{"id":4115,"date":"2012-01-12T09:22:05","date_gmt":"2012-01-12T09:22:05","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=4115"},"modified":"2021-08-29T22:33:55","modified_gmt":"2021-08-29T20:33:55","slug":"permis-f-lexclusion-au-feminin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2012\/01\/12\/permis-f-lexclusion-au-feminin\/","title":{"rendered":"Permit F | Exclusion in the Feminine"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">L\u2019int\u00e9gration des femmes d\u00e9tentrices d\u2019un permis F est parsem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches li\u00e9es \u00e0 leur genre, \u00e0 leur statut, \u00e0 leur position sociale et \u00e0 leur parcours migratoire. Dans le cadre d\u2019un <a href=\"http:\/\/www.csp.ch\/layout\/modules\/news\/documents\/CSP_Rapport_Hodel_Integration.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">travail de recherche<\/a> effectu\u00e9 pour le CSP-Ge d&rsquo;octobre 2010 \u00e0 juillet 2011, Sophie Hodel d\u00e9cortique ces difficult\u00e9s, et offre des pistes pour les d\u00e9passer. (r\u00e9d.)<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_4116\" aria-describedby=\"caption-attachment-4116\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/3femmes.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4116\" title=\"3femmes\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/3femmes-300x204.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"204\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-4116\" class=\"wp-caption-text\">Claire Le Catelier | Trois femmes<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00c0 Gen\u00e8ve, 1\u2019625 personnes vivent sous le r\u00e9gime de l\u2019admission provisoire\u00a0 (\u00abpermis F\u00bb)\u2009(1). 48% d\u2019entre elles sont des femmes, pour la plupart originaires de pays marqu\u00e9s par des conflits, comme la Somalie ou le Kosovo. Avec l\u2019octroi du permis F, la Suisse les prot\u00e8ge provisoirement contre le renvoi. Un statut qui n&rsquo;a de provisoire que le nom: pr\u00e8s de la moiti\u00e9 (46%) des permis F r\u00e9sident \u00e0 Gen\u00e8ve\u00a0 depuis plus de sept ans.<\/p>\n<p>En examinant de plus pr\u00e8s cette population f\u00e9minine, on constate que 60% de celles qui sont en \u00e2ge de travailler ne se trouvent ni en emploi, ni en formation\u2009(2). Des chiffres qu&rsquo;explique en partie le fait que, jusqu&rsquo;en 2008, les admis provisoires ne b\u00e9n\u00e9ficiaient d&rsquo;aucune aide \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration et ne jouissaient que d&rsquo;un acc\u00e8s restreint au march\u00e9 de travail.\u00a0 Si ces restrictions sont aujourd&rsquo;hui lev\u00e9es\u2009(3), les entretiens men\u00e9s aupr\u00e8s de vingt et une femmes titulaires d&rsquo;un permis F \u00e0 Gen\u00e8ve r\u00e9v\u00e8lent que des obstacles plus sp\u00e9cifiques persistent dans leur int\u00e9gration, li\u00e9s \u00e0 leur statut, \u00e0 leur position sociale et \u00e0 leur parcours migratoire.<\/p>\n<p>Nombre de femmes arrivent en effet fragilis\u00e9es par les \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9c\u00e9dents leur exil. Elles ont fui des situations de violences politiques, sociales, familiales ou \u00e9conomiques. Un nombre non n\u00e9gligeable d&rsquo;entre elles sont arriv\u00e9es seules ou avec leurs enfants et se trouvent en situation de famille monoparentale. D&rsquo;autres viennent en couple, mais vivent confin\u00e9es au foyer, sans pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier des leviers d&rsquo;int\u00e9gration que sont le travail ou une formation. Dans ces deux cas, leur migration s&rsquo;accompagne d&rsquo;une perte brutale de leurs rep\u00e8res culturels, sociaux et familiaux.<\/p>\n<p>Ces difficult\u00e9s se conjuguent \u00e0 celles rencontr\u00e9es dans leur nouveau lieu de vie. Elles doivent r\u00e9pondre aux besoins de leurs familles dans des conditions sociales et financi\u00e8res tr\u00e8s rigoureuses. La plupart des femmes interrog\u00e9es vivent \u00e0 la limite du seuil de pauvret\u00e9, confront\u00e9es \u00e0 des probl\u00e8mes r\u00e9currents de moyens, de dettes, de logement inad\u00e9quat.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">D\u00e9multiplicateur de pr\u00e9carit\u00e9<\/span><\/p>\n<p>Le plus souvent d\u00e9nu\u00e9es d&rsquo;exp\u00e9rience professionnelle et relativement peu form\u00e9es, elles se heurtent \u00e0 d&rsquo;importantes limites sur le march\u00e9 du travail. Celui-ci tend vers une professionnalisation de tous les secteurs, de sorte qu&rsquo;elles n&rsquo;acc\u00e8dent qu\u2019\u00e0 des emplois pr\u00e9caires, mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s et peu qualifi\u00e9s, notamment dans le secteur du nettoyage. Les horaires de travail et la flexibilit\u00e9 attendus d&rsquo;elles dans ce secteur sont difficilement compatibles avec leur vie familiale, ce d&rsquo;autant plus que les places de cr\u00e8che font d\u00e9faut ou qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas les moyens de les financer.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, leur statut administratif agit en d\u00e9multiplicateur de pr\u00e9carit\u00e9. Non seulement parce que la nature provisoire du permis F est source d\u2019angoisse constante, mais aussi parce que ce permis est souvent d\u00e9valoris\u00e9 par les structures et institutions avec lesquelles elles entrent en contact dans leur parcours d&rsquo;int\u00e9gration. Le permis F est per\u00e7u comme un permis \u00abnon valable\u00bb. Il constitue ainsi un facteur d\u2019exclusion de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil et du march\u00e9 du travail. Pour atteindre une plus grande stabilit\u00e9, la plupart d&rsquo;entre elles aspirent \u00e0 l\u2019obtention d&rsquo;un permis de s\u00e9jour (permis B). Mais l\u2019obtention de ce s\u00e9same est soumis au crit\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9gration; et qui dit int\u00e9gration dit d\u2019abord ind\u00e9pendance financi\u00e8re, et plus secondairement, acquisition de la langue et insertion sociale en Suisse. Or, malgr\u00e9 des efforts et sacrifices cons\u00e9quents, rares sont celles qui parviennent \u00e0 cette ind\u00e9pendance pour les raisons \u00e9voqu\u00e9es plus haut.<\/p>\n<p>Le conditionnement du permis B \u00e0 cette ind\u00e9pendance financi\u00e8re repose sur une vision de l\u2019int\u00e9gration unilat\u00e9rale, dont la r\u00e9alisation d\u00e9pend des seuls efforts de l&rsquo;\u00e9tranger. Les difficult\u00e9s subjectives, mais surtout structurelles qui peuvent y faire obstacle ne sont pas prises en compte. Cette vision contribue \u00e0 consolider la marginalisation de personnes particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables et de p\u00e9renniser des conditions sociales intenables.<\/p>\n<p>Depuis trois ans, les cantons re\u00e7oivent de la Conf\u00e9d\u00e9ration des montants destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration des personnes admises \u00e0 titre provisoire. De nouveaux dispositifs sont en cours d&rsquo;\u00e9laboration. C\u2019est une occasion de prendre en compte les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par cette population afin d&rsquo;att\u00e9nuer et non de renforcer ces dynamiques d\u2019exclusion. Ces mesures d\u2019int\u00e9gration devraient davantage porter sur les besoins de leurs b\u00e9n\u00e9ficiaires, y compris les plus vuln\u00e9rables, plut\u00f4t que sur leur seule insertion professionnelle. L\u2019adoption d\u2019une vision de l\u2019int\u00e9gration comme un processus multilat\u00e9ral peut \u00e9galement contribuer \u00e0 identifier et \u00e0 combattre les entraves politiques et structurelles \u00e0 l\u2019int\u00e9gration des femmes admises \u00e0 titre provisoire.<\/p>\n<p>En ce sens, trois \u00e9l\u00e9ments doivent imp\u00e9rativement \u00eatre pris en compte: la d\u00e9signation du permis F comme \u00abprovisoire\u00bb, source d\u2019angoisses psychologiques et de discrimination; le cloisonnement du march\u00e9 du travail par la professionnalisation; et le manque de places de cr\u00e8ches accessibles.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: right;\">Sophie Hodel<br \/>\nCollaboration: Marie-Claire Kunz<\/h4>\n<hr \/>\n<p>Notes:<\/p>\n<p>(1) Sources: statistiques f\u00e9d\u00e9rales en mati\u00e8re d\u2019asile. Etat au 31 d\u00e9cembre 2010. 112 des personnes admises provisoirement ont obtenu la qualit\u00e9 de r\u00e9fugi\u00e9.<\/p>\n<p>(2) Statistiques f\u00e9d\u00e9rales en mati\u00e8re d\u2019asile et statistiques de l\u2019Office cantonal de la population de Gen\u00e8ve.<\/p>\n<p>(3) La nouvelle loi f\u00e9d\u00e9rale sur les \u00e9trangers (<abbr class='c2c-text-hover' title='Loi f\u00e9d\u00e9rale sur les \u00e9trangers'>LEtr<\/abbr>) du 16 d\u00e9cembre 2006 (RS 142.20) pr\u00e9voit que les admis provisoires puissent acc\u00e9der au march\u00e9 du travail sans restriction, \u00e0 l&rsquo;instar des titulaires de permis B, C, ou des Suisses. L&rsquo;Ordonnance sur l&rsquo;int\u00e9gration des \u00e9trangers (OIE) du 24 octobre 2007, entr\u00e9e en vigueur au m\u00eame moment, pr\u00e9voit que la Conf\u00e9d\u00e9ration verse aux cantons un montant d&rsquo;un maximum de 6000 CHF par personne admise \u00e0 titre provisoire pour le financement de mesure d&rsquo;int\u00e9gration.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019int\u00e9gration des femmes d\u00e9tentrices d\u2019un permis F est parsem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches li\u00e9es \u00e0 leur genre, \u00e0 leur statut, \u00e0 leur position sociale et \u00e0 leur parcours migratoire. Dans le cadre d\u2019un travail de recherche effectu\u00e9 pour le CSP-Ge d&rsquo;octobre 2010 \u00e0 juillet 2011, Sophie Hodel d\u00e9cortique ces difficult\u00e9s, et offre des pistes pour les d\u00e9passer. 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