{"id":59142,"date":"2020-06-09T11:40:08","date_gmt":"2020-06-09T09:40:08","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=59142"},"modified":"2021-08-26T13:45:32","modified_gmt":"2021-08-26T11:45:32","slug":"le-courrier-des-requerant-e-s-en-quarantaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2020\/06\/09\/le-courrier-des-requerant-e-s-en-quarantaine\/","title":{"rendered":"Le Courrier |  Des requ\u00e9rant-e-s en \u00abquarantaine\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Suite \u00e0 sa mission de service civil dans le centre f\u00e9d\u00e9ral de proc\u00e9dure d&rsquo;asile de Berne, Antoine Lehmann a contact\u00e9 d&rsquo;ancien-ne-s r\u00e9sident-e-s, aujourd&rsquo;hui log\u00e9-e-s dans des centres cantonaux, afin de recueillir leur t\u00e9moignage et d&rsquo;en apprendre davantage sur leur r\u00e9alit\u00e9 pendant la crise sanitaire. Publi\u00e9 par le Courrier le 7 juin 2020, son article souligne<\/span><span class=\"accroche\"> les lacunes d&rsquo;informations, parfois transmises via les r\u00e9seaux sociaux, sources de biais et d&rsquo;erreurs, ainsi que<\/span><span class=\"accroche\"> l&rsquo;impuissance <\/span><span class=\"accroche\">face \u00e0 cette situation<\/span><span class=\"accroche\"> des personnes avec lesquelles ils s&rsquo;est entretenu, pour qui \u00ab\u00a0le confinement est venu comme un deuxi\u00e8me enfermement\u00a0\u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans le quotidien Le Courrier le 7 juin 2020. Il se trouve sur <a href=\"https:\/\/lecourrier.ch\/2020\/06\/07\/des-requerant-e-s-en-quarantaine\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">le site du Courrier.<\/a><\/em><strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<h2>Des requ\u00e9rant-e-s en \u00abquarantaine\u00bb<\/h2>\n<p><strong>Comment les personnes vivant dans les centres pour requ\u00e9rants d\u2019asile ont-elles v\u00e9cu la situation de crise sanitaire et les effets du confinement? Ayant effectu\u00e9 une mission de service civil dans le centre f\u00e9d\u00e9ral de proc\u00e9dure d\u2019asile de Berne, Antoine Lehmann a retrouv\u00e9 d\u2019ancien-ne-s r\u00e9sident-e-s, plac\u00e9-e-s actuellement dans des centres cantonaux. <\/strong><br \/>\n<strong>T\u00e9moignages.<\/strong><\/p>\n<h4>dimanche 7 juin 2020 &#8211; Antoine Lehmann<\/h4>\n<p>[caption id=\"attachment_59144\" align=\"alignright\" width=\"229\"]<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-59144\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/LeCourrier.png\" alt=\"\" width=\"229\" height=\"238\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/LeCourrier.png 768w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/LeCourrier-288x300.png 288w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/LeCourrier-144x150.png 144w\" sizes=\"auto, (max-width: 229px) 100vw, 229px\" \/> Cet article a \u00e9t\u00e9 reproduit gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aimable autorisation du quotidien Le Courrier. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 cet article ne doit pas faire oublier que l\u2019information a un co\u00fbt et ce sont les abonn\u00e9-e-s au Courrier qui garantissent son ind\u00e9pendance[\/caption]<\/p>\n<p>\u00ab<em>Les r\u00e9fugi\u00e9s sont les premiers enferm\u00e9s dehors.<\/em>\u00bb Michel Foucault<\/p>\n<p>La pand\u00e9mie du Covid-19 aura cristallis\u00e9 et creus\u00e9 des in\u00e9galit\u00e9s subies par des personnes qui ont demand\u00e9 une protection \u00e0 la Suisse. Ce sont des femmes, des hommes, des familles et des mineur-e-s non accompagn\u00e9-e-s plong\u00e9-e-s dans l\u2019anonymat des centres f\u00e9d\u00e9raux et cantonaux pour requ\u00e9rants d\u2019asile. Arif, Berfin, Roni1 et tant d\u2019autres, rencontr\u00e9-e-s en 2019 dans le cadre d\u2019une activit\u00e9 de civiliste au sein d\u2019un centre f\u00e9d\u00e9ral d\u2019asile, \u00e0 Berne, plac\u00e9-e-s depuis dans divers centres cantonaux \u2013 pour certain-e-s en vue d\u2019un renvoi \u2013 ont eu le courage de t\u00e9moigner de leur quotidien pendant le confinement. Elles et ils font part de leur enfermement et des incertitudes qui les occupent en lien avec leur situation de requ\u00e9rant-e-s. Derri\u00e8re les politiques d\u2019asile, les d\u00e9cisions du Secr\u00e9tariat d\u2019Etat aux migrations (<abbr class='c2c-text-hover' title='Secr\u00e9tariat d&#039;\u00c9tat aux migrations'>SEM<\/abbr>), les menaces de renvoi et les attentes interminables li\u00e9es aux proc\u00e9dures, elles et ils incarnent la situation de personnes qui luttent pour retrouver une dignit\u00e9 dont elles ont \u00e9t\u00e9 encore plus durement priv\u00e9es durant la crise sanitaire.<\/p>\n<p>La crise du coronavirus les a somm\u00e9-e-s de patienter pour une p\u00e9riode ind\u00e9finie. Elle aura chez certain-e-s r\u00e9veill\u00e9 un traumatisme latent. C\u2019est le cas de Fatima, une Afghane plac\u00e9e dans un centre \u00e0 Schwyz, en ravivant le souvenir des couvre-feux; ou du Syrien Tareq, \u00e0 Steinibach (GL), soucieux pour la sant\u00e9 de ses proches. Pour d\u2019autres, le confinement a \u00e9t\u00e9 relatif, puisque les autorit\u00e9s ont continu\u00e9 de les convoquer \u00e0 des entretiens, au m\u00e9pris des mesures de protection \u00e9dict\u00e9es par l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique et appliqu\u00e9es \u00e0 l\u2019ensemble de la population suisse: Mohammad, un Iranien, a d\u00fb se d\u00e9placer en train d\u00e9but avril depuis son centre au Tessin afin d\u2019\u00eatre auditionn\u00e9 \u00e0 Berne. D\u00e8s la mi-mars, les milieux de d\u00e9fense du droit d\u2019asile ont demand\u00e9, en vain, l\u2019arr\u00eat des proc\u00e9dures afin de r\u00e9duire les risques de contamination, et par crainte de leur non-\u00e9quit\u00e9 dans le contexte d\u2019urgence sanitaire. Et les entretiens n\u2019auront \u00e9t\u00e9 suspendus que provisoirement, le temps d\u2019installer des parois de protection en plexiglas. Face \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019exception n\u00e9cessaire \u00e0 la lutte contre la pand\u00e9mie, les personnes requ\u00e9rant refuge se sont retrouv\u00e9es impuissantes face \u00e0 une situation dont elles ma\u00eetrisaient mal les enjeux.<\/p>\n<p>Le domaine de l\u2019asile n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 par le virus du Covid-19. Au moins une vingtaine de personnes auraient \u00e9t\u00e9 infect\u00e9es2. Il a \u00e9t\u00e9 difficile de mettre en \u0153uvre les recommandations d\u2019hygi\u00e8ne et l\u2019observation des r\u00e8gles de distanciation sociale dans les centres, du fait de l\u2019exigu\u00eft\u00e9 des lieux. \u00abMa meilleure amie, qui vit dans le centre f\u00e9d\u00e9ral \u00e0 Berne, me montrait des photos o\u00f9 les gens \u00e9taient entass\u00e9s dans les rares espaces communs. Elle avait peur d\u2019\u00eatre contamin\u00e9e\u00bb, t\u00e9moigne Roni. La protection du personnel et des requ\u00e9rants contre le virus a \u00e9t\u00e9 point\u00e9e comme insuffisante, voire inexistante par les associations d\u2019aide aux r\u00e9fugi\u00e9s qui alertaient, fin mars, sur \u00abl\u2019impossibilit\u00e9 de faire respecter les consignes sanitaires dans les centres d\u2019accueil\u00bb, citant le cas de personnes \u00abentass\u00e9es \u00e0 12\u00bb dans certaines chambres3.<\/p>\n<p>En pleine ascension de la pand\u00e9mie, la p\u00e9nurie de mat\u00e9riel de protection a \u00e9galement frapp\u00e9. Berfin, une adolescente kurde d\u2019un centre de Soleure, rel\u00e8ve avec lucidit\u00e9: \u00abAvec ma famille, on a tr\u00e8s vite compris que nous allions nous retrouver au bout de la cha\u00eene et que le mat\u00e9riel ne nous parviendrait (s\u2019il nous parvenait) qu\u2019en dernier. Jusqu\u2019au d\u00e9but du mois d\u2019avril, nous n\u2019avons eu ni masques, ni gants, ni solution hydro-alcoolique en suffisance. Mon fr\u00e8re est handicap\u00e9 et maman est une personne \u00e0 risque. Nous avions tr\u00e8s peur de sortir pour faire les courses sans protection, mais nous devions pour autant nous nourrir.\u00bb<\/p>\n<p>Ce paradoxe r\u00e9v\u00e8le l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la situation. Les six personnes avec lesquelles je me suis entretenu relatent toutes qu\u2019elles n\u2019ont re\u00e7u que tr\u00e8s peu d\u2019informations sur le Covid-19. La plupart sont arriv\u00e9es en Suisse depuis peu de temps, et comprendre des fiches de l\u2019OFSP en allemand ou en anglais est un exercice complexe. Aucune feuille d\u2019explication traduite dans leur langue nationale ne leur est parvenue, quand bien m\u00eame le SEM annon\u00e7ait fin mars que l\u2019information des requ\u00e9rants d\u2019asile \u00abpasse par un entretien personnel et du mat\u00e9riel d\u2019information traduit en 15 langues\u00bb4. Cons\u00e9quence: les personnes concern\u00e9es se sont tourn\u00e9es vers l\u2019unique source d\u2019information \u00e0 laquelle avaient acc\u00e8s: les r\u00e9seaux sociaux, avec les biais et les erreurs que cela peut comporter.<\/p>\n<p><strong>Un deuxi\u00e8me enfermement<\/strong><\/p>\n<p>Avant le confinement d\u00e9j\u00e0, celles dont j\u2019avais pu suivre la situation m\u2019avaient confi\u00e9 que les centres d\u2019asile dans lesquels elles vivent provoquaient une exclusion tant g\u00e9ographique que sociale. Le confinement est venu comme un deuxi\u00e8me enfermement, p\u00e9jorant leurs possibilit\u00e9s d\u2019int\u00e9gration. Fatima explique qu\u2019en r\u00e9sidant \u00e0 Schwyz, \u00abdans une r\u00e9gion recul\u00e9e, se rendre en ville est cher et compliqu\u00e9. Aussi, les adultes ne sont pas prioris\u00e9s dans l\u2019acc\u00e8s aux cours de langues: vu leur irr\u00e9gularit\u00e9, il est difficile de faire de r\u00e9els progr\u00e8s\u00bb.<\/p>\n<p>Comme Etienne Piguet l\u2019exprime dans son livre <em>Asile et r\u00e9fugi\u00e9s<\/em> (Savoir suisse, 2019), les raisons des troubles psychiques chez des personnes issues de l\u2019asile, et dont la pr\u00e9valence estim\u00e9e se situe entre 10 et 50%, sont li\u00e9es aux traumatismes et aux violences qui ont pu jalonner le parcours d\u2019exil, mais \u00e9galement au \u00abfaible niveau de formation et d\u2019information sur la pr\u00e9vention\u00bb. A quoi le sp\u00e9cialiste des questions migratoires ajoute l\u2019inactivit\u00e9 \u00e9conomique et la fragilit\u00e9 des statuts de s\u00e9jour, reconnues pour leur impact psychique tr\u00e8s n\u00e9gatif, en emp\u00eachant les requ\u00e9rant-e-s de se projeter dans un futur motivant et en les confinant dans des situations d\u2019anomie.<\/p>\n<p>La psychologue lausannoise No\u00e9mie Gachoud, forte de son exp\u00e9rience aupr\u00e8s de patient-e-s issu-e-s de l\u2019asile, m\u2019a t\u00e9moign\u00e9 en entretien de l\u2019attention particuli\u00e8re port\u00e9e, lors des s\u00e9ances de psychoth\u00e9rapie, sur les potentielles reviviscences traumatiques provoqu\u00e9es par le confinement. Elle explique \u00e9galement la difficult\u00e9 rencontr\u00e9e par les psychologues pour continuer de mener \u00e0 bien les th\u00e9rapies, vu l\u2019obstacle qu\u2019un \u00e9change t\u00e9l\u00e9phonique imposait \u00e0 la pr\u00e9sence rassurante et contenante que doit remplir la-le th\u00e9rapeute.<\/p>\n<p>Des personnes exil\u00e9es, priv\u00e9es d\u2019horizons \u00e0 court et moyen termes, exclues du quotidien et assomm\u00e9es d\u2019ennui. Arif, un mineur afghan non-accompagn\u00e9 tout juste sorti du camp de Moria sur l\u2019\u00eele de Lesbos, en Gr\u00e8ce, o\u00f9 il avait pass\u00e9 neuf mois d\u2019enfer, explique que dans son centre en campagne bernoise, le manque d\u2019activit\u00e9s, d\u2019apprentissages et d\u2019interactions l\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 un sentiment d\u2019exclusion sociale. Arriv\u00e9 en Suisse peu avant le confinement, il n\u2019avait pas encore eu la possibilit\u00e9 d\u2019apprendre l\u2019allemand. Un statu quo angoissant pour un adolescent qui appr\u00e9cie le sport, les activit\u00e9s de plein-air et les contacts sociaux. Sans compter les lacunes d\u2019information sur ce qu\u2019il avait le droit de faire ou non: \u00abChaque sortie, m\u00eame seul, me faisait culpabiliser, je ne rencontrais personne.\u00bb<\/p>\n<p>La crise du Covid-19 a frapp\u00e9 de plein fouet les personnes les plus pr\u00e9caires. L\u2019image d\u2019une Suisse pens\u00e9e comme un \u00eelot de bien-\u00eatre mat\u00e9riel et social s\u2019est effrit\u00e9e. Les volont\u00e9s politiques s\u2019obstinant \u00e0 fermer de plus en plus les portes \u00e0 des personnes qui ont v\u00e9cu l\u2019indicible, la complexit\u00e9 du processus d\u2019une demande d\u2019asile r\u00e9v\u00e8lent l\u2019exponentielle exacerbation des attitudes de rejet vis-\u00e0-vis de ceux qui cherchent refuge en Suisse. Pour Arif, Berfin, Roni et tou-te-s les autres, les conditions et les infrastructures d\u2019accueil doivent \u00eatre urgemment non pas am\u00e9lior\u00e9es mais radicalement repens\u00e9es. Il en va du respect du chapitre de la Constitution relatif aux droits fondamentaux, mais surtout de notre humanit\u00e9. Pour l\u2019heure, ces personnes n\u2019ont pas voix au chapitre. Enferm\u00e9-e-s.<\/p>\n<p><strong>Trois femmes dans l\u2019attente<\/strong><\/p>\n<p><strong>Fatima, afghane, 18 ans.<\/strong> \u00abJe suis arriv\u00e9e en Suisse il y a dix mois maintenant. J\u2019ai re\u00e7u au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e un permis F [admission provisoire] et je vis depuis dans un centre \u00e0 Schwyz. Le confinement a \u00e9t\u00e9 pour moi une \u00e9preuve extr\u00eamement douloureuse. J\u2019ai subi des violences de la part d\u2019une femme habitant dans le m\u00eame appartement que moi. Elle me bat. J\u2019ai plusieurs h\u00e9matomes et des plaies. J\u2019ai d\u00fb appeler deux fois la police. Malheureusement, ni les travailleurs sociaux, ni ma psychologue, ni la police ne souhaitent m\u2019aider. Ils me r\u00e9pondent qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019une simple querelle entre filles. Chaque jour au r\u00e9veil, j\u2019ai peur pour ma vie. Je suis une r\u00e9fugi\u00e9e qui ne sait o\u00f9 se r\u00e9fugier pour se sauver.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Roni, iranienne, 32 ans.<\/strong> (Roni fait l\u2019objet d\u2019une proc\u00e9dure de transfert Dublin). \u00abJe vis dans un centre pour les personnes qui ont re\u00e7u une r\u00e9ponse n\u00e9gative. Je suis la seule femme dans le camp. La \u00abquarantaine\u00bb m\u2019a fait vivre un v\u00e9ritable enfer. Je devais \u00eatre renvoy\u00e9e dans un pays o\u00f9 j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pos\u00e9 une demande d\u2019asile. Au d\u00e9but de la pand\u00e9mie, le renvoi a \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9 \u00e0 plus tard. J\u2019\u00e9tais suivie par un psychiatre et je prenais des m\u00e9dicaments quotidiennement contre mon anxi\u00e9t\u00e9. Isol\u00e9e, je n\u2019ai plus su comment faire pour voir mon docteur et acc\u00e9der aux ordonnances pour la pharmacie. Mi-avril, j\u2019ai implos\u00e9. Je voulais arr\u00eater tout, pour toujours. Transport\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour femmes, j\u2019ai ensuite pass\u00e9 deux semaines dans un centre psychiatrique. Je suis maintenant rentr\u00e9e au centre, o\u00f9 des dizaines de personnes sans perspectives \u00e0 court terme appr\u00e9hendent pour l\u2019avenir.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Berfin, kurde, 14 ans.<\/strong> \u00abJe vis avec ma famille dans un centre dans le canton de Soleure. Nous avons eu peur pendant la pand\u00e9mie en Suisse. Ma maman et mon grand fr\u00e8re handicap\u00e9 sont tous deux \u00e0 risque. Pour faire des courses, nous sortions \u00e0 tour de r\u00f4le seulement toutes les deux semaines. Cela r\u00e9duisait les risques de se contaminer. Mon fr\u00e8re n\u2019a pas la capacit\u00e9 de comprendre ce qu\u2019il se passait. Il \u00e9tait triste car plus personne ne venait le visiter. Il pleurait beaucoup. Moi, le confinement m\u2019a forc\u00e9e \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 notre situation. A 14 ans, j\u2019ai l\u2019impression de devoir faire face \u00e0 des probl\u00e8mes qu\u2019une fille de mon \u00e2ge ne devrait pas avoir \u00e0 conna\u00eetre. Mon esprit veut fuir notre situation d\u2019asile. Le confinement m\u2019a emp\u00each\u00e9e de penser \u00e0 autre chose. Mon p\u00e8re est toujours bloqu\u00e9 en Turquie. Il devait nous rejoindre en mars mais cela a \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9. J\u2019esp\u00e8re que bient\u00f4t tout cela sera derri\u00e8re nous et que nous serons enfin r\u00e9unis.\u00bb AlM<\/p>\n<p>Notes<br \/>\n1. \u2191 Toutes les personnes cit\u00e9es apparaissent sous un nom d\u2019emprunt.<br \/>\n2. \u2191 Au 30 mars, le SEM enregistrait 11 requ\u00e9rants et 7 collaborateurs des centres f\u00e9d\u00e9raux contamin\u00e9s. Au 20 avril, il signalait 6 (nouveaux?) requ\u00e9rants infect\u00e9s et plac\u00e9s en zone de confinement, ainsi que 25 pr\u00e9sentant des sympt\u00f4mes de Covid-19 et isol\u00e9s des autres requ\u00e9rants.<br \/>\n3. \u2191 RTS, 26 mars 2020, acc\u00e8s: <a href=\"https:\/\/bit.ly\/2XBhk3n\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/bit.ly\/2XBhk3n<\/a><br \/>\n4. \u2191 <a href=\"http:\/\/lecourrier.ch\/2020\/03\/31\/nouvel-appel-pour-larret-des-procedures\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">lecourrier.ch\/2020\/03\/31\/nouvel-appel-pour-larret-des-procedures\/<\/a><\/p>\n<p>* Etudiant en sciences politiques, civiliste en accompagnement social au <abbr class='c2c-text-hover' title='Centres f\u00e9d\u00e9raux d\u2019asile : lieux o\u00f9 les requ\u00e9rant\u00b7es d\u00e9posent leur demande et o\u00f9 les acteur\u00b7trices de la proc\u00e9dure, qui y sont tous r\u00e9uni\u00b7es, examinent la demande. Les requ\u00e9rant\u00b7es sont log\u00e9\u00b7es dans ces structures collectives pendant la proc\u00e9dure.'>CFA<\/abbr> de Berne de juillet \u00e0 d\u00e9cembre 2019.<\/p>\n<p>** Les illustrations de cette page, r\u00e9alis\u00e9es par des \u00e9tudiant-e-s de l\u2019Ecole sup\u00e9rieure de bande dessin\u00e9e et d\u2019illustration de Gen\u00e8ve, sont extraites d\u2019un workshop de BD-journalisme organis\u00e9 dans le cadre du FIFDH et encadr\u00e9 par Joe Sacco, \u00e0 partir d\u2019une visite au Centre d\u2019h\u00e9bergement collectif de Rigot.<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Suite \u00e0 sa mission de service civil dans le centre f\u00e9d\u00e9ral de proc\u00e9dure d&rsquo;asile de Berne, Antoine Lehmann a contact\u00e9 d&rsquo;ancien-ne-s r\u00e9sident-e-s, aujourd&rsquo;hui log\u00e9-e-s dans des centres cantonaux, afin de recueillir leur t\u00e9moignage et d&rsquo;en apprendre davantage sur leur r\u00e9alit\u00e9 pendant la crise sanitaire. Publi\u00e9 par le Courrier le 7 juin 2020, son article souligne &hellip; <a href=\"https:\/\/asile.ch\/en\/2020\/06\/09\/le-courrier-des-requerant-e-s-en-quarantaine\/\">Continued<\/a><\/p>","protected":false},"author":5,"featured_media":59148,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[160],"tags":[926,393,1012,1159,206,697,944],"ve_numero":[],"pays":[],"ve_type":[1061],"ve_action":[1050],"class_list":["post-59142","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","tag-audition","tag-centre-federal","tag-coronavirus","tag-documentation","tag-integration","tag-sante-mentale","tag-sem","ve_type-article-de-presse","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59142","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=59142"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/59142\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/59148"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=59142"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=59142"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=59142"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=59142"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=59142"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=59142"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=59142"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}