{"id":6637,"date":"2013-01-08T09:57:59","date_gmt":"2013-01-08T09:57:59","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=6637"},"modified":"2021-08-26T14:11:42","modified_gmt":"2021-08-26T12:11:42","slug":"paru-dans-le-courrier-lasile-aux-grisons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2013\/01\/08\/paru-dans-le-courrier-lasile-aux-grisons\/","title":{"rendered":"Le Courrier | L&rsquo;asile dans les Grisons"},"content":{"rendered":"<h2>Asile: les Grisons, laboratoire de la d\u00e9sint\u00e9gration<\/h2>\n<h3>Anticipant les durcissements de la loi, le canton des Grisons a cr\u00e9\u00e9 il y a plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 un centre pour les requ\u00e9rants dits r\u00e9calcitrants. Les d\u00e9bout\u00e9s sont plac\u00e9s quant \u00e0 eux dans un foyer \u00e0 1300 m\u00e8tres d\u2019altitude et ne re\u00e7oivent pas un sou. Une exp\u00e9rience du bannissement qui se prolonge parfois plusieurs ann\u00e9es. Reportage.<\/h3>\n<p><em><strong>Article paru dans Le Courrier le samedi 5 janvier 2013, \u00e9crit par Micha\u00ebl Rodriguez. L&rsquo;article est disponible online sur le <a href=\"http:\/\/www.lecourrier.ch\/104678\/asile_les_grisons_laboratoire_de_la_desintegration\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">site du Courrier<\/a>.<\/strong><\/em><\/p>\n<div class=\"c-block--box c-block--default\"><div class=\"c-block--box-inner\"><\/p>\n<p>Un haut grillage cerne les cinq containers pos\u00e9s sur un terrain en friche, dans une zone artisanale et commerciale de la petite ville grisonne de Landquart. Le portail de m\u00e9tal est ouvert, mais un panneau avertit les visiteurs par d\u00e9finition ind\u00e9sirables: le p\u00e9rim\u00e8tre est interdit aux personnes non autoris\u00e9es sous peine d\u2019amende sal\u00e9e et de poursuites judiciaires.<\/p>\n<div>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de prot\u00e9ger un quelconque chantier ni les activit\u00e9s d\u2019un laboratoire secret, mais les exp\u00e9rimentations dissuasives de la politique d\u2019asile grisonne. Nous sommes au \u00abMinimalzentrum\u00bb (centre minimal) de la Waldau, \u00e0 une dizaine de minutes \u00e0 pied du centre de Landquart. Ces containers logent des requ\u00e9rants d\u2019asile \u00abr\u00e9calcitrants\u00bb, dont le comportement dans les foyers ordinaires est jug\u00e9 perturbateur.<\/p>\n<h3><strong>La patte de l\u2019UDC<\/strong><\/h3>\n<p>Alors que les Chambres f\u00e9d\u00e9rales ont d\u00e9cid\u00e9 l\u2019automne dernier la cr\u00e9ation urgente de centres pour les requ\u00e9rants d\u2019asile d\u00e9linquants et r\u00e9calcitrants, le canton des Grisons a pris les devants il y a plus de trois ans. Principal artisan de ce syst\u00e8me: Heinz Brand, alors chef du Service cantonal de la migration et actuel conseiller national UDC. Minimal, le centre de la Waldau l\u2019est \u00e0 bien des \u00e9gards. Ses \u00abh\u00f4tes\u00bb sont priv\u00e9s de l\u2019aide sociale usuelle et re\u00e7oivent une aide d\u2019urgence de quelque 7 francs par jour. Ils dorment \u00e0 six dans des containers de 12 m\u00e8tres carr\u00e9s. Sans encadrement social ni surveillance: \u00e0 la Waldau, il n\u2019y a pas de personnel permanent. Le chef du \u00abcentre de d\u00e9part\u00bb de Valzeina, situ\u00e9 \u00e0 quelque dix kilom\u00e8tres de l\u00e0, dans la montagne (lire en page 3), descend g\u00e9n\u00e9ralement une fois par jour \u00e0 Landquart pour y amener l\u2019aide d\u2019urgence en esp\u00e8ces. C\u2019est lui aussi qui d\u00e9cide si un requ\u00e9rant d\u2019asile a besoin de soins m\u00e9dicaux.<br \/>\nLe r\u00e8glement du centre oblige les requ\u00e9rants \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sents tous les jours de 16h30 \u00e0 18h, moment de l\u2019arriv\u00e9e du chef, faute de quoi ils ne recevront pas leur p\u00e9cule de survie. Ils se font \u00e0 manger eux-m\u00eames, dans un container s\u00e9par\u00e9 servant de cuisine et de salle \u00e0 manger. Une autre baraque abrite des toilettes et une douche. Depuis qu\u2019un r\u00e9sident a mis le feu au centre, les autorit\u00e9s l\u2019ont \u00e9quip\u00e9 d\u2019un extincteur.<br \/>\nLes visites sont dans tous les cas interdites \u00e0 la Waldau \u2013\u00a0sauf bien s\u00fbr celles de la police et des employ\u00e9s du Service de la migration, qui peuvent proc\u00e9der en tout temps \u00e0 un contr\u00f4le des chambres. Mais le paradoxe, c\u2019est que ce dispositif s\u00e9curitaire ne prot\u00e8ge gu\u00e8re les requ\u00e9rants d\u2019asile. Les portes des containers ne ferment pas \u2013\u00a0pas m\u00eame de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0-, de sorte que d\u2019\u00e9ventuels voleurs ou agresseurs pourraient entrer \u00e0 la Waldau comme dans un moulin. Les autorit\u00e9s cantonales justifient cette pratique par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9viter des luttes de pouvoir entre les h\u00f4tes du centre.<\/p>\n<h3><strong>Fr\u00e9quents incidents<\/strong><\/h3>\n<p>\u00abMettre ensemble dans un container des gens qui posent probl\u00e8me, sans encadrement, ce n\u2019est pas un concept\u00bb, tranche Guido Stirnimann. Cet agriculteur est l\u2019une des chevilles ouvri\u00e8res de l\u2019association d\u2019aide aux requ\u00e9rants d\u2019asile Miteinander Valzeina (litt\u00e9ralement, \u00ables uns avec les autres \u00e0 Valzeina\u00bb). De fait, les incidents ne sont pas rares \u00e0 la Waldau. \u00abUn jour, un nouveau est arriv\u00e9 ici et je lui ai expliqu\u00e9 que, s\u2019il cuisinait, il devait laver son assiette\u00bb, relate Jim*, un Nig\u00e9rian rencontr\u00e9 en d\u00e9cembre dernier. \u00abIl s\u2019est mis \u00e0 crier et \u00e0 me frapper. J\u2019ai appel\u00e9 la police et il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 ailleurs.\u00bb<br \/>\nParfois, les cons\u00e9quences sont plus graves. \u00abUn Alg\u00e9rien avec de gros probl\u00e8mes psychiques a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 \u00e0 la Waldau, se souvient Guido Stirnimann. Il a agress\u00e9 deux Somaliens jusqu\u2019\u00e0 mettre leur vie en danger. Mais il a pu revenir \u00e0 la Waldau, o\u00f9 il s\u2019est \u00e0 nouveau retrouv\u00e9 avec un Somalien. Il n\u2019a m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention pr\u00e9ventive ni jug\u00e9! Les autorit\u00e9s disent que le d\u00e9roulement des faits n\u2019est pas suffisamment bien \u00e9tabli&#8230;\u00bb<br \/>\nLe canton chercherait en fait \u00e0 pousser les perturbateurs dans les zones grises du syst\u00e8me.\u00a0 \u00abLa prison co\u00fbte trop cher, alors les autorit\u00e9s pr\u00e9f\u00e8rent qu\u2019ils disparaissent dans la nature\u00bb, avance Guido Stirnimann.<br \/>\nLe militant rapporte que le canton aurait m\u00eame pay\u00e9 des billets de train jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re, voire jusqu\u2019\u00e0 Milan, pour se d\u00e9barrasser de certains requ\u00e9rants d\u00e9bout\u00e9s. \u00abJusqu\u2019\u00e0 Milan, je ne crois pas\u00bb, r\u00e9torque Georg Carl, responsable du secteur asile au Service cantonal de la migration. \u00abIl nous arrive de donner des cartes journali\u00e8res \u2013\u00a0la Conf\u00e9d\u00e9ration le fait aussi\u00a0&#8211; mais seulement lorsque la personne peut entrer l\u00e9galement dans un pays voisin.\u00bb<br \/>\n*Pr\u00e9nom d\u2019emprunt<\/p>\n<p><\/div><\/div>\n<\/div>\n<blockquote>\n<h2>Mais la solidarit\u00e9 s&rsquo;organise&#8230;<\/h2>\n<p>Lorsque le petit village de Valzeina apprend par les m\u00e9dias, en d\u00e9cembre 2006, que le canton s\u2019appr\u00eate \u00e0 ouvrir un foyer pour requ\u00e9rants d\u2019asile au Fl\u00fceli, c\u2019est le choc. Les habitants se mobilisent pour tenter d\u2019emp\u00eacher ce projet, et la commune nomme un groupe de travail charg\u00e9 du dossier. \u00abDans ce groupe de travail, il y avait deux camps, se souvient Guido Stirnimann: ceux qui ne voulaient tout simplement pas de requ\u00e9rants d\u2019asile, et ceux qui trouvaient inhumain de les isoler au Fl\u00fceli.\u00bb Les seconds fondent, en d\u00e9cembre 2007, l\u2019association Miteinander Valzeina, dans l\u2019id\u00e9e de travailler \u00ables uns avec les autres\u00bb plut\u00f4t que les uns contre les autres.<br \/>\nCinq ans plus tard, l\u2019association est toujours active. Elle organise r\u00e9guli\u00e8rement des rencontres autour d\u2019une soupe ou d\u2019un caf\u00e9 et des projections de films \u00e0 l\u2019\u00e9cole du village, offre aux requ\u00e9rants d\u2019asile de quoi am\u00e9liorer un peu leur maigre ordinaire: v\u00eatements, nourriture, cartes de t\u00e9l\u00e9phone, etc. Elle les aide aussi \u00e0 avoir acc\u00e8s \u00e0 un conseil juridique. En 2011, <a href=\"http:\/\/www.vmv.ch\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Miteinander Valzeina<\/a> a re\u00e7u le prix Paul Gr\u00fcninger, qui r\u00e9compense \u00abdes actes humanitaires exceptionnels, de courage particulier et d\u2019absence remarquable de pr\u00e9jug\u00e9s\u00bb. L\u2019association envisage d\u2019utiliser une partie de l\u2019argent du prix pour tenter de contrer, par le biais d\u2019un avocat, la pratique douteuse du canton en mati\u00e8re de cas de rigueur (lire ci-contre).<\/p>\n<p>L\u2019histoire de Miteinander Valzeina est loin d\u2019\u00eatre un long fleuve tranquille. L\u2019association a \u00e9t\u00e9, surtout \u00e0 ses d\u00e9buts, tr\u00e8s mal vue des autorit\u00e9s grisonnes, qui lui reprochaient d\u2019entraver leur syst\u00e8me de dissuasion. A plusieurs reprises, elle a \u00e9t\u00e9 menac\u00e9e d\u2019une plainte pour incitation au s\u00e9jour ill\u00e9gal, un d\u00e9lit puni d\u2019un an de prison, voire de cinq ans s\u2019il est commis dans le cadre d\u2019une association fond\u00e9e dans ce but. R\u00e9cemment, Guido Stirnimann s\u2019est vu reprocher d\u2019h\u00e9berger chez lui une Erythr\u00e9enne. \u00abCette femme avait tent\u00e9 de se suicider et a suivi un traitement psychiatrique. Pour nous, il \u00e9tait impossible qu\u2019elle retourne au Fl\u00fceli donc nous l\u2019avons h\u00e9berg\u00e9e. Le canton nous a menac\u00e9s d\u2019une plainte. Nous avons r\u00e9pondu: \u2018tr\u00e8s bien, allez-y, comme cela un juge tranchera!\u2019\u00bb. Les autorit\u00e9s ont finalement renonc\u00e9 \u00e0 toute poursuite lorsque le renvoi de l\u2019Erythr\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 suspendu par Berne. D\u00e9but d\u00e9cembre, cette femme et son mari ont obtenu une admission provisoire.<br \/>\nL\u2019association compte actuellement 50 membres, dont une dizaine de familles de Valzeina. Une r\u00e9ussite, quand on sait que la r\u00e9gion, le Pr\u00e4ttigau, est un bastion de l\u2019UDC. \u00abLes partisans de l\u2019UDC au village se sont toujours comport\u00e9s avec une certaine retenue, note Guido Stirnimann. Mais petit \u00e0 petit, j\u2019ai l\u2019impression que le climat se d\u00e9t\u00e9riore.\u00bb<\/p>\n<p>Envie de soutenir l&rsquo;association <a href=\"http:\/\/vmv.ch\/joomla\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Miteinander Valzeina<\/a>? Vous pouvez commander une \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/solikarte.ch\/?bestellen\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">carte cumulus solidarit\u00e9<\/a>\u00a0\u00bb (en allemand seulement). A chaque fois que vous faites des achats \u00e0 la Migros en montrant la carte solidarit\u00e9, l&rsquo;association Solikarte re\u00e7oit vos points&#8230;<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anticipant les durcissements de la loi, le canton des Grisons a cr\u00e9\u00e9 il y a plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 un centre pour les requ\u00e9rants dits r\u00e9calcitrants. Les d\u00e9bout\u00e9s sont plac\u00e9s quant \u00e0 eux dans un foyer \u00e0 1300 m\u00e8tres d\u2019altitude et ne re\u00e7oivent pas un sou. 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