{"id":48731,"date":"2018-06-22T11:00:31","date_gmt":"2018-06-22T09:00:31","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?post_type=chronique&#038;p=48731"},"modified":"2021-09-27T14:58:46","modified_gmt":"2021-09-27T12:58:46","slug":"thailande-sous-la-plage-les-barreaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2018\/06\/22\/thailande-sous-la-plage-les-barreaux\/","title":{"rendered":"Tha\u00eflande | Sous la plage, les barreaux"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Non reconnus par la Tha\u00eflande, les demandeurs d\u2019asile, aux c\u00f4t\u00e9s des r\u00e9fugi\u00e9s, des\u00a0travailleurs ill\u00e9gaux, des sans-papiers et des \u00e9trangers en d\u00e9passement de visa, sont\u00a0des milliers \u00e0 s\u2019entasser dans des conditions inhumaines dans les centres de d\u00e9tention\u00a0du royaume. Ils y attendent, parfois des ann\u00e9es, que leur sort soit r\u00e9gl\u00e9. Parmi eux, de nombreux enfants et adolescents que des associations et b\u00e9n\u00e9voles tentent de faire sortir.<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_48732\" aria-describedby=\"caption-attachment-48732\" style=\"width: 3687px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-48732 size-full\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/plagethailande.jpg\" alt=\"\" width=\"3687\" height=\"2461\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-48732\" class=\"wp-caption-text\"><em>Image: Haddock83<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Reportage publi\u00e9 dans l\u2019\u00e9dition de d\u00e9cembre de la revue francophone <a href=\"http:\/\/www.gavroche-thailande.com\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Gavroche<\/a>, \u00e9dit\u00e9e \u00e0 Bangkok. Nous en reproduisons un extrait avec l\u2019aimable autorisation de l\u2019auteure et de l\u2019\u00e9diteur. \u00a0Lire \u00e9galement <a href=\"https:\/\/asile.ch\/en\/2018\/06\/22\/procedure-un-visa-une-autre-vie\/\">Un visa, une (autre) vie<\/a> publi\u00e9 dans la\u00a0<\/strong><b>m\u00eame \u00e9dition.<\/b><\/p>\n<h2><strong>Le d\u00e9sespoir des demandeurs d\u2019asile<\/strong><\/h2>\n<p><em>Immigration Detention Center<\/em>, Suan Plu, Bangkok. Des personnes descendent des fourgonnettes grillag\u00e9es qui viennent de se garer devant l\u2019entr\u00e9e du centre de d\u00e9tention. Ils sont Birmans, Cambodgiens, Rohingyas&#8230; Une femme porte un nourrisson de deux mois dans ses bras, d\u2019autres tiennent leurs enfants par la main. Des travailleurs ill\u00e9gaux : ils ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s par l\u2019employeur lui-m\u00eame, agac\u00e9 lorsqu\u2019ils lui ont r\u00e9clam\u00e9 leur salaire en fin de mois. Alors, devant une brise de r\u00e9bellion, il a appel\u00e9 la police qui les a embarqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Il est 10h28. La file des visiteurs, pour la plupart des membres d\u2019associations caritatives de la communaut\u00e9 expatri\u00e9e, tous b\u00e9n\u00e9voles, se divise en deux : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les femmes, de l\u2019autre les hommes. Sur leur sac, un matricule et un num\u00e9ro de cellule o\u00f9 s\u2019entassent des dizaines de r\u00e9fugi\u00e9s, femmes et enfants d\u2019un c\u00f4t\u00e9, hommes et gar\u00e7ons au- dessus de douze ans de l\u2019autre. Pas de lit ou de natte pour dormir, les d\u00e9tenus se relaient la nuit par tranche de quatre heures. Un seul lavabo, parfois pas d\u2019eau et la gale en partage.<\/p>\n<figure id=\"attachment_48733\" aria-describedby=\"caption-attachment-48733\" style=\"width: 534px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-48733\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Bangkokimmigration-1024x683.jpg\" alt=\"\" width=\"534\" height=\"356\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-48733\" class=\"wp-caption-text\"><em>Thai Immigration Bureau office on Soi Suan Phlu, off Sathorn Road.<\/em><br \/><em>The bureau is a unit of the Royal Thai Police.<\/em><br \/><em>Image: Ian Fuller<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>Les portes s\u2019ouvrent enfin. Apr\u00e8s avoir d\u00e9pos\u00e9 leurs effets personnels, les visiteurs sont fouill\u00e9s. Des grilles les s\u00e9parent de deux m\u00e8tres des d\u00e9tenus. Ils ont 45 minutes pour \u00e9changer, parler, hurler, se taire, prier ou pleurer. Les plus aguerris arrivent \u00e0 plaisanter, \u00e0 rire m\u00eame. Cacophonie de voix, de langues, et des visages aux mille facettes : r\u00e9fugi\u00e9s, individus exclus, enfants encore joueurs, vieillards \u00e9dent\u00e9s ou amput\u00e9s, m\u00e8res en pleurs, jeune Somalienne, adolescent syrien seul, chr\u00e9tiens pakistanais, jeune homme irakien, Sri-Lankais t\u00e9moins de l\u2019ancienne guerre civile, Vietnamiens, Cambodgiens, Rohingyas pers\u00e9cut\u00e9s en Birmanie, m\u00eame des jeunes femmes russes, des \u00ab <em>overstay <\/em>\u00bb&#8230; Un peu de nourriture, un sourire, une attention. Des lettres s\u2019\u00e9changent, des petits dessins, des regards. Parfois des avocats sont l\u00e0 aussi, messies juridiques, sauveurs du labyrinthe administratif. Le temps existe-t-il encore quand cela fait deux ans, six ans ou m\u00eame dix ans que l\u2019on est enferm\u00e9, parfois sans jamais recevoir de visite ?<\/p>\n<h2><strong>La Tha\u00eflande ne reconna\u00eet pas le statut de r\u00e9fugi\u00e9<\/strong><\/h2>\n<p>Sur le territoire, ils sont ill\u00e9gaux et doivent \u00eatre incarc\u00e9r\u00e9s, m\u00eame s\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s sous la protection du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les R\u00e9fugi\u00e9s (UNHCR). Si beaucoup de demandeurs d\u2019asile arrivent, au bout de plusieurs ann\u00e9es, \u00e0 obtenir un statut, c\u2019est une toute autre affaire que de trouver un pays d\u2019accueil. Des agents de l\u2019UNHCR confient que seuls 1% des 800 d\u00e9tenus du centre de d\u00e9tention de Suan Phlu (IDC) ont une chance d\u2019\u00eatre accept\u00e9s.<\/p>\n<p>Que faire alors ? Que leur dire ? Beaucoup sont encourag\u00e9s \u00e0 retourner chez eux, entre autres les Pakistanais \u2013 presque tous de confession chr\u00e9tienne \u2013 et les Sri-Lankais. Mais ils ont peur\u00a0: leur vie, chez eux, est souvent menac\u00e9e. Certains rentrent et se cachent, esp\u00e9rant repartir pour la Malaisie ou un autre pays quand ils auront r\u00e9uni l\u2019argent n\u00e9cessaire pour payer les passeurs. Le commerce est fructueux.<\/p>\n<p>Il fut un temps, une caution de 50 000 bahts permettait aux r\u00e9fugi\u00e9s de vivre dehors en attendant que leur cas soit r\u00e9solu. Certaines institutions religieuses, des ONG, des particuliers, des h\u00f4pitaux les aident. Mais m\u00eame libres, ils ne peuvent pas travailler l\u00e9galement et doivent se loger, souvent \u00e0 plusieurs familles pour partager le loyer. Ils vendent parfois de la nourriture, aident aux d\u00e9m\u00e9nagements, au jardinage, \u00e0 la couture, au bricolage. Mais ils ne sont jamais \u00e0 l\u2019abri d\u2019une rafle ou d\u2019une d\u00e9lation depuis que le programme a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 voil\u00e0 deux ans.<\/p>\n<p>S\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et lumi\u00e8re sur le visage, le Fr\u00e8re Bernard est un incontournable. Cela fait vingt ans qu\u2019il rend visite aux d\u00e9tenus, ici et dans les prisons. \u00ab <em>Les conditions de d\u00e9tention \u00e0 l\u2019IDC sont bien plus difficiles que celles des prisons car ils sont beaucoup plus nombreux par cellule<\/em>, constate-t-il. <em>Nous ne pouvons rien faire ici, si ce n\u2019est apporter un rayon de soleil lors des visites. <\/em>\u00bb<\/p>\n<h2>Aides aux enfants r\u00e9fugi\u00e9s<\/h2>\n<p>Sur la gauche, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du centre de d\u00e9tention de l\u2019Immigration \u00e0 Suan Phlu, se trouve une charmante petite \u00e9cole peinte en bleu ; c\u2019est le IDC Daycare Centre o\u00f9 se rendent tous les jours de la semaine les enfants incarc\u00e9r\u00e9s. Cette \u00e9cole, o\u00f9 l\u2019appren- tissage se fait en anglais, est soutenue par le gouvernement tha\u00eflandais, mais aussi par l\u2019IOM (International Organization for Migration), les Etats-Unis et la Suisse.<br \/>\n\u00abLe gouvernement est tr\u00e8s actif pour la protection des enfants en Tha\u00eflande, et plus particuli\u00e8rement pour agir contre leur exploitation, explique Yanathip \u00ab Steve \u00bb Kongnukool, principal de la Kincaid International School \u00e0 Bangkok, l\u2019une des \u00e9coles internationales de la capitale qui accueillent des r\u00e9fugi\u00e9s. Les demandeurs d\u2019asile qui sont arr\u00eat\u00e9s et conduits \u00e0 l\u2019IDC ne le savent pas, mais s\u2019ils ont avec eux un enfant mineur et qu\u2019ils font appel devant le tribunal, ils gagneront l\u2019appel et l\u2019enfant sera rel\u00e2ch\u00e9.\u00bb<br \/>\nPour ces enfants, les frais de scolarit\u00e9, souvent support\u00e9s par des organisations humanitaires, des institutions religieuses ou des b\u00e9n\u00e9voles, sont consid\u00e9rablement revus \u00e0 la baisse. Le directeur de l\u2019\u00e9cole se rappelle s\u2019\u00eatre lev\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t pendant plusieurs mois pour se pr\u00e9senter au centre de d\u00e9tention de Suan Phlu \u00e0 6h30 du matin afin d\u2019accompagner un enfant de d\u00e9tenu dans son \u00e9cole et le ramener apr\u00e8s les cours. A la Kincaid International School, les salles de classe sont avenantes, des enfants galopent en riant dans les couloirs \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation.<br \/>\n\u00abCe n\u2019est pas en fonction de ses m\u00e9rites que l\u2019on accepte un \u00e9l\u00e8ve. Nous ne croyons pas \u00e0 cette notion qui est encore un facteur de discrimination, explique Steve Kongnukool en d\u00e9signant un enfant de r\u00e9fugi\u00e9. Tous les enfants m\u00e9ritent d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole et d\u2019\u00eatre instruits. Plus un enfant est en situation difficile et plus il a besoin d\u2019un encadrement s\u00e9curisant\u00bb, continue-t-il. Les enfants peuvent ainsi \u00eatre scolaris\u00e9s de quelques mois \u00e0 plusieurs ann\u00e9es en fonction de l\u2019\u00e9volution de la situation de leurs parents.<\/p>\n<p>Un matin de septembre comme les autres au centre de d\u00e9tention de Suan Phlu, un\u00a0jeune adolescent, r\u00e9fugi\u00e9 pakistanais, se retrouve \u00abdehors\u00bb, un grand sourire aux l\u00e8vres. Il fait partie d\u2019un nouveau programme de familles d\u2019accueil. Lui, ainsi que ses fr\u00e8res et s\u0153urs, sont d\u00e9sormais \u00ab adopt\u00e9s \u00bb. Une fois par semaine, ils reviennent voir leurs parents d\u00e9tenus \u00e0 l\u2019IDC. A leurs c\u00f4t\u00e9s, Kimberley Quinley, co-fondatrice de l\u2019association Ahead, partenaire de la Childline (Thailand) Foundation qui, partout dans le monde, d\u00e9fend les droits des enfants \u2013 ici en Tha\u00eflande avec le soutien du gouvernement, en accord avec la convention des Nations Unies sur les Droits des Enfants (CRC) dont le pays est signataire.<\/p>\n<p>Le projet \u00ab Born free \u00bb, en partenariat avec Childline, Step Ahead et l\u2019IDC, propose des formations pour les futu- res familles d\u2019accueil qui se portent volontaires. Apr\u00e8s plusieurs semaines et des s\u00e9minaires de formation, elles re\u00e7oivent un certificat du centre de d\u00e9tention de Suan Phlu validant leur capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019occuper d\u2019enfants de de- mandeurs d\u2019asile. Mais aucune asso- ciation ou organisation ne peut\u00a0affirmer que ce qui commence aujourd\u2019hui pourra \u00eatre poursuivi demain, tant les lois changent et tant la peur et l\u2019incertitude r\u00e8gnent dans le monde des r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour rendre visite aux r\u00e9fugi\u00e9s : Bangkok Accueil &#98;&#x61;n&#x67;k&#111;&#x6b;&#97;&#x63;c&#117;&#x65;&#105;&#x6c;&#46;&#x63;&#x61;&#114;&#x69;t&#x61;t&#105;&#x66;&#64;&#x67;m&#97;&#x69;&#108;&#x2e;c&#111;&#x6d; Pour accueilir un enfant r\u00e9fugi\u00e9 : Step Ahead, &#113;&#x75;&#x69;n&#108;&#x65;y&#102;&#x61;&#x6d;&#64;&#103;&#x6d;a&#105;&#x6c;&#x2e;c&#111;&#x6d;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>\u00a0Laurence Brune<\/strong><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<h2>Donn\u00e9es socio-d\u00e9mographiques<\/h2>\n<p><strong>Capitale\u00a0: <\/strong>Bangkok<\/p>\n<p><strong>Population\u00a0:<\/strong>69 millions d\u2019habitants<\/p>\n<p><strong>Langue(s) officielle(s)\u00a0: <\/strong>tha\u00ef<\/p>\n<p><strong>Religions\u00a0: <\/strong>bouddhistes, musulmans, chr\u00e9tiens, hindouistes, animistes (UNHCR, 2017)<\/p>\n<p><strong>Populations\u00a0:\u00a0 <\/strong>Thai Isan et Lao (13 milllions), Chinois (9,5 millions, 14%), Malais musulmans (1,5 millions), Khmer (1,4 millions), groupes indig\u00e8nes dits \u00ab\u00a0highland\u00a0\u00bb (923&rsquo;257), groupes indig\u00e8nes dits \u00ab\u00a0sea nomad\u00a0\u00bb (10&rsquo;000)(\u00a0<a href=\"http:\/\/www.refworld.org\/publisher\/MRGI.html\">Minority Rights Group International<\/a>, 2017)<\/p>\n<p><strong>Chef d\u2019Etat\u00a0: <\/strong>le roi Maha Vajiralongkorn (depuis 2016)<\/p>\n<p><strong>Premier ministre\u00a0: <\/strong>Prayuth Chan-ocha<\/p>\n<p><strong>Statistiques \u00ab\u00a0r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb en Tha\u00eflande <\/strong>(<abbr class='c2c-text-hover' title='United Nations High Commissioner for Refugees'>HCR<\/abbr> 2016)<\/p>\n<ul>\n<li>106&rsquo;447 r\u00e9fugi\u00e9s<\/li>\n<li>5&rsquo;010 demandeurs d\u2019asile<\/li>\n<\/ul>\n<p>Bangkok compterait environ 8000 r\u00e9fugi\u00e9s \u00ab\u00a0urbains\u00a0\u00bb, selon le site asylumaccess.org. Ils viennent du Pakistan, Palestine, de Syrie, du Sri Lanka, du Vietnam, de Somalie, et de Chine et fuient les conflits arm\u00e9s et la pers\u00e9cution.<\/p>\n<p><\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Non reconnus par la Tha\u00eflande, les demandeurs d\u2019asile, aux c\u00f4t\u00e9s des r\u00e9fugi\u00e9s, des\u00a0travailleurs ill\u00e9gaux, des sans-papiers et des \u00e9trangers en d\u00e9passement de visa, sont\u00a0des milliers \u00e0 s\u2019entasser dans des conditions inhumaines dans les centres de d\u00e9tention\u00a0du royaume. Ils y attendent, parfois des ann\u00e9es, que leur sort soit r\u00e9gl\u00e9. 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