{"id":6768,"date":"2013-01-15T18:32:32","date_gmt":"2013-01-15T18:32:32","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=6768"},"modified":"2021-08-26T14:11:40","modified_gmt":"2021-08-26T12:11:40","slug":"la-cite-segregation-mode-demploi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2013\/01\/15\/la-cite-segregation-mode-demploi\/","title":{"rendered":"La Cit\u00e9 | S\u00e9gr\u00e9gation, mode d&#8217;emploi"},"content":{"rendered":"<h3><a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/segregation.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-6782\" title=\"segregation\" alt=\"\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/segregation-200x300.jpg\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/segregation-200x300.jpg 200w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/segregation-100x150.jpg 100w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/segregation.jpg 439w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a>Dans les trains qui, depuis la fronti\u00e8re terrestre avec la Turquie, conduisent les migrants vers Ath\u00e8nes, la s\u00e9paration avec les habitants est devenue une pratique courante. Reportage sur la ligne qui relie Orestiada \u00e0 la capitale grecque.<\/h3>\n<h4>Paru dans <a href=\"http:\/\/www.lacite.info\/segregation-en-grece-mode-demploi\/\"><em>La Cit\u00e9<\/em><\/a> le 9 novembre 2012.<\/h4>\n<h4>Texte de <strong>Cristina Del Biaggio,<\/strong> photos <strong>d&rsquo;Alberto Campi<\/strong><\/h4>\n<p>Orestiada est la premi\u00e8re ville grecque que les migrants croisent apr\u00e8s avoir travers\u00e9 la fronti\u00e8re terrestre entre la Gr\u00e8ce et la Turquie. Sur le quai de la gare, les contr\u00f4leurs de train se d\u00e9m\u00e8nent pour que les migrants prennent place dans le wagon arri\u00e8re, plong\u00e9 dans le noir, alors que les habitants, des Grecs pour la plupart, s\u2019assoient librement dans le wagon devant, \u00e9clair\u00e9 \u00e0 souhait.<\/p>\n<p>Les migrants arrivent g\u00e9n\u00e9ralement dans la soir\u00e9e, et ils s\u2019\u00e9loignent uniquement pour effectuer de petits achats \u2014 pain-carr\u00e9, boissons, biscuits \u2014 dans un supermarch\u00e9 non loin de l\u00e0. Ils passent la nuit sur les bancs autour de la gare et, le matin tr\u00e8s t\u00f4t, ils prennent le premier train, \u00e0 5h14, en direction d\u2019Alexandroupoli. Une fois \u00e0 Alexandroupoli, ils sautent dans celui de 15h43 pour Salonique. De l\u00e0, ils embarquent dans le train pour Ath\u00e8nes, qui arrivera le lendemain \u00e0 5 heures.<\/p>\n<p>A l\u2019aube du 15 juillet dernier, au cours de notre enqu\u00eate-reportage* dans ce pays lamin\u00e9 par une crise sans pr\u00e9c\u00e9dent, les migrants somnolent encore dans leurs couchettes de fortune \u00e0 Orestiada. Apr\u00e8s avoir observ\u00e9 pendant toute la semaine les tribulations de ces voyageurs \u00e0 la recherche d\u2019une vie meilleure, nous d\u00e9cidons de faire le voyage vers la capitale en leur compagnie. D\u00e8s que le bruit du train en provenance de Nea Vyssa se fait entendre, tout le monde se l\u00e8ve. Le chant du coq est couvert par les sons de langues exotiques. Les migrants attrapent leurs affaires et tous se pr\u00e9parent \u00e0 monter dans le train.<\/p>\n<p>Mais la voix du contr\u00f4leur les arr\u00eate: \u00ab<em>You cannot take this train. Take the train at 12:20!<\/em>\u00bb (Vous ne pouvez pas prendre ce train, prenez celui de 12h20!), tandis que les habitants d\u2019Orestiada se partagent sans encombre les si\u00e8ges vacants. C\u2019est dimanche, et ils se rendent \u00e0 la mer profitant de la fra\u00eecheur du petit matin. Le contr\u00f4leur, qui interdit ainsi ouvertement aux migrants d\u2019acc\u00e8der aux wagons, explique que \u00abpour eux c\u2019est \u00e9gal\u00bb, vu qu\u2019en prenant le train de 12h20, sous un soleil de plomb celui-l\u00e0, ils auront une correspondance juste apr\u00e8s pour Salonique.<\/p>\n<p>Nous protestons que c\u2019est leur droit de pouvoir prendre le train qu\u2019ils veulent, du moment qu\u2019ils paient le billet et que la place ne manque visiblement pas dans les wagons. \u00abIl y a une famille avec des petits enfants!\u00bb, fait-on remarquer, avec insistance, au responsable qui d\u00e9cide, du coup, de faire monter ce groupe familial compos\u00e9 d\u2019une quinzaine de membres, mais \u00abuniquement celui-ci\u00bb, pr\u00e9vient-il.<\/p>\n<p>Les autres migrants sauteront sur l\u2019occasion, profitant de l\u2019inattention du contr\u00f4leur en train de v\u00e9rifier minutieusement les <em>white papers<\/em> de cette nombreuse famille. Ils se faufilent derri\u00e8re son dos et se glissent dans le train. Pour ces migrants, c\u2019est un aper\u00e7u de ce qui les attendra \u00e0 Ath\u00e8nes: \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s et trait\u00e9s comme des citoyens de deuxi\u00e8me classe.<\/p>\n<p>Le voyage se poursuit jusqu\u2019\u00e0 Alexandropouli. Dans le train pour Salonique, les migrants ont, cette fois-ci, des places r\u00e9serv\u00e9es. Le contr\u00f4leur ne les emp\u00eache pas de monter mais les dirige vers les deux derniers wagons. Petit \u00e0 petit, sans que personne ne dise mot, sans que personne ne s\u2019indigne, ni les migrants, qui ne comprennent pas vraiment ce qui leur arrive, ni les passagers locaux qui sont probablement \u00absoulag\u00e9s\u00bb de ne pas s\u2019asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019\u00e9trangers, les rames du train se partagent selon la couleur de la peau.<\/p>\n<p>Derni\u00e8re liaison: Alexandropouli \u2014 Ath\u00e8nes. Les migrants montrent leur ticket au contr\u00f4leur qui, gentiment mais fermement, les conduit vers le dernier wagon. Troisi\u00e8me train, troisi\u00e8me contr\u00f4leur, m\u00eame r\u00e9sultat: les \u00abBlancs\u00bb devant, les \u00abNoirs\u00bb derri\u00e8re. Le drame de la s\u00e9gr\u00e9gation raciale se consomme, sous les yeux de tous, dans des entit\u00e9s sous le contr\u00f4le de l\u2019\u00e9tat, tels que les liaisons ferroviaires. Une pratique \u00e0 laquelle nous ne pensions de loin pas assister dans un pays membre de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE).<\/p>\n<p>La s\u00e9gr\u00e9gation dans les transports publics est symboliquement tr\u00e8s forte. Il suffit de rappeler la port\u00e9e politique des mouvements de protestation et de lutte pour les droits civiques qui ont eu lieu sous les r\u00e9gimes s\u00e9gr\u00e9gationnistes, tels l\u2019Afrique du Sud durant l\u2019apartheid ou les Etats-Unis jusqu\u2019\u00e0 la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Souvenez-vous: Johannesburg, 1957. Marie-Louise Hooper, une activiste \u00e9tasunienne qui a lutt\u00e9 contre l\u2019apartheid, \u00e9crit un article\u2009(1) sur le boycott collectif, qui a commenc\u00e9 le 7\u00a0janvier de cette ann\u00e9e m\u00e9morable.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, les Noirs s\u2019organisent pour protester contre l\u2019augmentation du prix du billet de bus. \u00abAzikhwelwa!\u00bb criait la foule: \u00abNous ne roulons pas.\u00bb Ainsi, Hooper estime que 60\u00a0000\u00a0personnes ont march\u00e9, parfois jusqu\u2019\u00e0 vingt kilom\u00e8tres par jour, du lieu de domicile au lieu de travail, et ce pendant trois mois. Jusqu\u2019au moment o\u00f9 le gouvernement d\u00e9cide de retirer son projet de hausse des tarifs. Cette action collective est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur de la lutte anti-apartheid. En choisissant la marche, les Noirs \u00abvotaient avec leurs pieds\u00bb, souligne Ruth First, activiste sud-africaine dans un article de 1957\u2009(2).<\/p>\n<p>Changement de continent. Ville de Montgomery, Alabama. Deux ans avant les faits sud-africains, une femme noire devenue depuis l\u2019ic\u00f4ne des civil rights, Rosa Parks, refuse de laisser sa place assise dans un bus \u00e0 un homme blanc. Elle est arr\u00eat\u00e9e pour violation du chapitre 6, alin\u00e9a 11 du code racial de la ville de Montgomery. Celui-ci oblige tout passager \u00e0 c\u00e9der ou \u00e0 prendre la place \u00abassign\u00e9e par la race \u00e0 laquelle il appartient\u00bb\u2009(3).<\/p>\n<p>La nuit suivante, cinquante dirigeants de la communaut\u00e9 afro-am\u00e9ricaine, parmi lesquels figurait Martin Luther King, se r\u00e9unissent et discutent des actions \u00e0 mener suite \u00e0 l\u2019arrestation de Rosa Parks. Comme pour le cas sud-africain, les protestations contre les transports publics sont le d\u00e9clencheur d\u2019une lutte sociale et politique de grande envergure.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019aux \u00e9tats-Unis et en Afrique du Sud, il serait aujourd\u2019hui impensable de r\u00e9tablir la s\u00e9gr\u00e9gation dans les transports publics, elle surgit dans un \u00e9tat de l\u2019UE, o\u00f9 elle est en passe de devenir, selon nos sources mais aussi sur la base de nos observations sur le terrain, une pratique courante. Et ce n\u2019est pas tout car, aujourd\u2019hui en Gr\u00e8ce, \u00e0 la s\u00e9paration ethnique dans les trains s\u2019ajoute une pratique de cr\u00e9ation de zones urbaines, aux fronti\u00e8res floues et changeantes, et de \u00abconfinement\u00bb des migrants. Des zones qui, selon la d\u00e9finition du sociologue Lo\u00efc Wacquant, peuvent \u00eatre assimil\u00e9es \u00e0 des \u00abghettos\u00bb, en tant qu\u2019instrument de fermeture et de contr\u00f4le\u2009(4). Dans les villes d\u2019Ath\u00e8nes et de Patras, ces \u00abghettos\u00bb, d\u2019o\u00f9 les migrants n\u2019osent pas sortir et o\u00f9 le contr\u00f4le s\u2019effectue par la violence de la police et des escadrons n\u00e9onazis, sont plus ou moins permanents.<\/p>\n<p>Ce sont notamment les quartiers du centre ville d\u2019Ath\u00e8nes qui sont concern\u00e9s, o\u00f9 une majorit\u00e9 de migrants arrive tant bien que mal \u00e0 se loger, ainsi que les zones traditionnellement investies par les arrivants, telles que le pont situ\u00e9 entre la gare et le si\u00e8ge d\u2019Aube dor\u00e9e, qui abrite des Maghr\u00e9bins sans domicile fixe. Ou encore le parking utilis\u00e9 comme habitation par les Afghans \u00e0 Patras, et la for\u00eat d\u2019eucalyptus, proche du port, o\u00f9 campent les Africains.<\/p>\n<p>Sans oublier les champs d\u2019oliviers occup\u00e9s par les Afghans dans la p\u00e9riph\u00e9rie de Patras. C\u2019est dans l\u2019un de ces oliviers qu\u2019un groupe d\u2019Afghans nous a offert notre dernier repas avant de rentrer en Suisse: du riz au citron avec du poulet, servi \u00e0 l\u2019ombre des arbres. Une oasis de calme dans une ville domin\u00e9e par la violence.<\/p>\n<p>Dans tous ces lieux, il n\u2019y a pas de mixit\u00e9. Rares sont les Grecs qui y mettent le pied, car ces zones sont consid\u00e9r\u00e9es \u00abdangereuses\u00bb du seul fait de la pr\u00e9sence des migrants. Cette s\u00e9gr\u00e9gation ethnique est en grande partie due \u00e0 la repr\u00e9sentation que les Grecs ont des \u00abquartiers de migrants\u00bb, mais elle est \u00e9galement le fruit de la \u00abchasse \u00e0 l\u2019homme\u00bb que subissent les \u00e9trangers, contraints de se d\u00e9placer ainsi dans d\u2019autres quartiers, rejoignant les communaut\u00e9s d\u00e9j\u00e0 install\u00e9es dans ces endroits.<\/p>\n<p>Dans la ville d\u2019Ath\u00e8nes se dessinent alors des \u00ab<em>no-go areas<\/em>\u00bb, o\u00f9 la probabilit\u00e9 de se faire attaquer par des groupes de racistes ou par les policiers est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e. Ces lieux se situent au c\u0153ur m\u00eame de la capitale, autour des quartiers d\u2019Omonia, Attica, Victoria Square et Agios Panteleimonas. C\u2019est dans ce dernier que nous avons \u00e9t\u00e9 bouscul\u00e9s par un couple de tenanciers d\u2019un kiosque \u00e0 tabac et de journaux, au motif que nous n\u2019\u00e9tions pas Grecs\u2026 Quelques mois auparavant, les habitants aid\u00e9s par les miliciens de l\u2019Aube dor\u00e9e, tol\u00e9r\u00e9s par la police, ont proc\u00e9d\u00e9 au \u00abnettoyage\u00bb de tous ces quartiers. Maintenant, plus personne n\u2019a le droit de les \u00absalir\u00bb.<\/p>\n<p>TEMOIGNAGES INEDITS<\/p>\n<p>A Patras, la violence se concentre surtout dans les campements de migrants autour du nouveau port, inaugur\u00e9 en 2011 et d\u2019o\u00f9 il est d\u00e9sormais devenu impossible pour les migrants de fuir vers l\u2019Italie. Les r\u00e9cits r\u00e9colt\u00e9s sur place font \u00e9tat de violences assimilables \u00e0 de la torture pour toute personne surprise en train de monter sur un camion s\u2019embarquant pour la P\u00e9ninsule italienne.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s portuaires, appel\u00e9es embl\u00e9matiquement \u00abcommando\u00bb par les migrants, utilisent r\u00e9guli\u00e8rement des tasers contre des d\u00e9tenus menott\u00e9s, ainsi que des chiens sans museli\u00e8re mordant les jambes des prisonniers. Un Afghan raconte comment un Soudanais a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par le \u00abcommando\u00bb: \u00abJe l\u2019ai vu courir, pourchass\u00e9 par une voiture conduite par des membres du \u2018commando\u2019. Elle a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et heurt\u00e9 le fuyard, qui est mort sur le coup. J\u2019ai demand\u00e9: \u2018Pourquoi l\u2019avez-vous tu\u00e9?\u2019. Ils ont r\u00e9pondu: \u2018Nous ne l\u2019avons pas tu\u00e9, il est tomb\u00e9\u2019\u00bb. Ce jeune Afghan, t\u00e9moin de la sc\u00e8ne, se dit certain qu\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019un accident mais d\u2019un geste volontairement meurtrier: \u00ab<em>I saw that the commando hit him, with his car<\/em>\u00bb (J\u2019ai vu le commando le percuter avec leur voiture).<\/p>\n<p>Les rondes des miliciens de l\u2019Aube dor\u00e9e, les descentes des policiers dans les logis des migrants, ainsi que les abus de pouvoir exerc\u00e9s par les autorit\u00e9s rendent la vie (presque) impossible aux migrants qui comprennent rapidement qu\u2019ils ne sont pas les bienvenus dans le pays. Le calvaire commence une fois pass\u00e9e la fameuse fronti\u00e8re entre la Gr\u00e8ce et la Turquie. Ceux qui se font attraper par la police, les gardes-fronti\u00e8re ou les militaires sont accompagn\u00e9s au centre de d\u00e9tention (et d\u2019enregistrement) de Fylakio, o\u00f9 ils sont pri\u00e9s de se s\u00e9parer de leurs t\u00e9l\u00e9phones portables. Ceux qui ne se font pas arr\u00eater se pr\u00e9sentent spontan\u00e9ment au poste de police le plus proche, souvent \u00e0 Orestiada.<\/p>\n<p>La proc\u00e9dure d\u2019enregistrement dans les centres de d\u00e9tention comporte l\u2019envoi des empreintes digitales \u00e0 l\u2019Eurodac de Lyon, base de donn\u00e9es europ\u00e9enne dot\u00e9e d\u2019un syst\u00e8me automatis\u00e9 de reconnaissance, introduite avec les accords de Dublin en 2003. Cette proc\u00e9dure est en g\u00e9n\u00e9ral tr\u00e8s br\u00e8ve, \u00e0 moins que le migrant ne demande l\u2019asile politique. Dans ce cas, il restera quasi certainement enferm\u00e9 dans le centre de Fylakio durant six mois, p\u00e9riode de d\u00e9tention maximale pour les demandeurs d\u2019asile\u2009(5).<\/p>\n<p>Au terme de la proc\u00e9dure, ceux qui ne demandent pas l\u2019asile obtiennent le \u00abwhite paper\u00bb \u2014 un document qui est cens\u00e9 obliger les migrants \u00e0 quitter le pays dans les trente jours. Mais tous partent aussit\u00f4t vers le sud de la Gr\u00e8ce pour se rendre \u00e0 Ath\u00e8nes, leur destination finale. L\u00e0 o\u00f9 ils croient trouver du travail, l\u00e0 o\u00f9 des amis ou des membres de la famille les attendent. Deux options s\u2019offrent \u00e0 eux pour se rendre dans la capitale: le bus depuis le centre de d\u00e9tention de Fylakio (prix: 80 euros)\u2009(6), ou le train depuis Orestiada (prix: 42 euros).<\/p>\n<p>La fronti\u00e8re qui divise la Gr\u00e8ce et la Turquie, zone par laquelle transitent 40% des migrants dits ill\u00e9gaux pour rentrer dans l\u2019Espace Schengen, n\u2019est pas la seule fronti\u00e8re \u00e0 laquelle les migrants sont confront\u00e9s. La s\u00e9paration, voire la \u00abs\u00e9gr\u00e9gation\u00bb, se poursuit dans les zones urbaines. Ainsi, le contr\u00f4le du passage entre la Gr\u00e8ce et la Turquie fait partie d\u2019un \u00abdispositif frontalier\u00bb plus vaste, comme l\u2019appellent les chercheurs Didier Bigo, Riccardo Bocco et Jean-Luc Piermay, auteurs de l\u2019article \u00abLogiques de marquage: murs et disputes frontali\u00e8res\u00bb, paru en 2009 dans Cultures &amp; Conflits\u2009(7).<\/p>\n<p>Ce dispositif transforme la ligne de d\u00e9marcation entre deux pays en quelque chose qui la d\u00e9passe et l\u2019englobe en m\u00eame temps. Reste que les migrants ne veulent pour la plupart pas rester en Gr\u00e8ce, comme le montre ce jeu de mots d\u2019un migrant d\u2019origine marocaine: \u00abGr\u00e8ce = Euro-pas\u00bb. La Gr\u00e8ce tout enti\u00e8re est pens\u00e9e et v\u00e9cue par les migrants comme une \u00abbarri\u00e8re\u00bb \u00e0 franchir. Une vaste zone-tampon o\u00f9 r\u00e8gne, en ce moment, un \u00e9tat d\u2019exception, selon les mots du philosophe italien Giorgio Agamben, et de s\u00e9gr\u00e9gation permanent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6>1. Mary-Louise Hooper, \u00abThe Johannesburg Bus Boycott\u00bb, Africa Today, Vol. 4, N\u00b0. 6, 1957, pp. 13-16.<\/h6>\n<h6>2. Ruth First, \u00abThe bus boycott\u00bb, Africa South, 1957, pp. 55-64, online:<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.disa.ukzn.ac.za\/webpages\/DC\/asjul57.10\/asjul57.10.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.disa.ukzn.ac.za\/webpages\/DC\/asjul57.10\/asjul57.10.pdf<\/a><\/h6>\n<h6>3. <a href=\"http:\/\/www.archives.state.al.us\/teacher\/rights\/lesson1\/doc1.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.archives.state.al.us\/teacher\/rights\/lesson1\/doc1.html<\/a><\/h6>\n<h6>4. Lo\u00efc Wacquant, \u00abLes deux visages du ghetto. Construire un concept sociologique\u00bb,<br \/>\nActes de la recherche en sciences sociales, vol. 5, n. 160, 2005, pp. 4-21.<\/h6>\n<h6>5. Didier Bigo, Riccardo Bocco, Jean-Luc Piermay, 2009, \u00abLogiques de marquage:<br \/>\nmurs et disputes frontali\u00e8res\u00bb, Cultures &amp; Conflits, 73, pp.7-13.<\/h6>\n<h6>6. Une t\u00e9moin raconte que Ktel, la compagnie nationale de bus, selon des chiffres qui lui ont \u00e9t\u00e9 fournis par un chauffeur, a transport\u00e9 en 2011 quelque 35\u00a0000 migrants de Orestiada \u00e0 Ath\u00e8nes. Ce transport de migrants a valu \u00e0 Ktel une somme \u00e9quivalent \u00e0 environ 2,8 millions de euros.<\/h6>\n<h6>7. Rapport \u00abWalls of shame\u00bb de ProAsyl (2012), online: <a href=\"http:\/\/www.proasyl.de\/fileadmin\/fm-dam\/q_PUBLIKATIONEN\/2012\/Evros-Bericht_12_04_10_BHP.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.proasyl.de\/fileadmin\/fm-dam\/q_PUBLIKATIONEN\/2012\/Evros-Bericht_12_04_10_BHP.pdf<\/a><\/h6>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les trains qui, depuis la fronti\u00e8re terrestre avec la Turquie, conduisent les migrants vers Ath\u00e8nes, la s\u00e9paration avec les habitants est devenue une pratique courante. Reportage sur la ligne qui relie Orestiada \u00e0 la capitale grecque. Paru dans La Cit\u00e9 le 9 novembre 2012. Texte de Cristina Del Biaggio, photos d&rsquo;Alberto Campi Orestiada est &hellip; <a href=\"https:\/\/asile.ch\/en\/2013\/01\/15\/la-cite-segregation-mode-demploi\/\">Continued<\/a><\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[342,155],"tags":[1159],"ve_numero":[],"pays":[240],"ve_type":[1061],"ve_action":[1050],"class_list":["post-6768","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-de-presse","category-documentation","tag-documentation","pays-grece","ve_type-article-de-presse","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6768","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6768"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6768\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6768"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6768"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6768"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=6768"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=6768"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=6768"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=6768"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}