{"id":58823,"date":"2020-05-06T10:20:45","date_gmt":"2020-05-06T08:20:45","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=58823"},"modified":"2021-08-29T22:32:05","modified_gmt":"2021-08-29T20:32:05","slug":"pierre-buhler-asile-et-coronavirus-entre-deontologie-et-teleologie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2020\/05\/06\/pierre-buhler-asile-et-coronavirus-entre-deontologie-et-teleologie\/","title":{"rendered":"Pierre B\u00fchler | Asile et coronavirus: l&rsquo;actualit\u00e9 au prisme de l&rsquo;\u00e9thique"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Pierre B\u00fchler, contributeur r\u00e9gulier de la revue Vivre Ensemble, nous livre une analyse fine de la gestion de la crise sanitaire vis-\u00e0-vis des populations de personnes exil\u00e9es. Il scrute ainsi l&rsquo;actualit\u00e9 de ces derni\u00e8res semaines en nous aidant \u00e0 la comprendre \u00e0 travers le prisme de principes philosophiques \u00e9clairants. De la situation dans les camps sur les \u00eeles grecques, en \u00e9voquant le manque de sauvetage en M\u00e9diterran\u00e9e, pour revenir sur la d\u00e9cision de maintien des proc\u00e9dures d&rsquo;asile en Suisse, l&rsquo;auteur interroge les notions d&rsquo;\u00e9thique et de morale qui peuvent entrer en conflit et la fa\u00e7on dont ces conflits sont tranch\u00e9s. La d\u00e9ontologie est-elle sacrifi\u00e9e aux diverses finalit\u00e9s politiques? Ou en d&rsquo;autres termes: le fait que \u00ab\u00a0chaque \u00eatre humain doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9\u00a0\u00bb pr\u00e9side-t-il aux d\u00e9cisions et mesures prises dans ce contexte de crise? S&rsquo;inspirant de Paul Ricoeur et de John Rawls, Pierre B\u00fchler rappelle que: \u00ab\u00a0ce n&rsquo;est pas au prix de la d\u00e9ontologie que nous pouvons viser &lsquo;une vie bonne avec et pour l&rsquo;autre dans des institutions justes&rsquo;, mais bien plut\u00f4t avec elle pour fondement et pour r\u00e9f\u00e9rence. \u00ab\u00a0<\/span><\/p>\n<p><em>Ce texte a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par Pierre B\u00fchler et publi\u00e9 le 5 mai 2020 sur asile.ch<\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Asile et coronavirus: l&rsquo;actualit\u00e9 au prisme de l&rsquo;\u00e9thique<\/strong><\/h2>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>Quelques r\u00e9flexions sur l\u2019actualit\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019actualit\u00e9 s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e, ces derni\u00e8res semaines, et il est bon de prendre un peu de recul, pour tenter de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qui se passe du point de vue de l\u2019asile en ces temps de crise sanitaire.<\/p>\n<p>[caption id=\"attachment_58824\" align=\"aligncenter\" width=\"416\"]<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-58824\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Formation_jeunes_exiles_04.2020_1_ok.jpg\" alt=\"\" width=\"416\" height=\"364\" \/> \u00ab\u00a0Contamination sous haute surveillance militaire\u00a0\u00bb\u00a9 Marc-Andr\u00e9 Freudiger \/ Amnesty International \/ Fotis Filippou[\/caption]<\/p>\n<h3><strong>Un petit mod\u00e8le th\u00e9orique<\/strong><\/h3>\n<p>Dans sa grande <em>Th\u00e9orie de la justice<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, le philosophe anglophone John Rawls distingue deux perspectives fondamentales qui peuvent s\u2019entrecroiser et entrer en conflit l\u2019une avec l\u2019autre. Nous avons des vis\u00e9es, des vell\u00e9it\u00e9s de justice, nous nous effor\u00e7ons vers des buts\u00a0: c\u2019est l\u2019aspect t\u00e9l\u00e9ologique (du terme grec <em>telos<\/em>, le but, la finalit\u00e9). Sous cet angle, Rawls est en d\u00e9bat avec l\u2019utilitarisme, une position tr\u00e8s r\u00e9pandue dans le monde anglo-saxon et qui peut dire que le sacrifice de quelques-uns est l\u00e9gitime, si cela contribue au plus grand bien pour le plus grand nombre possible. Selon la formule traditionnelle\u00a0: la fin justifie les moyens. Pour Rawls, une telle position entre en conflit avec la perspective qu\u2019il appelle d\u00e9ontologique (du grec <em>deon<\/em>, ce qui doit \u00eatre, le devoir)\u00a0: au nom des droits et devoirs humains, il n\u2019est pas l\u00e9gitime de sacrifier qui que ce soit, chaque \u00eatre humain \u00e9tant \u00e0 prot\u00e9ger. Ainsi, pour lui, toutes nos t\u00e9l\u00e9ologies doivent \u00eatre constamment soumises \u00e0 la d\u00e9ontologie.<\/p>\n<p>Pour faire court, il en d\u00e9duit deux principes de justice\u00a0: le premier, c\u2019est que toutes les personnes sont \u00e9gales de droit et doivent avoir des chances \u00e9gales\u00a0; le second dit que si des in\u00e9galit\u00e9s sont n\u00e9cessaires, elles doivent toujours \u00eatre organis\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 am\u00e9liorer la situation des plus d\u00e9favoris\u00e9s (c\u2019est ce qu\u2019il appelle la r\u00e8gle du <em>maximin<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0maximaliser les minima\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Dans ce qu\u2019il a appel\u00e9 sa \u00ab\u00a0petite \u00e9thique\u00a0\u00bb dans son livre <em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, le philosophe fran\u00e7ais Paul Ric\u0153ur a repris cette id\u00e9e, en articulant \u00e9thique et morale\u00a0: l\u2019\u00e9thique est port\u00e9e par ce que nous visons\u00a0: nous voulons \u00ab\u00a0une vie bonne avec et pour l\u2019autre dans des institutions justes\u00a0\u00bb\u00a0; la morale nous impose un certain nombre de normes et d\u2019obligations indispensables auxquelles nous devons nous plier. Le troisi\u00e8me moment de la \u00ab\u00a0petite \u00e9thique\u00a0\u00bb, c\u2019est ce que Ric\u0153ur appelle la \u00ab\u00a0sagesse pratique\u00a0\u00bb\u00a0: parce que les vis\u00e9es et les normes entrent constamment en conflit, il faut apprendre \u00e0 assumer notre action concr\u00e8tement, en affrontant les conflits avec courage.<\/p>\n<p>Ce petit mod\u00e8le th\u00e9orique me permet de relire certaines r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues ces derniers temps, car nous sommes en r\u00e9gime de sagesse pratique, et dans les conflits que nous vivons, c\u2019est bien souvent la d\u00e9ontologie qui est sacrifi\u00e9e aux diverses t\u00e9l\u00e9ologies.<\/p>\n<h3><strong>Les mesures d\u2019urgence sanitaire<\/strong><\/h3>\n<p>Les gouvernements ont pris, plus ou moins rapidement et plus ou moins judicieusement selon les pays, des mesures d\u2019urgence contre la propagation du coronavirus. La protection sanitaire de la population constitue, certes, une exigence d\u00e9ontologique, mais elle menace temporairement la d\u00e9ontologie plus fondamentale. Elle suspend certains droits fondamentaux qui nous sont, en temps normal, garantis constitutionnellement\u00a0: la libert\u00e9 de mouvement, la libert\u00e9 de rassemblement, etc. Pour faire passer l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence du confinement, on peut parler massivement d\u2019une guerre \u00e0 mener, comme l\u2019a fait le pr\u00e9sident Macron. Mais il n\u2019en reste pas moins la n\u00e9cessit\u00e9 de veiller \u00e0 la d\u00e9ontologie, car la fin risque ici aussi de justifier trop rapidement les moyens (par exemple, la surveillance num\u00e9rique des rassemblements ou des relations interpersonnelles pour le bien du tra\u00e7age de la propagation \u2013 danger du \u00ab\u00a0Big Brother is watching you\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019aide des smartphones\u00a0!). Comme le confinement, le d\u00e9confinement contient un grand risque de discriminations, et il faudra y veiller\u00a0!<\/p>\n<p>Du point de vue du syst\u00e8me d\u00e9mocratique, cette t\u00e2che de veilleur reviendrait au pouvoir l\u00e9gislatif, et heureusement que les parlements vont enfin reprendre leur travail, apr\u00e8s une pause d\u00e9ontologiquement probl\u00e9matique. C\u2019est encore plus catastrophique lorsque le parlement donne plein pouvoir \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutif, comme c\u2019est le cas en Hongrie\u00a0!<\/p>\n<p>La crise sanitaire a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des dysfonctionnements majeurs. J\u2019aimerais en \u00e9voquer deux, avant d\u2019en venir aux implications pour les questions d\u2019asile.<br \/>\na) En amont\u00a0: ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le syst\u00e8me de sant\u00e9 a subi d\u2019\u00e9normes pressions \u00e9conomiques\u00a0: il fallait le rentabiliser, et donc le r\u00e9duire au minimum, en \u00e9conomiser les co\u00fbts. La pand\u00e9mie a montr\u00e9 le danger de ces t\u00e9l\u00e9ologies \u00e9conomistes et soulign\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u00e9ontologique d\u2019un syst\u00e8me de sant\u00e9 solide, digne de respect (quand on voit des n\u00e9o-lib\u00e9raux applaudir \u00e0 21h l\u2019h\u00e9ro\u00efsme du personnel soignant, on a juste envie de les pousser de leurs balcons \u2013 pardon pour cette parenth\u00e8se\u00a0: elle n\u2019est pas \u00ab\u00a0d\u00e9ontologiquement correcte\u00a0\u00bb\u00a0!).<\/p>\n<p>b) En aval\u00a0: certes, l\u2019\u00e9conomie a souffert, et il est donc l\u00e9gitime de penser \u00e0 l\u2019avenir de celles et ceux qui sont au ch\u00f4mage, qui ont perdu leur travail, etc. Mais je me demande si ceux qui r\u00e9clament \u00e0 grands cris des investissements pour la relance \u00e9conomique pensent aux plus d\u00e9favoris\u00e9s et portent le souci d\u00e9ontologique d\u2019un \u00ab\u00a0maximin\u00a0\u00bb. Je crains qu\u2019ils ne songent plut\u00f4t \u00e0 leur propre profit, \u00e0 se refaire une sant\u00e9 financi\u00e8re, ou tout simplement \u00e0 faire remonter d\u2019urgence le sacro-saint PIB\u00a0! Retour aux affaires, alors que la crise serait une bonne occasion de faire le point, de se demander ce que nous voulons et ce que nous devons (<em>krisis<\/em>, en grec, signifie le jugement). Et d\u00e9j\u00e0 on soup\u00e7onne les d\u00e9munis de vouloir profiter\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019aide d\u2019urgence ne doit pas devenir un oreiller de paresse\u00a0\u00bb, dixit Guy Parmelin.<\/p>\n<h3><strong>Asile\u00a0: pas de \u00ab\u00a0maximin\u00a0\u00bb\u00a0!<\/strong><\/h3>\n<p>Venons-en aux cons\u00e9quences dans le domaine de l\u2019asile. Ici aussi, le second principe de justice ne s\u2019est pas appliqu\u00e9. La pand\u00e9mie a, certes, suscit\u00e9 un grand mouvement de solidarit\u00e9, mais elle a aussi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des disparit\u00e9s dans l\u2019exercice de cette derni\u00e8re. Ce ne fut pas de la \u00ab\u00a0solidarit\u00e9 sans fronti\u00e8res\u00a0\u00bb \u2026 Donnons quelques exemples.<\/p>\n<ol>\n<li>Je viens de parler de celles et ceux qui ont perdu leur travail, et les requ\u00e9rant-e-s d\u2019asile en sont. Ils risquent de se retrouver parmi les plus d\u00e9favoris\u00e9s des plus d\u00e9favoris\u00e9s, car on ne se souciera d\u2019eux qu\u2019en tout dernier, si personne ne prend leur d\u00e9fense.<\/li>\n<li>Nous avons pu observer combien l\u2019id\u00e9e de l\u2019\u00e9cole \u00e0 la maison a mis des familles de requ\u00e9rant-e-s d\u2019asile en situation difficile\u00a0: manque de mat\u00e9riel informatique, connaissances lacunaires de la langue d\u2019enseignement, et donc grandes difficult\u00e9s d\u2019assumer les t\u00e2ches d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es d\u2019enseignement. Il y a un danger de fracture sociale.<\/li>\n<li>Les plus expos\u00e9s \u00e0 la pand\u00e9mie sont les plus fragilis\u00e9s, et il \u00e9tait donc du devoir de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019appliquer les r\u00e8gles de confinement l\u00e0 o\u00f9 elles sont le plus n\u00e9cessaires, notamment dans les centres d\u2019accueil de requ\u00e9rants d\u2019asile. Mais combien a-t-il fallu insister, et insister pour que cela se fasse, et \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes, il y a des lieux o\u00f9 cela n\u2019est toujours pas fait.<\/li>\n<li>Enfin le droit d\u2019asile lui-m\u00eame est devenu victime de la pand\u00e9mie. En effet, on a d\u00e9clar\u00e9 les fronti\u00e8res ferm\u00e9es, m\u00eame si les frontaliers pouvaient la passer tous les jours, m\u00eame si on pouvait rapatrier par milliers des citoyens bloqu\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Mais elles sont r\u00e9solument ferm\u00e9es pour les requ\u00e9rants d\u2019asile\u00a0: plus de possibilit\u00e9 de d\u00e9poser une demande d\u2019asile \u2013 violation du droit international, et donc probl\u00e8me d\u00e9ontologique fondamental.<\/li>\n<\/ol>\n<h3><strong>Le sauvetage en mer\u00a0: une d\u00e9ontologie \u00e0 la d\u00e9rive<\/strong><\/h3>\n<p>J\u2019\u00e9tends quelque peu les perspectives. Le droit marin est absolument clair\u00a0: toute personne en danger de se noyer doit \u00eatre sauv\u00e9e, qui qu\u2019elle soit. Comment se fait-il que cette d\u00e9ontologie marine soit devenue aussi impossible en M\u00e9diterran\u00e9e au fil des ans\u00a0? Au point o\u00f9 il faut lutter pour avoir le droit de faire une op\u00e9ration de sauvetage, puis obtenir un accueil dans un port sans devoir forcer les barrages, puis \u00e9viter la mise sous s\u00e9questre du bateau\u00a0? Alors qu\u2019on compte depuis 1993 \u00e0 2018 environ 36&rsquo;000 naufrag\u00e9s dont la mort a pu \u00eatre document\u00e9e. Pour celles et ceux qui peuvent lire l\u2019allemand, je recommande vivement, sur ce sujet, les livres publi\u00e9s par les deux jeunes capitaines allemandes Carola Rackete et Pia Klemp, qui se sont battues et se battent encore sur ce front<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>La d\u00e9ontologie maritime a \u00e9t\u00e9 disqualifi\u00e9e par l\u2019Europe\u00a0: les sauveteurs sont accus\u00e9s de faire du trafic d\u2019\u00eatres humains, en collaboration avec les passeurs. Et l\u2019approche du probl\u00e8me se fait \u00e9conomique\u00a0: si nous offrons un sauvetage, cette offre provoque un appel d\u2019air\u00a0; plus il y a de navires de sauvetage, plus il y a de bateaux de fugitifs qui arrivent. Pour \u00ab\u00a0r\u00e9guler ce flux\u00a0\u00bb (oui, c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on parle\u2026), il faut r\u00e9duire l\u2019attrait. Il n\u2019y a donc plus qu\u2019une t\u00e9l\u00e9ologie\u00a0: renforcer la surveillance des fronti\u00e8res ext\u00e9rieures, et donc d\u00e9velopper Frontex, \u00e0 coup de milliards, et quant aux fugitifs sur leurs barques de fortune, la meilleure attitude, c\u2019est de \u00ab\u00a0laisser mourir\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0refouler vers les camps de la Libye\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Ce faisant, l\u2019Europe trahit ses principes fondamentaux, la d\u00e9ontologie qui constitue sa base.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e du coronavirus a permis de renforcer cette fermeture de la forteresse Europe. Un \u00e0 un, les pays d\u00e9clarent leurs ports pas s\u00fbrs et donc ferm\u00e9s \u00e0 toute arriv\u00e9e de rescap\u00e9s (comme s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s ouverts auparavant\u2026)\u00a0; les bateaux de sauvetage sont mis en panne\u00a0; les sauvetages sont bloqu\u00e9s. Mais les bateaux de fugitifs continuent de partir en mer, ce qui, d\u2019ailleurs, contredit tragiquement la th\u00e9orie \u00e9conomique de l\u2019offre et de la demande\u2026 Mais la t\u00e9l\u00e9ologie de la fermeture des fronti\u00e8res a pris le pas sur la d\u00e9ontologie du droit marin.<\/p>\n<h3><strong>Les camps des \u00eeles grecques\u00a0: un utilitarisme \u00e0 outrance\u2026<\/strong><\/h3>\n<p>Environ 40&rsquo;000 hommes, femmes et enfants vivent dans des camps pr\u00e9vus pour environ 6&rsquo;000 personnes, dans des conditions innommables\u00a0: la gale et d\u2019autres maladies se r\u00e9pandent, la nourriture, distribu\u00e9e dans des longues queues d\u2019attente, est souvent d\u00e9j\u00e0 avari\u00e9e, l\u2019hygi\u00e8ne est rudimentaire ou inexistante, la violence s\u00e9vit, les femmes subissent des viols, les enfants s\u2019automutilent ou se suicident par d\u00e9sespoir, et r\u00e9guli\u00e8rement des incendies d\u00e9vastent des parties des habitations, tandis qu\u2019aux alentours, des groupes d\u2019extr\u00eame-droite r\u00e9pandent la terreur. La description que fait Jean Ziegler dans son livre <em>Lesbos, la honte de l\u2019Europe<\/em><a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> est sid\u00e9rante. Mais ce qui est peut-\u00eatre encore plus frappant, c\u2019est comme il montre que cette mis\u00e8re est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment voulue\u00a0: l\u2019Europe laisse croupir les fugitifs entass\u00e9s dans ces camps pour dissuader d\u2019autres de venir, en montrant combien peu attractive et non accueillante est l\u2019Europe. Au sens de Rawls, un utilitarisme \u00e0 outrance\u00a0: 40&rsquo;000 personnes utilis\u00e9es pour prot\u00e9ger l\u2019Europe d\u2019un \u00ab\u00a0flux migratoire\u00a0\u00bb (toujours le \u00ab\u00a0flux\u00a0\u00bb \u2026) incontr\u00f4lable. On signalera en passant que Mme von der Leyen a int\u00e9gr\u00e9 au d\u00e9partement europ\u00e9en pour la migration la t\u00e2che de \u00ab\u00a0la protection du style de vie europ\u00e9en\u00a0\u00bb. D\u2019ailleurs, lorsqu\u2019une d\u00e9l\u00e9gation de Bruxelles est all\u00e9e visiter la fronti\u00e8re gr\u00e9co-turque, elle a f\u00e9licit\u00e9 la Gr\u00e8ce dans sa fonction de \u00ab\u00a0bouclier de l\u2019Europe\u00a0\u00bb, et l\u2019aide qui lui a \u00e9t\u00e9 promise \u00e0 cette occasion, c\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0plus d\u2019\u00e9quipement technique, comprenant des bateaux, un avion de surveillance maritime, ainsi que des v\u00e9hicules (\u00e9quip\u00e9s de dispositifs de vision nocturne) avec lumi\u00e8re thermique\u00a0\u00bb. Donc, en somme, plus de Frontex, plus de militarisation des fronti\u00e8res ! Une fois de plus, une t\u00e9l\u00e9ologie s\u2019est impos\u00e9e par rapport au devoir moral\u00a0: l\u2019Europe doit se prot\u00e9ger d\u2019une menace \u00e0 ses fronti\u00e8res ext\u00e9rieures, et dans l\u2019Est de l\u2019Europe, on entend m\u00eame dire que ces fugitifs souilleraient la puret\u00e9 ethnique de la population.<\/p>\n<p>Une possible propagation du coronavirus dans ces camps de la honte serait une catastrophe, car un confinement est impossible (longues queues d\u2019attente, un robinet d\u2019eau pour 1&rsquo;300 personnes, familles nombreuses dans de petites tentes de fortune, etc.). La menace de la crise sanitaire a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion pour les autorit\u00e9s grecques de fermer compl\u00e8tement les camps, si bien que m\u00eame le personnel des ONGs ne peut plus y entrer. Ce bouclage prot\u00e8ge peut-\u00eatre provisoirement du virus, mais suscite surtout une grande peur dans les camps, qui se d\u00e9charge facilement dans des \u00e9meutes et des affrontements avec la police omnipr\u00e9sente.<\/p>\n<h3><strong>En r\u00e9ponse aux appels de P\u00e2ques\u00a0: \u00ab\u00a0pas de crise\u00a0\u00bb<\/strong><\/h3>\n<p>La mis\u00e8re qui r\u00e8gne dans les camps grecs, amplifi\u00e9e par la menace de la pand\u00e9mie, a conduit de nombreux mouvements \u00e0 lancer des appels de P\u00e2ques\u00a0au Conseil f\u00e9d\u00e9ral, lui demandant de poser un signe clair, susceptible de faire bouger l\u2019Europe, en accueillant imm\u00e9diatement plusieurs milliers de fugitifs en Suisse, l\u2019imp\u00e9ratif d\u00e9ontologique \u00e9tant d\u2019\u00e9vacuer ces camps le plus vite possible<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. La r\u00e9ponse est n\u00e9gative. Comme elle l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 depuis plusieurs mois, apr\u00e8s une proc\u00e9dure assez compliqu\u00e9e, la Suisse se contentera provisoirement d\u2019accueillir mi-mai 21 ou 22 mineurs non accompagn\u00e9s ayant de la famille en Suisse, comme le Luxembourg qui vient d\u2019en accueillir 12 et l\u2019Allemagne 47. Comme le disait une journaliste dans le journal allemand <em>Die Republik<\/em>, le message de telles actions est en somme\u00a0: \u00ab\u00a0Rassurez-vous, nous vous prot\u00e9geons des r\u00e9fugi\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais la pression continue, car les appels de P\u00e2ques sont port\u00e9s par une forte vague de sympathie. Je vous propose de relire la petite description de la mis\u00e8re dans les camps des \u00eeles grecques faite ci-dessus, puis de lire la r\u00e9ponse aux appels de P\u00e2ques de Mario Gattiker, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux migrations, dans une interview de la NZZ\u00a0: \u00ab\u00a0La situation en Gr\u00e8ce est difficile, mais il n\u2019y a pas de crise.\u00a0\u00bb Le gouvernement grec peut et doit faire son travail, et la Suisse l\u2019aidera\u00a0: en am\u00e9liorant et en acc\u00e9l\u00e9rant les proc\u00e9dures d\u2019asile, on r\u00e9soudra le probl\u00e8me des camps. Que faut-il de plus dans ces camps pour que le fonctionnaire bernois inamovible reconnaisse qu\u2019il y a une crise\u00a0? Et surtout, que fait-il de la th\u00e8se de Jean Ziegler que ces camps doivent rester pour continuer de dissuader, que la t\u00e9l\u00e9ologie europ\u00e9enne, c\u2019est que ces \u00ab\u00a0hot spots\u00a0\u00bb doivent rester br\u00fblants, incandescents\u00a0?<\/p>\n<h3><strong>L\u2019<\/strong><strong>\u00c9<\/strong><strong>tat de droit \u2013 sous plexiglas \u2026<\/strong><\/h3>\n<p>Dans le cadre du confinement, toutes les proc\u00e9dures judiciaires en Suisse ont \u00e9t\u00e9 interrompues, sauf en mati\u00e8re d\u2019asile. M\u00eame si c\u2019est dans des conditions difficiles, les auditions de requ\u00e9rant-e-s d\u2019asile et les prise de d\u00e9cision au <abbr class='c2c-text-hover' title='Secr\u00e9tariat d&#039;\u00c9tat aux migrations'>SEM<\/abbr> et au <abbr class='c2c-text-hover' title='Tribunal administratif f\u00e9d\u00e9ral'>TAF<\/abbr> ont continu\u00e9, en mettant en danger la sant\u00e9 des personnes impliqu\u00e9es. Des d\u00e9cisions de renvoi ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es (en Gr\u00e8ce, notamment\u00a0!), m\u00eame si le renvoi ne peut pas se faire. Suite \u00e0 de nombreuses protestations, appelant \u00e0 interrompre ces proc\u00e9dures, elles furent bri\u00e8vement interrompues pour am\u00e9nager les salles d\u2019audition selon les r\u00e8gles de confinement, notamment par l\u2019installation de vitres en plexiglas, ce qui a permis de les reprendre de plus belle d\u00e8s le 1<sup>er<\/sup> avril (et ce ne fut pas un poisson d\u2019avril\u00a0!).<\/p>\n<p>Pour justifier cette poursuite des proc\u00e9dures dans des interviews, Mme Keller-Sutter et Mario Gattiker ont invoqu\u00e9 l\u2019\u00c9tat de droit, je dis bien\u00a0: l\u2019\u00c9tat de droit\u00a0! Joli paradoxe\u00a0: pour poursuivre leur obsession administrative de liquidation des requ\u00eates d\u2019asile, ils ont revendiqu\u00e9 la d\u00e9ontologie\u00a0: \u00ab\u00a0Particuli\u00e8rement en temps de crise, l\u2019\u00c9tat de droit doit se montrer fort.\u00a0\u00bb M\u00eame si les juristes et les traducteurs sont \u00e0 distance \u2013 ou manquent \u2013, m\u00eame si les conseillers juridiques sont en t\u00e9l\u00e9travail et s\u2019efforcent du mieux qu\u2019ils peuvent de mener \u00e0 bien leur mission, m\u00eame si les m\u00e9decins luttent contre le virus et n\u2019ont pas le temps de faire des rapports m\u00e9dicaux, l\u2019\u00c9tat de droit sous plexiglas continue son travail\u2026 Seule concession\u00a0: on allonge un peu les d\u00e9lais de recours\u2026<\/p>\n<p>On pr\u00e9tend d\u2019ailleurs respecter les efforts sanitaires des autorit\u00e9s sup\u00e9rieures, mais les contradictions n\u2019ont pas manqu\u00e9. Un seul exemple\u00a0: un requ\u00e9rant d\u2019asile kurde du nom de Sangar Ahmad travaillait depuis plusieurs semaines avec son entreprise de nettoyage \u00e0 d\u00e9sinfecter les locaux hospitaliers vaudois, mais il a d\u00fb interrompre ce travail fort utile le 13 avril, parce qu\u2019un rejet de son recours l\u2019obligeait \u00e0 quitter ce travail et \u00e0 entrer dans le r\u00e9gime de l\u2019aide d\u2019urgence. Rendu attentif \u00e0 ce probl\u00e8me par une p\u00e9tition, le SEM a prolong\u00e9 le d\u00e9lai de deux mois\u00a0: on esp\u00e8re que la crise sanitaire sera termin\u00e9e ou qu\u2019un vol de renvoi sera possible. Obsession de la t\u00e9l\u00e9ologie, quand tu nous tiens\u2026<\/p>\n<h3><strong>En guise de conclusion\u00a0: D\u00fcrrenmatt et la Suisse<\/strong><\/h3>\n<p>Pour parler avec Ric\u0153ur\u00a0: les conflits relevant de la sagesse pratique conduisent souvent \u00e0 la d\u00e9faite de la d\u00e9ontologie. Or, ce n\u2019est pas tr\u00e8s sage. La sagesse doit nous appeler \u00e0 tenir t\u00eate \u00e0 cette h\u00e9g\u00e9monie des vell\u00e9it\u00e9s qui contournent le devoir, qui font que si souvent ce qui doit \u00eatre n\u2019est que ce qui devrait \u00eatre et n\u2019est pas. La sagesse pratique nous appelle donc \u00e0 \u00eatre des veilleurs de la d\u00e9ontologie, d\u00e9voilant sans cesse les fausses t\u00e9l\u00e9ologies, car ce n\u2019est pas au prix de la d\u00e9ontologie que nous pouvons viser \u00ab\u00a0une vie bonne avec et pour l\u2019autre dans des institutions justes\u00a0\u00bb, mais bien plut\u00f4t avec elle pour fondement et pour r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Le jeune D\u00fcrrenmatt, dont nous f\u00eaterons le centenaire en janvier prochain, l\u2019exprimait dans un texte de 1950 dans lequel il se demandait quel serait l\u2019avenir de la Suisse dans l\u2019Europe en train de se construire. J\u2019en cite quelques phrases qui me paraissent encore d\u2019actualit\u00e9 et qui me serviront de conclusion\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0Seule une Suisse qui garantit aux r\u00e9fugi\u00e9s toute la protection et toute l\u2019aide possibles a un droit d\u2019exister. C\u2019est notre premier devoir politique de penser d\u2019abord aux autres, puis \u00e0 nous. Nous ne pouvons jamais faire assez pour les exil\u00e9s, car nous justifions ainsi notre existence. Chaque cuill\u00e9r\u00e9e de soupe que nous leur donnons a plus de valeur que tous les discours de nos p\u00e8res de la patrie et de nos professeurs. [\u2026] Aucun \u00c9tat ne repose autant sur la justice que la Suisse. Ce n\u2019est qu\u2019en justice qu\u2019une libert\u00e9 est possible qui ne soit pas le r\u00e8gne de l\u2019arbitraire. La justice est la plus haute t\u00e2che de la Suisse. [\u2026] Nous devons comprendre que nous sommes \u00e0 un tournant de l\u2019histoire. Une Suisse future n\u2019est pensable que comme l\u2019\u00c9tat le plus social du monde, sinon elle sera mentionn\u00e9e occasionnellement comme une curiosit\u00e9 dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire des g\u00e9n\u00e9rations futures.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a><\/p>\n<h3><strong>Pierre B\u00fchler,<\/strong><\/h3>\n<h4><strong>Neuch\u00e2tel\/Zurich<\/strong><\/h4>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Publi\u00e9e en anglais en 1971, elle a paru en traduction fran\u00e7aise en 1987 (Paris, \u00c9d. du Seuil\u00a0; 667 pages\u00a0!).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Paris, \u00c9d. du Seuil 1990.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Carola Rackete, <em>Handeln statt Hoffen. Aufruf an die letzte Generation<\/em>, Munich, Droemer, 2019: Pia Klemp, <em>Lass uns mit den Toten tanzen. Roman<\/em>, Augsburg, MaroVerlag, 2019.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Cf. l\u2019excellent dossier \u00e0 ce sujet dans la <em>Gazette de Vivre ensemble<\/em> #5 que nous venons de recevoir.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Paris, \u00c9d. du Seuil, 2020.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Ces appels peuvent \u00eatre lus sur le site www.asile.ch.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Friedrich D\u00fcrrenmatt, <em>Meine Schweiz. Ein Lesebuch<\/em>, Zurich, Diogenes, 1998, p. 240-241 (trad. P. B\u00fchler)<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pierre B\u00fchler, contributeur r\u00e9gulier de la revue Vivre Ensemble, nous livre une analyse fine de la gestion de la crise sanitaire vis-\u00e0-vis des populations de personnes exil\u00e9es. Il scrute ainsi l&rsquo;actualit\u00e9 de ces derni\u00e8res semaines en nous aidant \u00e0 la comprendre \u00e0 travers le prisme de principes philosophiques \u00e9clairants. 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