{"id":36768,"date":"2016-12-27T10:24:02","date_gmt":"2016-12-27T09:24:02","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/?p=36768"},"modified":"2021-08-26T13:52:30","modified_gmt":"2021-08-26T11:52:30","slug":"voix-dexils-traversee-de-lenfer-jusquen-suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2016\/12\/27\/voix-dexils-traversee-de-lenfer-jusquen-suisse\/","title":{"rendered":"Voix d&rsquo;Exils | Une travers\u00e9e de l\u2019enfer jusqu\u2019en Suisse"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Je suis membre de <a href=\"http:\/\/voixdexils.ch\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Voix d\u2019Exils<\/a>. Je viens d\u2019Erythr\u00e9e. J\u2019\u00e9tais \u00e9tudiant au coll\u00e8ge et j\u2019avais des bons r\u00e9sultats \u00e0 l\u2019\u00e9cole. J\u2019avais aussi le r\u00eave de me former dans le domaine de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Mais je n\u2019ai pas pu continuer mes \u00e9tudes \u00e0 cause de l\u2019intervention des autorit\u00e9s qui voulaient m\u2019obliger \u00e0 entrer dans la marine militaire. Je n\u2019avais pas d\u2019autre choix que d\u2019ob\u00e9ir. Donc j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de quitter mon pays pour diriger ma vie moi-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p><em>Article de B. N., publi\u00e9 sur le site Voix d&rsquo;Exils, le 29 novembre 2016. Cliquez <a href=\"http:\/\/voixdexils.ch\/2016\/11\/29\/traversee-de-lenfer-jusquen-suisse\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">here<\/a> pour lire l&rsquo;article sur le site Voix d&rsquo;Exils.<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>En juin 2014, moi et mon amie sommes partis pour nous rendre en Ethiopie. A cet instant-l\u00e0, on avait \u00e9norm\u00e9ment peur car il y avait des soldats \u00e0 la fronti\u00e8re. S\u2019ils nous trouvaient, on savait qu\u2019ils allaient nous enfermer en\u00a0prison pour un temps ind\u00e9fini. On a donc effectu\u00e9 notre parcours pendant la nuit pour notre s\u00e9curit\u00e9. Pendant la journ\u00e9e, on se cachait dans des endroits peu fr\u00e9quent\u00e9s. On a fait comme \u00e7a et la troisi\u00e8me nuit,\u00a0nous sommes\u00a0arriv\u00e9s en Ethiopie.<\/p>\n<p><strong>De l\u2019Ethiopie au Soudan<\/strong><\/p>\n<p>Nous sommes rest\u00e9s deux semaines l\u00e0-bas, puis on a d\u00e9cid\u00e9 de partir pour le Soudan. Mais comme ce parcours est dangereux, il fallait donc chercher un passeur car il y a des malfaiteurs pendant ce voyage. On a donc cherch\u00e9 un passeur et on l\u2019a pay\u00e9 1600 dollars. Il n\u2019a pas travaill\u00e9 tout seul, il avait des complices avec lui. Alors lui et ses complices sont venus nous chercher en pickup et ont charg\u00e9 25 personnes dans la banquette arri\u00e8re\u00a0vers minuit. Comme le pickup n\u2019\u00e9tait pas assez grand, on s\u2019est assis les uns sur les autres et on s\u2019est m\u00eame assis au bord du v\u00e9hicule. Nous sommes partis dans la nuit sans prendre de route. Nous sommes pass\u00e9s par la for\u00eat et on avait aussi effectu\u00e9 notre parcours en se cachant puisqu\u2019il y avait des malfaiteurs avec des armes qui enlevaient des gens. Quand le pickup ne pouvait pas traverser le chemin ou quand il y avait des rivi\u00e8res, on descendait et on les passait \u00e0 pieds en s\u2019attachant des jerricanes autour de la taille. Des personnes ont \u00e9t\u00e9 emport\u00e9es par le courant et ont disparu. C\u2019\u00e9tait vraiment dangereux. Comme la route qu\u2019on devait suivre \u00e9tait dans la for\u00eat et de nuit, des personnes ont \u00e9t\u00e9 gravement bless\u00e9es aux yeux et se sont d\u00e9chir\u00e9 le visage. Au bout du huiti\u00e8me jour, nous sommes arriv\u00e9s au Soudan.<\/p>\n<p><strong>Du Soudan \u00e0 la Libye<\/strong><\/p>\n<p>Nous sommes rest\u00e9s deux semaines l\u00e0-bas. Ensuite, nous avons continu\u00e9 notre parcours en Libye. Nous sommes partis gr\u00e2ce \u00e0 un passeur \u00e9rythr\u00e9en et on l\u2019a pay\u00e9 1600 dollars. Nous \u00e9tions 200 personnes qui sommes parties ensemble en camion et on \u00e9tait charg\u00e9s les uns sur les autres. Ce n\u2019\u00e9tait pas possible de placer 200 personnes dans ce petit camion dans le d\u00e9sert sans prendre de route. De plus, il y avait trop de soleil et le camion avan\u00e7ait \u00e0 sa vitesse maximale. On a fait cinq jours dans le Sahara soudanais. On \u00e9tait tr\u00e8s fatigu\u00e9s, stress\u00e9s et on avait aussi terriblement faim et soif par-dessus tout. Beaucoup perdaient connaissance.<\/p>\n<p>Le cinqui\u00e8me jour, des Libyens nous ont accueillis avec six pickups. On \u00e9tait 30 personnes \u00e0 bord de chaque v\u00e9hicule. Mais, comme ils n\u2019\u00e9taient pas assez grands, ils ont d\u00e9cid\u00e9 de jeter toutes nos affaires (nourriture, eau habits) en dehors.<\/p>\n<p>C\u2019est le plus mauvais souvenir de ma vie, car huit jours plus tard, sur 200 personnes\u00a0on \u00e9tait plus que 160. Deux pickups ont eu un accident \u00e0 cause des chauffeurs drogu\u00e9s qui roulaient trop vite. Ils se sont renvers\u00e9s et des gens ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9s. D\u2019autres sont morts de faim et de soif.<\/p>\n<p>On a v\u00e9cu deux mois en Libye dans un endroit ferm\u00e9 en ne mangeant qu\u2019une fois par jour, on avait donc vraiment faim. De plus, les Libyens nous traitaient de mani\u00e8re\u00a0tr\u00e8s\u00a0brutale et nous battaient. C\u2019\u00e9tait surtout les femmes qui souffraient le plus, car elles \u00e9taient souvent viol\u00e9es. Des personnes \u00e9taient aussi enlev\u00e9es et vendues \u00e0 d\u2019autres passeurs Libyens. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s difficile \u00e0 tol\u00e9rer. On a pay\u00e9 2200 dollars pour traverser la Mer M\u00e9diterran\u00e9e. Nous avons \u00e9t\u00e9 charg\u00e9s sur un bateau en plastique pr\u00e9vu pour 150 personnes alors que nous \u00e9tions 500.<\/p>\n<p><strong>De la Libye \u00e0 la Suisse<\/strong><\/p>\n<p>Le bateau\u00a0\u00e9tait donc beaucoup trop petit pour le nombre de personnes que nous \u00e9tions. On \u00e9tait vraiment en danger, mais on n\u2019a rien fait et on est quand m\u00eame partis. On avait tr\u00e8s peur parce qu\u2019on sentait le danger. Apr\u00e8s cinq heures de voyage en mer, le bateau a commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9chirer. A cet instant-l\u00e0, la seule chose qu\u2019on pouvait faire c\u2019\u00e9tait de d\u00e9couper des bouteilles en plastique pour rejeter l\u2019eau en dehors du bateau. On \u00e9tait tous d\u00e9courag\u00e9s tr\u00e8s inquiets et on commen\u00e7ait \u00e0 couler. Soudain, un bateau italien est venu nous secourir et a remorqu\u00e9 notre bateau. Apr\u00e8s sept heures, on a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9s et nous sommes enfin arriv\u00e9s en Italie. Puis, avec mon amie, nous nous sommes rendus en Suisse. On est aujourd\u2019hui rassur\u00e9s et on habite en s\u00e9curit\u00e9 avec notre fils qui est n\u00e9 ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>B.N.<br \/>\nMembre de la r\u00e9daction neuch\u00e2teloise de Voix d\u2019Exils<\/strong><\/p>\n<p><\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis membre de Voix d\u2019Exils. Je viens d\u2019Erythr\u00e9e. J\u2019\u00e9tais \u00e9tudiant au coll\u00e8ge et j\u2019avais des bons r\u00e9sultats \u00e0 l\u2019\u00e9cole. J\u2019avais aussi le r\u00eave de me former dans le domaine de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. 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