{"id":5176,"date":"2012-07-02T07:47:58","date_gmt":"2012-07-02T07:47:58","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=5176"},"modified":"2021-08-26T14:11:49","modified_gmt":"2021-08-26T12:11:49","slug":"le-temps-requerants-a-laide-durgence-les-troubles-psychiatriques-augmentent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2012\/07\/02\/le-temps-requerants-a-laide-durgence-les-troubles-psychiatriques-augmentent\/","title":{"rendered":"Le Temps | Requ\u00e9rants \u00e0 l\u2019aide d\u2019urgence: les troubles psychiatriques augmentent"},"content":{"rendered":"<h3>Les m\u00e9decins s\u2019inqui\u00e8tent de la fragilit\u00e9 croissante des migrants. Ils redoutent l\u2019effet d\u2019une suppression de l\u2019aide sociale<\/h3>\n<h3>Article publi\u00e9 le vendredi 29 juin 2012 par Val\u00e9rie de Graffenried (<a href=\"http:\/\/www.letemps.ch\/Page\/Uuid\/96900d50-c154-11e1-b426-d21697b2a164\/Requ%C3%A9rants_%C3%A0_laide_durgence_les_troubles_psychiatriques_augmentent\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Lien vers l&rsquo;article sur le site du Temps<\/a>)<\/h3>\n<p>M\u00e9decins et psychiatres tirent la sonnette d\u2019alarme: l\u2019aide d\u2019urgence peut rendre fou. Sous pression, victimes de la saturation des places d\u2019h\u00e9bergement et de conditions de vie plus pr\u00e9caires, les requ\u00e9rants d\u00e9veloppent toujours plus de troubles psychiatriques, confirment les sp\u00e9cialistes contact\u00e9s par Le Temps. Tous craignent que la suppression de l\u2019aide sociale appliqu\u00e9e \u00e0 tous les requ\u00e9rants ait des effets d\u00e9vastateurs.<\/p>\n<p>Cette mesure tr\u00e8s contest\u00e9e a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e en juin par le National, lors de la r\u00e9vision de la loi sur l\u2019asile. Le Conseil des Etats en d\u00e9battra en septembre. La ministre de Justice et police, Simonetta Sommaruga, y est oppos\u00e9e. Elle craint qu\u2019elle ne rallonge les proc\u00e9dures et ne provoque davantage de criminalit\u00e9. Voil\u00e0 que l\u2019augmentation des probl\u00e8mes de sant\u00e9, et par ricochet des co\u00fbts, redout\u00e9e par le milieu m\u00e9dical s\u2019ajoute aux effets n\u00e9gatifs relev\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00abLa situation des requ\u00e9rants s\u2019est clairement d\u00e9grad\u00e9e ces derniers mois\u00bb, confirme Michael Saraga, responsable de la psychiatrie de liaison \u00e0 la Policlinique m\u00e9dicale universitaire de Lausanne (PMU). \u00abLa suppression de l\u2019aide sociale pour tous les d\u00e9bout\u00e9s, entr\u00e9e en vigueur en 2008, \u00e9tait cens\u00e9e pousser les gens \u00e0 quitter la Suisse. Or cela ne marche pas: beaucoup restent tr\u00e8s longtemps \u00e0 l\u2019aide d\u2019urgence, un r\u00e9gime pr\u00e9vu \u00e0 la base pour n\u2019\u00eatre que de courte dur\u00e9e. A cela se sont ajout\u00e9s les probl\u00e8mes des places d\u2019h\u00e9bergement, qui pr\u00e9carisent encore plus les conditions de vie des migrants.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019augmentation des demandes d\u2019asile (+45% en 2011 par rapport \u00e0 2010) a par exemple n\u00e9cessit\u00e9 l\u2019ou\u00adverture d\u2019abris PC. Ces abris, provisoires, ne sont cens\u00e9s h\u00e9berger que des requ\u00e9rants d\u00e9bout\u00e9s et des \u00abcas Dublin\u00bb \u00e0 expulser, \u00e0 l\u2019aide d\u2019urgence. Or on y trouve aussi des personnes en proc\u00e9dure, dans l\u2019attente d\u2019une d\u00e9cision. \u00abCes m\u00e9langes sont n\u00e9fastes. Et la surveillance de ces centres par des hommes en uniforme peut r\u00e9veiller d\u2019anciens traumatismes chez certains\u2026\u00bb<\/p>\n<p>Son coll\u00e8gue Patrick Bodenmann, responsable de l\u2019Unit\u00e9 des populations vuln\u00e9rables \u00e0 la PMU, pose le m\u00eame diagnostic. \u00abNous voyons beaucoup de souffrances. Les gens sont souvent perdus, \u00e0 force d\u2019\u00eatre d\u00e9plac\u00e9s d\u2019une structure \u00e0 l\u2019autre et de ne pas comprendre ce qui se passe\u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Dans le canton de Vaud, c\u2019est par Michael Saraga et Patrick Bodenmann que passent les dossiers des requ\u00e9rants d\u00e9bout\u00e9s priv\u00e9s d\u2019aide sociale les plus vuln\u00e9rables. Ils sont sollicit\u00e9s par l\u2019Etablissement vaudois d\u2019accueil des migrants (EVAM) pour \u00e9mettre un avis sur certains cas, sur la base de leur dossier m\u00e9dical. Ils citent un exemple: celui d\u2019un p\u00e8re de famille arm\u00e9nien, dans un \u00e9tat d\u00e9pressif grave, victime de stress post-traumatique en raison de pers\u00e9cutions subies.<\/p>\n<p>\u00abPour ce type de cas, un transfert, avec la famille, du foyer \u00e0 un logement individuel plus proche de m\u00e9decins est recommand\u00e9. Mais, avec les probl\u00e8mes d\u2019h\u00e9bergement, cela devient toujours plus difficile de trouver des solutions ad\u00e9quates pour des cas particuliers. Et cela ne fera qu\u2019empirer\u00bb, souligne Patrick Bodenmann. La surpopulation de lieux d\u2019h\u00e9bergement cr\u00e9e aussi des tensions communautaires.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime de l\u2019aide d\u2019urgence ne provoque pas forc\u00e9ment lui-m\u00eame de nouveaux troubles. Par contre, un requ\u00e9rant qui ne peut b\u00e9n\u00e9ficier que d\u2019un minimum vital, qui se sent toujours plus stigmatis\u00e9, peut voir certains maux dont il souffrait augmenter. Il s\u2019agit souvent de troubles anxieux et d\u00e9pressifs graves, avec tendances suicidaires. Et de stress post-traumatique.<\/p>\n<p>Jean-Claude M\u00e9traux, psychiatre engag\u00e9 aupr\u00e8s des victimes de conflits arm\u00e9s et des migrants, parle aussi de modifications de la personnalit\u00e9 li\u00e9es aux conditions de vie extr\u00eames. \u00abDans la plupart des cas, il faut parler d\u2019\u00e9tats de survie engendrant un \u00e9tat d\u2019alerte permanent, un sentiment total d\u2019impuissance et une projection impossible dans le futur\u00bb, note-t-il. Ce \u00ab<a href=\"http:\/\/www.fhspereclaver.org\/migra-salut-mental\/Ulises\/Ulysses%20text%202%20english-1.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">syndrome d\u2019Ulyss<\/a>e\u00bb touche aussi les enfants.<\/p>\n<p>Ce qui le pr\u00e9occupe le plus est que ces troubles sont \u00ab\u00e0 l\u2019origine d\u2019actes agressifs, qui justement sont incrimin\u00e9s pour durcir la loi sur l\u2019asile. C\u2019est le serpent qui se mord la queue: les mesures prises provoquent les maux contre lesquels elles sont cens\u00e9es lutter!\u00bb d\u00e9nonce-t-il.<\/p>\n<p>Le psychiatre voit l\u2019extension de l\u2019aide d\u2019urgence d\u2019un tr\u00e8s mauvais \u0153il: \u00abDe moins en moins de requ\u00e9rants b\u00e9n\u00e9ficieront d\u2019une aide th\u00e9rapeutique ad\u00e9quate, et leurs troubles ne pourront bien souvent plus \u00eatre diagnostiqu\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que pointe du doigt Gilles Hourton, responsable infirmier de la consultation Sant\u00e9 migrants aux H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve (HUG). \u00abPour \u00eatre efficace, la r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019urgence doit s\u2019accompagner d\u2019une suite de soins en ambulatoire. Or, avec l\u2019augmentation des requ\u00e9rants, les conditions pour l\u2019accueil, l\u2019\u00e9valuation et la prise en charge sanitaire se sont d\u00e9grad\u00e9es. Nous avons plus de difficult\u00e9s \u00e0 identifier les cas probl\u00e9matiques, qui se perdent dans la masse\u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>En \u00e9voquant la g\u00e9n\u00e9ralisation redout\u00e9e du r\u00e9gime de l\u2019aide d\u2019urgence, il ajoute: \u00abEn r\u00e9action \u00e0 cette forme d\u2019abandon et de d\u00e9laissement, nous risquons aussi de voir se d\u00e9velopper des troubles psycho\u00adlogiques et comportementaux comme la violence et la toxicomanie.\u00bb<\/p>\n<p>Sophie Durieux-Paillard, m\u00e9decin responsable du programme Sant\u00e9 migrants aux HUG, acquiesce: \u00abAvec l\u2019aide d\u2019urgence, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 des personnes qui ont une assurance maladie, mais dont les bases sociales ne sont plus assur\u00e9es. On revient \u00e0 l\u2019\u00abh\u00f4pital Charit\u00e9\u00bb, en demandant aux soignants de pallier les maux engendr\u00e9s par une probl\u00e9matique sociale. On oublie souvent que ces personnes sont d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9es \u00e0 la base, qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 victimes de violences dans leur pays ou lors de leur trajet migratoire. Elles n\u2019ont souvent plus l\u2019\u00e9nergie vitale pour faire face \u00e0 ces nouvelles \u00e9preuves.\u00bb<\/p>\n<p>Et, dans cet \u00e9tat, elles sont encore moins capables d\u2019envisager un retour dans leur pays.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les m\u00e9decins s\u2019inqui\u00e8tent de la fragilit\u00e9 croissante des migrants. Ils redoutent l\u2019effet d\u2019une suppression de l\u2019aide sociale. 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