur situation, je n\u2019aurais pas beaucoup aim\u00e9 voir un navire passer sans s\u2019arr\u00eater pour m\u2019aider, pour me sauver la vie<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh3\" class=\"spip_note\" title=\"\u00ab\u00a0R\u00e9fugi\u00e9 ou migrant\u00a0? Pourquoi cette question compte\u00a0\u00bb, R\u00e9fugi\u00e9s, n\u00b0\u00a0148,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/visionscarto.net\/migrations-sauvetage-en-mer#nb3\" rel=\"footnote\">3<\/a>]<\/span>.<\/p>\n<p>M.\u00a0Spindler\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Deux autres incidents survenus en mer M\u00e9diterran\u00e9e en 2007 montrent que la solidarit\u00e9 maritime, malgr\u00e9 ces menaces, continue de jouer. Ce sont aussi des chalutiers espagnols qui ont secouru des clandestins sur des embarcations en perdition. En juin, le Nuestra madre de Loreto sauvait vingt-six\u00a0personnes au large de Tripoli, puis ce f\u00fbt au tour du Corisco, de r\u00e9cup\u00e9rer in extremis plus d\u2019une cinquantaine de personnes dans les eaux libyennes.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Et puis, et puis&#8230; Il y a cette histoire rocambolesque. Ce n\u2019est pas si loin \u2014 \u00e0 peine huit ans \u2014 et on a d\u00e9j\u00e0 presque oubli\u00e9, puisque ces bateaux coulent les uns apr\u00e8s les autres avec une r\u00e9gularit\u00e9 m\u00e9tronimique et h\u00e9las quasi-hebdomaire, et que la loi des m\u00e9dias veut qu\u2019une nouvelle en chasse une autre. En ao\u00fbt 2001, M.\u00a0Arne Rinnan, le capitaine du cargo norv\u00e9gien Tampa, qui assurait la ligne Freemantle-Singapour, aper\u00e7oit au large des c\u00f4tes indon\u00e9siennes une petite embarcation de 20\u00a0m\u00e8tres environ, en perdition au milieu d\u2019une mer agit\u00e9e. Il y d\u00e9couvre, entass\u00e9s, plus de quatre cent trente clandestins dont vingt-deux\u00a0femmes et quarante-trois\u00a0enfants (essentiellement afghans, sri-lankais et pakistanais), qu\u2019il recueille imm\u00e9diatement \u00e0 bord de son navire. Commence alors une longue errance entre l\u2019\u00eele indon\u00e9sienne de Java o\u00f9 les r\u00e9fugi\u00e9s ne veulent aller \u00e0 aucun prix, et l\u2019\u00eele Christmas, sous souverainet\u00e9 australienne, o\u00f9 le gouvernement conservateur de M.\u00a0John Howard lui refuse cat\u00e9goriquement l\u2019accostage. Le capitaine du Tampa et le gouvernement norv\u00e9gien portent l\u2019affaire devant les Nations unies et implorent les Australiens de laisser le bateau accoster pour des raisons humanitaires \u00e9videntes. Mais M.\u00a0Howard ne c\u00e8de pas. La Marine australienne prend finalement d\u2019assaut le Tampa, et transf\u00e8re les migrants \u00e0 bord d\u2019un navire militaire pour les conduire sur l\u2019Ile de Nauru qui avait accept\u00e9 \u2014 contre une \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>aide financi\u00e8re<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb substantielle \u2014 de les accueillir. Certains sont ensuite partis pour la Papouasie Nouvelle-Guin\u00e9e et la Nouvelle-Z\u00e9lande. Aucun de ces clandestins n\u2019ont pu fouler le sol australien.<\/p>\n<p>M.\u00a0Rinnan savait qu\u2019avec ce surplus de passagers \u00e0 bord, son navire n\u2019\u00e9tait pas en \u00e9tat de naviguer en haute mer. Et il a jug\u00e9 le risque (humain) trop grand pour c\u00e9der aux injonctions de la marine australienne qui exigeaient de lui, de son navire et de ses passagers ind\u00e9sirables qu\u2019ils quittent sans d\u00e9lai les eaux territoriales. il s\u2019est donc mis de facto \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>hors la loi<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb en refusant de se soumettre aux ordres des militaires. Qui aurait pu le lui reprocher<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? R\u00e9ponse\u00a0: M.\u00a0Howard et les partis de la droite conservatrice du pays, qui l\u2019ont noy\u00e9 sous de violentes critiques pour avoir \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>viol\u00e9 la loi<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, tra\u00een\u00e9 dans la boue en l\u2019accusant d\u2019avoir menti sur l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de ses passagers et de n\u2019\u00eatre qu\u2019un \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>passeur<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb faisant du trafic payant avec ces clandestins. Et tout cela en m\u00eame temps que le capitaine du Tampa et son \u00e9quipage \u00e9taient re\u00e7us en v\u00e9ritables h\u00e9ros lors de leur retour \u00e0 Oslo. M.\u00a0Rinnan dira simplement en arrivant\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Sauver des gens en mer doit toujours pr\u00e9valoir sur les consid\u00e9rations politiques.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Les capitaines des navires qui sauvent des vies humaines en pleine mer ne devraient jamais \u00eatre p\u00e9nalis\u00e9s,<\/i> dit sans d\u00e9tour John Lyras, haut responsable de la Chambre internationale de navigation (International Chamber of Shipping \u2013 <span class=\"caps\">ICS<\/span>). <i>Ils devraient au contraire \u00eatre autoris\u00e9s \u00e0 d\u00e9barquer leurs passagers le plus t\u00f4t possible dans le port le plus proche quelque soit le pays<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh4\" class=\"spip_note\" title=\"Ibid.\" href=\"http:\/\/visionscarto.net\/migrations-sauvetage-en-mer#nb4\" rel=\"footnote\">4<\/a>]<\/span><i><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>.<\/p>\n<p>M.\u00a0Spindler\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Les Etats connus pour leur r\u00e9ticence \u00e0 laisser les naufrag\u00e9s survivants d\u00e9barquer sur leur territoire m\u00e8nent une politique qui va contre les valeurs humaines les plus \u00e9l\u00e9mentaires. Dans la crainte de perdre de l\u2019argent, ou d\u2019\u00eatre punis par leurs employeurs ou les autorit\u00e9s portuaires, de simples marins ou p\u00eacheurs peuvent se transformer en v\u00e9ritables tueurs.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>En mai 2007, la marine italienne a sauv\u00e9 de la noyade un groupe de vingt-sept\u00a0ressortissants africains qui \u00e9taient rest\u00e9s accroch\u00e9s \u00e0 un immense filet de p\u00eache pendant trois\u00a0jours et trois\u00a0nuits, lequel \u00e9tait tra\u00een\u00e9 par un chalutier maltais, le Budafel, dont le capitaine avait refus\u00e9 de laisser les clandestins monter \u00e0 bord, et surtout de se d\u00e9router pour les d\u00e9barquer en s\u00e9curit\u00e9, <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>de peur<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> avait-il dit aux m\u00e9dias, <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>de perdre sa pr\u00e9cieuse cargaison de thons\u2026<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i>. La presse italienne les avait d\u2019ailleurs surnomm\u00e9s \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>les hommes-thons<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb.<\/p>\n<p>M.\u00a0Spindler\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Le sort des passagers clandestins n\u2019est pas tellement plus enviable. Ils se cachent o\u00f9 ils peuvent dans les cargos, non sans affronter de grands dangers\u00a0: ils subissent des temp\u00e9ratures extr\u00eames, meurent d\u2019asphyxie ou sont victimes de violences physiques lorsqu\u2019ils sont d\u00e9couverts. Mais il y a bien pire. Les lois maritimes internationales sont ainsi faites que l\u2019\u00e9quipage d\u2019un navire transportant des clandestins sans papiers risque de lourdes amendes, doit assurer les co\u00fbts du rapatriement et subit d\u2019importants retards administratifs. Et bien que ces m\u00eames lois obligent les \u00e9quipages \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00e0 traiter les clandestins humainement<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, la peur de perdre leur emploi ou leur bonus ont occasionnellement aussi transform\u00e9 de simples marins en meurtriers.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p><i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Nombreux sont les t\u00e9moignages bien document\u00e9s de clandestins jet\u00e9s par-dessus bord, simplement parce que le capitaine ou la compagnie maritime propri\u00e9taire du navire craignaient d\u2019avoir \u00e0 payer une amende en arrivant au port<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> rappelle David Cockroft, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la F\u00e9d\u00e9ration internationale des travailleurs du transport (International Transport Workers\u2019 Federation \u2013 <span class=\"caps\">ITWF<\/span>).<\/p>\n<p>Les bateaux de la marine marchande ou de plaisance vont de plus en plus h\u00e9siter \u00e0 intervenir en cas d\u2019urgence, s\u2019ils savent que les Etats refuseront de les laisser d\u00e9barquer les naufrag\u00e9s sans papiers, et surtout qu\u2019ils s\u2019exposent \u00e0 des tracasseries administratives ou judiciaires. <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>A l\u2019automne 2007<\/i>, rappelle M.\u00a0Spindler, <i>des p\u00eacheurs tunisiens soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019avoir favoris\u00e9 l\u2019immigration clandestine sont pass\u00e9s en justice en Sicile. Nous sommes pourtant beaucoup \u00e0 croire qu\u2019ils ont sauv\u00e9s la vie des quarante-quatre personnes (dont onze\u00a0femmes et deux\u00a0enfants) retrouv\u00e9es sur leur chalutier apr\u00e8s que leur fragile \u201cdinghy\u201d <\/i>[petit bateau en caoutchouc]<i> se soit retourn\u00e9.<\/i><\/p>\n<p><i>Les politiques et l\u2019arsenal l\u00e9gislatif anti-immigration, les consid\u00e9rations froidement commerciales de la flotte de p\u00eache ou de la marine marchande, l\u2019irresponsabilit\u00e9 criminelle des passeurs, tout cela risque d\u2019oblit\u00e9rer durablement le principe universel du sauvetage en mer. A moins que davantage d\u2019efforts ne soient rapidement entrepris pour \u00e9viter que ne soient p\u00e9nalis\u00e9s ceux qui ont le courage de secourir des \u00eatres humains en pleine mer. En juillet 2006, des amendements ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9s aux conventions de 1974 et 1979, obligeant les Etats \u00e0 coop\u00e9rer pour que les personnes sauv\u00e9es puissent d\u00e9barquer au plus vite et en lieu s\u00fbr. Mais plusieurs de ces grands Etats n\u2019ont pas encore ratifi\u00e9 ces amendements<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb,<\/i> conclut M.\u00a0Spindler.<\/p>\n<p>Les accords sign\u00e9s entre l\u2019Italie et la Libye en 2009 sont en compl\u00e8te contradiction avec ces principes fondamentaux. Un des haut-responsables du <span class=\"caps\">HCR<\/span>, M.\u00a0Ron Redmond, s\u2019en est \u00e9mu lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse, le 14\u00a0juillet 2009 au Palais des Nations \u00e0 Gen\u00e8ve\u00a0: <i>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Depuis le d\u00e9but du mois de mai, une nouvelle politique de refoulement a \u00e9t\u00e9 introduite et au moins neuf\u00a0cent personnes essayant de rejoindre l\u2019Italie par la mer ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es vers d\u2019autres pays, principalement vers la Libye. Nous avons men\u00e9 en Libye des entretiens avec les quatre-vingt-deux personnes qui avaient \u00e9t\u00e9 intercept\u00e9es par la marine italienne en haute mer le 1<sup class=\"typo_exposants\">er<\/sup>\u00a0juillet 2009, \u00e0 30\u00a0miles nautiques de l\u2019\u00eele italienne de Lampedusa. Ils avaient \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s vers un bateau libyen, puis emmen\u00e9s vers la Libye o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s dans des centres de d\u00e9tention. Il semble que la marine italienne n\u2019ait pas tent\u00e9 d\u2019\u00e9tablir les nationalit\u00e9s ni de savoir pour quels motifs ces personnes avaient fui leurs pays.<\/i><\/p>\n<p><i>Soixante\u00a0seize sont originaires de l\u2019Erythr\u00e9e, y compris neuf femmes et au moins six\u00a0enfants. Sur la base de l\u2019\u00e9valuation du <span class=\"caps\">HCR<\/span> sur la situation en Erythr\u00e9e, et d\u2019apr\u00e8s nos entretiens avec ces personnes elles-m\u00eames, il est clair que nombre d\u2019entre elles ont besoin d\u2019une protection internationale. Durant ces entretiens, le <span class=\"caps\">HCR<\/span> a recueilli des t\u00e9moignages alarmants sur l\u2019usage de la force par des fonctionnaires italiens durant le transfert vers le bateau libyen. Il appara\u00eet que six ressortissants \u00e9rythr\u00e9ens ont eu besoin de soins m\u00e9dicaux apr\u00e8s avoir subi des violences. Les personnes ont \u00e9galement fait \u00e9tat de la confiscation, durant l\u2019op\u00e9ration men\u00e9e par la marine italienne, de leurs effets personnels, y compris de leurs documents d\u2019identit\u00e9, des documents vitaux qui ne leur ont pas \u00e9t\u00e9 rendus \u00e0 ce jour. Tous ont fait part de leur d\u00e9tresse apr\u00e8s quatre\u00a0jours pass\u00e9s en mer, et pr\u00e9cis\u00e9 que la marine italienne ne leur avait offert aucune nourriture durant l\u2019op\u00e9ration qui a dur\u00e9 douze heures. Nous exprimons nos vives pr\u00e9occupations quant \u00e0 l\u2019impact de cette nouvelle politique qui, en l\u2019absence de garanties appropri\u00e9es, peut emp\u00eacher l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019asile et hypoth\u00e8que le principe du droit international relatif au non refoulement.<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb<\/i><\/p>\n<p>[caption id=\"attachment_32387\" align=\"aligncenter\" width=\"1200\"]<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Carte_RencontresImprobables.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-32387\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Carte_RencontresImprobables.jpg\" alt=\"Carte: Philippe Rekacewicz, 2009\" width=\"1200\" height=\"595\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Carte_RencontresImprobables.jpg 1200w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Carte_RencontresImprobables-300x149.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/Carte_RencontresImprobables-150x74.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/a> Carte: Philippe Rekacewicz, 2009[\/caption]<\/p>\n<p>La mer M\u00e9diterran\u00e9e est devenue, comme la fronti\u00e8re entre le Mexique et les Etats-Unis ou le Golfe d\u2019Aden \u2014 lieux o\u00f9 l\u2019on meurt en nombre \u2014 une zone de fracture et de croisements insolites.<\/p>\n<p>Le <span class=\"caps\">HCR<\/span> a publi\u00e9 en d\u00e9cembre 2007, dans la revue <i>R\u00e9fugi\u00e9s<\/i><span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh5\" class=\"spip_note\" title=\"\u00ab\u00a0R\u00e9fugi\u00e9 ou migrant\u00a0? Pourquoi cette question compte\u00a0\u00bb, R\u00e9fugi\u00e9s, n\u00b0\u00a0148,\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/visionscarto.net\/migrations-sauvetage-en-mer#nb5\" rel=\"footnote\">5<\/a>]<\/span> (h\u00e9las disparue aujourd\u2019hui), la photo inou\u00efe d\u2019une jeune vacanci\u00e8re en maillot de bain, venue bronzer sur une plage des \u00eeles Bal\u00e9ares, r\u00e9confortant un migrant clandestin d\u2019origine africaine arriv\u00e9 \u00e9puis\u00e9 \u00e0 la nage apr\u00e8s le naufrage de son embarcation. Interf\u00e9rence entre deux mondes qui n\u2019auraient jamais d\u00fb se rencontrer.<\/p>\n<p>Mais face \u00e0 ces mouvements de population et aux dispositifs mis en place pour tenter de les juguler, il nous faut revoir notre conception de la fronti\u00e8re, des limites de notre espace continental europ\u00e9en. Il nous faut abandonner l\u2019id\u00e9e de limites lin\u00e9aires et abruptes, pour adopter celle de d\u2019espace interstitiel ou transitionnel.<\/p>\n<p>La fronti\u00e8re europ\u00e9enne n\u2019est plus celle qu\u2019on croit. \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>Naturelle<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb ou \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>politique<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb \u2014 si tant est que ces d\u00e9finitions aient un sens\u00a0\u2014, elle est cens\u00e9e marquer un changement de soci\u00e9t\u00e9, de culture, de langue ou de paysage. Pour l\u2019Europe aujourd\u2019hui, la vraie fronti\u00e8re est d\u2019une toute autre nature\u00a0: c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 l\u2019Europe a renforc\u00e9 ses contr\u00f4les, l\u00e0 o\u00f9 elle a dress\u00e9 ses murs et ses grillages, sur lesquels se fracassent les migrants qui n\u2019ont pas eu d\u2019autres choix. Cette fronti\u00e8re transitionnelle n\u2019est pourtant pas infranchissable. Les peuples s\u2019y croisent, s\u2019y rencontrent sur les routes de l\u2019exil, dans un curieux m\u00e9lange des genres\u00a0: r\u00e9fugi\u00e9s, travailleurs migrants clandestins, touristes, p\u00eacheurs, militaires, policiers, marins, patrouilleurs\u2026<\/p>\n<p>Dans les conflits d\u2019Afrique orientale, du Proche-Orient et d\u2019Asie de l\u2019Ouest, la population r\u00e9fugi\u00e9e ou d\u00e9plac\u00e9e reste en majorit\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 de l\u00e0 o\u00f9 elle est originaire, le plus souvent dans des pays voisins. Quelques centaines de milliers de personnes, c\u2019est-\u00e0-dire finalement assez peu en proportion du nombre total des r\u00e9fugi\u00e9s, tentent leur chance pour rejoindre les territoires \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>sanctuaris\u00e9s<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb du monde. Mais ils croisent d\u2019autres centaines de milliers de personnes qui, \u00e0 l\u2019inverse, migrent chaque ann\u00e9e du nord vers le sud pour une courte p\u00e9riode de vacances\u2026 Ce flux touristique ignore le plus souvent les droits humains (on fait bien du tourisme en Tunisie ou en Isra\u00ebl) ou les migrants clandestins, \u00e0 moins qu\u2019ils n\u2019entrent par hasard en collision avec eux, comme le symbolise la photo ci-dessus.<\/p>\n<p>Dans la perspective d\u2019esquisser une nouvelle g\u00e9ographie du mouvement, est-il pertinent (a-t-on le droit<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?) de repr\u00e9senter et mettre en relation sur une m\u00eame carte des ph\u00e9nom\u00e8nes aussi diff\u00e9rents que la migration clandestine, la guerre accompagn\u00e9e de son cort\u00e8ge de d\u00e9plac\u00e9s et le tourisme de masse<small class=\"fine\">\u00a0<\/small>?<\/p>\n<p>Pour en savoir plus:<\/p>\n<ul class=\"spip\">\n<li><a class=\"spip_out\" href=\"http:\/\/www.unhcr.org\/fr\/4ad2f0b75.html\" target=\"_blank\" rel=\"external noopener\">Sauvetage en mer<\/a>, une brochure du <span class=\"caps\">HCR<\/span> rappelant les droits et les devoirs des navigateurs.<\/li>\n<\/ul>\n<hr \/>\n<p>Notes:<\/p>\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/visionscarto.net\/migrations-sauvetage-en-mer#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Roman de l\u2019\u00e9crivain anglais Daniel Defoe, publi\u00e9 en 1719.<\/p>\n<div id=\"nb2\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 2\" href=\"http:\/\/visionscarto.net\/migrations-sauvetage-en-mer#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>]\u00a0<\/span>Navire d\u2019environ 30\u00a0m\u00e8tres qui a transport\u00e9 les l\u00e9gendaires immigrants anglais (une centaine de \u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>P\u00e8res p\u00e8lerins<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb) entre Plymouth en Angleterre et une colonie de peuplement dans le Massachusetts.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 3\" href=\"http:\/\/visionscarto.net\/migrations-sauvetage-en-mer#nh3\" rev=\"footnote\">3<\/a>]\u00a0<\/span>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>R\u00e9fugi\u00e9 ou migrant<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Pourquoi cette question compte<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, <i>R\u00e9fugi\u00e9s<\/i>, n\u00b0\u00a0148, d\u00e9cembre 2007.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 4\" href=\"http:\/\/visionscarto.net\/migrations-sauvetage-en-mer#nh4\" rev=\"footnote\">4<\/a>]\u00a0<\/span><i>Ibid.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 5\" href=\"http:\/\/visionscarto.net\/migrations-sauvetage-en-mer#nh5\" rev=\"footnote\">5<\/a>]\u00a0<\/span>\u00ab<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>R\u00e9fugi\u00e9 ou migrant<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>? Pourquoi cette question compte<small class=\"fine\">\u00a0<\/small><small class=\"fine\">\u00a0<\/small>\u00bb, <i>R\u00e9fugi\u00e9s<\/i>, n\u00b0\u00a0148, d\u00e9cembre 2007.<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Secourir les \u00eatres humains en pleine mer est un principe humanitaire fondamental, une obligation. C\u2019est ce que Navi Pillay, haut-commissaire aux droits humains \u00e0 l\u2019ONU [entre 2008 et 2014], croyait bon de rappeler aux gouvernements de nombreux Etats ainsi qu\u2019aux capitaines de certains navires, qu\u2019elle accusait violemment d\u2019ignorer les appels au secours de naufrag\u00e9s en difficult\u00e9. Mme Pillay pouvait bien \u00eatre en col\u00e8re. Car ces naufrag\u00e9s sont parmi les personnes les plus vuln\u00e9rables de la plan\u00e8te: des \u00abmigrants-voyageurs\u00bb, souvent embarqu\u00e9s sur des rafiots mena\u00e7ant de sombrer \u00e0 chaque instant.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":32387,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[155,162],"tags":[419,1159,392],"ve_numero":[],"pays":[],"ve_type":[1091],"ve_action":[1050],"class_list":["post-32386","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-documentation","category-publications","tag-deces","tag-documentation","tag-mediterranee","ve_type-cartographie","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32386","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=32386"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32386\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/32387"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=32386"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=32386"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=32386"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=32386"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=32386"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=32386"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=32386"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}