{"id":36154,"date":"2016-12-05T09:41:09","date_gmt":"2016-12-05T08:41:09","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/?p=36154"},"modified":"2021-08-29T22:33:03","modified_gmt":"2021-08-29T20:33:03","slug":"regard-dun-citoyen-devoir-dhospitalite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2016\/12\/05\/regard-dun-citoyen-devoir-dhospitalite\/","title":{"rendered":"Regard d&rsquo;un citoyen | Le devoir d&rsquo;hospitalit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Les voyages, la travers\u00e9e des fronti\u00e8res, les migrations ont toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sents, tout au long de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Souvent, elles ont fait l\u2019objet de r\u00e9cits, pour devenir un \u00e9l\u00e9ment constitutif de la m\u00e9moire d\u2019une famille ou d\u2019un peuple. Nous sommes tous, ici pr\u00e9sents, plus ou moins directement des descendants de migrants. Il convient de nous en souvenir, quand nous r\u00e9fl\u00e9chissons sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de la migration. C\u2019est d\u2019ailleurs un tel souvenir qui justifie, dans la Bible, le commandement d\u2019accueillir l\u2019\u00e9tranger: \u00abL\u2019\u00e9tranger qui r\u00e9side parmi vous sera pour vous comme un compatriote, et tu l\u2019aimeras comme toi-m\u00eame, car vous avez \u00e9t\u00e9 \u00e9trangers au pays d\u2019Egypte\u00bb (L\u00e9vitique 19).<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_36299\" aria-describedby=\"caption-attachment-36299\" style=\"width: 530px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"\/en\/Dessin\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-36299\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/regard-dun-citoyen.jpg\" alt=\"Dessin: Ambroise H\u00e9ritier \" width=\"530\" height=\"408\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/regard-dun-citoyen.jpg 847w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/regard-dun-citoyen-300x231.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/regard-dun-citoyen-150x115.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-36299\" class=\"wp-caption-text\">Dessin: Ambroise H\u00e9ritier<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\"><span class=\"intertitre\">Migration de survie<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Mais ni la m\u00e9moire, ni le commandement d\u2019amour ne nous dispensent d\u2019un effort d\u2019analyse pour prendre la mesure des probl\u00e8mes que posent aujourd\u2019hui les migrations. Au tourisme, \u00e0 la migration familiale ou \u00e9tudiante, \u00e0 la migration de travail s\u2019ajoute, en effet, de plus en plus, une migration de survie, dont l\u2019ampleur n\u2019a cess\u00e9, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de cro\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Un nombre toujours plus important de migrants sont des r\u00e9fugi\u00e9s, car nous devons bien, aujourd\u2019hui, \u00e9tendre la d\u00e9finition qu\u2019en donne la Convention de Gen\u00e8ve, qui date de 1951, et consid\u00e9rer comme r\u00e9fugi\u00e9s tous ceux dont la migration est contrainte, qui doivent fuir leur pays en raison de conflits arm\u00e9s, de politiques \u00e9conomiques injustes, ou parce que le changement climatique ou des catastrophes naturelles ont an\u00e9anti leurs conditions d\u2019existence. Nous devons donc reconna\u00eetre comme r\u00e9fugi\u00e9s tous ceux pour qui la migration est le dernier espoir.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\"><span class=\"intertitre\">D\u00e9fis \u00e0 venir<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Cela me conduit aussit\u00f4t \u00e0 formuler deux remarques: la premi\u00e8re, pour rappeler que le probl\u00e8me des migrations, tel qu\u2019il se pose \u00e0 nous, n\u2019est pas derri\u00e8re nous, mais devant nous. Et la seconde pour pr\u00e9ciser que ce probl\u00e8me touche toutes les r\u00e9gions du monde, soit \u00e0 titre de pays de d\u00e9part, soit de pays d\u2019accueil, et que, par cons\u00e9quent, ce n\u2019est plus un probl\u00e8me qui peut \u00eatre ma\u00eetris\u00e9 au niveau d\u2019un Etat national, mais qui engage les relations et le droit international. Il nous faut garder ces deux points en m\u00e9moire quand nous nous demandons, face \u00e0 ce probl\u00e8me, ce que nous pouvons faire.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">En me conformant au principe \u00abpenser globalement, agir localement\u00bb, dont la pertinence a \u00e9t\u00e9 souvent rappel\u00e9e par Jacques Ellul, je d\u00e9velopperai deux s\u00e9ries de r\u00e9flexions.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Il est n\u00e9cessaire, tout d\u2019abord, de prendre conscience du fait que les migrations auxquelles nous sommes aujourd\u2019hui confront\u00e9s, sont pour une grande part l\u2019expression du d\u00e9sordre du monde. Cela signifie que l\u2019on ne peut pas, dans une perspective globale, aborder le probl\u00e8me des migrations sans r\u00e9fl\u00e9chir aux dispositions qui conditionnent la paix.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\"><span class=\"intertitre\">L\u2019accueil, facteur de paix<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Dans son \u00abProjet de paix perp\u00e9tuelle\u00bb, publi\u00e9 en 1795, six ans apr\u00e8s la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme de 1789, Emmanuel Kant d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e qu\u2019une condition essentielle de l\u2019instauration de la paix r\u00e9side dans la promotion d\u2019un droit cosmopolitique, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un droit qui s\u2019adresse \u00e0 l\u2019\u00eatre humain en tant que citoyen du monde.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Il s\u2019agit donc d\u2019un droit qui, au m\u00eame titre que les droits de l\u2019homme, pr\u00e9c\u00e8de les droits que chacun poss\u00e8de en tant que citoyen de tel ou tel Etat national. Ce droit cosmopolite consiste pour Kant en un droit \u00e0 l\u2019hospitalit\u00e9 et plus pr\u00e9cis\u00e9ment en ce droit \u00ab<span style=\"font-family: 'Times New Roman';\">\u2009<\/span>qu\u2019a tout \u00e9tranger de ne pas \u00eatre trait\u00e9 en ennemi dans le pays o\u00f9 il arrive<span style=\"font-family: 'Times New Roman';\">\u2009<\/span>\u00bb. Il ne s\u2019agit pas, autrement dit, d\u2019un droit au logement ou \u00e0 l\u2019entretien, mais du droit pour l\u2019\u00e9tranger d\u2019\u00eatre accueilli, de pouvoir participer \u00e0 la vie sociale du pays o\u00f9 il arrive, avec les possibilit\u00e9s qu\u2019elle offre et les obligations qu\u2019elle comporte. En ce sens, il s\u2019agit bien d\u2019un droit, comme Kant le souligne, et non pas d\u2019une concession \u00e0 caract\u00e8re philanthropique.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\"><span class=\"intertitre\">Un droit universel\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">La justification de ce droit vient de ce que la terre est sph\u00e9rique et son espace limit\u00e9, et par cons\u00e9quent de ce que personne n\u2019a originairement plus de droit qu\u2019un autre \u00e0 se trouver \u00e0 tel endroit de la terre. Le droit d\u2019un peuple \u00e0 demeurer sur le sol qu\u2019il occupe n\u2019est donc pas un droit originaire, ce n\u2019est pas un droit absolu, mais seulement un droit qui d\u00e9coule de l\u2019histoire, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un \u00e9tat de fait, et de ce que le travail et la culture d\u2019un peuple ont fait du territoire qu\u2019il occupe.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">En ce sens, c\u2019est bien l\u2019instauration de la paix qui se joue dans la mani\u00e8re dont on hi\u00e9rarchise le droit cosmopolitique de tout \u00eatre humain \u00e0 \u00eatre accueilli et le droit historique que poss\u00e8de chaque peuple sur son territoire. On voit aussit\u00f4t la port\u00e9e d\u2019une telle question, quand on constate, en Suisse comme dans les autres pays europ\u00e9ens, la mont\u00e9e de forces politiques qui s\u2019opposent \u00e0 ce que le droit international ait la primaut\u00e9 sur la l\u00e9gislation nationale. En posant qu\u2019il n\u2019existe pas pour les \u00e9trangers de droit absolu \u00e0 l\u2019accueil et en exigeant de nouvelles restrictions \u00e0 ce droit, elles affirment en fait que le respect des droits de l\u2019homme ne peut pr\u00e9valoir sur l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, tel qu\u2019il est fix\u00e9 souverainement dans la loi par les assembl\u00e9es nationales.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\"><span class=\"intertitre\">\u2026universellement accept\u00e9<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">La question que nous pose la pr\u00e9sence des migrants est donc celle de ce que nous sommes pr\u00eats \u00e0 faire pour contribuer \u00e0 la construction de la paix et \u00e0 celle d\u2019un ordre international. Car nous ne pouvons pas \u00e0 la fois vouloir la paix et refuser une politique d\u2019hospitalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Au regard de la r\u00e9alit\u00e9 actuelle des migrations, il faut encore pr\u00e9ciser que cette politique d\u2019hospitalit\u00e9 implique pour ceux qui sont pers\u00e9cut\u00e9s le droit d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9s (comme le demande d\u2019ailleurs la Convention de Gen\u00e8ve) et, pour ceux qui sont en situation de d\u00e9tresse, le droit d\u2019\u00eatre secourus.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Il ne s\u2019agit pas, certes, d\u2019ouvrir simplement les fronti\u00e8res, mais d\u2019\u00e9laborer des r\u00e8gles qui puissent \u00eatre accept\u00e9es par tous pour l\u2019exercice du droit \u00e0 la migration comme du devoir d\u2019hospitalit\u00e9. Assur\u00e9ment, les gouvernements ont la l\u00e9gitimit\u00e9 pour d\u00e9finir une politique migratoire, mais cela ne saurait se faire au prix de dispositions qui violeraient les engagements nationaux et les trait\u00e9s internationaux en mati\u00e8re de droits de l\u2019homme. Parmi ces droits, il ne faut pas oublier que figure en premi\u00e8re place celui de ne pas subir d\u2019humiliation. Et \u00e0 cet \u00e9gard, nous pourrions nous demander si nous savons bien ce que nous faisons quand nous d\u00e9signons un \u00eatre humain par le terme de clandestin.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\"><span class=\"intertitre\">Le spectre de l\u2019envahisseur<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Pour en venir au second point, et porter notre attention sur la politique migratoire europ\u00e9enne, plus particuli\u00e8rement celle de la Suisse, nous pouvons mesurer \u00e0 quel point nous sommes loin d\u2019une politique d\u2019hospitalit\u00e9. La politique qui est men\u00e9e est plut\u00f4t une politique de fermeture, et ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019on a pu \u00e9voquer pour la caract\u00e9riser l\u2019image de la forteresse. Celle-ci consiste \u00e0 traiter l\u2019immigration d\u2019abord comme une menace et l\u2019\u00e9tranger comme un intrus, quand ce n\u2019est pas comme un envahisseur.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Elle aborde par cons\u00e9quent la pr\u00e9sence des migrants dans une perspective s\u00e9curitaire, par des dispositions essentiellement restrictives et r\u00e9pressives, au point que les mesures de r\u00e9tention ou d\u2019expulsion aboutissent souvent \u00e0 de graves violations des droits de l\u2019homme. Il semble plus urgent de prot\u00e9ger les Etats du flux des r\u00e9fugi\u00e9s plut\u00f4t que de prot\u00e9ger ces r\u00e9fugi\u00e9s des causes de leur exil.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Or cette politique est n\u00e9faste, car elle entra\u00eene une s\u00e9rie d\u2019effets pervers dont il importe de prendre conscience. J\u2019en examinerai trois.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\"><span class=\"intertitre\">Une politique n\u00e9faste<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">En premier lieu, il convient de reconna\u00eetre que cette politique n\u2019est pas une politique. Elle ne cr\u00e9e pas un ordre mais un d\u00e9sordre, car elle ne cherche qu\u2019\u00e0 flatter l\u2019opinion majoritaire en faisant croire, par le durcissement des dispositions r\u00e9pressives, que l\u2019immigration est sous contr\u00f4le. Il en va comme si la pr\u00e9occupation premi\u00e8re \u00e9tait de donner des gages aux forces politiques qui, chez nous comme dans toute l\u2019Europe, ne cessent d\u2019attiser la peur et la haine de l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Elle repose en r\u00e9alit\u00e9 sur le r\u00eave d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 homog\u00e8ne, d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019entre-nous. Or ce r\u00eave est extr\u00eamement dangereux, car il d\u00e9valorise la rencontre de l\u2019\u00e9tranger et il conduit une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 se fermer sur elle-m\u00eame en cultivant la m\u00e9fiance, le ressentiment et finalement la violence. La vie est faite d\u2019\u00e9changes et nous-m\u00eames, nous ne nous d\u00e9veloppons qu\u2019en prenant le risque de nous confronter avec les autres. De m\u00eame, une soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est vivante que par les diff\u00e9rences qui la constituent et la responsabilit\u00e9 du politique est justement d\u2019en assurer l\u2019int\u00e9gration et la coexistence. Dans cette perspective, il appartient \u00e0 chacun, autant qu\u2019il le peut, de tisser des liens avec des \u00e9trangers et d\u2019\u00eatre ainsi pour eux des m\u00e9diateurs d\u2019int\u00e9gration.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Deuxi\u00e8mement, il faut voir que cette politique de fermeture des fronti\u00e8res conduit les migrants \u00e0 prendre des risques extr\u00eames et \u00e0 mettre leur vie en danger. On ne compte plus les morts en M\u00e9diterran\u00e9e et sur les routes de la migration. Mais surtout, elle a pour effet de favoriser l\u2019activit\u00e9 de mafias et de bandes criminelles organis\u00e9es qui assurent le passage clandestin des fronti\u00e8res, mais aussi violentent et rackettent les migrants, en exploitant leur vuln\u00e9rabilit\u00e9. Or le d\u00e9veloppement de cette \u00e9conomie criminelle, qui rapporte des sommes consid\u00e9rables et qui s\u2019implante, jusque chez nous, le long des routes de la migration, n\u2019est pas sans cons\u00e9quences pour nos soci\u00e9t\u00e9s. Il constitue une menace majeure pour les d\u00e9mocraties qui se concr\u00e9tise par exemple dans la part grandissante de la corruption qui marque la vie \u00e9conomique et politique de nombreux pays europ\u00e9ens. C\u2019est donc aussi la d\u00e9fense d\u2019institutions d\u00e9mocratiques fragilis\u00e9es qui est en jeu dans la contestation de cette politique de fermeture \u00e0 l\u2019\u00e9gard des migrants.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\"><span class=\"intertitre\">Contre une r\u00e9gression morale<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Enfin, il est urgent de prendre conscience que cette politique nous conduit collectivement vers une r\u00e9gression morale. Certes, l\u2019accueil de l\u2019\u00e9tranger ne va pas sans probl\u00e8mes, il demande de notre part une attitude d\u2019ouverture qui suppose le d\u00e9passement de nos propres peurs. Or, au lieu d\u2019aider \u00e0 ce d\u00e9passement, qui est source d\u2019humanit\u00e9, celle-ci favorise dans l\u2019opinion la mont\u00e9e des r\u00e9actions x\u00e9nophobes et des discriminations.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\"><span class=\"intertitre\">Un devoir de parole<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Plus gravement, elle nous conduit \u00e0 accepter avec r\u00e9signation sinon avec indiff\u00e9rence le fait que des milliers de personnes meurent chaque ann\u00e9e, noy\u00e9es ou assassin\u00e9es, en essayant de rejoindre nos pays. Si nous n\u2019y prenons garde, c\u2019est ainsi que l\u2019on perd le sens de ce que vaut une vie humaine. Face \u00e0 ce que nous ne pouvons pas ne pas savoir, nous avons un devoir d\u2019indignation et un devoir de parole.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">Je conclurai en citant Michel Rocard, dans un discours au S\u00e9nat, en 1997:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-bottom: 6.0pt;\">\u00abC\u2019est \u00e0 la fa\u00e7on dont il traite les \u00e9trangers qu\u2019on juge des valeurs fondamentales d\u2019un r\u00e9gime politique\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"margin-bottom: 6pt; text-align: right;\">BERNARD RORDORF<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 6pt; text-align: left;\"><em>Professeur honoraire de th\u00e9ologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve. Bernard Rordorf a introduit par cette contribution la journ\u00e9e \u00abFronti\u00e8res: Halte \u00e0 la d\u00e9shumanisation\u00bb qu\u2019il a contribu\u00e9 \u00e0 organiser en novembre 2014 \u00e0 Gen\u00e8ve.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les voyages, la travers\u00e9e des fronti\u00e8res, les migrations ont toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sents, tout au long de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Souvent, elles ont fait l\u2019objet de r\u00e9cits, pour devenir un \u00e9l\u00e9ment constitutif de la m\u00e9moire d\u2019une famille ou d\u2019un peuple. Nous sommes tous, ici pr\u00e9sents, plus ou moins directement des descendants de migrants. Il convient de nous en souvenir, quand nous r\u00e9fl\u00e9chissons sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de la migration. C\u2019est d\u2019ailleurs un tel souvenir qui justifie, dans la Bible, le commandement d\u2019accueillir l\u2019\u00e9tranger\u2009: \u00ab\u2009L\u2019\u00e9tranger qui r\u00e9side parmi vous sera pour vous comme un compatriote, et tu l\u2019aimeras comme toi-m\u00eame, car vous avez \u00e9t\u00e9 \u00e9trangers au pays d\u2019Egypte\u2009\u00bb (L\u00e9vitique 19)<\/p>","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[994,1157,1156,242],"ve_numero":[831],"pays":[],"ve_type":[158],"ve_action":[1077],"class_list":["post-36154","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","tag-frontieres","tag-notre-regard","tag-revue","tag-solidarite","ve_numero-ve-159-sept-oct-2016","ve_type-humeur","ve_action-notre-regard"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/36154","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=36154"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/36154\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=36154"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=36154"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=36154"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=36154"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=36154"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=36154"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=36154"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}