{"id":36161,"date":"2016-12-13T10:08:59","date_gmt":"2016-12-13T09:08:59","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/?p=36161"},"modified":"2021-08-29T22:33:02","modified_gmt":"2021-08-29T20:33:02","slug":"regard-dune-geographe-murs-frontieres-fantasme-controle-migratoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2016\/12\/13\/regard-dune-geographe-murs-frontieres-fantasme-controle-migratoire\/","title":{"rendered":"Regard d&rsquo;une g\u00e9ographe | Des murs et des fronti\u00e8res, ou le fantasme du contr\u00f4le migratoire"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Pendant la guerre froide, le monde \u00e9tait divis\u00e9 en deux. Un mur s\u00e9parait non seulement un pays, mais aussi deux id\u00e9ologies. A cette \u00e9poque, les pays communistes arr\u00eataient les personnes qui essayaient de sortir de leurs pays.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-36435 alignright\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Herji.jpg\" alt=\"herji\" width=\"294\" height=\"417\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Herji.jpg 496w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Herji-212x300.jpg 212w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Herji-106x150.jpg 106w\" sizes=\"auto, (max-width: 294px) 100vw, 294px\" \/><\/p>\n<p>Tous les 9 novembre, depuis 1989, le monde entier f\u00eate l\u2019anniversaire de la chute du mur de Berlin, un moment de r\u00eave en Europe et dans le monde. On se disait alors qu&rsquo;on allait vivre dans un monde \u00absans fronti\u00e8res\u00bb, un <em>borderless world<\/em>, comme le qualifiait l&rsquo;\u00e9conomiste Kenichi Ohmae. Un monde pacifi\u00e9, o\u00f9 n\u2019importe qui serait libre de se d\u00e9placer n\u2019importe o\u00f9 \u00e0 sa guise.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la chute du mur, \u00able monde occidental a v\u00e9cu dans l\u2019illusion que notre fa\u00e7on de penser finirait par s\u2019imposer partout. Une \u00e9poque marqu\u00e9e par l\u2019id\u00e9e d\u2019une fin de l\u2019histoire et de la g\u00e9ographie\u00bb dit Hubert V\u00e9drine, ancien ministre fran\u00e7ais des Affaires \u00e9trang\u00e8res dans le documentaire Les murs de la honte (2010).<\/p>\n<p>Pourtant, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, mais de fa\u00e7on plus significative \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990, une autre r\u00e9alit\u00e9 prend le dessus. On s&rsquo;\u00e9loigne \u00e0 grands pas de l&rsquo;illusion d&rsquo;un monde sans fronti\u00e8res, qui est pourtant une r\u00e9alit\u00e9 pour les marchandises. Celles-ci circulent quasi-librement dans le monde, les co\u00fbts de transport diminuant drastiquement et les tarifs douaniers \u00e9tant r\u00e9duits \u00e0 presque rien. C\u2019est encore plus vrai pour les transactions financi\u00e8res, pour les milliards de dollars qui s\u2019\u00e9changent d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 l\u2019autre du monde. Mais pour une partie des populations dans le monde, la r\u00e9alit\u00e9 est fort diff\u00e9rente.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">\u00abClash entre deux mondes qui n\u2019auraient jamais d\u00fb se rencontrer\u00bb\u2009(1)<\/span><\/p>\n<p>Si certaines personnes peuvent se rendre tr\u00e8s vite l\u00e0 o\u00f9 elles le souhaitent (les touristes du Nord, notamment, qui n\u2019ont aucun probl\u00e8me \u00e0 obtenir un visa pour atteindre leurs destinations exotiques), d&rsquo;autres sont contraintes \u00e0 l&rsquo;immobilit\u00e9.<\/p>\n<p>Lors d\u2019une conf\u00e9rence tenue \u00e0 Gen\u00e8ve en janvier 2015, Charles Heller, chercheur \u00e0 l\u2019Institut Goldsmith de l\u2019Universit\u00e9 de Londres, a illustr\u00e9 ce paradoxe en montrant une photo d&rsquo;une plage de Tunis. Depuis cette plage, les migrants et r\u00e9fugi\u00e9s voient un horizon lointain qu\u2019ils ne pourront jamais atteindre: les c\u00f4tes europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, les touristes d\u00e9barquent sans probl\u00e8mes sur cette m\u00eame plage pour visiter le pays et s\u2019amuser. Un \u00abpetit clash entre deux mondes qui n\u2019auraient jamais d\u00fb se rencontrer\u00bb, commente le cartographe et g\u00e9ographe Philippe Rekacewicz, qui illustre ces points de frictions avec la carte \u00abAu voisinage touristique de l\u2019Europe, la guerre, les r\u00e9fugi\u00e9s et les migrants\u00bb (v. ci-dessous).<\/p>\n<figure id=\"attachment_43826\" aria-describedby=\"caption-attachment-43826\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Rekacewicz_TouristesEtMigrants_carte.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-43826 size-large\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Rekacewicz_TouristesEtMigrants_carte-1024x745.png\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"745\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-43826\" class=\"wp-caption-text\">Carte: Philippe Rekacewicz, version 2016.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Les points rouges y repr\u00e9sentent les r\u00e9fugi\u00e9s et personnes d\u00e9plac\u00e9es, situ\u00e9s bien au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re europ\u00e9enne et non pas \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du continent, comme la rh\u00e9torique de la \u00abcrise\u00bb et de l\u2019\u2009\u00abafflux\u00bb utilis\u00e9e par les m\u00e9dias et les autorit\u00e9s voudrait nous faire croire. La ligne noire repr\u00e9sente la fronti\u00e8re de la \u00ab\u2009Forteresse Europe\u2009\u00bb, et les carr\u00e9s noirs indiquent le nombre de personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es en tentant de franchir la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Fronti\u00e8res meurtri\u00e8res<\/span><\/p>\n<p>Des chiffres datant de 2010 indiquent que plus de 3000 cadavres ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s entre 1994 et 2004 \u00e0 la fronti\u00e8re entre le Mexique et les Etats-Unis. N\u00e9anmoins, la fronti\u00e8re ext\u00e9rieure europ\u00e9enne reste la plus meurtri\u00e8re au monde. L\u2019association United against racism essaie de les recenser. Sur la longue liste des morts qu&rsquo;elle met \u00e0 jour r\u00e9guli\u00e8rement, le nom et pr\u00e9nom, le lieu d\u2019origine, la date et le lieu du d\u00e9c\u00e8s, ainsi que ses causes sont indiqu\u00e9es\u2009(2). Depuis 1993, l&rsquo;association a identifi\u00e9 22&rsquo;394 corps. Des personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es en traversant la M\u00e9diterran\u00e9e, mais aussi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Europe, dans des centres de d\u00e9tention ou lors du passage d\u2019un pays europ\u00e9en \u00e0 un autre.<\/p>\n<p>Or, si la \u00ab\u2009fermeture\u2009\u00bb de l\u2019Europe a un co\u00fbt pour certains, elle comporte aussi des b\u00e9n\u00e9fices pour d&rsquo;autres. L&rsquo;industrie des passeurs et celle de la s\u00e9curit\u00e9, d\u00e9riv\u00e9e du complexe militaro-guerrier, fleurissent (3). Le business engendr\u00e9 par la surveillance des fronti\u00e8res est colossal. Selon la Homeland Security Research Corporation, les co\u00fbts estim\u00e9s du march\u00e9 mondial de la s\u00e9curisation des fronti\u00e8res s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 178 milliards de dollars. La barri\u00e8re \u00e9lectronique entre l\u2019Arabie saoudite et l\u2019Irak, construite par une entreprise fran\u00e7aise, a co\u00fbt\u00e9 trois milliards de dollars (4). Le co\u00fbt de la construction de la barri\u00e8re frontali\u00e8re entre les Etats-Unis et le Mexique varie entre 1 et 6,4 millions de dollars\u2009 (5) par kilom\u00e8tre, auxquels il faut en ajouter environ 6,5 de frais d&rsquo;entretien sur vingt ans (6).<\/p>\n<p>Le budget de Frontex (7) est pass\u00e9 de 19 \u00e0 94 millions d&rsquo;euros entre 2006 et 2013 (8). Pour bloquer 53&rsquo;000 personnes en M\u00e9diterran\u00e9e, l\u2019agence a d\u00e9pens\u00e9 plus de 24 millions d\u2019euros, rappelle Claire Rodier dans le livre X\u00e9nophobie business. En revanche, les fonds octroy\u00e9s \u00e0 l\u2019accueil des migrants et r\u00e9fugi\u00e9s sont continuellement r\u00e9duits.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Monde sanctuaris\u00e9<\/span><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, force est de constater que nous ne vivons pas dans un monde sans fronti\u00e8res, sans histoire ni g\u00e9ographie.<\/p>\n<p>Notre monde est, au contraire, fragment\u00e9, fissur\u00e9, compartiment\u00e9. Un monde \u00absanctuaris\u00e9\u00bb, comme l&rsquo;appelle le g\u00e9ographe et cartographe Philippe Rekacewicz. Des murs ont \u00e9t\u00e9 construits \u00e0 sa surface, non pas pour emp\u00eacher les personnes de sortir, comme ce fut le cas pendant la guerre froide, mais pour les emp\u00eacher de rentrer. Petit \u00e0 petit, le monde s\u2019est \u00abcrisp\u00e9\u00bb en certains endroits: autour de l&rsquo;Europe, ainsi qu&rsquo;autour de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, de l&rsquo;Australie et de l&rsquo;Afrique australe, comme l\u2019illustre la carte \u00abL\u2019Europe au c\u0153ur du monde sanctuaris\u00e9\u00bb, publi\u00e9e en annexe.<\/p>\n<p>Les m\u00e9canismes de sanctuarisation ob\u00e9issent \u00e0 deux logiques: d\u2019une part, des barri\u00e8res l\u00e9gales et administratives dress\u00e9es pour emp\u00eacher les personnes provenant des pays pauvres d&rsquo;obtenir des visas pour acc\u00e9der aux pays riches du Nord (voir l\u2019article de Marie-Claire Kunz, \u00ab<a href=\"http:\/\/asile.ch\/en\/2016\/12\/08\/regard-dune-juriste-droits-fondamentaux-asile-frontieres-paradoxe-refugies\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le paradoxe du r\u00e9fugi\u00e9<\/a>\u00bb). D\u2019autre part, des barri\u00e8res physiques s&rsquo;\u00e9rigent, des murs mat\u00e9rialisant la fronti\u00e8re. Les murs ont toujours exist\u00e9 (la muraille de Chine, les remparts des villes europ\u00e9ennes, etc.) mais, depuis les ann\u00e9es 2000, soit apr\u00e8s la construction des deux murs-symboles, celui qui s\u00e9pare le Mexique des Etats-Unis et celui qui cloisonne les territoires palestiniens, on observe une recrudescence de ces fermetures encastr\u00e9es. Le plus long mur est celui construit entre l\u2019Inde et le Bangladesh: 3268 km.<\/p>\n<p>Actuellement, 10% des fronti\u00e8res internationales dans le monde sont mur\u00e9es. Et une fronti\u00e8re mur\u00e9e n&rsquo;est pas une simple ligne frontali\u00e8re mat\u00e9rialis\u00e9e. En effet, il existe une diff\u00e9rence fondamentale entre une fronti\u00e8re et un mur: \u00abUn mur sert uniquement \u00e0 s\u00e9parer, il a une fonction n\u00e9gative. Une fronti\u00e8re a une autre fonction: elle s\u00e9pare, certes, mais elle est aussi un lieu de passage et d\u2019\u00e9change. Elle peut \u00eatre un lieu de reconnaissance mutuelle\u00bb (9). Un mur emp\u00eache de voir, de passer, d\u2019\u00e9changer. Avec un mur, on cr\u00e9e des \u00abmonstres\u00bb, en imaginant ce qu\u2019on ne peut pas voir ou conna\u00eetre (10). Une repr\u00e9sentation diabolique de l&rsquo;autre qui entra\u00eene une nouvelle fermeture, aussi bien dans les esprits que sur le territoire. Un mur en appelle un autre, dans une sorte de m\u00e9canisme infernal de fermetures successives: la barri\u00e8re devient mentale, mais engendre des envies de nouvelles barri\u00e8res physiques\u2009(11).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-36467\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/sanctuarisation_reka.jpg\" alt=\"sanctuarisation_reka\" width=\"595\" height=\"477\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/sanctuarisation_reka.jpg 1034w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/sanctuarisation_reka-300x241.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/sanctuarisation_reka-150x120.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 595px) 100vw, 595px\" \/><\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Les impacts de la fermeture frontali\u00e8re<\/span><\/p>\n<p>Les impacts de la fermeture des passages frontaliers, qu\u2019elle soit l\u00e9gale ou physique, sont au nombre de trois:<\/p>\n<ol>\n<li>une \u00abmigration\u00bb des flux migratoires ainsi que l&rsquo;augmentation de la mortalit\u00e9 qui en r\u00e9sulte,<\/li>\n<li>la cr\u00e9ation de \u00abjungles\u00bb et<\/li>\n<li>l\u2019allongement des parcours migratoires.<\/li>\n<\/ol>\n<p>La premi\u00e8re cons\u00e9quence peut \u00eatre d\u00e9voil\u00e9e \u00e0 travers une analyse historique. Suite \u00e0 la construction de barri\u00e8res toujours plus hautes et sophistiqu\u00e9es, on constate un d\u00e9placement, et non un arr\u00eat, des flux migratoires. Lorsque la M\u00e9diterran\u00e9e centrale a \u00e9t\u00e9 davantage surveill\u00e9e, notamment par des op\u00e9rations de Frontex, les migrations se sont d\u00e9plac\u00e9es \u00e0 l\u2019est, vers la mer Eg\u00e9e, la fronti\u00e8re maritime entre la Turquie et la Gr\u00e8ce. En cons\u00e9quence, les contr\u00f4les frontaliers ont augment\u00e9 dans la r\u00e9gion de l\u2019Evros, fronti\u00e8re terrestre entre la Gr\u00e8ce et la Turquie. En 2012, la Gr\u00e8ce a finalis\u00e9 une barri\u00e8re frontali\u00e8re de 12,5 km\u2009(12). Et comme les migrants n\u2019arrivaient plus \u00e0 passer par l\u00e0, ils se sont d\u00e9plac\u00e9s vers la Bulgarie qui a, \u00e0 son tour, \u00e9rig\u00e9 un mur de 33 km, achev\u00e9 en 2013.<\/p>\n<p>Cela a-t-il arr\u00eat\u00e9 les migrants pour autant? Certainement pas. Une nouvelle route s&rsquo;est ouverte. Cela se r\u00e9p\u00e8te depuis que la M\u00e9diterran\u00e9e est devenue un espace surveill\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9, ferm\u00e9 \u00e0 la migration r\u00e9guli\u00e8re. Depuis, les migrants, devenus irr\u00e9guliers, ont commenc\u00e9 \u00e0 mourir en mer.<\/p>\n<p>Un jeu cynique du chat et de la souris se met alors en place, poussant les souris \u00e0 passer entre les mailles des pi\u00e8ges mis en place par le chat, augmentant ainsi la mortalit\u00e9 sur les routes de l&rsquo;exil (13). Un lien \u00e9troit entre fermeture des fronti\u00e8res et augmentation de la mortalit\u00e9 est illustr\u00e9 par l\u2019infographie de Philippe Rekacewicz, \u00ab\u00a0l\u2019entonnoir de la mort\u00a0\u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_36436\" aria-describedby=\"caption-attachment-36436\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-36436 size-large\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Reka1-1024x710.jpg\" alt=\"reka1\" width=\"1024\" height=\"710\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-36436\" class=\"wp-caption-text\">L&rsquo;entonnoir de la mort. Philippe Rekacewicz<\/figcaption><\/figure>\n<p>Deuxi\u00e8me cons\u00e9quence: le terme de \u00abjungle\u00bb, largement utilis\u00e9 dans les m\u00e9dias, d\u00e9signe un lieu qui se cr\u00e9e aux portes d\u2019une fronti\u00e8re, o\u00f9 les migrants sont immobilis\u00e9s et attendent le bon moment pour passer plus loin. Il s&rsquo;agit de zones tampons o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019ennui, o\u00f9 les migrants attendent du matin au soir le bon passeur ou l\u2019argent envoy\u00e9 par la famille pour survivre. Chaque sanctuaire a ses \u00abjungles\u00bb. Tijuana, au Mexique. Ou Ceuta et Melilla, les enclaves espagnoles dans les territoires marocains. Sjienica, dans une zone montagneuse en Serbie (v. photo ci-dessous).<\/p>\n<figure id=\"attachment_36437\" aria-describedby=\"caption-attachment-36437\" style=\"width: 595px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-36437\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Alberto.jpg\" alt=\"R\u00e9fugi\u00e9 nig\u00e9rian \u00e0 Sjenica, Serbie, 2014. Photo: Alberto Campi\" width=\"595\" height=\"403\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Alberto.jpg 919w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Alberto-300x203.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Alberto-150x102.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 595px) 100vw, 595px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-36437\" class=\"wp-caption-text\">R\u00e9fugi\u00e9 nig\u00e9rian \u00e0 Sjenica, Serbie, 2014. Photo: Alberto Campi<\/figcaption><\/figure>\n<p>La troisi\u00e8me cons\u00e9quence de la politique s\u00e9curitaire est l\u2019allongement des parcours migratoires. En effet, les voyages deviennent toujours plus longs et p\u00e9rilleux. Les itin\u00e9raires deviennent tellement sinueux, que la classification entre pays d\u2019origine, de transit et de destination n\u2019a aujourd&rsquo;hui plus de sens. On peut s&rsquo;arr\u00eater deux ans dans un pays, avant de repartir vers un autre, qui ne sera peut-\u00eatre pas le pays de destination finale.<\/p>\n<figure id=\"attachment_15826\" aria-describedby=\"caption-attachment-15826\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/palavan.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-15826\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/palavan-300x202.jpg\" alt=\"&quot;Palavan&quot; sur une balan\u00e7oire improvis\u00e9e \u00e0 Trieste, 2013. Photo: Alberto Campi\" width=\"300\" height=\"202\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/palavan-300x202.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/palavan-150x101.jpg 150w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/palavan.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-15826\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab\u00a0Palavan\u00a0\u00bb sur une balan\u00e7oire improvis\u00e9e \u00e0 Trieste, 2013. Photo: Alberto Campi<\/figcaption><\/figure>\n<p>L&rsquo;histoire de \u00abPalavan\u00bb, ainsi surnomm\u00e9 par ses amis, est embl\u00e9matique de cette \u00abmigrerrance\u00bb provoqu\u00e9e par les politiques de s\u00e9curisation des fronti\u00e8res des pays riches. Le mot \u00abpalavan\u00bb signifie en farsi \u00abgros\u00bb, mais \u00e9galement \u00abfort\u00bb. Il correspond bien au caract\u00e8re du jeune homme que j\u2019ai rencontr\u00e9 \u00e0 Trieste lors d\u2019une recherche de terrain. En 2007, Palavan quitte l\u2019Afghanistan, en passant par le Pakistan et l\u2019Iran, il arrive en Turquie deux mois plus tard. Il se d\u00e9place ensuite en Gr\u00e8ce, o\u00f9 il reste une ann\u00e9e. Puis il repart vers l\u2019Italie, la France et finalement l\u2019Angleterre, o\u00f9 il s\u00e9journe pendant cinq ans, sans papiers. Par peur d&rsquo;\u00eatre mis en d\u00e9tention administrative, il d\u00e9cide d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 un programme de retour volontaire et monte sur un avion, affr\u00e9t\u00e9 par la Grande-Bretagne \u00e0 destination de l\u2019Afghanistan. Il dort une nuit \u00e0 Kaboul, avant de reprendre imm\u00e9diatement la route \u00e0 travers le Pakistan, l\u2019Iran, la Turquie, la Gr\u00e8ce, pour finalement poser pied en Italie o\u00f9 il d\u00e9pose une demande d\u2019asile. En 2013, il \u00e9tait en attente d&rsquo;une r\u00e9ponse. Il aura ainsi voyag\u00e9 pendant cinq ans, sans avoir encore trouv\u00e9 un lieu o\u00f9 se poser\u2009(14).<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Les trois fronti\u00e8res europ\u00e9ennes<\/span><\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de Palavan nous montre qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui les itin\u00e9raires migratoires ne peuvent pas se r\u00e9sumer \u00e0 des parcours lin\u00e9aires. Les migrations ne devraient pas \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9es par des fl\u00e8ches, car celles-ci nous trompent sur la r\u00e9alit\u00e9 migratoire, qui n\u2019est pas lin\u00e9aire, rapide et unidirectionnelle comme elles le sugg\u00e8rent.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pour \u00e9chapper au pi\u00e8ge qu&rsquo;induisent les fl\u00e8ches que Phillippe Rekacewicz a imagin\u00e9 une autre mani\u00e8re de repr\u00e9senter le fait migratoire. A l\u2019aide de points, de lignes et de surfaces, le cartographe donne \u00e0 voir les fronti\u00e8res europ\u00e9ennes, et la politique migratoire qui les fa\u00e7onne. Son regard sur les migrations nous montre que la limite europ\u00e9enne va bien au-del\u00e0 du continent europ\u00e9en et de l\u2019espace Schengen. La carte \u00abTriple fronti\u00e8re europ\u00e9enne\u00bb (v. ci-dessous) permet de visualiser ce propos.<\/p>\n<figure id=\"attachment_36463\" aria-describedby=\"caption-attachment-36463\" style=\"width: 595px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-36463\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Rekacewicz_MortsAuxFrontieres.png\" alt=\"rekacewicz_mortsauxfrontieres\" width=\"595\" height=\"479\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Rekacewicz_MortsAuxFrontieres.png 1660w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Rekacewicz_MortsAuxFrontieres-300x241.png 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Rekacewicz_MortsAuxFrontieres-150x121.png 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 595px) 100vw, 595px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-36463\" class=\"wp-caption-text\">Triple fronti\u00e8re de l&rsquo;Europe. Carte de Philippe Rekacewicz. Donn\u00e9es au 31 d\u00e9cembre 2015.<\/figcaption><\/figure>\n<p>The <strong>pr\u00e9-fronti\u00e8re<\/strong> est repr\u00e9sent\u00e9e par un large trait orange. Celui-ci correspond, en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la \u00abvraie\u00bb fronti\u00e8re europ\u00e9enne, m\u00eame si de fa\u00e7on plut\u00f4t surprenante elle se situe au milieu du Sahel. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019Union europ\u00e9enne d\u00e9ploie ses agents pour surveiller et contr\u00f4ler, voire arr\u00eater les flux migratoires.<\/p>\n<p>L\u2019Europe, \u00e0 travers la pr\u00e9sence de ses employ\u00e9s, repousse ainsi sa fronti\u00e8re jusqu&rsquo;au milieu du d\u00e9sert et externalise ainsi sa politique migratoire.<\/p>\n<p>The <strong>fronti\u00e8re<\/strong> est repr\u00e9sent\u00e9e par le trait rouge et par les cercles de la m\u00eame couleur. C&rsquo;est la fronti\u00e8re meurtri\u00e8re, celles des morts en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>The <strong>post-fronti\u00e8re<\/strong>. Celle-ci est figur\u00e9e par les points noirs, qui repr\u00e9sentent les centres de d\u00e9tention administrative. C&rsquo;est la fronti\u00e8re de l&rsquo;expulsion. Ce qui est inqui\u00e9tant, c&rsquo;est que dans la premi\u00e8re version de la carte, ceux-ci se trouvaient alors uniquement sur le territoire europ\u00e9en. Aujourd\u2019hui les centres transgressent les fronti\u00e8res, plusieurs \u00e9tant mis en place, souvent financ\u00e9s et en partie g\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;Union europ\u00e9enne elle-m\u00eame, bien au-del\u00e0 de la limite europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;on ne s\u2019y trompe pas. Qu&rsquo;elles soient mentales, juridiques ou physiques, les fronti\u00e8res \u00e9rig\u00e9es par les pays du Nord globalis\u00e9 n&rsquo;arr\u00eateront jamais les flux migratoires. Le lien entre fermeture des fronti\u00e8res et diminution des flux migratoires est un paradigme qualifi\u00e9 par Fran\u00e7ois Gemenne de \u00abfantasme politique\u00bb (15): jamais dans l&rsquo;histoire, la surveillance frontali\u00e8re n&rsquo;a permis de contr\u00f4ler les flux migratoires. Pourtant, c&rsquo;est bien ce fantasme qui guide aujourd&rsquo;hui les autorit\u00e9s appel\u00e9es \u00e0 formuler de nouvelles lois et, en Suisse, les citoyens \u00e0 les voter. Lutter contre cette fausse id\u00e9e est une des mani\u00e8res d&rsquo;arr\u00eater l&rsquo;h\u00e9catombe de centaine de milliers de migrants qui fuient les guerres, les pers\u00e9cutions et la pauvret\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">CRISTINA DEL BIAGGIO<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>Docteure en g\u00e9ographie, Cristina Del Biaggio a effectu\u00e9 en 2012 une recherche de terrain le long de la fronti\u00e8re terrestre gr\u00e9co-turque, l\u00e0 o\u00f9 la Gr\u00e8ce a \u00e9rig\u00e9 un \u00abmur anti-immigrants\u00bb. Charg\u00e9e du projet Le Comptoir des m\u00e9dias pour Vivre Ensemble, elle travaille comme collaboratrice scientifique \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve et collabore avec Visionscarto.net.<\/em><\/p>\n<p>(1) Philippe Rekacewicz, \u00ab<a href=\"https:\/\/visionscarto.net\/la-mediterranee-plus-loin\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La M\u00e9diterran\u00e9e, plus loin que l&rsquo;horizon<\/a>\u00bb, Visionscarto.net, 06.05.2014<\/p>\n<p>(2) La liste est disponible sur le site Internet de l&rsquo;association: <a href=\"http:\/\/www.unitedagainstracism.org\/campaigns\/refugee-campaign\/fortress-europe\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http\u2009:\u2009\/\u2009\/\u2009unitedagainstrefugeedeaths.eu\/about-the-campaign\/about-the-united-list-of-deaths\/<\/a><\/p>\n<p>(3) Voir notamment le livre de Claire Rodier, <em>X\u00e9nophobie business<\/em>, La D\u00e9couverte, 2012.<\/p>\n<p>(4) Frank Neisse &amp; Alexandra Nosseloff, \u00ab<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-politique-etrangere-2010-4-page-731.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">L&rsquo;expansion des murs: le reflet d&rsquo;un monde<\/a>\u00bb, <em>Politique \u00e9trang\u00e8re<\/em>, n\u00b04, 2010, pp. 731-742.<\/p>\n<p>(5) Ibidem, pp. 731-742.<\/p>\n<p>(6) Entretien avec Elisabeth Vallet, \u00ab<a href=\"http:\/\/www.courrierinternational.com\/article\/2014\/11\/07\/il-y-a-une-mondialisation-du-marche-de-la-frontiere-fortifiee-beau-paradoxe-non\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">&lsquo;Il y a une mondialisation du march\u00e9 de la fronti\u00e8re fortifi\u00e9e. Beau paradoxe, non?&rsquo;<\/a>\u00bb, <em>Courrier international<\/em>, 07.11.2014.<\/p>\n<p>(7) L&rsquo;agence europ\u00e9enne pour la gestion de la coop\u00e9ration op\u00e9rationnelle aux fronti\u00e8res ext\u00e9rieures des Etats membres de l&rsquo;Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>(8) Frontex, <a href=\"http:\/\/frontex.europa.eu\/assets\/Publications\/General\/12_seconds_to_decide.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Twelve seconds to decide<\/em><\/a>, 2014, p.30.<\/p>\n<p>(9) Interview de St\u00e9phane Rosi\u00e8re, <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/pas-la-peine-de-crier\/le-mur-35-geopolitique-du-mur\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Emission <em>Pas la peine de crier<\/em><\/a>, France culture, 25.06.2014.<\/p>\n<p>(10) Voir le film de Thierry Denis et Guy Ratovondrahona, <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xfpkrm_les-murs-de-la-honte-documentaire-complet_travel\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Les murs de la honte<\/em><\/a> (2010).<\/p>\n<p>(11) Sur ce m\u00e9canisme, voir le film documentaire r\u00e9alis\u00e9 par Nimrod Drory et Uri Drory, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=d-L9RDsbla0\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Peeking over the wall<\/em><\/a> (2016).<\/p>\n<p class=\"normal\" style=\"text-align: justify; line-height: normal;\">(12) <span lang=\"FR-CH\">Voir le billet \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/visionscarto.net\/evros-mur-inutile\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Dans la r\u00e9gion de l\u2019Evros, un mur inutile sur la fronti\u00e8re gr\u00e9co-turque<\/a>\u00ab\u00a0, publi\u00e9 sur le blog VisionsCarto.net, le 25 juin 2015.<\/span><\/p>\n<p>(13) Voir le texte de Heaven Crawley et Nando Sigona publi\u00e9 sur le blog The Conversation\u2009: \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/theconversation.com\/european-policy-is-driving-refugees-to-more-dangerous-routes-across-the-med-56625\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">European policy is driving refugees to more dangerous routes across the Med<\/a>\u00ab\u00a0, 29.03.2016.<\/p>\n<p>(14) Sur les retours vers l&rsquo;Afghanistan, voir aussi Cristina Del Biaggio, \u00ab<a href=\"https:\/\/www.lacite.info\/politiquetxt\/2014\/04\/15\/letrange-legende-allemande-du-retour-heureux-des-requerants-dasile\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La l\u00e9gende allemande du retour heureux des requ\u00e9rants d\u2019asile<\/a>\u00bb, LaCite.info, 15 avril 2014.<\/p>\n<p class=\"normal\" style=\"line-height: normal;\">(15)\u00a0Fran\u00e7ois Gemenne dans le cadre du symposium \u00ab\u00a0Migrations en temps de crises. Enjeux actuels, outils juridiques et perspectives pour l\u2019Europe et la Suisse\u00a0\u00bb, Neuch\u00e2tel, 22.04.2016.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant la guerre froide, le monde \u00e9tait divis\u00e9 en deux. Un mur s\u00e9parait non seulement un pays, mais aussi deux id\u00e9ologies. 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