{"id":50872,"date":"2018-11-21T10:10:43","date_gmt":"2018-11-21T09:10:43","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=50872"},"modified":"2021-08-26T13:40:27","modified_gmt":"2021-08-26T11:40:27","slug":"livre-penser-les-mots-dire-la-migration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2018\/11\/21\/livre-penser-les-mots-dire-la-migration\/","title":{"rendered":"Livre | Penser les mots, dire la migration"},"content":{"rendered":"<div class=\"grid-ten large-grid-nine grid-last content-body content entry-content instapaper_body\">\n<p><strong>L&rsquo;ouvrage <a href=\"http:\/\/www.editions-academia.be\/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=60793\"><em>Penser les mots, dire la migration<\/em><\/a> , \u00e9dit\u00e9 par Laura Calabrese et Marie V\u00e9niard, r\u00e9unit les contributions de chercheur\u00b7e\u00b7s qui, tou\u00b7te\u00b7s, quelle que soit leur discipline \u2013 linguistique, histoire, sociologie, sciences de l\u2019information et de la communication ou sciences politiques \u2013, se sont int\u00e9ress\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 des mots saillants dans les discours contemporains sur l\u2019immigration et ont cherch\u00e9 \u00e0 en <a href=\"http:\/\/liseuse.harmattan.fr\/978-2-8061-0420-5\">d\u00e9crire les usages effectifs<\/a>. Ces chercheur\u00b7e\u00b7s mettent en pratique ce qu\u2019on appelle une <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-langages-2018-2-p-35.htm\">s\u00e9mantique discursive<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils consid\u00e8rent le sens comme \u00e9tant non pas un donn\u00e9 mais au contraire le produit d\u2019une situation sociale, historique, discursive particuli\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p><em>L&rsquo;ouvrage <a href=\"http:\/\/www.editions-harmattan.fr\/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=60793\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Penser les mots, dire la migration<\/a> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 est paru le 12 septembre 2018 aux \u00e9ditions Academia\/L\u2019Harmattan et comporte les contributions de Salih Akin, Karen Akoka, Sylvie Aprile, Julien Auboussier, Christine Barats, Benjamin Boudou, Sonia Branca-Rosoff, Laura Calabrese, C\u00e9cile Canut, \u00c9milie Devriendt, Pierre Fiala, Ide Hekmat, Michelle Lecolle, Sandra Nossik, Antoine Roblain, Maryse Potvin, Marie Veniard. Nous reproduisons ci-dessous un article \u00e0 son sujet publi\u00e9 sur le site <a href=\"https:\/\/theconversation.com\/ce-que-cachent-les-mots-de-la-migration-104339\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">The Conversation<\/a> par ses deux \u00e9ditrices.<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p><span class=\"intertitre\">Ce que cachent les mots de la migration<\/span><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.editions-harmattan.fr\/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=60793\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-50873 size-medium\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/Penser_les_mots_dire_la_migration-183x300.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/Penser_les_mots_dire_la_migration-183x300.jpg 183w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/Penser_les_mots_dire_la_migration-91x150.jpg 91w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/Penser_les_mots_dire_la_migration.jpg 1548w\" sizes=\"auto, (max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/><\/a>Les querelles politiques et m\u00e9diatiques portant sur les mots sont particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrices de changements, d\u2019ajustements s\u00e9mantiques qui t\u00e9moignent du fait qu\u2019une langue est une r\u00e9alit\u00e9 sociale en mouvement.<\/p>\n<p>Ces querelles sont particuli\u00e8rement r\u00e9currentes sur un sujet sensible tel que l\u2019immigration. Que l\u2019on se souvienne seulement <a href=\"https:\/\/www.aljazeera.com\/blogs\/editors-blog\/2015\/08\/al-jazeera-mediterranean-migrants-150820082226309.html\">des d\u00e9bats en 2015<\/a> autour des d\u00e9nominations <em>migrant<\/em> vs <em>r\u00e9fugi\u00e9<\/em>, qui ont eu un <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-langages-2018-2-p-105.htm\">retentissement consid\u00e9rable<\/a>, contribuant certainement \u00e0 attirer, avec d\u2019autres \u00e9v\u00e8nements, l\u2019attention de l\u2019opinion publique sur ces situations dramatiques.<\/p>\n<p>Cette pol\u00e9mique a fait l\u2019objet de nombreuses r\u00e9actions critiques, notamment de la part de chercheurs en sciences sociales. Certaines ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9es dans un ouvrage collectif par l\u2019<a href=\"https:\/\/laviedesidees.fr\/Definir-les-refugies.html\">anthropologue Michel Agier et la juriste Anne-Virginie Madeira<\/a>.<\/p>\n<p>Les prises de position de linguistes, comme celle de <a href=\"https:\/\/vacarme.org\/article2901.html\">C\u00e9cile Canut<\/a> ou celle des auteurs du blog <a href=\"https:\/\/bling.hypotheses.org\/1141\">Bling<\/a>, soulignent que dans les discours publics, le plus souvent, cette pol\u00e9mique est pos\u00e9e de mani\u00e8re compl\u00e8tement d\u00e9contextualis\u00e9e, sans prise en compte ni de la m\u00e9moire de ces mots, ni de leur environnement proche (les mots voisins qui participent de la construction du sens).<\/p>\n<p>Par ailleurs, poser la question de mani\u00e8re binaire selon la logique d\u2019un \u00ab&nbsp;ou&nbsp;\u00bb exclusif \u2013 <em>migrant<\/em> ou bien <em>r\u00e9fugi\u00e9<\/em>&nbsp;? \u2013 laisse penser que les mots seraient de simples \u00e9tiquettes qu\u2019on apposerait sur le r\u00e9el&nbsp;: il suffirait de trouver la bonne. Cette repr\u00e9sentation, ou m\u00e9taphore du \u00ab&nbsp;mot juste&nbsp;\u00bb, illustre ce que les linguistes appellent la th\u00e9orie du reflet \u2013 au sens o\u00f9 le langage ne serait qu\u2019un syst\u00e8me d\u2019\u00e9tiquettes appliqu\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Or, c\u2019est loin d\u2019\u00eatre vrai&nbsp;: le langage construit la perception que l\u2019on a du monde, m\u00eame si cette action semble bien souvent transparente. Les querelles de nomination, en mettant l\u2019accent sur les failles, font appara\u00eetre ce consensus et sa fragilit\u00e9.<\/p>\n<h2>Acc\u00e9der au sens \u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb du mot<\/h2>\n<p>Les d\u00e9bats portant sur les mots sont, pour le chercheur, une voie d\u2019acc\u00e8s au sens, non pas au \u00ab&nbsp;vrai&nbsp;\u00bb sens du mot tel qu\u2019il serait pr\u00e9sent\u00e9 dans un dictionnaire, mais au sens \u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb du mot tel que les locuteurs l\u2019actualisent, c\u2019est-\u00e0-dire, aussi, de la mani\u00e8re dont ils l\u2019utilisent pour argumenter.<\/p>\n<p>Notre ouvrage <a href=\"http:\/\/www.editions-academia.be\/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=60793\"><em>Penser les mots, dire la migration<\/em><\/a> r\u00e9unit les contributions de chercheur\u00b7e\u00b7s qui, tou\u00b7te\u00b7s, quelle que soit leur discipline \u2013 linguistique, histoire, sociologie, sciences de l\u2019information et de la communication ou sciences politiques \u2013, se sont int\u00e9ress\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 des mots saillants dans les discours contemporains sur l\u2019immigration et ont cherch\u00e9 \u00e0 en <a href=\"http:\/\/liseuse.harmattan.fr\/978-2-8061-0420-5\">d\u00e9crire les usages effectifs<\/a>. Ces chercheur\u00b7e\u00b7s mettent en pratique ce qu\u2019on appelle une <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-langages-2018-2-p-35.htm\">s\u00e9mantique discursive<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils consid\u00e8rent le sens comme \u00e9tant non pas un donn\u00e9 mais au contraire le produit d\u2019une situation sociale, historique, discursive particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9sumer, on peut dire, avec le sociolinguiste <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-langage-et-societe-2006-3-page-155.htm\">Bernard Gardin<\/a>, que le sens ne se configure pas simplement par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, comme le voudrait la \u00ab&nbsp;th\u00e9orie du reflet&nbsp;\u00bb, mais au carrefour de trois types d\u2019influences&nbsp;: l\u2019influence de l\u2019autre (des autres) avec lesquels, contre lesquels on parle&nbsp;; l\u2019influence de la langue, du vocabulaire et de la grammaire partag\u00e9s par une communaut\u00e9&nbsp;; et, bien s\u00fbr, l\u2019influence du r\u00e9el.<\/p>\n<h2>Mots tabous<\/h2>\n<p>Dans cet ouvrage nous abordons des mots tabous tels que <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-mots-2018-1.htm\"><em>race<\/em><\/a> (\u00c9milie Devriendt) ou <a href=\"http:\/\/www.editions-academia.be\/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=60793\"><em>fran\u00e7ais de souche<\/em><\/a> (Sonia Branca-Rosoff), qui sont si marqu\u00e9s par des discours et positionnements de l\u2019extr\u00eame droite qu\u2019ils en deviennent inutilisables pour quelqu\u2019un qui voudrait se d\u00e9gager de ces connotations. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas marginal, ce n\u2019est pas une irr\u00e9gularit\u00e9 du sens, mais au contraire son fonctionnement normal et r\u00e9gulier. Il trouve sa source dans le fait que tout acte langagier est n\u00e9cessairement destin\u00e9 \u00e0 un autre, que cet autre soit pr\u00e9sent ou non&nbsp;: on anticipe ses discours, on les reprend ou on s\u2019y oppose et les mots finissent par porter la trace, la m\u00e9moire de ces interactions. C\u2019est ce qu\u2019on appelle le <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/praxematique\/461\">dialogisme<\/a>, la m\u00e9moire d\u2019usages ant\u00e9rieurs telle qu\u2019elle circule dans une communaut\u00e9 donn\u00e9e, \u00e0 une \u00e9poque donn\u00e9e.<\/p>\n<h2>Mots et grammaire<\/h2>\n<p>Mais le sens se construit aussi sur des significations partag\u00e9es, sur le vocabulaire d\u2019une langue ou sur la \u00ab&nbsp;grammaire&nbsp;\u00bb sous-jacente \u00e0 certains mots. Le cas de <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/quad_0987-1381_1994_num_22_1_1065\"><em>int\u00e9gration<\/em><\/a> (Christine Barats) peut \u00e9clairer cette id\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce nom est d\u00e9riv\u00e9 d\u2019un verbe et cette transformation permet de ne pas dire qui int\u00e8gre, \u00e0 quoi et surtout qui s\u2019int\u00e8gre. Tout le monde est suppos\u00e9 le savoir. Mais s\u2019agit-il de tous les exclus&nbsp;? des \u00e9trangers&nbsp;? des immigr\u00e9s&nbsp;? de certains d\u2019entre eux&nbsp;? de leurs descendants&nbsp;? voire des descendants de leurs descendants&nbsp;? Cette ind\u00e9termination r\u00e9sulte l\u00e0 encore du fonctionnement normal de la langue, qui agit \u00e0 la fois comme une ressource et une contrainte sur la production du sens. Mais cette construction r\u00e9v\u00e8le, en creux, ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme une \u00e9vidence connue de tous. Et les \u00e9vidences peuvent et doivent \u00eatre interrog\u00e9es.<\/p>\n<p>[caption id=\"\" align=\"alignright\" width=\"337\"]<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/images.theconversation.com\/files\/242053\/original\/file-20181024-48700-10mqby.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip\" alt=\"\" width=\"337\" height=\"271\"> Quel \u00e9tait le sens des mots pour qualifier les grandes migrations dans l\u2019histoire ? Tableau d\u2019 Alexandre-Fran\u00e7ois Bonnardel, Les Exil\u00e9s,1916. Xavier Car\u00e9\/Wikimedia[\/caption]<\/p>\n<h2>Mots et histoire<\/h2>\n<p>Si le rapport de la langue au r\u00e9el peut para\u00eetre naturel, un point de vue historique sur le vocabulaire r\u00e9v\u00e8le bien vite que notre perception du r\u00e9el est socialis\u00e9e. Ainsi, nommer <em>exil\u00e9s<\/em> les immigrants illustre une tentative de reporter sur les personnes les connotations \u00e0 la fois politiques et humanistes que <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2246\">ce mot a eu au XIX\u1d49&nbsp;si\u00e8cle<\/a> (Sylvie Aprile) et d\u2019\u00e9chapper ainsi \u00e0 la logique binaire \u00e9voqu\u00e9e plus haut, logique largement port\u00e9e par le discours politique.<\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rentes influences ne sont pas exclusives les unes des autres, comme le souligne la chercheuse en sciences politiques Karen Akoka dans son \u00e9tude de la formation, au cours du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, de la <a href=\"https:\/\/laviedesidees.fr\/Crise-des-refugies-ou-des-politiques-d-asile.html\">cat\u00e9gorie du r\u00e9fugi\u00e9<\/a>. On consid\u00e8re aujourd\u2019hui comme centrale la pers\u00e9cution politique dans la d\u00e9finition de la cat\u00e9gorie de r\u00e9fugi\u00e9, mais Karen Akoka rappelle que cette orientation a \u00e9merg\u00e9 dans le cadre des rapports de force entre l\u2019Est et l\u2019Ouest pendant la Guerre froide, l\u2019Union sovi\u00e9tique d\u00e9fendant plut\u00f4t une d\u00e9finition fond\u00e9e sur la pers\u00e9cution \u00e9conomique.<\/p>\n<h2>Les sources de flou<\/h2>\n<p>Enfin, on voudrait pouvoir penser que le sens est fixe, lisse, d\u00e9limit\u00e9 et d\u00e9nu\u00e9 d\u2019ambigu\u00eft\u00e9, ce qui n\u2019est pas le cas. La polys\u00e9mie, autre ph\u00e9nom\u00e8ne tr\u00e8s courant, est une source de flottement possible du sens&nbsp;: l\u2019<a href=\"http:\/\/www.editions-academia.be\/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=60793\">adjectif \u00ab&nbsp;multiculturel&nbsp;\u00bb<\/a> (Marie Veniard) renvoie \u00e0 \u2013 au minimum \u2013 deux acceptions&nbsp;: une politique <em>multiculturelle<\/em> vs la <em>diversit\u00e9<\/em> de fait d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, d\u2019une ville.<\/p>\n<p>Cette polys\u00e9mie est une ressource pour les locuteurs dans leurs usages pol\u00e9miques, ce qui permet \u00e0 Fran\u00e7ois Fillon, alors candidat \u00e0 la primaire de la droite, de dire le 24&nbsp;novembre 2017&nbsp;que la <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/election-presidentielle-2017\/video\/2016\/11\/25\/francois-fillon-affirme-son-opposition-a-une-france-multiculturelle_5037612_4854003.html#4MJqCYM53IZT7ZLc.99\">France n\u2019est pas multiculturelle<\/a> et ne le sera pas, alors que le militant et journaliste Pouria Amirshahi affirme qu\u2019<a href=\"https:\/\/www.bondyblog.fr\/reportages\/au-pouvoir\/pouria-amirshahi-la-france-est-multiculturelle-et-cest-tant-mieux\/\">elle l\u2019est (d\u00e9j\u00e0)<\/a>. Le premier parle de l\u2019existence d\u2019une politique sp\u00e9cifique, tandis que le second parle de l\u2019existence d\u2019une population m\u00e9tiss\u00e9e, ce qui autorise tous les d\u00e9saccords, la France <em>\u00e9tant<\/em> et <em>n\u2019\u00e9tant pas<\/em> multiculturelle. Mais si la polys\u00e9mie est reconnue, la pol\u00e9mique dispara\u00eet.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le sens \u00e9volue&nbsp;: un mot tel que <a href=\"http:\/\/www.editions-academia.be\/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=60793\">\u00ab&nbsp;diversit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/a> (Laura Calabrese), tel qu\u2019on l\u2019emploie aujourd\u2019hui, d\u00e9borde largement la d\u00e9finition donn\u00e9e par le dictionnaire, qui est de d\u00e9signer la vari\u00e9t\u00e9 (g\u00e9n\u00e9tique, v\u00e9g\u00e9tale, linguistique, etc.). Dans les usages contemporains, <em>diversit\u00e9<\/em> d\u00e9signe aussi l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, voire dans certains cas un groupe particulier de personnes, ce qui permet d\u2019expliquer que <em>issu de la diversit\u00e9<\/em> puisse \u00eatre synonyme de <em>issu de l\u2019immigration<\/em>.<\/p>\n<h2>Installer l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, installer l\u2019identit\u00e9<\/h2>\n<p>Un certain nombre de mots contribuent \u00e0 installer, de fa\u00e7on plus ou moins explicite, la dichotomie identitaire \u00ab&nbsp;nous vs eux&nbsp;\u00bb, tant l\u2019identit\u00e9 ne se d\u00e9finit jamais aussi bien que par rapport \u00e0 une alt\u00e9rit\u00e9. <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mots\/21218\">Etranger<\/a> (Benjamin Boudou), bien s\u00fbr, ou des mots d\u00e9signant des personnes&nbsp;: les <a href=\"http:\/\/www.revues-plurielles.org\/_uploads\/pdf\/6_93_7.pdf\">sans-papiers<\/a> (Salih Akin) font exister en creux les \u00ab&nbsp;avec papiers&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le groupe majoritaire&nbsp;; les <em>Fran\u00e7ais de souche<\/em> (comme se nomment certains partisans des th\u00e8ses de l\u2019extr\u00eame droite) s\u2019opposent aux <em>allochtones<\/em> (en Belgique, dans les discours administratifs mais aussi ordinaires, p\u00e9joratif).<\/p>\n<p>M\u00eame le mot <a href=\"http:\/\/www.revue-interrogations.org\/NOMS-COLLECTIFS-HUMAINS-UN-POINT\">communaut\u00e9<\/a> (Michelle Lecolle), qui a priori n\u2019est pas destin\u00e9 \u00e0 marquer l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, a \u00e9volu\u00e9, sous l\u2019influence de <em>communautarisme<\/em> et de ses emplois disqualifiants. Il est pass\u00e9 d\u2019un lieu dans lequel on vit en commun vers une d\u00e9nomination renvoyant \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 par rapport au groupe englobant. Une telle dichotomisation favorise d\u2019une part l\u2019id\u00e9e que de tels groupes existent, ce qu\u2019on appelle la pr\u00e9supposition d\u2019existence, et d\u2019autre part l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils sont homog\u00e8nes \u2013 le nous autant que l\u2019eux.<\/p>\n<p>Ces quelques \u00e9l\u00e9ments invitent \u00e0 toujours penser les usages comme contextualis\u00e9s, \u00e0 reconna\u00eetre la \u00ab&nbsp;th\u00e9orie du reflet&nbsp;\u00bb quand elle se pr\u00e9sente et \u00e0 prendre de la distance par rapport \u00e0 la mani\u00e8re dont une \u00ab&nbsp;querelle d\u2019\u00e9tiquetage&nbsp;\u00bb est cadr\u00e9e par les m\u00e9dias ou les acteurs politiques.<\/p>\n<p>Ils nous rappellent fondamentalement trois choses&nbsp;: que la vie sociale est aussi faite de mots et de discours, que les mots ont des fonctionnements propres que les locuteurs peuvent (ou non) faire semblant d\u2019ignorer dans leur <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/aad\/2216\">argumentation<\/a> et, enfin, que leur usage n\u2019est pas une fatalit\u00e9, car un locuteur peut toujours s\u2019extraire des grandes tendances politico-m\u00e9diatiques pour faire des choix alternatifs.<\/p>\n<p>Dans le cas de la querelle migrant-r\u00e9fugi\u00e9, en disant <em>les exil\u00e9s<\/em> ou <em>les demandeurs de l\u2019asile<\/em> (par opposition au statut de demandeur d\u2019asile), <em>les amis<\/em>, <em>les invit\u00e9s<\/em>, <em>les artisans<\/em>, <em>les migrants-r\u00e9fugi\u00e9s<\/em>. Toutes ces d\u00e9signations sont attest\u00e9es. Bref, il faut passer d\u2019une logique du \u00ab&nbsp;ou&nbsp;\u00bb exclusif \u00e0 une logique du \u00ab&nbsp;et&nbsp;\u00bb inclusif.<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ouvrage Penser les mots, dire la migration , \u00e9dit\u00e9 par Laura Calabrese et Marie V\u00e9niard, r\u00e9unit les contributions de chercheur\u00b7e\u00b7s qui, tou\u00b7te\u00b7s, quelle que soit leur discipline \u2013 linguistique, histoire, sociologie, sciences de l\u2019information et de la communication ou sciences politiques \u2013, se sont int\u00e9ress\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00e0 des mots saillants dans les discours contemporains sur l\u2019immigration &hellip; <a href=\"https:\/\/asile.ch\/en\/2018\/11\/21\/livre-penser-les-mots-dire-la-migration\/\">Continued<\/a><\/p>","protected":false},"author":8,"featured_media":50873,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[160,496,681],"tags":[1158,505,597,1116],"ve_numero":[],"pays":[],"ve_type":[1074],"ve_action":[1046],"class_list":["post-50872","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-comptoir-des-medias","category-medias-et-prejuges-documentation","tag-comptoir","tag-livre","tag-terminologie","tag-union-europeenne","ve_type-recension","ve_action-comptoir"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50872","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=50872"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50872\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/50873"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=50872"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=50872"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=50872"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=50872"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=50872"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=50872"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=50872"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}