{"id":4396,"date":"2012-04-03T15:35:26","date_gmt":"2012-04-03T13:35:26","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=4396"},"modified":"2021-09-10T13:57:22","modified_gmt":"2021-09-10T11:57:22","slug":"accords-de-readmission-la-banalisation-dune-tragedie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2012\/04\/03\/accords-de-readmission-la-banalisation-dune-tragedie\/","title":{"rendered":"Hors-s\u00e9rie #2 | Accords de r\u00e9admission. La banalisation d\u2019une trag\u00e9die"},"content":{"rendered":"\n<p>Par <strong>Karine Povlakic<\/strong>, Juriste<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"Accords de r\u00e9admission | La banalisation d\u2019une trag\u00e9die\" href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/POVLAKIC_FINAL.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Accords de Dublin | La banalisation d&rsquo;une trag\u00e9die<\/a><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/POVLAKIC_FINAL.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/povlakic-couv2-730x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8472\" width=\"345\" height=\"483\"\/><\/a><figcaption>Cliquez sur l&rsquo;image pour t\u00e9l\u00e9charger le PDF<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><span class=\"accroche\">Cet article traite de l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9s originaires de Somalie et d\u2019Erythr\u00e9e, qui ont transit\u00e9 par l\u2019Italie avant de d\u00e9poser une demande d\u2019asile en Suisse. La premi\u00e8re partie \u00e9voque les conflits et la r\u00e9pression qui s\u00e9vissent dans ces deux pays et la route de fuite que doivent parcourir les r\u00e9fugi\u00e9s, au p\u00e9ril de leur vie et de celles de leurs proches. Arriv\u00e9s \u00e9puis\u00e9s, meurtris et souvent traumatis\u00e9s en Italie, ils devront faire l\u2019exp\u00e9rience de la rue. La plupart d\u2019entre eux n\u2019auront pas acc\u00e8s \u00e0 l\u2019aide sociale et n\u2019auront d\u2019autre choix que de dormir sur des cartons dans les gares ou les parcs. Certains viennent finalement chercher refuge en Suisse mais ils sont rapidement pris dans les proc\u00e9dures de renvoi en Italie, sur la base des accords de Dublin ou des accords bilat\u00e9raux de r\u00e9admission. Nous verrons dans la deuxi\u00e8me partie comment les autorit\u00e9s ont d\u00e9velopp\u00e9 un traitement purement administratif des demandes de ces r\u00e9fugi\u00e9s de mani\u00e8re \u00e0 ce que les motifs d\u2019asile ne puissent pas s\u2019exprimer, ni les motifs de fuite secondaires d\u2019Italie en Suisse. La pratique repose sur des sch\u00e9mas de proc\u00e9dure qui banalise consid\u00e9rablement le traitement des demandes au point qu\u2019il se ram\u00e8ne pratiquement \u00e0 un probl\u00e8me de gestion des dossiers, de d\u00e9lais de proc\u00e9dure ou d\u2019ex\u00e9cution des renvois, et qu\u2019il n\u2019a plus rien \u00e0 voir avec l\u2019examen d\u2019une demande de protection.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p>&gt; T\u00e9l\u00e9charger le PDF du num\u00e9ro 136 de Vivre Ensemble (<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/VE136_full.pdf\">VE136<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">&gt; &nbsp;<a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/Tableaux-statistiques-Dublin-2011.pdf\">Tableaux statistiques Dublin 2011<\/a>&nbsp;(t\u00e9l\u00e9charger le pdf corrig\u00e9)<\/h3>\n\n\n\n<p><span class=\"intertitre\">I. La longue route vers un improbable refuge<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Guerre en Somalie, r\u00e9pression en Erythr\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On apprenait en ao\u00fbt que 48\u2019000 r\u00e9fugi\u00e9s sont arriv\u00e9s en Italie en 2011, en provenance de la Tunisie, de la Libye ou de la Syrie principalement, mais \u00e9galement de l\u2019Erythr\u00e9e et de la Somalie\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Or, ces deux derniers pays m\u00e9ritent une attention particuli\u00e8re, en raison de l\u2019extr\u00eame gravit\u00e9 des conflits ou de la r\u00e9pression qui y s\u00e9vissent. Les populations somaliennes et \u00e9rythr\u00e9ennes fuient leur pays depuis de nombreuses ann\u00e9es. La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme notamment a reconnu la gravit\u00e9 du drame auquel elles sont confront\u00e9es et a jug\u00e9 qu\u2019aucun renvoi ne devait avoir lieu vers ces destinations, en raison des risques \u00e9lev\u00e9s de pers\u00e9cutions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Somalie<\/strong> a ainsi connu ces derni\u00e8res ann\u00e9es une recrudescence d\u2019un conflit enlis\u00e9 depuis plus de 20 ans. Le groupe Al-Shabaab, qui est un groupement de diff\u00e9rentes factions arm\u00e9es et qui revendique deux attentats suicide \u00e0 Kampala (Ouganda), s\u00e9vit dans le centre de la Somalie et contr\u00f4le la capitale Mogadiscio. Ces factions se r\u00e9clament d\u2019un islamisme radical proche d\u2019Al-Qa\u00efda, et appliquent, selon la Cour, l\u2019une des sharia les plus dures du monde:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abThe human rights situation has deteriorated particularly in areas controlled by al-Shabaab and allied extremist groups. Al-Shabaab and other armed groups have continued to violate women\u2019s rights in southern and central Somalia. Women face arbitrary detention, restriction of movement and other forms of abuse for failure to obey orders, including non-observance of dress codes. There is a rising pattern of inhuman and degrading treatment, including stoning, amputations, floggings and corporal punishment.\u00bb\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La situation humanitaire s\u2019est d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e et pr\u00e8s de 524\u2019000 personnes ont fui en direction du corridor d\u2019Afgooye. L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 est telle que les missions humanitaires ne parviennent plus \u00e0 porter secours aux r\u00e9fugi\u00e9s&nbsp;et elles ont d\u00fb quitter le pays.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abIn respect of the humanitarian situation, the report indicated that by November 2009 the total number of displaced persons had reached 1.55&nbsp;million, 93% of whom were concentrated in southern and central areas, including 524&rsquo;000 in the Afgooye corridor. The security situation was having a negative impact on the relief operation. Rising threats and attacks on humanitarian operations, as well as the imposition of demands from armed groups, had made it virtually impossible for the World Food Programme (\u201cWFP\u201d) to continue reaching people in need in southern Somalia. Inflammatory statements by al-Shabaab against relief organisations, threats against humanitarian staff, explicit rejection of foreign food aid and demands for fees had all worsened.\u00bb\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La Cour a conclu qu\u2019il existe une situation de violences g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es en Somalie:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abthe most recent reports indicate that all significant parties to the conflict have continued to engage in indiscriminate violence, conducting numerous mortar attacks against enemy forces in densely populated areas of Mogadishu without regard to the civilian population. Moreover, all parties have continued to use mortars without spotters or guidance systems, firing indiscriminately in the general direction of opposition fire or bombarding areas such as Bakara Market which were considered to be opposition strongholds\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La situation en <strong>Erythr\u00e9e<\/strong> est tout aussi pr\u00e9occupante. L\u2019Erythr\u00e9e est un Etat enti\u00e8rement militaris\u00e9. Le service militaire est obligatoire jusqu\u2019\u00e0 40 ans pour les hommes et jusqu\u2019\u00e0 27 ans pour les femmes, tandis que les \u00e9l\u00e8ves du second cycle sont inscrits de force dans les centres de formation de l\u2019arm\u00e9e. Les opposants, contestataires et d\u00e9serteurs sont s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9s. On peut lire dans l\u2019arr\u00eat Said c. Pays-Bas<sup> <a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a><\/sup> que les s\u00e9vices inflig\u00e9s vont \u00abde la d\u00e9tention au secret \u00e0 des expositions prolong\u00e9es \u00e0 de fortes temp\u00e9ratures, en passant par le ligotage des mains et des pieds dans des positions douloureuses\u00bb. La soci\u00e9t\u00e9 civile est musel\u00e9e. Il n\u2019existe plus aucun m\u00e9dia ind\u00e9pendant en Erythr\u00e9e. La r\u00e9pression est si grave que les organisations internationales humanitaires ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9es du pays, notamment le Programme alimentaire mondial (PAM) il y a 6 ans. S\u2019ils tentent de fuir, les civils ou les soldats risquent d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9s, d\u00e9tenus, tortur\u00e9s ou m\u00eame sommairement ex\u00e9cut\u00e9s. Les familles des d\u00e9serteurs sont pers\u00e9cut\u00e9es. L\u2019\u00e9pouse ou l\u2019un des parents est emprisonn\u00e9 et soumis \u00e0 des mauvais traitements, et la terre, qui est l\u2019unique moyen de subsistance de la famille, est confisqu\u00e9e. Selon l\u2019Organisation suisse d\u2019aide aux r\u00e9fugi\u00e9s (<abbr class='c2c-text-hover' title='Organisation suisse d\u2019Aide aux R\u00e9fugi\u00e9s'>OSAR<\/abbr>), l\u2019Erythr\u00e9e est un des pays les plus militaris\u00e9s et des plus r\u00e9pressifs du monde\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant les Somaliens que les Erythr\u00e9ens subissent de graves violences: attaques arm\u00e9es, viols, d\u00e9tention, tortures, destruction de leur maison, rapt ou enl\u00e8vements d\u2019enfants, menaces, ex\u00e9cution de leurs proches parfois sous leurs yeux, confiscation de leur terre ou de leurs biens, privation de nourriture et de moyens d\u2019existence. Pour sauver leur vie, ils n\u2019ont pas d\u2019autre choix que de fuir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La travers\u00e9e du d\u00e9sert<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9fugi\u00e9s somaliens, s\u2019ils parviennent \u00e0 sortir du pays, passent par le Kenya. Leur situation y est extr\u00eamement dure. Selon les informations disponibles, les conditions de vie dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9s au Kenya sont dangereuses pour la sant\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 en raison du surpeuplement et de p\u00e9nuries d\u2019eau et de nourriture dans une r\u00e9gion aride. En mai 2011, le Kenya a ferm\u00e9 ses fronti\u00e8res pour freiner l\u2019arriv\u00e9e de r\u00e9fugi\u00e9s mais plusieurs milliers de Somaliens continuaient \u00e0 gagner le pays chaque mois et le gouvernement sur place a refus\u00e9 la construction d\u2019un nouveau camp. La situation sanitaire est extr\u00eamement grave et la situation s\u00e9curitaire critique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abNous avons \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s \u00e0 deux reprises, raconte Bintou avec un d\u00e9bit saccad\u00e9, comme si elle tentait d\u2019\u00e9vacuer pour toujours un souvenir p\u00e9nible. Une fois c\u00f4t\u00e9 somalien, une fois c\u00f4t\u00e9 kenyan. Des bandits arm\u00e9s nous ont absolument tout vol\u00e9 et nous ont battus, moi et les passagers\u00bb. Elle ne s\u2019\u00e9tend pas sur les s\u00e9vices qu\u2019elle a subis, mais elle garde encore \u00e0 l\u2019esprit un traumatisme tr\u00e8s vif. \u00abPendant plusieurs jours, je ne pouvais plus parler, j\u2019\u00e9tais comme morte. Les autres ont d\u00fb me calmer, je ne pouvais m\u00eame plus m\u2019occuper de mes enfants\u00bb. Ce genre de t\u00e9moignages n\u2019est pas rare et d\u00e9j\u00e0 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, l\u2019organisation Human Rights Watch accusait dans un rapport la police kenyane elle-m\u00eame d\u2019exiger r\u00e9guli\u00e8rement de l\u2019argent, de recourir \u00e0 la violence et plusieurs fois de violer les femmes.\u00bb [St\u00e9phanie Braquehais, RFI, Dadaab]<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019ils parviennent au Soudan, les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9rythr\u00e9ens doivent affronter de nouveaux dangers. Certains camps de r\u00e9fugi\u00e9s au sud du pays sont invivables, parce qu\u2019il n\u2019y a pratiquement pas d\u2019eau et pas de nourriture, et que les chaleurs sont extr\u00eames. En outre, des miliciens \u00e9rythr\u00e9ens font des rafles dans la zone pour ramener de force les d\u00e9serteurs au pays. Des tribus de la r\u00e9gion pratiquent l\u2019enl\u00e8vement et la s\u00e9questration des r\u00e9fugi\u00e9s qui ne sont lib\u00e9r\u00e9s que contre ran\u00e7ons ou bien remis aux autorit\u00e9s \u00e9rythr\u00e9ennes. Le gouvernement soudanais lui-m\u00eame refoule des r\u00e9fugi\u00e9s en Erythr\u00e9e\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. A Khartoum, les r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019ont pas le droit de circuler librement, ils n\u2019ont pas le droit de travailler et leur s\u00e9curit\u00e9 n\u2019est pas garantie:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abRefugees were vulnerable to arbitrary arrests, harassment, and beatings because applicants did not receive identification cards while awaiting government determination of refugee status. Refugees could not become resident aliens or citizens, regardless of their length of stay. Refugees were not entitled to work permits.\u00bb\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Finalement, les r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019ont pas de quoi se nourrir et ils doivent fuir \u00e9galement le Soudan.<\/p>\n\n\n\n<p>La travers\u00e9e du d\u00e9sert de Libye est l\u2019\u00e9preuve suivante. Il faut voyager pendant des heures avec des passeurs sur des v\u00e9hicules bond\u00e9s et en mauvais \u00e9tat, sous une chaleur \u00e9crasante, o\u00f9 on vous donne de l\u2019eau coup\u00e9e avec de l\u2019essence pour que la r\u00e9serve ne s\u2019\u00e9puise pas trop vite. Les convois sont attaqu\u00e9s et soumis \u00e0 des rackets. Les r\u00e9fugi\u00e9s sont menac\u00e9s d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9s dans le d\u00e9sert s\u2019ils ne donnent pas tout leur argent.<\/p>\n\n\n\n<p>En Libye, avant la guerre civile, de nombreux r\u00e9fugi\u00e9s, notamment \u00e9rythr\u00e9ens, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus dans des conditions extr\u00eames. Une femme raconte:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abLes autorit\u00e9s libyennes nous ont arr\u00eat\u00e9s \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 nous logions parce que nous \u00e9tions clandestins, mon mari, notre enfant de 3 ans et moi-m\u00eame. Nous avons \u00e9t\u00e9 conduits au poste de police. Ils nous ont d\u00e9rob\u00e9 tous nos biens et ils nous ont brutalis\u00e9s devant notre enfant. Ils m\u2019ont cass\u00e9 la main gauche. Ils nous ont plac\u00e9s dans des centres de d\u00e9tention diff\u00e9rents, moi avec mon fils \u00e0 Garabuli, et mon mari dans un autre centre. La vie en d\u00e9tention \u00e9tait r\u00e9pugnante et particuli\u00e8rement dure. Nous avons souffert de la faim et nous avons eu des probl\u00e8mes de peau \u00e0 cause du manque d\u2019hygi\u00e8ne. Nous avons \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9s psychologiquement. Mon fils a failli mourir \u00e0 la suite de probl\u00e8mes aux poumons. Le chef du centre de d\u00e9tention m\u2019a autoris\u00e9e \u00e0 le conduire au centre de soins. Nous avons \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9s de deux gardes mais j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 fuir avec mon fils et je me suis cach\u00e9e avec d\u2019autres Erythr\u00e9ens. Mon mari a finalement \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 en 2011 \u00e0 cause des \u00e9v\u00e9nements, et nous nous sommes retrouv\u00e9s.\u00bb [Il mourra noy\u00e9 lors de la travers\u00e9e de la M\u00e9diterran\u00e9e un mois plus tard, tandis qu\u2019elle parviendra \u00e0 rejoindre le camp de Choucha et sera autoris\u00e9e \u00e0 entrer en Suisse avec son enfant.]<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pendant la guerre civile, les r\u00e9fugi\u00e9s ont d\u00fb fuir au plus vite. Assimil\u00e9s aux mercenaires de Khadafi de par leur couleur de peau, ils \u00e9taient pris pour cible par les opposants au r\u00e9gime. Arriv\u00e9s au camp de Choucha en Tunisie, ils ont d\u2019abord \u00e9t\u00e9 accueillis par les Tunisiens. Mais leur nombre a rapidement augment\u00e9, la Libye employant de nombreux travailleurs migrants. En mai 2011, un incendie criminel provoqu\u00e9 par la population locale m\u00e9contente ravage les deux tiers du camp\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Choucha est un lieu d\u2019accueil d\u2019urgence et de transit. Nul n\u2019est cens\u00e9 y demeurer: M\u00e9decins sans fronti\u00e8res (MSF) d\u00e9nonce les mauvaises conditions sanitaires\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>. En juillet 2011, le Parlement europ\u00e9en lance un appel aux Etats membres de l\u2019Union pour la r\u00e9installation des r\u00e9fugi\u00e9s\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. Un repr\u00e9sentant d\u2019une d\u00e9l\u00e9gation qui a visit\u00e9 le camp d\u00e9clare: <em>\u00ab<\/em><em>Nous avons \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9s par les conditions extr\u00eamement p\u00e9nibles dans lesquelles les gens vivent, notamment \u00e9tant donn\u00e9 la chaleur, les temp\u00eates de sable, l\u2019acc\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 l\u2019eau propre et l\u2019absence de conditions sanitaires et d\u2019hygi\u00e8ne ad\u00e9quates.<\/em><em>\u00bb<\/em> Nathalie Griesbeck, membre de la d\u00e9l\u00e9gation, explique que depuis le d\u00e9but de la crise, les Etats de l\u2019Union Europ\u00e9enne n\u2019ont propos\u00e9 que 466 possibilit\u00e9s de r\u00e9installation alors que, selon elle, plus de 5000 personnes en ont besoin\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Nombre de ces r\u00e9fugi\u00e9s vont ensuite tenter la travers\u00e9e de la M\u00e9diterran\u00e9e. Tous savent qu\u2019elle est extr\u00eamement dangereuse et que beaucoup y ont d\u00e9j\u00e0 perdu la vie. Dans un communiqu\u00e9 de presse, le Conseil europ\u00e9en pour les r\u00e9fugi\u00e9s et les exil\u00e9s (ECRE) a d\u00e9clar\u00e9 que la M\u00e9diterran\u00e9e est devenue <em>\u00ab<\/em><em>un charnier<\/em><em>\u00bb<\/em>\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. Selon les estimations, 1\u2019820 r\u00e9fugi\u00e9s sont morts en mer depuis le d\u00e9but 2011, de faim ou de soif, parce qu\u2019ils ont d\u00e9riv\u00e9 pendant des jours et que personne ne les a secourus, ou parce qu\u2019ils se sont noy\u00e9s. L\u2019ECRE d\u00e9nonce am\u00e8rement la passivit\u00e9 de l\u2019Europe face \u00e0 ces drames:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abEurope protects the borders, but not the refugees. Those who die are victims of a failure to offer assistance. And so 25 young people have just suffocated on the engine exhaust of a boat on their way from Libya to Italy. Death on the Mediterranean has become a haunting routine, accepted as a fate that cannot be escaped. Europe accepts those deaths in the Mediterranean, which the Romans called Mare Nostrum, fatalistically, out of fear that offering help will attract even more refugees. Help is considered as an encouragement to flee. That\u2019s why no support ships are sent out by the navy to rescue those on the leaky boats; that\u2019s why there are no European assistance and reception programmes. Death on the Mediterranean is, like it or not, part of a deterrence strategy. Frontex, the European agency that coordinates member states\u2019 actions along the external borders, is responsible for intercepting refugees, but not for helping them. The Frontex patrols on air and land force the refugees to take ever more dangerous routes to avoid them. The paper of the Geneva Convention on Refugees, which has just turned 60, has grown brittle. And the promise of the European Union to be a space for freedom, security and justice applies only to the European peoples. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Un rescap\u00e9 raconte l\u2019horreur de la travers\u00e9e:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 en mer pendant 21 jours. Il y avait 80 personnes sur le bateau. Toutes sont mortes sauf cinq qui ont surv\u00e9cu. Apr\u00e8s trois jours, il n\u2019y avait plus d\u2019eau, plus rien \u00e0 manger et plus d\u2019essence. Le bateau a d\u00e9riv\u00e9. C\u2019\u00e9tait au mois d\u2019ao\u00fbt et il n\u2019a jamais plu. Certains commen\u00e7aient \u00e0 boire leur pipi et \u00e0 vomir. Apr\u00e8s huit jours, le premier est mort. Il y avait 25 femmes, une seule a surv\u00e9cu. Tous les jours il y avait des morts. Deux femmes \u00e9taient enceintes et ont donn\u00e9 naissance \u00e0 leur enfant sur le bateau. Elles et les b\u00e9b\u00e9s sont morts aussi. Pendant la journ\u00e9e, le soleil \u00e9tait br\u00fblant. On portait seulement des shorts et notre peau \u00e9tait br\u00fbl\u00e9e. Mon corps me faisait mal et m\u00eame mes habits, j\u2019avais la sensation de ne pas les supporter, qu\u2019ils me faisaient mal aussi. L\u2019eau de la mer rentrait dans le bateau. On \u00e9tait toujours mouill\u00e9s et la nuit, il faisait tr\u00e8s froid. Des bateaux, au moins 4 par jour, passaient \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous mais ils ne nous ont pas secourus. Un jour, il y avait deux bateaux, probablement des bateaux militaires. Ils \u00e9taient tr\u00e8s proches de nous. Trois d\u2019entre nous se sont mis \u00e0 nager et un a r\u00e9ussi \u00e0 monter sur le bateau mais les occupants l\u2019ont rejet\u00e9 \u00e0 la mer. Ils n\u2019avaient plus la force de revenir et ils sont morts noy\u00e9s. Quand on voyait un bateau, on rassemblait toutes nos forces pour l\u2019appeler. Mais apr\u00e8s quelques jours, tout le monde \u00e9tait trop affam\u00e9, assoiff\u00e9 et souffrant et on n\u2019y arrivait plus. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 avoir des hallucinations, \u00e0 sentir l\u2019odeur de la nourriture et \u00e0 voir de la nourriture. Vers la fin, un bateau nous a jet\u00e9 20 litres d\u2019eau puis il a pass\u00e9 son chemin. Ce jour l\u00e0, nous \u00e9tions encore six personnes. Au d\u00e9but, nous jetions \u00e0 la mer toutes les personnes mortes mais apr\u00e8s, nous n\u2019avions plus la force. Nous \u00e9tions six survivants et huit morts dans le bateau. Les cadavres \u00e9taient tout gonfl\u00e9s et l\u2019odeur \u00e9tait insoutenable. Quand on a re\u00e7u les 20 litres d\u2019eau, on a essay\u00e9 de jeter les corps \u00e0 la mer. La chair des membres qu\u2019on voulait porter se d\u00e9composait dans nos mains que nous prot\u00e9gions tant bien que mal avec des bouts de pantalons souill\u00e9s. Les membres se d\u00e9tachaient et se disloquaient. Nous avons d\u00fb jeter morceau par morceau et la puanteur \u00e9tait tr\u00e8s forte. Apr\u00e8s, encore une personne est morte et un jour plus tard, un bateau est venu [et nous a secourus].\u00bb<a title=\"\" href=\"post-new.php?post_type=post#_ftn12\"><sup>[13]<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Dormir dans les gares sur des cartons en Italie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019ils ont surv\u00e9cu \u00e0 tout cela et qu\u2019ils arrivent en Italie, le calvaire des r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019est pas termin\u00e9. Ceux qui ont pu \u00e9chapper au camp de Lampedusa ne trouveront aucun moyen de survivre sur la P\u00e9ninsule. Selon le rapport de Proasyl\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn13\"><sup>[14]<\/sup><\/a>, il n\u2019y a que 3\u2019000 places d\u2019accueil en centre pour 31\u2019000 nouvelles demandes d\u2019asile en 2008 et 17\u2019000 nouvelles demandes d\u2019asile en 2009. En dehors de ces centres, il n\u2019y a aucun syst\u00e8me d\u2019aide sociale en Italie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les demandeurs d\u2019asile ou m\u00eame les r\u00e9fugi\u00e9s reconnus vivent dans la rue, abandonn\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames. Les plus d\u00e9soeuvr\u00e9s dorment par terre, sur des cartons, dans les gares ou dans des parcs. Ils se regroupent pour se prot\u00e9ger des agressions. Ils ne prennent pas de douche et doivent utiliser les toilettes publiques. Ils doivent faire des kilom\u00e8tres chaque jour pour se rendre aupr\u00e8s du lieu de distribution de la soupe populaire, une fois par jour, par Caritas, qui a un mandat annuel du gouvernement Italien pour ce faire. En hiver, certains meurent de froid. L\u2019acc\u00e8s aux soins m\u00e9dicaux est illusoire. Ces quasi-clochards sont victimes d\u2019agressions.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons pu constater dans nos permanences que la quasi-totalit\u00e9 des femmes seules qui viennent demander l\u2019asile en Suisse ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es en Italie, en plus des viols subis dans leur pays d\u2019origine ou pendant leur fuite. Ou elles ont consenti \u00e0 l\u2019acte sexuel en \u00e9change de quelques nuits dans un abri. Mais elles se retrouvent rapidement jet\u00e9es \u00e0 la rue ou elles y retournent d\u2019elles-m\u00eames parce que les abus d\u00e9passent ce qu\u2019elles peuvent supporter. Quelques hommes ont aussi subi de telles violences. Les plus chanceux de ces mis\u00e9reux parviennent \u00e0 trouver une place dans un squat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces squats sont le plus souvent des b\u00e2timents d\u00e9saffect\u00e9s o\u00f9 les fen\u00eatres et les portes cass\u00e9es sont recouvertes de b\u00e2ches en plastique. Il n\u2019y a pas d\u2019eau, pas de cuisine, pas de toilettes, pas d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et pas de chauffage. Les matelas sales sont jet\u00e9s par terre ou sur des caisses, autant que la pi\u00e8ce peut en contenir parce qu\u2019il est toujours pr\u00e9f\u00e9rable de dormir dans ces esp\u00e8ces d\u2019abris que dans la rue. On trouve encore en Italie des terrains vagues o\u00f9 les r\u00e9fugi\u00e9s ont eux-m\u00eames construit des abris de fortune avec des mat\u00e9riaux de r\u00e9cup\u00e9ration. De nombreuses familles, femmes enceintes, enfants en bas \u00e2ge, personnes malades, mineurs non accompagn\u00e9s survivent dans ces conditions. Quasiment tous les hommes ou les femmes c\u00e9libataires y sont contraints. Certains t\u00e9moignent que leurs conditions de vie (sanitaires, non pas politiques) \u00e9taient pires en Italie que dans leur pays d\u2019origine, l\u2019Erythr\u00e9e ou la Somalie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, selon le site de humanrights.ch, la plupart des personnes renvoy\u00e9es dans le cadre des accords de Dublin en Italie finissent \u00e0 la rue:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00ab\u00a0In Italy, most asylum seekers &#8211; but also recognized refugees &#8211; receive no guarantees to be sheltered, and often only survive thanks to aid organizations. Shelters are not sufficient, and while being put on long waiting lists, even vulnerable persons such as minors, traumatized persons, pregnant women or sick persons, are to sleep on the streets, in parks or empty houses. This situation, even worst in winter, was observed by Caritas Rom for instance.\u2009\u00bb\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn14\"><sup>[15]<\/sup><\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Finalement, nombre de r\u00e9fugi\u00e9s vont devoir fuir l\u2019Italie parce qu\u2019ils n\u2019y trouvent pas les conditions minimales pour vivre et qu\u2019ils n\u2019y sont pas en s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains viennent en Suisse et demandent l\u2019asile. Ils arrivent \u00e9puis\u00e9s moralement, physiquement tr\u00e8s affaiblis ou m\u00eame malades, traumatis\u00e9s, d\u00e9chir\u00e9s par l\u2019exil. Ils ont travers\u00e9 mille dangers&nbsp;: rapt, viols, agressions, vols, menaces, exploitation de leur d\u00e9tresse (abus sexuels, conditions de travail proches de l\u2019esclavage\u2026), d\u00e9tention dans des conditions extr\u00eames, et toutes sortes de violences. Ils ont plusieurs fois craint pour leur vie. Les familles sont \u00e9cartel\u00e9es et partiellement d\u00e9cim\u00e9es. Certains ont perdu des proches pendant la fuite, en M\u00e9diterran\u00e9e notamment. Souvent, l\u2019\u00e9pouse et les enfants ont d\u00fb rester sur place, ou les enfants ont \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s seuls, qui chez un oncle, qui chez une voisine. Parfois, les nouvelles de la famille se font rares car le conflit et la r\u00e9pression s\u2019aggravent tant en Somalie qu\u2019en Erythr\u00e9e. Soudain, apr\u00e8s plusieurs mois de silence angoissant, parvient la nouvelle d\u2019une disparition ou d\u2019un d\u00e9c\u00e8s, on apprend que la maison a \u00e9t\u00e9 bombard\u00e9e, que l\u2019un des enfants est gri\u00e8vement bless\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><span class=\"intertitre\">II. Asile en Suisse&nbsp;: intransigeance et brutalit\u00e9<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une pratique de renvois syst\u00e9matiques en Italie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les Erythr\u00e9ens et les Somaliens subissent une trag\u00e9die collective qui ne para\u00eet pas avoir de fin. En Suisse notamment, il n\u2019y a pas de reconnaissance de cette trag\u00e9die. Les r\u00e9fugi\u00e9s et demandeurs d\u2019asile viennent s\u2019\u00e9craser contre le mur des accords de r\u00e9admission. La politique actuelle \u00e0 leur \u00e9gard consiste \u00e0 les renvoyer syst\u00e9matiquement en Italie. Nombre d\u2019entre eux seront renvoy\u00e9s directement depuis les centres d\u2019enregistrement deux mois \u00e0 peine apr\u00e8s leur arriv\u00e9e. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les cantons, leur accueil sur le plan social est tr\u00e8s mauvais, pour les d\u00e9courager de venir en Suisse. Les hommes qui sont attribu\u00e9s au canton de Vaud par exemple, sont log\u00e9s dans des abris de protection civile, -des blocs de b\u00e9ton souterrains, autre condition extr\u00eame de survie- dot\u00e9s de dortoirs collectifs. On leur distribue des plateaux-repas ou des sandwichs parce qu\u2019ils ne sont pas autoris\u00e9s \u00e0 cuisiner eux-m\u00eames, et pour limiter leur autonomie \u00e9conomique (ils re\u00e7oivent 4,50 frs par jour d\u2019argent de poche). L\u2019abri est ferm\u00e9 pendant la journ\u00e9e et ils peuvent errer dans la rue ou aller s\u2019entasser dans le centre d\u2019accueil de jour, bruyant et surpeupl\u00e9, lieu de d\u00e9soeuvrement absolu, meubl\u00e9 de quelques fauteuils de r\u00e9cup\u00e9ration, d\u2019une t\u00e9l\u00e9vision et d\u2019un babyfoot. En moins de six mois, certaines familles connaissent deux \u00e0 trois d\u00e9m\u00e9nagements d\u2019un centre \u00e0 un autre, ce qui contribue encore \u00e0 les fragiliser sur le plan psychosocial en les maintenant dans un rythme perp\u00e9tuel de d\u00e9placement forc\u00e9, dans la pr\u00e9carit\u00e9 des conditions de s\u00e9jour et l\u2019incertitude du lendemain. Une partie d\u2019entre eux conna\u00eetront encore l\u2019aide d\u2019urgence, c\u2019est-\u00e0-dire seront priv\u00e9s d\u2019aide sociale en attendant l\u2019ex\u00e9cution de leur renvoi\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn15\"><sup>[16]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Exemples d&rsquo;intransigeance et brutalit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ex\u00e9cution du renvoi de Suisse est le prolongement du drame grave et persistant que subissent ces populations. Depuis l\u2019entr\u00e9e en vigueur des accords de Dublin en 2009, les autorit\u00e9s suisses ont fait preuve d\u2019intransigeance et de brutalit\u00e9. Il faut s\u2019arr\u00eater l\u00e0 sur quelques exemples:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Une femme \u00e9rythr\u00e9enne se jette du troisi\u00e8me \u00e9tage au moment o\u00f9 la police vient la chercher pour la conduire \u00e0 l\u2019a\u00e9roport\u2009\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn16\"><sup>[17]<\/sup><\/a>.<\/li><li>Un homme \u00e9rythr\u00e9en tr\u00e8s gravement malade, qui re\u00e7oit des soins complexes et lourds dont sa survie d\u00e9pend, est renvoy\u00e9 manu militari sans ses m\u00e9dicaments, sans protocole de soins, et sans m\u00eame que les autorit\u00e9s italiennes n\u2019aient \u00e9t\u00e9 averties du cas m\u00e9dical\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn17\"><sup>[18]<\/sup><\/a>.<\/li><li>Une enfant \u00e9rythr\u00e9enne, qui a v\u00e9cu dans la rue en Italie et qui a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de violences, se met \u00e0 hurler de panique \u00e0 la vue des policiers qui viennent chercher la famille. La police est oblig\u00e9e de reporter l\u2019ex\u00e9cution du renvoi \u00e0 plus tard.<\/li><li>Une jeune femme \u00e9rythr\u00e9enne, surprise au saut du lit par les policiers, est renvoy\u00e9e en Italie \u00aben pyjama, sans chaussures ni sac\u00bb. Elle s\u2019est retrouv\u00e9e \u00e0 errer dans les rues de Rome dans cette tenue et elle a \u00e9t\u00e9 agress\u00e9e et viol\u00e9e. Au moment du renvoi en Italie, elle a \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9e de sa s\u0153ur avec qui elle \u00e9tait arriv\u00e9e jusqu\u2019en Suisse et qui logeait avec elle dans le centre pour requ\u00e9rants d\u2019asile. Elle revient en Suisse, tr\u00e8s affect\u00e9e. Une psychoth\u00e9rapie de soutien est mise en place. Les m\u00e9decins attestent de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de sa situation, mais l\u2019<abbr class='c2c-text-hover' title='Office f\u00e9d\u00e9ral des Migrations'>ODM<\/abbr> ordonne un nouveau renvoi vers l\u2019Italie qui est confirm\u00e9 par le Tribunal administratif f\u00e9d\u00e9ral (<abbr class='c2c-text-hover' title='Tribunal administratif f\u00e9d\u00e9ral'>TAF<\/abbr>) au motif que la requ\u00e9rante n\u2019a pas d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019elle risquerait d\u2019y \u00eatre \u00e0 nouveau viol\u00e9e (E-499\/2010, consid. 7.4).<\/li><li>Dans l\u2019un des tr\u00e8s rares arr\u00eats o\u00f9 le TAF a annul\u00e9 l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un renvoi vers l\u2019Italie, on apprend que Monsieur a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 deux fois sans avertissement pr\u00e9alable et s\u00e9par\u00e9 de sa fianc\u00e9e, et que le TAF avait confirm\u00e9 un troisi\u00e8me renvoi avant de se raviser, dans une proc\u00e9dure de r\u00e9vision, lorsque Madame a annonc\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait enceinte (E-5989\/2010). Elle-m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e deux fois en Italie dans les m\u00eames conditions.<\/li><li>Une autre femme enceinte, Somalienne, sera renvoy\u00e9e en Italie alors que le p\u00e8re de l\u2019enfant vit en Suisse\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn18\"><sup>[19]<\/sup><\/a>.<\/li><li>Une tr\u00e8s jeune femme raconte qu\u2019elle a mis au monde, \u00e0 la suite d\u2019un viol, un enfant dont la trisomie n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9e dans ce pays, parce qu\u2019elle n\u2019avait pas acc\u00e8s aux soins m\u00e9dicaux. Pendant plus d\u2019un an et demi, elle ignorait les troubles dont souffrait son b\u00e9b\u00e9 et elle n\u2019a re\u00e7u aucun conseil, ni accompagnement. Le TAF a confirm\u00e9 son renvoi en Italie (D-3685\/2011), sans attendre les prescriptions des m\u00e9decins en Suisse qui ont pourtant d\u00fbment signal\u00e9 cette situation aux autorit\u00e9s et insist\u00e9 sur le besoin de soins apr\u00e8s \u00e9valuation.<\/li><li>Un Erythr\u00e9en arrive en Suisse d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s affaibli et il perd encore 10 kg pendant son s\u00e9jour ici. Sa fille de 9 ans est rest\u00e9e en Erythr\u00e9e. Elle ne conna\u00eet pas sa m\u00e8re qui \u00e9tait soldat et qui a fui le pays. Elle vit chez ses grands-parents paternels. Dans deux ans, elle ne pourra plus sortir du pays parce que les autorit\u00e9s \u00e9rythr\u00e9ennes interdisent la sortie des enfants d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 12 ans, pour emp\u00eacher l\u2019h\u00e9morragie des futurs soldats. Le requ\u00e9rant ne sait pas s\u2019il la reverra un jour. Il est tr\u00e8s d\u00e9prim\u00e9 et il a perdu tout espoir. Il dit dans son audition qu\u2019il a d\u00fb dormir dans la rue, avec d\u2019autres r\u00e9fugi\u00e9s qui \u00e9taient dans la m\u00eame situation que lui et qu\u2019il en \u00e9tait venu \u00e0 regretter son existence. Une psychoth\u00e9rapie de soutien est sur le point d\u2019\u00eatre mise en place mais il n\u2019aura pas l\u2019occasion de s\u2019y rendre car le TAF a confirm\u00e9 son renvoi de Suisse (E-5959\/2010 et E-2681\/2011), et il est plac\u00e9 en d\u00e9tention administrative en vue de l\u2019ex\u00e9cution de son renvoi en Italie.<\/li><li>Une femme, en fuyant la Libye o\u00f9 elle avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenue (voir ci-dessus), parvient au camp de Choucha avec son enfant de trois ans. Son conjoint n\u2019aura pas cette chance. Il a d\u00fb fuir par la mer et il p\u00e9rit noy\u00e9, avec 300 autres victimes\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn19\"><sup>[20]<\/sup><\/a>. Son fr\u00e8re est en Suisse et il l\u2019aide \u00e0 faire les d\u00e9marches pour le rejoindre. Lui-m\u00eame est pris dans les proc\u00e9dures de renvoi Dublin. Il est renvoy\u00e9 trois fois en Italie mais il revient en Suisse parce qu\u2019il doit aider sa s\u0153ur, pour qui il est le seul contact et le seul soutien. Finalement, l\u2019ODM accepte l\u2019entr\u00e9e en Suisse de la m\u00e8re et de l\u2019enfant, peu apr\u00e8s que le <abbr class='c2c-text-hover' title='Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s'>HCR<\/abbr> ait appel\u00e9 l\u2019Union Europ\u00e9enne \u00e0 accueillir les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9rythr\u00e9ens du camp de Choucha\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn20\"><sup>[21]<\/sup><\/a>. Lorsqu\u2019ils arrivent deux mois plus tard, ils sont attribu\u00e9s au canton de Z\u00fcrich, tandis que son fr\u00e8re, attribu\u00e9 au canton de Vaud, est \u00e0 nouveau renvoy\u00e9 en Italie. Dans son recours, le requ\u00e9rant invoquait le besoin de sa s\u0153ur et de lui-m\u00eame d\u2019\u00eatre r\u00e9unis, de se retrouver et de se soutenir mutuellement, \u00e0 cause des souffrances que tous deux ont travers\u00e9es pendant plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s leur fuite de l\u2019Erythr\u00e9e. Mais le Tribunal ne voit pas l\u00e0 de motifs humanitaires pour faire exception au renvoi vers l\u2019Italie et le confirme (D-3846\/2011).<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>On ne compte plus le nombre de personnes renvoy\u00e9es en Italie sans aucune attention port\u00e9e \u00e0 leur situation vuln\u00e9rable et \u00e0 leur parcours de fuite extr\u00eame: femmes isol\u00e9es, mineurs non-accompagn\u00e9s, victimes de traumatismes ayant entam\u00e9 un suivi psychiatrique en Suisse, personnes malades, familles avec enfants ou\/et nouveau-n\u00e9s, personnes ayant d\u00e9j\u00e0 affront\u00e9 des renvois multiples. Pendant plus d\u2019un an apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur des accords de Dublin (d\u00e9cembre 2008), les requ\u00e9rants d\u2019asile ont \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9s en Italie <em>manu militari<\/em> sans aucun avertissement pr\u00e9alable. La police venait les prendre au petit matin \u00e0 leur domicile, par surprise, avant m\u00eame qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de l\u2019existence d\u2019une d\u00e9cision de renvoi \u00e0 leur encontre. Cette pratique, contraire aux garanties de proc\u00e9dure \u00e9l\u00e9mentaires dans un Etat de droit, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019ampleur du m\u00e9pris dans lequel l\u2019office f\u00e9d\u00e9ral des migrations tient les demandeurs d\u2019asile. C\u2019est finalement le Tribunal administratif f\u00e9d\u00e9ral qui a r\u00e9agi \u00e0 cette fa\u00e7on brutale de proc\u00e9der, en publiant un arr\u00eat de principe dans lequel le droit de quiconque de recevoir une d\u00e9cision et d\u2019avoir le temps n\u00e9cessaire pour d\u00e9poser un recours, avant l\u2019ex\u00e9cution du renvoi, est r\u00e9affirm\u00e9 (ATAF 2010\/1)\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn21\"><sup>[22]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce droit de faire recours avant d\u2019\u00eatre renvoy\u00e9 en Italie est la seule garantie conc\u00e9d\u00e9e aux r\u00e9fugi\u00e9s. On sait maintenant, avec suffisamment de recul, que cette garantie est vide de contenu, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est pratiquement inutile de d\u00e9poser un recours contre une d\u00e9cision de renvoi vers l\u2019Italie. En 2011, le TAF a rendu 388 arr\u00eats relatifs \u00e0 un renvoi vers l\u2019Italie. Treize arr\u00eats sont positifs mais cinq d\u2019entre eux sont des arr\u00eats de proc\u00e9dure qui n\u2019annulent pas le renvoi Dublin. Huit arr\u00eats ont abouti \u00e0 l\u2019annulation d\u00e9finitive du renvoi de Suisse soit un taux d\u2019admission de 2% des recours. Ces huit arr\u00eats concernent un couple de Somalie (E-1727\/2011), un homme \u00e9rythr\u00e9en (D-3298\/2011), deux femmes qui ont v\u00e9cu des violences en Italie et qui sont traumatis\u00e9e, une avec un enfant (E-3893\/2011 et E-2131\/2010) et des personnes d\u2019autres nationalit\u00e9s. Au total cinq hommes, trois femmes et trois enfants ont \u00e9chapp\u00e9 d\u00e9finitivement \u00e0 un renvoi vers l\u2019Italie \u00e0 la suite d\u2019un recours au TAF au cours de l\u2019ann\u00e9e 2011. (voir tableaux statistiques en annexe)<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le TAF, les mauvaises conditions de vie en Italie n\u2019ont pas \u00e0 \u00eatre prises en consid\u00e9ration par la Suisse, parce qu\u2019il appartient aux requ\u00e9rants ou aux r\u00e9fugi\u00e9s de faire valoir leurs droits en Italie. Dans l\u2019arr\u00eat qui concerne cette femme renvoy\u00e9e en pyjama et pieds nus en Italie, on peut lire ainsi:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abEn outre, le Tribunal consid\u00e8re que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 en mesure d\u2019\u00e9tablir l\u2019existence d\u2019un risque personnel concret et s\u00e9rieux d\u2019\u00eatre soumise, en cas de renvoi en Italie, \u00e0 un traitement prohib\u00e9 par l\u2019art. 3 <abbr class='c2c-text-hover' title='Convention europ\u00e9enne des droits de l&#039;homme'>CEDH<\/abbr> (cf. aussi \u00e0 ce sujet le consid. 7.2 ci-avant). En effet, des conditions de vie pr\u00e9caires, telles qu\u2019elle les a \u00e9voqu\u00e9es dans son recours ne permettent pas d\u2019admettre un risque concret et s\u00e9rieux d\u2019un traitement inhumain et d\u00e9gradant au sens de la disposition pr\u00e9cit\u00e9e pour l\u2019int\u00e9ress\u00e9e. S\u2019il est certain que les difficult\u00e9s mat\u00e9rielles auxquelles elle devra faire face ne sont pas toujours \u00e9videntes \u00e0 surmonter dans un pays \u00e9tranger, force est de constater que ce seul fait ne saurait constituer un traitement prohib\u00e9 par la disposition pr\u00e9cit\u00e9e. Sauf circonstances tr\u00e8s exceptionnelles &#8211; telles qu\u2019en particulier la n\u00e9cessit\u00e9 de recevoir des soins complexes et indispensables dont l\u2019interruption \u00e9quivaudrait sans aucun doute possible \u00e0 un traitement cruel et inhumain &#8211; des conditions d\u2019existence, m\u00eame particuli\u00e8rement pr\u00e9caires, ne sauraient \u00eatre suffisantes pour emp\u00eacher le renvoi dans un pays europ\u00e9en partie \u00e0 l\u2019Accord d\u2019association \u00e0 Dublin.\u00bb (E-499\/2010, arr\u00eat du 5 f\u00e9vrier 2010, consid. 7.4)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un bloc de texte que l\u2019on retrouve dans pratiquement tous les arr\u00eats relatifs \u00e0 un renvoi vers un Etat tiers, qui signifie grosso-modo que le probl\u00e8me de protection des femmes ou des victimes de violences ne concerne pas directement la Suisse et est un probl\u00e8me des Etats voisins.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La clause de souverainet\u00e9 n\u2019a pas de signification en droit suisse<\/h4>\n\n\n\n<p>Sur le plan de la proc\u00e9dure, \u00e0 peu de choses pr\u00e8s, il n\u2019existe aucune chance d\u2019obtenir des autorit\u00e9s la renonciation au renvoi vers l\u2019Italie. La loi tout d\u2019abord, l\u2019article 34 de la loi sur l\u2019asile\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn22\"><sup>[23]<\/sup><\/a>, ne pr\u00e9voit aucune exception aux renvois ordonn\u00e9s vers l\u2019Italie en application des accords de Dublin ou des accords bilat\u00e9raux de r\u00e9admission\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn23\"><sup>[24]<\/sup><\/a>. La clause dite de souverainet\u00e9 contenue dans ces accords\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn24\"><sup>[25]<\/sup><\/a> n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 concr\u00e9tis\u00e9e en droit suisse. L\u2019ODM est d\u2019avis \u00e0 cet \u00e9gard que cette clause ne peut pas \u00eatre invoqu\u00e9e par les requ\u00e9rants d\u2019asile et qu\u2019il appartient souverainement et discr\u00e9tionnairement \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de d\u00e9cider de son \u00e9ventuelle application exceptionnelle. Selon la formule maintenant consacr\u00e9e que l\u2019on retrouve pratiquement dans toutes les d\u00e9cisions de l\u2019ODM sur r\u00e9examen:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>\u00abIl sied de rappeler que la clause de souverainet\u00e9 pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 3 al. 2 du r\u00e8glement Dublin est une disposition potestative (d\u00e9cision discr\u00e9tionnaire). Par cons\u00e9quent, il n\u2019existe aucune obligation de droit international selon laquelle il faudrait renoncer \u00e0 l\u2019application de l\u2019Accord d\u2019association \u00e0 Dublin pour certains groupes de personnes vuln\u00e9rables.\u00bb<\/em> (en italiques dans le texte)<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Comme il n\u2019existe \u00abaucune obligation\u00bb, l\u2019autorit\u00e9 administrative ne pr\u00eate aucune attention s\u00e9rieuse aux conditions de s\u00e9jour en Italie. Au cours de l\u2019unique audition qui est accord\u00e9e aux r\u00e9fugi\u00e9s, l\u2019ODM pose des questions superficielles sur ce s\u00e9jour, c\u2019est-\u00e0-dire refuse implicitement de prendre en consid\u00e9ration la souffrance et la d\u00e9tresse de ces personnes qui ont d\u00fb survivre parfois pendant plusieurs mois \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019abandon, dans la rue. Comme le renvoi n\u2019aura pas lieu vers leur pays d\u2019origine mais vers un Etat tiers, l\u2019ODM pose encore des questions superficielles sur les motifs d\u2019asile des requ\u00e9rants \u00e9rythr\u00e9ens et somaliens, car ces motifs n\u2019importent pas dans une proc\u00e9dure de r\u00e9admission. Ils ne sont pas m\u00eame \u00e9voqu\u00e9s dans la d\u00e9cision de renvoi. Ces d\u00e9cisions ne font pas r\u00e9f\u00e9rence aux motifs et ne sont donc pas personnalis\u00e9es. Elles se reproduisent dans les m\u00eames termes d\u2019une situation \u00e0 une autre, sans distinctions. Elles sont r\u00e9dig\u00e9es \u00e0 partir de blocs de textes copier-coller qui reprennent les diff\u00e9rents actes de proc\u00e9dure (date de la saisie des empreintes digitales en Italie, date de la demande d\u2019asile en Suisse, date de la demande de r\u00e9admission, etc.), le texte des diff\u00e9rentes bases l\u00e9gales ainsi qu\u2019une argumentation-type comme quoi le requ\u00e9rant n\u2019a pas d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019Italie ne respecterait pas ses obligations internationales \u00e0 son \u00e9gard. Par exemple:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abEn date du \u2026 2011, l\u2019ODM a octroy\u00e9 le droit d\u2019\u00eatre entendu \u00e0 la requ\u00e9rante. Elle fait valoir qu\u2019elle a obtenu des papiers de la part des autorit\u00e9s italiennes&nbsp;; par contre, en ce qui concerne la nourriture, un abri ou tout autre entretien personnel, elle n\u2019a rien re\u00e7u. Elle ajoute que si l\u2019Italie accepte de l\u2019entretenir, elle serait d\u2019accord de s\u2019y rendre.<br>Ces arguments ne permettent cependant pas d\u2019inverser les conclusions de l\u2019autorit\u00e9 [que l\u2019Italie est l\u2019Etat comp\u00e9tent pour traiter de la demande d\u2019asile de la requ\u00e9rante]. Il est \u00e0 relever que le Tribunal administratif f\u00e9d\u00e9ral, dans son arr\u00eat du 23 novembre 2010 (E-7176\/2010), a constat\u00e9 que l\u2019Italie est li\u00e9e par les r\u00e8gles relatives aux conditions mat\u00e9rielles d\u2019accueil, dont la Directive 2003\/9\/CE du Conseil du 27 janvier 2003, qui imposent aux Etats membres de l\u2019Union europ\u00e9enne de prendre des mesures qui permettent de garantir un niveau de vie ad\u00e9quat pour la sant\u00e9 et d\u2019assurer la subsistance des demandeurs d\u2019asile. Il appartient donc \u00e0 l\u2019Italie de soutenir la requ\u00e9rante et son enfant. Partant, il n\u2019est pas du ressort des autorit\u00e9s suisses de se substituer \u00e0 l\u2019Italie.\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019autorit\u00e9 ne prend ainsi pas la mesure des pr\u00e9judices subis par ces populations et finalement, tous les dossiers de ces migrants deviennent pratiquement impersonnels, insignifiants, identiques les uns aux autres, et soumis \u00e0 un traitement administratif lui-m\u00eame identique de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, c\u2019est-\u00e0-dire de renvoi syst\u00e9matique vers l\u2019Italie d\u2019une mani\u00e8re qui se rapproche d\u2019un traitement collectif indiscrimin\u00e9 et donc intransigeant, ou sourd aux pers\u00e9cutions subies par les r\u00e9fugi\u00e9s qui viennent demander l\u2019asile en Suisse. La question de l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9s devient ainsi une banalit\u00e9, un simple probl\u00e8me de gestion administrative des dossiers, de d\u00e9lais de traitement des dossiers notamment, comme il ressort dans une large mesure du projet actuel de r\u00e9vision de la loi sur l\u2019asile r\u00e9dig\u00e9 par l\u2019ODM\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn25\"><sup>[26]<\/sup><\/a>, et un probl\u00e8me pratique d\u2019ex\u00e9cution des renvois. A travers les cas Dublin, on voit comment la question de l\u2019asile n\u2019est plus une question politique en Suisse, mais une affaire purement administrative de gestion d\u2019une population condamn\u00e9e \u00e0 l\u2019exclusion sociale et \u00e0 l\u2019errance perp\u00e9tuelle.<\/p>\n\n\n\n<p><span class=\"intertitre\">Conclusion<\/span><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019application des accords de r\u00e9admission est un des maillons de la trag\u00e9die collective dans laquelle les Erythr\u00e9ens et les Somaliens sont pris comme dans un cercle vicieux. Les organisations de d\u00e9fense des requ\u00e9rants d\u2019asile sont quotidiennement confront\u00e9es, comme t\u00e9moins horrifi\u00e9s et impuissants, \u00e0 des drames humains d\u2019une extr\u00eame intensit\u00e9 qui paraissent ne jamais trouver de fin. Les autorit\u00e9s suisses font preuve d\u2019une incroyable indiff\u00e9rence \u00e0 leur \u00e9gard et c\u2019est sans h\u00e9sitation qu\u2019elles les renvoient syst\u00e9matiquement vers l\u2019Italie en se campant sur une interpr\u00e9tation ultrarigoureuse, l\u00e9galiste et opportuniste de l\u2019article 34 de la loi sur l\u2019asile. Opportuniste parce que par le jeu des accords de r\u00e9admission, les autorit\u00e9s \u00e9pongent une politique qui consiste essentiellement \u00e0 renvoyer les \u00e9trangers. Le respect du principe de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une proc\u00e9dure d\u2019asile et de l\u2019octroi d\u2019un refuge effectif est devenu, du point de vue des autorit\u00e9s suisses, une obligation internationale de l\u2019Italie exclusivement. Les accords de Dublin sont interpr\u00e9t\u00e9s politiquement comme le bon droit de la Suisse de ne plus s\u2019occuper d\u2019affaires d\u2019asile qui incombent d\u00e9sormais aux Etats voisins. Interpr\u00e9tation ultrarigoureuse parce que si l\u2019article 34 <abbr class='c2c-text-hover' title='Loi sur l\u2019asile'>LAsi<\/abbr> dit bien qu\u2019\u00abEn r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00abpas dans tous les cas\u00bb, les autorit\u00e9s consid\u00e8rent que ces exceptions n\u2019existent pas, \u00e0 tout le moins, pas concr\u00e8tement, ou d\u2019une mani\u00e8re si exceptionnelle qu\u2019elle n\u2019est pas significative en soi et ne peut servir de pr\u00e9c\u00e9dent dans d\u2019autres situations tout aussi vuln\u00e9rables. L\u2019application tr\u00e8s \u00e9ventuelle de la clause de souverainet\u00e9 reste une exception parmi les exceptions, impr\u00e9visible et en dehors de toute r\u00e8gle ou selon des crit\u00e8res maintenus secrets. On en vient dans les diff\u00e9rentes proc\u00e9dures, faute de r\u00e8gles applicables, \u00e0 supplier le bon sens humaniste des autorit\u00e9s charg\u00e9es de d\u00e9cider, ce qui est une absurdit\u00e9 dans une proc\u00e9dure administrative qui a pour fin de permettre la bonne application de la r\u00e8gle. Une autorit\u00e9 n\u2019a pas de vocation humaniste. Elle est institu\u00e9e pour appliquer la loi. Une interpr\u00e9tation l\u00e9galiste de l\u2019article 34 LAsi finalement parce que les autorit\u00e9s d\u2019application semblent attendre que le l\u00e9gislateur pr\u00e9voie une \u00e9ventuelle liste d\u2019exceptions \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une \u00e9ventuelle prochaine r\u00e9vision de la loi sur l\u2019asile. La r\u00e9vision de la loi sur l\u2019asile actuellement en cours ne pr\u00e9voit strictement aucune modification de l\u2019article 34 LAsi\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn26\"><sup>[27]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux ans et demi apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur des accords de Dublin, on attend encore de conna\u00eetre les exceptions \u00e0 ces renvois vers un Etat tiers, autres que celles ordonn\u00e9es&nbsp; par la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (les renvois vers la Gr\u00e8ce sont suspendus \u00e0 la suite de l\u2019arr\u00eat M.S.S. c. Belgique et Gr\u00e8ce\u2009<a title=\"\" href=\"#_ftn27\"><sup>[28]<\/sup><\/a>). Des exceptions qui rel\u00e8veraient du droit suisse, qui seraient port\u00e9es par notre propre pratique d\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9s: une politique d\u2019asile offrant aux victimes des conflits ou de la r\u00e9pression militaire de r\u00e9elles perspectives de trouver refuge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Karine Povlakic, janvier 2012<\/h4>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Notes:<br><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[1]<\/sup><\/a> 48 000 r\u00e9fugi\u00e9s depuis le d\u00e9but 2011, 15 ao\u00fbt 2011 <a href=\"http:\/\/fr.canoe.ca\/infos\/international\/archives\/2011\/08\/20110815-092709.html\"><span style=\"text-decoration: underline;\">http:\/\/fr.canoe.ca\/infos\/international\/archives\/2011\/08\/20110815-092709.html<\/span><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Sufi et Elmi c. Royaume-Uni, requ\u00eate n\u00b08319\/07, arr\u00eat du 28 juin 2011, \u00a7 104, rapport de la United Kingdom Border and Immigration Agency, Operational Guidance Note<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Sufi et Elmi pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 105, rapport de la United Kingdom Border and Immigration Agency, Operational Guidance Note<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Said c. Pays-Bas, requ\u00eate n\u00b02345\/02, arr\u00eat du 5 juillet 2005<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Alexandra Geiser, Erythr\u00e9e: enl\u00e8vements au Soudan, OSAR, Berne, 3 mai 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Alexandra Geiser, Eritrea: Deportation von eritreischen Fl\u00fcchtlingen und Asylsuchenden aus dem Sudan, OSAR, 24 f\u00e9vrier 2010<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Alexandra Geiser, Eritrea: Deportation von eritreischen Fl\u00fcchtlingen und Asylsuchenden aus dem Sudan, OSAR, 24 f\u00e9vrier 2010, p. 1; cf. \u00e9galement\u2009: Le HCR d\u00e9nonce l\u2019expulsion forc\u00e9e d\u2019\u00e9rythr\u00e9ens par le Soudan, communiqu\u00e9 de presse du 26 juillet 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[8]<\/sup><\/a> Tunisie\u2009: les deux tiers du camp de Choucha ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s ou pill\u00e9s, Romandie News, 27 mai 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[9]<\/sup><\/a> M\u00e9decins sans fronti\u00e8res, Les invisibles du camp de Choucha, 19 juillet 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Parlement europ\u00e9en, Commission: Libert\u00e9s civiles, justice et affaires int\u00e9rieures, R\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re tuniso-libyenne&nbsp;: il faut agir rapidement, 18 juillet 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[11]<\/sup><\/a> R\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re tuniso-libyenne&nbsp;: pour Nathalie Griesbeck \u00ab\u2009il faut agir rapidement\u2009\u00bb, site de la d\u00e9l\u00e9gation des d\u00e9put\u00e9s europ\u00e9ens du Mouvement d\u00e9mocrate au Parlement europ\u00e9en, 26 juillet 2011. En juillet 2011 on comptait environ 1\u2019000 r\u00e9fugi\u00e9s somaliens et 700 \u00e9rythr\u00e9ens au camp de Choucha. (Blogasile, Un scandale nomm\u00e9 Choucha, 18 ao\u00fbt 2011)<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[12]<\/sup><\/a> European Council for Refugees and Exiles (ECRE), Asylum in Europe: a mirage across the water, 3 ao\u00fbt 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[13]<\/sup><\/a> T\u00e9moignage recueilli par Amnesty International, Section suisse. Il s\u2019agit du naufrage signal\u00e9 dans la presse italienne le 6 ao\u00fbt 2009, <em>Il naufragio infinito di titti e hadengai, Ventun giorni alla deriva senz\u2019acqua vedendo i compagni morire<\/em>, Ezio Mauro, <em>La Repubblica<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[14]<\/sup><\/a> Maria Bethke, Dominik Bender, Zur Situation von Fl\u00fcchtlingen in Italien, 28 f\u00e9vrier 2011, <a href=\"http:\/\/www.proasyl.de\/\">www.proasyl.de<\/a>. Voir \u00e9galement\u2009: Asylum procedure and reception conditions in Italy, Report on the situation of asylum seekers, refugees, and persons under subsidiary or humanitarian protection, with focus on Dublin returnees, The Law Students\u2019 Legal Aid Office, Juss-Buss, Norway, Swiss Refugee Council, SFH\/OSAR, Switzerland, Bern and Oslo, mai 2011, Report by Thomas Hammarberg, Commissioner for Human Rights of the Council of Europe, following his visit to Italy from 26 to 27 May 2011, CommDH(2011)26, 7 September 2011, The Norwegian Organization for Asylum Seekers (NOAS), The Italian approach to asylum: system and core problems, avril 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[15]<\/sup><\/a> Problematic deportation of asylum seekers to Italy and Greece, Humanrights.ch, septembre 2010<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[16]<\/sup><\/a> K. Povlakic, Des r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l\u2019aide d\u2019urgence, juin 2011, <a href=\"http:\/\/www.jusletter.ch\/\">www.jusletter.ch<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[17]<\/sup><\/a> Observatoire romand du Droit d\u2019Asile et des Etrangers (ODAE), cas 155, 12 juillet 2011, <a href=\"http:\/\/www.odae.ch\/\">www.odae.ch<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[18]<\/sup><\/a> K. Povlakic, L\u00e9galit\u00e9 et arbitraire&nbsp;: le renvoi des \u00ab\u2009cas Dublin\u2009\u00bb, in Marie-Claire Caloz-Tschopp (dir), R\u00e9sister dans le travail et dans la migration, actes du colloque international de th\u00e9orie politique Col\u00e8re, courage, cr\u00e9ation politique, Universit\u00e9 de Lausanne (IEPI), L\u2019Harmattan, Paris, vol. 7, 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[19]<\/sup><\/a> Observatoire romand du droit d\u2019asile et des \u00e9trangers (ODAE), cas 111, 7 mai 201<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[20]<\/sup><\/a> leJDD.fr, La M\u00e9diterran\u00e9e endeuill\u00e9e, 1er avril 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[21]<\/sup><\/a> Le HCR appelle les Etats \u00e0 respecter les principes du sauvetage en mer et du partage de la charge, 12 avril 2004<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[22]<\/sup><\/a> Ruedi Illes, Heiligt der Zweck die Mittel&nbsp;?, Von Er\u00f6ffnung von Verf\u00fcgungen und des Anordnung von Ausschaffungshaft im Dublin-Verfahren, in ASYL 1\/10, OSAR, St\u00e4mpfli Verlag AG, Berne, 2010, p. 10\u2009; Constantin Hruschka, Rechtliche Standards f\u00fcr Verfahrensabl\u00e4ufe in Dublin-F\u00e4llen \u2013 eine Zwischenbilanz anhand des Rechtsprechung des Bundesverwaltungsgerichts, in ASYL 2\/10, OSAR, St\u00e4mpfli Verlag AG, Berne, 2010, p. 3<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[23]<\/sup><\/a> Loi sur l\u2019asile (LAsi) du 26 juin 1998 (RS 142.31) Art. 34 al. 2 let. d&nbsp; \u00abEn r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019office n\u2019entre pas en mati\u00e8re sur la demande d\u2019asile lorsque le requ\u00e9rant peut se rendre dans un Etat tiers comp\u00e9tent, en vertu d\u2019un accord international, pour mener la proc\u00e9dure d\u2019asile et de renvoi.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[24]<\/sup><\/a> Sous l\u2019angle des accords de r\u00e9admission, le TAF estime que la plus importante des exceptions pr\u00e9vues par l\u2019article 34 al. 3 LAsi, celle li\u00e9e \u00e0 la qualit\u00e9 de r\u00e9fugi\u00e9 manifeste, ne s\u2019applique pas ou seulement tr\u00e8s restrictivement&nbsp;: ATAF 2010\/56<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[25]<\/sup><\/a> Article 3 \u00a7 2 du r\u00e8glement (CE) n\u00b0 343\/2003 du Conseil, du 18 f\u00e9vrier 2003, \u00e9tablissant les crit\u00e8res et m\u00e9canismes de d\u00e9termination de l\u2019Etat membre responsable de l\u2019examen d\u2019une demande d\u2019asile pr\u00e9sent\u00e9e dans l\u2019un des Etats membres par un ressortissant d\u2019un pays tiers<\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[26]<\/sup><\/a> Rapport du <abbr class='c2c-text-hover' title='D\u00e9partement f\u00e9d\u00e9ral de justice et police'>DFJP<\/abbr> sur les mesures d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration dans le domaine de l\u2019asile, mars 2011<br><a href=\"http:\/\/www.bfm.admin.ch\/content\/dam\/data\/migration\/rechtsgrundlagen\/gesetzgebung\/asylg-aug\/ersatz-nee\/ber-beschleunig-asyl-f.pdf\">http:\/\/www.bfm.admin.ch\/content\/dam\/data\/migration\/rechtsgrundlagen\/gesetzgebung\/asylg-aug\/ersatz-nee\/ber-beschleunig-asyl-f.pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[27]<\/sup><\/a> Rapport du DFJP sur les mesures d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration dans le domaine de l\u2019asile, pr\u00e9cit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref\"><sup>[28]<\/sup><\/a> M.S.S. c. Belgique et Gr\u00e8ce, requ\u00eate n\u00b030696\/09, arr\u00eat du 21 janvier 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Karine Povlakic, Juriste Accords de Dublin | La banalisation d&rsquo;une trag\u00e9die Cet article traite de l\u2019accueil des r\u00e9fugi\u00e9s originaires de Somalie et d\u2019Erythr\u00e9e, qui ont transit\u00e9 par l\u2019Italie avant de d\u00e9poser une demande d\u2019asile en Suisse. 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