{"id":46663,"date":"2018-04-02T10:34:43","date_gmt":"2018-04-02T08:34:43","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=46663"},"modified":"2021-09-27T14:58:47","modified_gmt":"2021-09-27T12:58:47","slug":"grece-entre-piege-tourmente-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2018\/04\/02\/grece-entre-piege-tourmente-2\/","title":{"rendered":"Gr\u00e8ce | Entre pi\u00e8ge et tourmente"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">En proie \u00e0 une crise \u00e9conomique et \u00e0 des mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 touchant l\u2019ensemble de sa population, la Gr\u00e8ce subit une forte pression de l\u2019Union europ\u00e9enne. Bruxelles souhaite voir Ath\u00e8nes continuer \u00e0\u00a0 jouer son r\u00f4le de garde-fronti\u00e8re, ou en tous cas d\u2019interm\u00e9diaire avec la Turquie. Mais aussi, \u00e0 terme, \u00e0 rendre \u00e0 nouveau la Gr\u00e8ce \u00abDublin compatible\u00bb et permettre aux \u00c9tats parties \u00e0 l\u2019accord de Dublin d\u2019y transf\u00e9rer les demandeurs d\u2019asile.<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_46780\" aria-describedby=\"caption-attachment-46780\" style=\"width: 511px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-46780\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/lesbos2_preview-300x200.jpeg\" alt=\"\" width=\"511\" height=\"341\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/lesbos2_preview-300x200.jpeg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/lesbos2_preview-150x100.jpeg 150w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/lesbos2_preview.jpeg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 511px) 100vw, 511px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-46780\" class=\"wp-caption-text\">Rosa-Maria Rinkl<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: left;\">Depuis janvier 2011, suite au fameux arr\u00eat de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme <em>M.S.S. contre Belgique<\/em>, les transferts Dublin vers la Gr\u00e8ce sont consid\u00e9r\u00e9s comme illicites, sous peine de violation de l\u2019article 3 <abbr class='c2c-text-hover' title='Convention europ\u00e9enne des droits de l&#039;homme'>CEDH<\/abbr> interdisant la torture et les traitements inhumains et d\u00e9gradants. Les juges europ\u00e9ens avaient alors constat\u00e9 des \u00abd\u00e9faillances syst\u00e9miques\u00bb dans le syst\u00e8me d\u2019asile grec, en termes de conditions d\u2019accueil et de proc\u00e9dure d\u2019asile.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Entre-temps, la Gr\u00e8ce a modifi\u00e9 sa l\u00e9gislation et le nombre de demandes d\u2019asile enregistr\u00e9es a fortement augment\u00e9 (55&rsquo;000 demandes d\u00e9pos\u00e9es en novembre 2017 selon l\u2019EASO contre 13&rsquo;000 deux ans plus t\u00f4t). Mais le pays n\u2019est toujours pas une terre d\u2019asile pour les personnes y cherchant une protection. Pas plus qu\u2019il ne permet \u00e0 celles et ceux obtenant un statut d\u2019imaginer y reconstruire leur vie.<\/p>\n<h2>Perspectives d\u2019int\u00e9gration inexistantes<\/h2>\n<p>Dans une \u00e9tude juridique d\u00e9taillant les conditions d\u2019existence des personnes titulaires d\u2019une protection internationale, le Refugee Support Agean (RSA), une ONG grecque active dans la d\u00e9fense des personnes r\u00e9fugi\u00e9es, dresse un constat sans appel: \u00abLes droits et la protection effective n\u2019existent que sur le papier\u00bb <strong>[1]<\/strong>.<\/p>\n<p>Alors que leur statut devrait s\u2019accompagner de perspectives d\u2019int\u00e9gration dans la soci\u00e9t\u00e9 hell\u00e9nique, les titulaires d&rsquo;une protection internationale (statut de r\u00e9fugi\u00e9 ou protection subsidiaire) n\u2019en ont aucune. La d\u00e9liquescence du syst\u00e8me social grec les touche de plein fouet. S\u2019ajoutent des conditions d\u2019existence et humanitaires inad\u00e9quates, une pr\u00e9carit\u00e9 absolue et des menaces sur leur propre s\u00e9curit\u00e9 (violences de genre, contre les mineurs, exploitation, attaques racistes). L\u2019ONG souligne le manque d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la nourriture, aux toilettes, \u00e0 l\u2019eau, aux soins, \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Elle d\u00e9taille, t\u00e9moignages \u00e0 l\u2019appui, la vie dans la rue, dans des squats. Mais aussi le maintien dans les hotspots pendant plusieurs mois apr\u00e8s avoir obtenu leur statut de r\u00e9fugi\u00e9 ou de protection internationale.<\/p>\n<p>Si des poches d\u2019humanit\u00e9 et de r\u00e9sistance s\u2019organisent (voir article<a href=\"https:\/\/asile.ch\/2017\/12\/28\/migreurop-city-plaza-hotel-exemple-emblematique-de-solidarite-a-athenes\/\"> <em>Hotel City Plaza<\/em><\/a>), elles ne suffisent de loin pas \u00e0 combler les manques d\u2019acc\u00e8s aux besoins les plus fondamentaux. Les t\u00e9moignages des r\u00e9fugi\u00e9s cit\u00e9s dans le rapport s\u2019entendent sur un point: tous aspirent \u00e0 sortir de ce pi\u00e8ge, \u00e0 rejoindre leur famille, \u00e0 retourner \u00e0 la vie.<\/p>\n<h2>Les hotspots, honte absolue de l\u2019Europe<\/h2>\n<p>Symboles de l\u2019\u00e9chec et de l\u2019hypocrisie de la politique migratoire europ\u00e9enne, les hotspots sont situ\u00e9s sur les \u00eeles proches des c\u00f4tes turques. Ils ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us en mars 2015 comme lieu d\u2019enregistrement des demandeurs d\u2019asile pour des s\u00e9jours de courte dur\u00e9e en vue d\u2019une relocalisation vers les pays europ\u00e9ens. Ces derniers n\u2019ayant pour la plupart pas rempli leurs engagements, les hotspots sont vite devenus des centres de d\u00e9tention et les \u00eeles des prisons \u00e0 ciel ouvert pour les hommes, femmes et enfants arriv\u00e9s par bateau de Turquie et bloqu\u00e9s dans leur exil.<\/p>\n<p>Certains y croupissent depuis plus de 20 mois dans des conditions inhumaines en raison de la surpopulation, d\u00e9non\u00e7ait une coalition d\u2019ONG d\u00e9but d\u00e9cembre appelant le gouvernement grec et l\u2019UE \u00e0 lever ce blocus avant l\u2019hiver et \u00e0 transf\u00e9rer les personnes sur le continent <strong>[2]<\/strong>. En janvier 2017, trois personnes \u00e9taient mortes en quelques jours particuli\u00e8rement froids. D\u00e9but d\u00e9cembre 2017, le ministre grec en charge des migrations n\u2019a pas exclu que l\u2019\u00eele de Lesbos et son camp surpeupl\u00e9 de Moria puissent \u00e0 nouveau conna\u00eetre des morts durant l\u2019hiver <strong>[3]<\/strong>. Les menaces contre la s\u00e9curit\u00e9 et la sant\u00e9 des personnes vuln\u00e9rables \u2013 femmes et mineurs isol\u00e9s notamment \u2013 sont par ailleurs document\u00e9es <strong>[4]<\/strong>.<\/p>\n<p>Selon les chiffres publi\u00e9s par le Bureau d\u2019appui europ\u00e9en le 13 d\u00e9cembre 2017, plus de 15&rsquo;000 demandeurs d\u2019asile \u00e9taient bloqu\u00e9s sur Lesbos, Chios, Kos, Leros et Samos, alors que la capacit\u00e9 d\u2019h\u00e9bergement n\u2019y exc\u00e9derait pas 8000 places <strong>[5]<\/strong>. L\u2019op\u00e9ration de \u00abd\u00e9congestion\u00bb de ces \u00eeles men\u00e9e entre le 27 novembre et le 27 d\u00e9cembre 2017 par les autorit\u00e9s hell\u00e9niques ne suffira sans doute pas \u00e0 r\u00e9soudre la situation. Quelque 4512 personnes auraient \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es sur le continent. Or, dans le m\u00eame temps, 2323 nouveaux r\u00e9fugi\u00e9s ont accost\u00e9 sur les \u00eeles (depuis la Turquie), selon un communiqu\u00e9 officiel <strong>[6]<\/strong>. Les autorit\u00e9s s\u2019\u00e9taient jusqu\u2019ici refus\u00e9es \u00e0 soulager les \u00eeles au motif que l\u2019accord pass\u00e9 entre l\u2019Union europ\u00e9enne et la Turquie <strong>[7]<\/strong> en 2016 l\u2019interdisait. De fait, les \u00c9tats de l\u2019UE estiment qu\u2019une fois sur le continent, les demandeurs d\u2019asile peuvent plus facilement \u00abdispara\u00eetre\u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_46722\" aria-describedby=\"caption-attachment-46722\" style=\"width: 428px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-46722\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/greece-4-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"428\" height=\"285\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/greece-4-300x200.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/greece-4-150x100.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 428px) 100vw, 428px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-46722\" class=\"wp-caption-text\"><span class=\"permis\">Lesbos, Mstyslav Chernov<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Doit-on voir dans ce changement d\u2019attitude des autorit\u00e9s grecques le signe d\u2019une r\u00e9volte d\u2019Ath\u00e8nes vis-\u00e0-vis de Bruxelles et de Berlin? Le fruit des pressions du <abbr class='c2c-text-hover' title='Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s'>HCR<\/abbr> et des ONG sur l&rsquo;UE et la Gr\u00e8ce? Ou encore le m\u00e9contentement croissant de la population des \u00eeles et le blocage des ports? Une chose est s\u00fbre: un \u00abdeal\u00bb entre Ath\u00e8nes et Erdogan d\u00e9but d\u00e9cembre, \u00e9tendant le champ d&rsquo;application de l&rsquo;accord UE-Turquie, a ouvert la voie \u00e0 ces transferts sur le continent.<\/p>\n<p>A quel prix? La d\u00e9cision \u2013 in\u00e9dite \u2013 prise par le ministre grec des migrations, le 8 janvier 2018, de contester devant la justice la d\u00e9cision de son administration d&rsquo;octroyer une protection \u00e0 des officiers turcs n&rsquo;est peut-\u00eatre pas sans lien avec cet assouplissement. Ces hommes \u00e9taient accus\u00e9s par Ankara d\u2019avoir particip\u00e9 au coup d\u2019\u00c9tat de 2016 et la Turquie avait demand\u00e9 leur extradition.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span class=\"intertitre\">SOPHIE MALKA<\/span><\/p>\n<h5><strong>[1] Pro Asyl et Refugee Support Aegean, <em>Legal note on the living conditions of beneficiaries of international protection in Greece<\/em>, 23 juin 2017.<\/strong><\/h5>\n<h5><strong>[2] Oxfam, <em>Greece<\/em> : <em>move asylum seekers to safety before winter hits<\/em>, d\u00e9cembre 2017.<\/strong><\/h5>\n<h5><strong>[3] <em>Der Spiegel, <\/em>\u00abIch kann Todesopfer nicht ausschlie\u00dfen\u00bb, 7 d\u00e9cembre 2017.<\/strong><\/h5>\n<h5><strong>[4] Human Rights Watch<em>, La s\u00e9curit\u00e9 et la sant\u00e9 des demandeuses d&rsquo;asile menac\u00e9e, <\/em>15 d\u00e9cembre 2017<em>.<\/em><\/strong><\/h5>\n<h5><strong>[5] EASO, <em>Operating Plan<\/em>, ratifi\u00e9 le 13 d\u00e9cembre 2017 avec le gouvernement grec.<\/strong><\/h5>\n<h5><strong>[6] <em>Greek reporter<\/em>, \u00ab Total of 4,152 Refugees and Migrants Left the Greek Islands Last Month \u00bb,\u2028 30 d\u00e9cembre 2017 ; http:\/\/greece.greekreporter.com\/2017\/12\/30\/total-of-4152-refugees-and-migrants- left-the-greek-islands-last-month\/<\/strong><\/h5>\n<h5><strong>[7] Cet accord pr\u00e9voit notamment le principe du 1 renvoi contre 1 r\u00e9installation. Pour chaque personne recal\u00e9e de l\u2019asile (dans les hotspots) reprise par la Turquie depuis les \u00eeles grecques, l\u2019Europe s\u2019engage \u00e0 accueillir un r\u00e9fugi\u00e9 depuis la Turquie. Tout ceci contre 3 milliards d\u2019euros, des visas facilit\u00e9s pour les Turcs.<\/strong><\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En proie \u00e0 une crise \u00e9conomique et \u00e0 des mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 touchant l\u2019ensemble de sa population, la Gr\u00e8ce subit une forte pression de l\u2019Union europ\u00e9enne. Bruxelles souhaite voir Ath\u00e8nes continuer \u00e0\u00a0 jouer son r\u00f4le de garde-fronti\u00e8re, ou en tous cas d\u2019interm\u00e9diaire avec la Turquie. 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