{"id":47813,"date":"2018-05-09T18:30:29","date_gmt":"2018-05-09T16:30:29","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=47813"},"modified":"2021-08-26T13:47:52","modified_gmt":"2021-08-26T11:47:52","slug":"hcr-vingt-quatre-heures-pour-quitter-son-village","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2018\/05\/09\/hcr-vingt-quatre-heures-pour-quitter-son-village\/","title":{"rendered":"HCR | Vingt-quatre heures pour quitter son village"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Natalia et sa compagne Lisette \u00e9taient pers\u00e9cut\u00e9es en raison de leur combat pour les droits des minorit\u00e9s sexuelles en Colombie. Elles ont trouv\u00e9 refuge en Suisse avec leur fils par une froide journ\u00e9e de d\u00e9cembre, en 2016.<\/span><\/p>\n<p>R\u00e9cit \u00e9crit par&nbsp;Marisol Hofmann et Julia Dao, illustr\u00e9 par des images de Mark Henley, et publi\u00e9 le 30 avril 2018. Cliquez <a href=\"http:\/\/www.unhcr.org\/dach\/ch-fr\/22507-vingt-quatre-heures-pour-quitter-son-village.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">here<\/a> pour lire l&rsquo;article, &nbsp;sur le site du <abbr class='c2c-text-hover' title='United Nations High Commissioner for Refugees'>HCR<\/abbr>.<\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-47815 size-large\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/HCR_Natalia_Lizeth001-1024x681.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"681\"><\/p>\n<p><em><strong>De gauche \u00e0 droite: Lisette et sa compagne Natalia ont trouv\u00e9 refuge en Suisse avec leur fils en d\u00e9cembre 2016. Elles ont d\u00fb fuir la Colombie en raison de leur combat pour les droits des minorit\u00e9s sexuelles. \u00a9 UNHCR\/Mark Henley<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Depuis leur arriv\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve, Natalia et Lisette s\u2019investissent sans rel\u00e2che dans l\u2019apprentissage du fran\u00e7ais. Communicatives de nature, les deux r\u00e9fugi\u00e9es colombiennes br\u00fblent de pouvoir \u00e0 nouveau \u00e9changer avec les habitants de la r\u00e9gion. A terme, elles esp\u00e8rent pouvoir, par cette ma\u00eetrise de la langue, renouer avec leur travail social et politique ainsi que leur engagement en faveur des minorit\u00e9s sexuelles.<\/p>\n<p>Dans leur pays d\u2019origine, cet activisme a pourtant mis leur vie et celle de leur fils en p\u00e9ril. Natalia, qui n\u2019a jamais cherch\u00e9 \u00e0 cacher son homosexualit\u00e9, offrait son oreille et ses conseils bienveillants aux jeunes homosexuels de son village dans la r\u00e9gion de Huila, dans les Andes colombiennes. Mais dans un pays marqu\u00e9 par la violence de la guerre civile et les traditions religieuses, cette ouverture n\u2019\u00e9tait pas vue d\u2019un bon \u0153il par tout le monde: \u00abLes choses ont commenc\u00e9 \u00e0 mal tourner dans la r\u00e9gion apr\u00e8s une s\u00e9rie de meurtres d\u2019homosexuels par des paramilitaires\u00bb, explique Natalia, aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9e de 35 ans. Le soir du Nouvel An 2009, Natalia est approch\u00e9e de mani\u00e8re inopportune. \u00abIl \u00e9tait 2h du matin. Je faisais la f\u00eate dans un village voisin lorsque deux hommes arm\u00e9s ont demand\u00e9 \u00e0 me parler. J\u2019ai senti mon estomac se nouer.\u00bb En apart\u00e9, ils lui demandent de partir, parce qu\u2019elle donne \u00abun mauvais exemple aux enfants\u00bb. \u00abIls m\u2019ont laiss\u00e9 un seul jour pour quitter la r\u00e9gion.\u00bb<\/p>\n<blockquote><p><strong>\u00abIl \u00e9tait 2h du matin. Je faisais la f\u00eate dans un village voisin lorsque deux hommes arm\u00e9s ont demand\u00e9 \u00e0 me parler. J\u2019ai senti mon estomac se nouer.\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Natalia, activiste pour les droits des minorit\u00e9s sexuelles<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle s\u2019empresse alors de rentrer chez elle et pr\u00e9pare ses affaires pour Bogota, pr\u00e9textant une soudaine offre d\u2019emploi. Pour n\u2019inqui\u00e9ter personne, elle ne fait pas de r\u00e9els adieux \u00e0 ses proches et abandonne, en l\u2019espace d\u2019une nuit, toute sa vie d\u2019alors: sa m\u00e8re et son fils \u2013 qui la rejoindra plus tard \u2013 ainsi que sa petite entreprise de cuisine traditionnelle. Cette tentative d\u2019intimidation renforce pourtant sa d\u00e9termination \u00e0 se battre pour les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI).<\/p>\n<p>Arriv\u00e9e \u00e0 Bogota, elle poursuit donc son engagement en faveur des victimes LGBTI du conflit arm\u00e9 colombien; dont les agressions sont trop souvent consid\u00e9r\u00e9es comme des \u00abcrimes passionnels ou des r\u00e8glements de compte\u00bb selon la jeune militante. Elle y rencontre Lisette, 35 ans, qui deviendra sa compagne. Dans l\u2019institut sportif o\u00f9 elles travaillent toutes les deux, Lisette a gravi les \u00e9chelons jusqu\u2019\u00e0 obtenir un poste \u00e0 responsabilit\u00e9s. Natalia, elle, y travaillait comme formatrice et enseignante.<\/p>\n<p>Dans un calme relatif, les deux femmes peuvent s\u2019unir officiellement par mariage et m\u00e8nent quatre ann\u00e9es de vie commune avec le fils de Natalia, aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9 de 10 ans, dans la capitale colombienne. Mais l\u2019engagement de Natalia pour la reconnaissance des droits des minorit\u00e9s sexuelles et des victimes du conflit arm\u00e9 l\u2019expose \u00e0 nouveau aux foudres de ses adversaires, gardiens auto-proclam\u00e9s de la tradition: \u00abDes tracts de menaces o\u00f9 apparaissait mon nom ont commenc\u00e9 \u00e0 circuler, puis des appels t\u00e9l\u00e9phoniques incessants\u00bb, t\u00e9moigne Natalia. \u00abIls me disaient d\u2019arr\u00eater de me m\u00ealer de ce qui ne me regardait pas. L\u2019atmosph\u00e8re devenait angoissante, au point que nous avons d\u00fb changer de lieu de travail, puis d\u2019appartement, et modifier chaque jour notre itin\u00e9raire.\u00bb L\u2019assassinat de deux amis militants de Natalia sera le coup de trop, leur adressant un signal sans appel: il fallait partir.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e en Suisse en plein mois de d\u00e9cembre n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile: au choc de l\u2019exil et des cultures s\u2019ajoute celui des temp\u00e9ratures; et il faut d\u2019abord vivre au Centre de Vallorbe, sans r\u00e9elle intimit\u00e9 pour ces deux jeunes femmes et leur fils. La famille obtient cependant le statut de r\u00e9fugi\u00e9 trois mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e, soulag\u00e9e par une d\u00e9cision aussi rapide. S\u2019ouvre alors la possibilit\u00e9 de rejoindre Gen\u00e8ve, et les militants du projet&nbsp;Asile LGBT&nbsp;bas\u00e9 aux P\u00e2quis, qui avaient d\u00e9j\u00e0 appuy\u00e9 leur demande d\u2019asile par une lettre de soutien peu apr\u00e8s leur arriv\u00e9e en Suisse.<\/p>\n<p>Projet de l\u2019association \u00abCoordination asile.ge\u00bb, <a href=\"https:\/\/asile.ch\/en\/2016\/01\/26\/projet\/\">LGBT asylum<\/a> a pour objectif d\u2019identifier et de r\u00e9pondre aux besoins sp\u00e9cifiques des demandeurs d\u2019asile et r\u00e9fugi\u00e9s issus des minorit\u00e9s sexuelles \u2013 qui sont \u00e0 ce titre doublement vuln\u00e9rables. Mais la solidarit\u00e9 dont ont profit\u00e9 les deux jeunes femmes ne s\u2019est pas arr\u00eat\u00e9e \u00e0 la ville, puisque tout le petit village genevois o\u00f9 elles se sont install\u00e9es leur apporte \u00e9galement son soutien: \u00abNous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s chanceux, reconna\u00eet Lisette. Une jeune fille de 17 ans avait pour projet d\u2019\u00e9tudes d\u2019accueillir une famille de r\u00e9fugi\u00e9s. Elle s\u2019est charg\u00e9e de toutes les formalit\u00e9s: de la mise en contact avec les autorit\u00e9s comme avec les propri\u00e9taires du duplex o\u00f9 nous vivons aujourd\u2019hui.\u00bb<\/p>\n<blockquote><p><strong>\u00abNous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s chanceux.\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Lisette est tr\u00e8s reconnaissante du soutien re\u00e7u en Suisse<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Arriv\u00e9es \u00e0 bon port et d\u00e9sormais bien entour\u00e9es, Natalia et Lisette peuvent commencer \u00e0 reconstruire leur vie dans la campagne genevoise, et retrouver le go\u00fbt de circuler sans peur. N\u2019en reste pas moins le mal du pays: \u00abQuand je vois mon fils si heureux et impliqu\u00e9 ici, et toutes les opportunit\u00e9s qui s\u2019offrent \u00e0 lui, je nous r\u00eave int\u00e9gr\u00e9s en Suisse sur le long terme, avoue Natalia. Mais si la situation le permet, je ne pourrai sans doute pas r\u00e9sister \u00e0 l\u2019envie de rentrer en Colombie pour soutenir mon peuple et ses communaut\u00e9s, et contribuer \u00e0 y construire un meilleur avenir pour nous tous.\u00bb<\/p>\n<p><strong>A lire:&nbsp;<a href=\"https:\/\/lgbt.asile.ch\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/asileLGBTI-brochure.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">le guide pratique pour un accueil inclusif et \u00e9galitaire des r\u00e9fugi\u00e9.es LGBTI<\/a>&nbsp;r\u00e9dig\u00e9 par <a href=\"https:\/\/lgbt.asile.ch\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LGBT Asylum Geneva<\/a><\/strong><\/p>\n<p><\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Natalia et sa compagne Lisette \u00e9taient pers\u00e9cut\u00e9es en raison de leur combat pour les droits des minorit\u00e9s sexuelles en Colombie. 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