{"id":4726,"date":"2012-05-31T15:23:31","date_gmt":"2012-05-31T15:23:31","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=4726"},"modified":"2021-08-29T22:33:50","modified_gmt":"2021-08-29T20:33:50","slug":"lacceleration-en-question","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2012\/05\/31\/lacceleration-en-question\/","title":{"rendered":"Jurisprudence | Proc\u00e9dures sommaires sanctionn\u00e9es par Strasbourg"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">La Suisse va-t-elle se retrouver en porte-\u00e0-faux avec les juridictions internationales? Alors que la Commission des institutions politiques du Conseil national discute de propositions UDC visant \u00e0 supprimer l\u2019effet suspensif des recours contre certaines d\u00e9cisions, rendant le recours ineffectif \u2013notamment pour les d\u00e9cisions de non-entr\u00e9e en mati\u00e8re et de r\u00e9examen \u2013 les instances internationales viennent de sanctionner une nouvelle fois des pratiques \u00e9tatiques jug\u00e9es incompatibles avec le droit \u00e0 une proc\u00e9dure \u00e9quitable. Proc\u00e9dures sommaires, d\u00e9lais de recours raccourcis, la r\u00e9vision de la loi sur l\u2019asile en cours entend pourtant les g\u00e9n\u00e9raliser.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Condamnation des \u00abproc\u00e9dures prioritaires\u00bb fran\u00e7aises en 2012<\/span><\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 2012, la Cour europ\u00e9enne des droits de l&rsquo;homme (<abbr class='c2c-text-hover' title='European Court of Human Rights in Strasbourg'>Courage<\/abbr>) a examin\u00e9 la \u00abproc\u00e9dure prioritaire\u00bb fran\u00e7aise, qui se rapproche de la proc\u00e9dure suisse de non-entr\u00e9e en mati\u00e8re . Selon les chiffres officiels de l\u2019Office fran\u00e7ais de protection des r\u00e9fugi\u00e9s et apatrides (OFPRA), les demandes en \u00abproc\u00e9dure prioritaire\u00bb repr\u00e9sentent 24% de l&rsquo;ensemble des demandes d&rsquo;asile\u2009; les premi\u00e8res demandes constituent 62,5% des proc\u00e9dures prioritaires.<\/p>\n<p>Le 16 janvier 2009, I.M., \u00e9tudiant soudanais, a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en r\u00e9tention en vue de son \u00e9loignement apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre vu notifi\u00e9 un arr\u00eat\u00e9 de reconduite \u00e0 la fronti\u00e8re. Il a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 le m\u00eame jour qu&rsquo;il pouvait demander l\u2019asile, mais dans le d\u00e9lai l\u00e9gal r\u00e9duit \u00e0 cinq jours de la \u00abproc\u00e9dure prioritaire\u00bb. Sans pouvoir r\u00e9unir les pi\u00e8ces n\u00e9cessaires, il a d\u00e9pos\u00e9 en catastrophe une demande d\u2019asile, qui a \u00e9t\u00e9 automatiquement enregistr\u00e9e en \u00abproc\u00e9dure prioritaire\u00bb, car survenant apr\u00e8s une d\u00e9cision de renvoi. Il n&rsquo;a ensuite \u00e9t\u00e9 entendu par l\u2019Office fran\u00e7ais de protection des r\u00e9fugi\u00e9s et apatrides (OFPRA) que pendant un entretien d\u2019une demi-heure, avant de recevoir un rejet d&rsquo;asile. En proc\u00e9dure prioritaire, le d\u00e9lai de recours a aussi \u00e9t\u00e9 limit\u00e9 \u00e0 quarante-huit heures au lieu du d\u00e9lai ordinaire de deux mois. I.M. n\u2019a pu recourir que par le biais d\u2019une lettre r\u00e9dig\u00e9e en arabe\u2009; un avocat commis d\u2019office, rencontr\u00e9 bri\u00e8vement avant l\u2019audience devant le Tribunal, en a expos\u00e9 le contenu oralement, mais sans pouvoir rajouter d\u2019\u00e9l\u00e9ment de preuve. Au final, le recours d\u2019I.M. a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9.<\/p>\n<p>La CourEDH a constat\u00e9 que, concr\u00e8tement, la possibilit\u00e9 laiss\u00e9e \u00e0 I.M. de d\u00e9fendre sa demande d&rsquo;asile a \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e par son classement automatique en proc\u00e9dure prioritaire, et par la bri\u00e8vet\u00e9 des d\u00e9lais de recours. Elle a critiqu\u00e9 aussi les difficult\u00e9s mat\u00e9rielles et proc\u00e9durales d\u2019apporter des preuves alors qu\u2019il \u00e9tait priv\u00e9 de libert\u00e9 et qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une premi\u00e8re demande d\u2019asile. Le verdict: faute d&rsquo;avoir offert \u00e0 I.M. une proc\u00e9dure effective lui permettant de faire valoir les dangers en cas de retour au Soudan, la France a viol\u00e9 l\u2019article 13 <abbr class='c2c-text-hover' title='European Convention on Human Rights'>CEDH<\/abbr> (droit \u00e0 un recours effectif) combin\u00e9 avec l\u2019article 3.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Condamnation de la Suisse en 2007<\/span><\/p>\n<p>Cette condamnation en rappelle une autre intervenue fin 2007, o\u00f9 le Comit\u00e9 des Nations Unies contre la torture (CAT) critiquait les clauses suisses de non-entr\u00e9e en mati\u00e8re. Il s&rsquo;agissait du cas de Jean Patrick Iya, journaliste, membre d\u2019un parti d\u2019opposition et activiste des droits humains, originaire de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo. Il a cherch\u00e9 asile en Suisse le 29 juin 2004 pour avoir \u00e9t\u00e9 pers\u00e9cut\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, tant sous le r\u00e9gime de Mobutu que sous celui de Kabila. Le 9 ao\u00fbt 2004, l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral des migrations (<abbr class='c2c-text-hover' title='Federal Office for Migration'>ODM<\/abbr>) avait prononc\u00e9 la non-entr\u00e9e en mati\u00e8re, pour omission de remettre des papiers d\u2019identit\u00e9 dans le d\u00e9lai l\u00e9gal de 48 heures depuis le d\u00e9p\u00f4t de sa demande, sans motif excusable.<br \/>\nCette d\u00e9cision avait \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par la Commission de recours en mati\u00e8re d\u2019asile, qui avait refus\u00e9 de tenir compte des documents entre-temps vers\u00e9s au dossier, au motif que leur production \u00e9tait tardive. Une demande de r\u00e9vision accompagn\u00e9e d\u2019autres documents concernant l&rsquo;identit\u00e9 avait ensuite aussi \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e au motif de la tardivet\u00e9 non justifi\u00e9e du d\u00e9p\u00f4t de ces pi\u00e8ces.<\/p>\n<p>Pour le CAT, il \u00e9tait inadmissible que les autorit\u00e9s suisses n\u2019aient jamais examin\u00e9 le fond de l\u2019affaire et qu&rsquo;elles se soient born\u00e9es \u00e0 rejeter la demande d\u2019asile, le recours et les demandes de r\u00e9vision subs\u00e9quentes pour des raisons purement proc\u00e9durales. Le message du CAT \u00e9tait clair: la proc\u00e9dure de non-entr\u00e9e en mati\u00e8re ne garantissait aucune protection pour les personnes r\u00e9fugi\u00e9es, ni un traitement conforme aux droits humains.<\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Les proc\u00e9dures sommaires n&rsquo;offrent aucune garantie<\/span><\/p>\n<p>Apr\u00e8s examen du CAT ou de la CourEDH, la conclusion est claire: une protection effective des droits de l\u2019homme s\u2019accommode mal d\u2019une application rigide et automatique de pr\u00e9somptions, qui sont typiques des proc\u00e9dures sommaires.<br \/>\nPour les juridictions internationales, garantir le respect des droits humains rime avec examen s\u00e9rieux au cas par cas. Une proc\u00e9dure qui ne permet pas un examen rigoureux du fond des demandes d&rsquo;asile risque de mettre en danger des personnes susceptibles d\u2019\u00eatre soumises \u00e0 la torture ou \u00e0 des traitements inhumains et d\u00e9gradants. Une v\u00e9rit\u00e9 urgente \u00e0 rappeler \u00e0 toutes celles et tous ceux qui ne parlent que d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de la proc\u00e9dure ou qui pr\u00e9tendent d\u00e9battre de ces questions \u00absans tabou\u00bb!<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Christophe Tafelmacher<\/strong><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Suisse va-t-elle se retrouver en porte-\u00e0-faux avec les juridictions internationales? 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