{"id":57061,"date":"2020-02-12T12:05:57","date_gmt":"2020-02-12T11:05:57","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=57061"},"modified":"2021-08-26T13:46:17","modified_gmt":"2021-08-26T11:46:17","slug":"mediapart-ladite-crise-des-migrants-est-une-crise-de-limagination","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2020\/02\/12\/mediapart-ladite-crise-des-migrants-est-une-crise-de-limagination\/","title":{"rendered":"Mediapart | \u00ab\u00a0Ladite \u00ab\u00a0crise des migrants\u00a0\u00bb est une crise de l&rsquo;imagination\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_57100\" aria-describedby=\"caption-attachment-57100\" style=\"width: 340px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-57100\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/25035041529_9377162ed4_o.jpg\" alt=\"\" width=\"340\" height=\"255\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/25035041529_9377162ed4_o.jpg 1797w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/25035041529_9377162ed4_o-300x225.jpg 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/25035041529_9377162ed4_o-150x113.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 340px) 100vw, 340px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-57100\" class=\"wp-caption-text\">Source: Flickr, Kakna&rsquo;s world &#8211; Calais, f\u00e9vrier 2016 &#8211; http:\/\/flickr.com\/kakna<\/figcaption><\/figure>\n<p><span class=\"accroche\">Dans un <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/perou\/blog\/090220\/ladite-crise-des-migrants-est-une-crise-de-limagination\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">article<\/a> publi\u00e9 sur un blog du journal <a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Mediapart<\/a>, S\u00e9bastien Thi\u00e9ry part de l&rsquo;\u00e9vacuation d\u00e9but f\u00e9vrier 2020 d&rsquo;un campement de migrants en France pour d\u00e9velopper une r\u00e9flexion sur les prises de position des acteurs de la migration dans les pays d&rsquo;accueil. \u00ab\u00a0Tout s&rsquo;entretient et tous s&rsquo;entretiennent : ne cessant d&rsquo;arguer du cynisme des \u00e9nonc\u00e9s d&rsquo;en face, chacun se convainc de l&rsquo;incontestabilit\u00e9 des siens, les r\u00e9p\u00e9tant ind\u00e9finiment sans que la d\u00e9tresse des personnes r\u00e9fugi\u00e9es en bordure de p\u00e9riph\u00e9rique ne s&rsquo;en trouve all\u00e9g\u00e9e.\u00a0\u00bb Dans son argumentation, l&rsquo;auteur souligne l&rsquo;importance ces actions quotidiennes des \u00ab\u00a0citoyennes et citoyens [qui] vont \u00e0 la rencontre de l&rsquo;innombrable\u00a0\u00bb et dessinent ainsi une \u00ab\u00a0politique d&rsquo;hospitalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><i>Cet article a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par S\u00e9bastien Thi\u00e9ry, coordinateur des actions du <a href=\"http:\/\/www.perou-paris.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">PEROU<\/a>. Il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur <a href=\"https:\/\/aoc.media\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">AOC<\/a> puis sur un blog de Mediapart le 9 f\u00e9vrier 2020. Nous partageons sur notre site l&rsquo;article tel que publi\u00e9\u00a0sur le blog de PEROU via\u00a0<\/i><a style=\"font-style: italic;\" href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/perou\/blog\/090220\/ladite-crise-des-migrants-est-une-crise-de-limagination\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Mediapart<\/a><i>.<\/i><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Plus de 400 personnes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9es mardi 4 f\u00e9vrier du dernier campement de migrants au Nord-Est de Paris, une semaine apr\u00e8s celui de la Porte d\u2019Aubervilliers. C&rsquo;est un nouveau signe de la mascarade que nous entretenons autour de la \u00ab crise migratoire \u00bb, nous aveuglant nous-m\u00eames sur sa signification, refusant d\u2019y voir l\u2019esquisse d\u2019un avenir qu\u2019il nous faut dessiner en commun.<\/p>\n<p>\u00ab Paris, Porte d&rsquo;Aubervilliers, 28 janvier, 5 heures du matin, un nouveau camp de migrants \u00e9vacu\u00e9 \u00bb. Le journaliste fait semblant de transmettre des informations nouvelles sur les op\u00e9rations en cours et de trouver un sens in\u00e9dit aux communiqu\u00e9s municipaux et pr\u00e9fectoraux du jour. Il prend la peine d&rsquo;interroger le devenir des personnes, de l&rsquo;espace, des politiques publiques en la mati\u00e8re, comme si demeurait \u00e0 leurs endroits un brin de myst\u00e8re. Il cultive une certaine candeur qui lui vaudra probablement d&rsquo;\u00eatre remobilis\u00e9 lors de la prochaine \u00e9vacuation pour r\u00e9pondre \u00e0 la croyance, s&rsquo;il en reste, que quelque chose de sens\u00e9 peut advenir d&rsquo;un tel tumulte. Parce que tous autant que nous sommes, services municipaux comme pr\u00e9fectoraux, exasp\u00e9r\u00e9s comme indign\u00e9s, pro comme anti, savons que la r\u00e9p\u00e9tition des m\u00eames mesures, des m\u00eames gestes, des m\u00eames paroles garantit que rien ne va changer, que tout va s&rsquo;aggraver. Nous savons que dans quelques jours \u00ab un nouveau camp de migrants \u00bb se r\u00e9installera un peu plus loin, se d\u00e9gradera un peu plus rapidement, fera l&rsquo;objet de notre col\u00e8re un peu plus profonde, sera le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;une op\u00e9ration d&rsquo;\u00e9vacuation plus impressionnante encore.<\/p>\n<p>Chacun porte son masque : aux forces de l&rsquo;ordre un tissu blanc sur le visage assurant que le p\u00e9ril est imminent et que malmener des personnes terriblement fatigu\u00e9es au petit matin est bien n\u00e9cessaire ; aux acteurs publics, Maire de Paris et Pr\u00e9fet d&rsquo;\u00cele-de-France au premier chef, la r\u00e9citation en boucle des mots \u00ab indigne \u00bb, \u00ab insupportable \u00bb, \u00ab humanitaire \u00bb, \u00ab abri \u00bb comme autant de preuves tautologiques du caract\u00e8re raisonnable de l&rsquo;intervention d&rsquo;envergure qu&rsquo;ils supervisent affubl\u00e9s d&rsquo;un gilet fluorescent pour signifier la crise ; aux militants, sur les r\u00e9seaux sociaux, le concert bruyant des cris d&rsquo;orfraie attestant que tous sont des salauds car, d\u00e9bite-t-on, les solutions d\u00e9finitives existent et ne manque que la volont\u00e9 qu&rsquo;un racisme ind\u00e9crottable an\u00e9antit. Tout s&rsquo;entretient et tous s&rsquo;entretiennent : ne cessant d&rsquo;arguer du cynisme des \u00e9nonc\u00e9s d&rsquo;en face, chacun se convainc de l&rsquo;incontestabilit\u00e9 des siens, les r\u00e9p\u00e9tant ind\u00e9finiment sans que la d\u00e9tresse des personnes r\u00e9fugi\u00e9es en bordure de p\u00e9riph\u00e9rique ne s&rsquo;en trouve all\u00e9g\u00e9e. Alors voyons-nous se multiplier chez tous les acteurs de cette dramaturgie les sympt\u00f4mes d&rsquo;une d\u00e9pression similaire \u00e0 celle des Shadoks qui pompent et pompent et pompent, parfaitement conscients que ce faisant rien ne saurait advenir de mieux, mais supputant qu&rsquo;arr\u00eater de pomper pourrait engendrer pire encore. Des \u00eatres humains se pr\u00e9sentent \u00e0 nous dans le d\u00e9nuement que l&rsquo;on sait, et nous r\u00e9pondons collectivement par une mascarade, par un \u00e9cran d&rsquo;actes et de mots incons\u00e9quents. Tout est fait pour ne pas nous retrouver \u00e0 la hauteur de la situation, et travailler alors \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ce qu&rsquo;elle nous annonce.<\/p>\n<p>Il nous faudrait d&rsquo;abord entendre que, contrairement \u00e0 ce que racontent les chiffres, c&rsquo;est bien davantage que 1 400 personnes migrantes qui sont pr\u00e9sentes ce mardi 28 janvier \u00e0 5 heures du matin Porte d&rsquo;Aubervilliers. La r\u00e9alit\u00e9 que nous nous effor\u00e7ons collectivement de ne pas voir, c&rsquo;est-\u00e0-dire le probl\u00e8me qui nous regarde Porte d&rsquo;Aubervilliers, c&rsquo;est le fait que ces personnes migrantes sont innombrables. Ce camp ne fait qu&rsquo;un avec ceux de Vintimille, Calais, Lesbos ou Palerme, comme avec ceux qui se reconstruiront demain au centuple ici-m\u00eame et bien au-del\u00e0. Ce camp est constitu\u00e9 de la mati\u00e8re m\u00eame des bouleversements du 21e si\u00e8cle et s&rsquo;expose \u00e0 nous comme une position avanc\u00e9e sur un futur caract\u00e9ris\u00e9 par des mouvements migratoires inimaginables. Continuant de le d\u00e9crire comme une avarie contr\u00f4lable, soluble, dissolvable, nous maintenons \u00e0 distance ce qu&rsquo;il nous enseigne des mondes \u00e0 venir et nous nous \u00e9pargnons ainsi de faire exploser nos certitudes, et de faire alors tomber les masques. Par tous les moyens nous rab\u00e2chons notre c\u00e9cit\u00e9, camp\u00e9s sur nos rapports de force qui s&rsquo;av\u00e8rent des rapports de farce. Ainsi, tribunes, invectives ou harangues mart\u00e8lent r\u00e9guli\u00e8rement que les migrants ne sont pas si nombreux qu&rsquo;on le pr\u00e9tend et qu&rsquo;il est donc fort ais\u00e9 d\u2019accueillir pour peu qu&rsquo;on le veuille. L&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 est scabreux en cela qu&rsquo;il assimile les personnes \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments potentiellement toxiques dont le taux resterait heureusement bas, mais il est devenu n\u00e9cessaire \u00e0 nos controverses ressass\u00e9es : s&rsquo;en tenant au fait math\u00e9matique et non historique, nous le r\u00e9p\u00e9tons pour nous persuader que tout pourrait rentrer dans l&rsquo;ordre. \u00c0 la force de cette c\u00e9cit\u00e9 bien orchestr\u00e9e, nous pouvons alors pr\u00e9tendre qu&rsquo;il suffit d&rsquo;appliquer des droits sur une r\u00e9alit\u00e9 contenue, des quotas sur des foules que nos outils de gestion sauront administrer, une science math\u00e9matique sans inconnue pour la cr\u00e9ation raisonn\u00e9e de places en plus pour les corps d\u00e9compt\u00e9s. Ce refus de voir ce qui vient gouverne tout autant les tenants de ladite prise en charge que les tenants du refus de celle-ci : aveugles \u00e0 l&rsquo;innombrable et l&rsquo;incertain qui se pr\u00e9sentent, les uns comme les autres croient et font croire que cela peut se r\u00e9gler par une disparition. Notre d\u00e9termination \u00e0 ne pas entendre est immense, et formidablement partag\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous demeurons collectivement t\u00e9tanis\u00e9s par cette annonce que nous fait le camp de la Porte d&rsquo;Aubervilliers comme tous les autres car nous ne savons pas la recevoir autrement que comme l&rsquo;annonce d&rsquo;une catastrophe. Entendre l&rsquo;innombrable qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous c&rsquo;est effectivement voir nos outils de pens\u00e9e et d&rsquo;action tomber en ruine : le droit positif est exsangue, la production d&rsquo;espaces modulaires ou temporaires risible, l&rsquo;op\u00e9ration de mise \u00e0 l&rsquo;abri au petit matin ind\u00e9cente. Alors \u00e9touffons-nous la r\u00e9alit\u00e9, suivant les Shadoks toujours : \u00ab S&rsquo;il n&rsquo;y a pas de solution, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de probl\u00e8me \u00bb. Seule une extr\u00eame-droite entend et formule ce qui se pr\u00e9sente, et ne cesse d&rsquo;en rendre compte dans les termes d&rsquo;un d\u00e9sastre exigeant le d\u00e9ploiement d&rsquo;une violence d\u00e9multipli\u00e9e, renon\u00e7ant aux mondes qui viennent et prenant le parti de la mort, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une option. Entendre ce qui s&rsquo;annonce tout en prenant le parti de la vie, tel est l&rsquo;enjeu contemporain qui exige de nous de d\u00e9crire la part d\u00e9sirable de ces futurs qui insistent, et d&rsquo;inventer les outils de pens\u00e9e et d&rsquo;action pour la suivre et la construire.<\/p>\n<p>Beaucoup est \u00e9videmment \u00e0 b\u00e2tir dans ce paysage politique en ruines, mais des fertilit\u00e9s sont manifestes \u00e0 qui porte une attention renouvel\u00e9e \u00e0 ce qui a lieu, \u00e0 ce qui fait lieu. Dans les bidonvilles de l&rsquo;Essonne, d&rsquo;Arles, ou de Calais o\u00f9 avec le PEROU nous avons \u0153uvr\u00e9, nous n&rsquo;avons cess\u00e9 de le constater et de tenter de le faire savoir : l&rsquo;indigne du camp, c&rsquo;est sa d\u00e9gradation en lieu invivable alors qu&rsquo;il s&rsquo;est ouvert par un acte de construction d&rsquo;un lieu de vie qui appelait des gestes de m\u00e9nagement, d&rsquo;accompagnement, de bienveillance ; l&rsquo;insupportable de la situation de celles et ceux qui cherchent refuge parmi nous, c&rsquo;est ce qu&rsquo;engendrent nos violences et mascarades articul\u00e9es, alors que ces personnes se sont avanc\u00e9es jusqu&rsquo;ici pleines de r\u00eaves colossaux et de d\u00e9sirs inou\u00efs qui appelaient des mouvements de reconnaissance et de c\u00e9l\u00e9bration. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;il nous faut entendre : que ce sont d&rsquo;innombrables sujets et mondes qui se pr\u00e9sentent, non des corps-rebuts d\u00e9ferlants. Alors, \u00e0 toute politique de gestion de crise par le droit, le parcours, le placement, le d\u00e9placement, la prise en charge, ou l&rsquo;architecture d&rsquo;urgence, il nous faut opposer ce que tracent d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 les actes d&rsquo;hospitalit\u00e9 d\u00e9multipli\u00e9s qui, reconnaissant des sujets sans compter, \u00e9noncent les termes fondamentaux d&rsquo;une politique de l&rsquo;amiti\u00e9. Cette politique s&rsquo;\u00e9crit aujourd&rsquo;hui \u00e0 bas bruit, et nous ne savons pas encore la d\u00e9crire et l&rsquo;imaginer comme programme d&rsquo;une politique commune possible. Parce qu&rsquo;elle r\u00e9fute la partition des responsabilit\u00e9s telle que dress\u00e9e dans nos controverses ressass\u00e9es : dans l&rsquo;acte d&rsquo;hospitalit\u00e9 s&rsquo;invente un abri relationnel qu&rsquo;aucune puissance publique ne saurait administrer et s&rsquo;esquisse alors un programme \u00e0 hauteur de citoyennes et citoyens qui, de facto, s&rsquo;av\u00e8rent aux responsabilit\u00e9s. Parce qu&rsquo;elle r\u00e9cuse notre passion des grandes man\u0153uvres d\u00e9finitives : dans l&rsquo;acte d&rsquo;hospitalit\u00e9 s&rsquo;affirment des langues, des gestes, des lieux toujours en devenir, esquissant des politiques de proximit\u00e9 cr\u00e9atrices que tous les dispositifs de prise en charge ne cessent et cesseront de casser. Partout en France et bien au-del\u00e0, tout autour de la M\u00e9diterran\u00e9e, des citoyennes et citoyens vont \u00e0 la rencontre de l&rsquo;innombrable et, l\u2019accueillant, b\u00e2tissent des politiques d&rsquo;avenir d&rsquo;o\u00f9 s&rsquo;\u00e9lancent des histoires, des lieux, des langues, de la vitalit\u00e9 \u00e0 n&rsquo;en plus finir. Il nous faut consid\u00e9rer comme un bien commun crucial et r\u00e9jouissant ce qui s&rsquo;affirme dans ces mouvements, il nous faut en saisir la dimension pionni\u00e8re. Il nous faut consigner pr\u00e9cis\u00e9ment tous les savoirs et savoir-faire constitu\u00e9s par celles et ceux qui \u0153uvrent ainsi au quotidien par le soin, l&rsquo;h\u00e9bergement, l&rsquo;\u00e9coute, l&rsquo;attention, l&rsquo;accompagnement, c&rsquo;est \u00e0 dire par l&rsquo;affirmation, en actes, qu&rsquo;aucune de ces vies plurielles et innombrables ne vaut moins qu&rsquo;une autre. Ainsi reconna\u00eetrons-nous enfin que ces concitoyens n&rsquo;agissent pas par d\u00e9faut de v\u00e9ritable politique, mais qu&rsquo;ils font v\u00e9ritablement de la politique.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y aura donc pas de politique d&rsquo;hospitalit\u00e9 sans la reconnaissance de la puissance et de la port\u00e9e des mouvements de solidarit\u00e9 qui s&rsquo;inventent depuis quelques ann\u00e9es sur les chemins migratoires en Afrique et en Europe. Il n&rsquo;y aura pas de politique de mise \u00e0 l&rsquo;abri comme on dit, sans la compr\u00e9hension que ce sont les actes d&rsquo;hospitalit\u00e9 s&rsquo;affirmant au quotidien qui font abri et rec\u00e8lent tout le vocabulaire et les plans des politiques \u00e0 venir. Voil\u00e0 qui exige que nous reprenions le travail et que, \u00e0 la force d&rsquo;une imagination d\u00e9cupl\u00e9e nourrie des bruissements des temps pr\u00e9sents, nous formulions et dessinions ce \u00e0 quoi pourraient ressembler une place, un quartier, un territoire, une ville, un pays, un continent, et des mers d\u00e9sirables, transform\u00e9s par nos constructions communes. Il nous faut enqu\u00eater \u00e0 nouveaux frais, avec la plus grande des attentions, sur la joie qui retentit chaque fois qu&rsquo;un geste fait d&rsquo;un \u00e9tranger un h\u00f4te. Il nous faut d\u00e9crire cette joie b\u00e2tisseuse, la sortir du silence dans lequel elle demeure prostr\u00e9e faute de reconnaissance, faute de consid\u00e9ration, et la traduire enfin comme matrice de politiques \u00e0 venir. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce \u00e0 quoi nous nous employons aujourd&rsquo;hui encore avec le PEROU et des amis tout autour de la M\u00e9diterran\u00e9e en r\u00e9unissant les pi\u00e8ces n\u00e9cessaires au dossier d&rsquo;inscription, par l&rsquo;UNESCO, de l&rsquo;acte d&rsquo;hospitalit\u00e9 au Patrimoine culturel immat\u00e9riel de l&rsquo;humanit\u00e9. Ainsi travaillons-nous \u00e0 d\u00e9crire ce qui a lieu, ce qui fait lieu, ce qui pourrait avoir lieu et \u00e0 \u00e9noncer ce faisant les termes d&rsquo;une politique d&rsquo;hospitalit\u00e9 commune, pensable et possible. Ainsi travaillons-nous \u00e0 reconna\u00eetre les puissances des temps pr\u00e9sents et \u00e0 imaginer, \u00e0 partir de celles-ci, des futurs d\u00e9sirables et n\u00e9cessaires, n\u00e9cessaires parce que d\u00e9sirables. Ainsi travaillons-nous en contre-feu des politiques d&rsquo;aggravation de la situation qui pr\u00e9valent encore aujourd&rsquo;hui, ne r\u00e9pondant pas mais contribuant \u00e0 ladite \u00ab crise des migrants \u00bb, qui s&rsquo;av\u00e8re une crise de l&rsquo;imagination.<\/p>\n<p>Ce texte, \u00e9crit par S\u00e9bastien Thi\u00e9ry, coordinateur des actions du PEROU, a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 5 f\u00e9vrier sur AOC.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/perou\/blog\/090220\/ladite-crise-des-migrants-est-une-crise-de-limagination\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Mediapart<\/em>, \u00ab\u00a0Ladite \u00ab\u00a0crise des migrants\u00a0\u00bb est une crise de l&rsquo;imagination\u00a0\u00bb, S\u00e9bastien Thi\u00e9ry, 09.02.2020<\/a><br \/>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un article publi\u00e9 sur un blog du journal Mediapart, S\u00e9bastien Thi\u00e9ry part de l&rsquo;\u00e9vacuation d\u00e9but f\u00e9vrier 2020 d&rsquo;un campement de migrants en France pour d\u00e9velopper une r\u00e9flexion sur les prises de position des acteurs de la migration dans les pays d&rsquo;accueil. \u00ab\u00a0Tout s&rsquo;entretient et tous s&rsquo;entretiennent : ne cessant d&rsquo;arguer du cynisme des \u00e9nonc\u00e9s &hellip; <a href=\"https:\/\/asile.ch\/en\/2020\/02\/12\/mediapart-ladite-crise-des-migrants-est-une-crise-de-limagination\/\">Continued<\/a><\/p>","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[160,155,162],"tags":[380,613,1159,267,447,1116],"ve_numero":[],"pays":[],"ve_type":[1096],"ve_action":[1050],"class_list":["post-57061","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites","category-documentation","category-publications","tag-accueil","tag-camp-de-refugies","tag-documentation","tag-politique-dasile","tag-politique-migratoire","tag-union-europeenne","ve_type-blog","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57061","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57061"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57061\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57061"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57061"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57061"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=57061"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=57061"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=57061"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=57061"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}