{"id":56335,"date":"2019-12-24T14:17:46","date_gmt":"2019-12-24T13:17:46","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=56335"},"modified":"2021-09-04T00:29:12","modified_gmt":"2021-09-03T22:29:12","slug":"livre-a-s-offrir-je-suis-au-pays-avec-ma-mere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2019\/12\/24\/livre-a-s-offrir-je-suis-au-pays-avec-ma-mere\/","title":{"rendered":"I'm in the country with my mother, by Ir\u00e8ne de Santa Ana and Isabelle Pralong"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Je suis au pays avec ma m\u00e8re<\/span><em><span class=\"accroche\"> nous accueille dans la vie int\u00e9rieure de C\u00e9dric, adolescent en exil. Une collaboration entre la psychoth\u00e9rapeute Ir\u00e8ne de Santa Ana et la dessinatrice Isabelle Pralong. La BD est s\u00e9lectionn\u00e9e au Festival d\u2019Angoul\u00eame.<\/span><\/em><\/p>\n<hr>\n<p><span class=\"accroche intertitre\">\u00c0 l&rsquo;ancre des r\u00eaves<\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_54756\" aria-describedby=\"caption-attachment-54756\" style=\"width: 268px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-54756 size-full\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/th_362ad82be520c4a2c6f4d8fb42218792_jesuisaupays_couv26822.png\" alt=\"\" width=\"268\" height=\"362\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/th_362ad82be520c4a2c6f4d8fb42218792_jesuisaupays_couv26822.png 268w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/th_362ad82be520c4a2c6f4d8fb42218792_jesuisaupays_couv26822-222x300.png 222w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/th_362ad82be520c4a2c6f4d8fb42218792_jesuisaupays_couv26822-111x150.png 111w\" sizes=\"auto, (max-width: 268px) 100vw, 268px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-54756\" class=\"wp-caption-text\"><strong><em>Je suis au pays avec ma m\u00e8re<\/em>, &nbsp;Ir\u00e8ne de Santa Ana et Isabelle Pralong, Atrabile, 2019<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p><span class=\"accroche\">Tout commence par une histoire de voisinage. La psychoth\u00e9rapeute Ir\u00e8ne de Santa Ana parle avec la dessinatrice Isabelle Pralong: elle a aim\u00e9 sa bande dessin\u00e9e intitul\u00e9e <em>Oui mais il ne bat que pour vous<\/em>. Elle-m\u00eame a \u00e9crit un article sur un jeune exil\u00e9 dont le proc\u00e9d\u00e9 \u2013 r\u00eave r\u00e9alit\u00e9 et dedans-dehors \u2013 est le m\u00eame que celui de la bande dessin\u00e9e. Elle le lui confie. Six mois plus tard, apr\u00e8s avoir lu l\u2019article, Isabelle Pralong contacte Ir\u00e8ne de Santa Ana. Ensemble, pendant trois ans, elles vont dessiner et \u00e9crire<em> Je suis au pays avec ma m\u00e8re<\/em>.<\/span><\/p>\n<p>Mais peut-\u00eatre que tout commence par un travail th\u00e9rapeutique. C\u00e9dric, adolescent migrant non accompagn\u00e9, est suivi par Ir\u00e8ne de Santa Ana \u00e0 Appartenances. Cette association propose, en Suisse, une aide sp\u00e9cialis\u00e9e \u00e0 des personnes pr\u00e9sentant une souffrance psychique en lien avec la migration et\/ou un v\u00e9cu de guerre, de torture ou d\u2019autres formes de violence collective. \u00ab Une attention particuli\u00e8re est accord\u00e9e \u00e0 la culture d\u2019origine des patients, \u00e0 leur v\u00e9cu migratoire, ainsi qu\u2019\u00e0 leurs conditions de vie en Suisse.\u00bb<\/p>\n<p>Pendant huit ans, C\u00e9dric et Ir\u00e8ne de Santa Ana vont se rencontrer r\u00e9guli\u00e8rement. Un suivi au long cours que permet Appartenances, qui n\u2019y met pas un terme \u00e0 l\u2019obtention de la majorit\u00e9, contrairement \u00e0 nombre de structures europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>\u00c0 moins que tout ne commence par l\u2019arriv\u00e9e de C\u00e9dric en Europe, les demandes d\u2019asile refus\u00e9es. Ou son emprisonnement en Afrique, la mort de son p\u00e8re, de sa soeur, de sa m\u00e8re. Voire quand il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de sept jours, f\u00eat\u00e9 \u00e0 sept ans. Quand il s\u2019est mis \u00e0 r\u00eaver, quand il s\u2019est mis \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 en parler. Une certitude, pourtant : Je suis au pays avec ma m\u00e8re est n\u00e9 de rencontres puissantes et de longs cheminements.<\/p>\n<p>Et c\u2019est ainsi que ce livre nous accueille, d\u2019un pas lent et d\u00e9cid\u00e9, dans la vie int\u00e9rieure d\u2019un gar\u00e7on aux r\u00eaves vibrants. Les r\u00eaves. Pas les papiers ni les politiques migratoires. Pas l\u2019exil, le voyage et leurs traumas. Ni la clandestinit\u00e9 forc\u00e9e et ses violences, la peur de l\u2019emprisonnement ici ou l\u00e0-bas. Pas m\u00eame les comparaisons entre ici et l\u00e0-bas. Non, les r\u00eaves, le fil t\u00e9nu, incontr\u00f4lable, qui tient C\u00e9dric d\u2019une seule pi\u00e8ce. Qui nous le rend \u00e0 nouveau ni migrant ni \u00e9tranger mais enfant comme nous l\u2019avons \u00e9t\u00e9 et personne en devenir. Aux r\u00eaves, nous nous sommes tous frott\u00e9s et tous nous en avons senti la force magique. Ce sont eux qui nourrissent <em>Je suis au pays avec ma m\u00e8re.<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_56583\" aria-describedby=\"caption-attachment-56583\" style=\"width: 420px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/BDjesuisaupays2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-56583\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/BDjesuisaupays2-722x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"596\"><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-56583\" class=\"wp-caption-text\">Images de la BD Je suis au pays avec ma m\u00e8re, Ir\u00e8ne de Santa Ana et Isabelle Pralong, Atrabile, 2019<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00ab Des histoires comme celle de C\u00e9dric, il en existe malheureusement beaucoup d\u2019autres. Mais la sienne est extr\u00eamement singuli\u00e8re par le travail qu\u2019il faisait sur les r\u00eaves\u00bb, explique Ir\u00e8ne de Santa Ana. \u00abIl \u00e9tait pris dans une qu\u00eate existentielle o\u00f9 se croisaient sa construction identitaire au pays [C\u00e9dric est peul et musulman par sa m\u00e8re, chr\u00e9tien par son p\u00e8re], la perte de sa m\u00e8re et le refus de l\u2019asile. Il cherchait une explication \u00e0 ce destin et donc un sens \u00e0 sa vie et venait au travail en apportant ses r\u00eaves. Le suivi de C\u00e9dric m\u2019a mise en souffrance en tant que th\u00e9rapeute. Toutes les requ\u00eates aupr\u00e8s des services en charge des migrations ont abouti \u00e0 un \u00ab non \u00bb r\u00e9p\u00e9t\u00e9. J\u2019ai eu besoin d\u2019\u00e9crire. C\u2019\u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9. Je voulais en faire un t\u00e9moignage. D\u2019abord aupr\u00e8s de mes coll\u00e8gues \u2013 c\u2019est pour \u00e7a que j\u2019ai choisi d\u2019\u00e9crire l\u2019article \u00ab Le gar\u00e7on qui continuait \u00e0 r\u00eaver \u00bb dans Tribune Jpsychanalytique. Je voulais leur dire: \u00abOui, on peut faire un suivi dans ces conditions-l\u00e0, m\u00eame un magnifique travail th\u00e9rapeutique, et c\u2019est important de le faire.\u00bb Je voulais aussi t\u00e9moigner de ces r\u00e9alit\u00e9s travers\u00e9es par les jeunes comme C\u00e9dric. Des patients nous font beaucoup avancer dans notre parcours de psychoth\u00e9rapie. Ce n\u2019est pas que j\u2019ai choisi C\u00e9dric parmi d\u2019autres pour illustrer mon propos. Non, cela correspondait \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_56562\" aria-describedby=\"caption-attachment-56562\" style=\"width: 253px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Livres_a_offrir.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-56562\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Livres_a_offrir-722x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"253\" height=\"359\"><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-56562\" class=\"wp-caption-text\">Retrouvez le cahier sp\u00e9cial de la revue Vivre Ensemble, qui propose une s\u00e9lection de livres et BD sur la th\u00e9matique de l&rsquo;exil. \u00c0 t\u00e9l\u00e9charger <a href=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Livres_a_offrir.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ici<\/a> ou en cliquant sur l&rsquo;image ci-dessus.<\/figcaption><\/figure>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Isabelle Pralong se dit \u00ab envahie par toutes ces images, ces r\u00eaves [&#8230;], remplie de l\u2019histoire de C\u00e9dric \u00bb. Puis elle d\u00e9taille : \u00ab C\u2019est un long processus qui se met en marche pour moi. Mon intuition premi\u00e8re fut de mettre uniquement en images les r\u00eaves et d\u2019am\u00e9nager le texte autour. Dans mon atelier, je me rends compte que ce sont les r\u00eaves d\u2019un tout jeune homme: ils sont pr\u00e9cieux, puissants, fragiles. Alors je me bloque, je pense ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur. Et C\u00e9dric n\u2019est plus l\u00e0, m\u00eame s\u2019il a donn\u00e9 son accord. Pour m\u2019approcher de ce mat\u00e9riau si d\u00e9licat, je fais pas mal de recherches formelles. Je tourne autour. J\u2019utilise bois, tissu, fil, plexi&#8230; J\u2019essaie toute sorte de facettes et de points de vue. Au bout de quelques semaines, je commence \u00e0 bien voir et entendre ce qui est dit dans ses r\u00eaves. Je me sens l\u00e9gitime en portant ce t\u00e9moignage sans me l\u2019approprier. Je choisis alors un dessin tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9: deux ou trois couleurs maximum, avec de la gouache dilu\u00e9e ou de l\u2019encre. Cette contrainte graphique m\u2019a lib\u00e9r\u00e9e: mon trait \u00e9tait au service des r\u00eaves. \u00bb<\/p>\n<p>Chaque r\u00eave a ses tonalit\u00e9s, plut\u00f4t sombres, n\u2019\u00e9tait le blanc de la feuille, tr\u00e8s pr\u00e9sent: marron et bleu, rouge sang et vert \u00e9pinard, ocre et terre de Sienne&#8230; Les cou- leurs sont sens et \u00e9nergie. Le rouge jaillit d\u2019un homme mena\u00e7ant; le bleu emplit les silhouettes insensibles. Isabelle Pralong manie fluidit\u00e9 et mati\u00e8re, mise en case alentie ou elliptique, pour sortir un \u00e9l\u00e9ment de sa banalit\u00e9 quotidienne et l\u2019emplir d\u2019\u00e9motion onirique. \u00ab Elle a une finesse intuitive qui convient parfaitement aux r\u00eaves \u00bb, note Ir\u00e8ne. \u00ab Une fois les r\u00eaves boucl\u00e9s, compl\u00e8te Isabelle, on se rend compte qu\u2019il faut aussi mettre en images les histoires du pays de C\u00e9dric, comme de petites charni\u00e8res dans la structure du livre, et les s\u00e9ances de th\u00e9rapie sous forme de pictogramme. \u00bb Pour rendre sa longueur au temps et leurs strates aux exp\u00e9riences qui ont nourri <em>Je suis au pays avec ma m\u00e8re<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>MARION DUMAND<\/strong><br \/>\nParu dans la revue Politis n\u00b01572 du 10 au 16 octobre 2019<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 L&rsquo;ANCRE DES R\u00caVES. Tout commence par une histoire de voisinage. La psychoth\u00e9rapeute Ir\u00e8ne de Santa Ana parle avec la dessinatrice Isabelle Pralong: elle a aim\u00e9 sa bande dessin\u00e9e intitul\u00e9e Oui mais il ne bat que pour vous. Elle-m\u00eame a \u00e9crit un article sur un jeune exil\u00e9 dont le proc\u00e9d\u00e9 \u2013 r\u00eave r\u00e9alit\u00e9 et dedans-dehors \u2013 est le m\u00eame que celui de la bande dessin\u00e9e. Elle le lui confie. Six mois plus tard, apr\u00e8s avoir lu l\u2019article, Isabelle Pralong contacte Ir\u00e8ne de Santa Ana. 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