{"id":69114,"date":"2021-04-21T11:32:00","date_gmt":"2021-04-21T09:32:00","guid":{"rendered":"https:\/\/stage.asile.ch\/?p=69114"},"modified":"2021-08-29T22:31:49","modified_gmt":"2021-08-29T20:31:49","slug":"temoignage-en-quarantaine-a-boudry-quand-la-desorganisation-mene-a-la-maltraitance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2021\/04\/21\/temoignage-en-quarantaine-a-boudry-quand-la-desorganisation-mene-a-la-maltraitance\/","title":{"rendered":"T\u00e9moignage | En quarantaine \u00e0 Boudry: quand la d\u00e9sorganisation m\u00e8ne \u00e0 la maltraitance"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Simone Woolf* est journaliste. Menac\u00e9e dans son pays, elle est venue en Suisse en mai 2020 avec son fils pour y demander l\u2019asile. En pleine pand\u00e9mie. Attribu\u00e9e au centre f\u00e9d\u00e9ral de Boudry, elle a \u00e9t\u00e9 soumise aux nouvelles directives pour lutter contre la Covid-19. Une exp\u00e9rience effarante: s\u00e9par\u00e9e de son fils, oubli\u00e9e dans la distribution des repas\u2026 Son r\u00e9cit rejoint d\u2019autres t\u00e9moignages qui pointent des manquements un peu trop similaires pour \u00eatre qualifi\u00e9s de ponctuels [1].<\/strong><\/p>\n\n\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00fb fuir mon pays avec mon fils de 15ans pour \u00e9chapper aux menaces prof\u00e9r\u00e9es \u00e0 mon encontre par des paramilitaires. Je suis arriv\u00e9e au centre d\u2019enregistrement de Boudry le 13 mai 2020 et y suis rest\u00e9e 5 mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but, mon fils et moi \u00e9tions seuls dans un dortoir, puis deux autres femmes seules avec leurs fils nous ont rejoints. Mon fils, qui parle couramment anglais, a cr\u00e9\u00e9 de forts liens avec les personnes qui vivaient avec nous. Mais, syst\u00e9matiquement, ces nouveaux amis devaient poursuivre leur proc\u00e9dure ailleurs et quittaient le centre. Pour lui, cela repr\u00e9sentait \u00e0 chaque fois une nouvelle rupture de lien qui l\u2019affectait beaucoup. \u00c0 force, il a commenc\u00e9 \u00e0 se sentir de plus en plus d\u00e9prim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comme dans une prison<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le contexte g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait p\u00e9nible, on subissait une forme de harc\u00e8lement psychologique. Parfois, durant la nuit ou t\u00f4t le matin alors que nous dormions, des agents de s\u00e9curit\u00e9 (g\u00e9n\u00e9ralement des hommes) faisaient irruption dans notre chambre. Ils disaient vouloir contr\u00f4ler que tout se passe bien. Ils frappaient, mais entraient imm\u00e9diatement, comme s\u2019ils cherchaient quelque chose. \u00c0 cause de cela, nous ne nous sentions pas en s\u00e9curit\u00e9, nous avions peur. Dans le centre, je me sentais comme dans une prison, nous \u00e9tions contr\u00f4l\u00e9s comme dans une prison. Nous pouvions sortir, mais il fallait revenir \u00e0 l\u2019heure et \u00e0 chaque retour nous \u00e9tions enti\u00e8rement fouill\u00e9s. C\u2019\u00e9tait difficile \u00e0 vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant ce s\u00e9jour, il y a eu une semaine particuli\u00e8rement p\u00e9nible pour moi. Le personnel du centre a suspect\u00e9 que j\u2019avais le Covid-19. Ils m\u2019ont alors enferm\u00e9e dans un b\u00e2timent sp\u00e9cifique, d\u00e9di\u00e9 aux quarantaines. Mon fils n\u2019a pas pu m\u2019accompagner, il est rest\u00e9 seul dans notre dortoir.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Harc\u00e8lement psychologique<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est durant cette semaine, alors que j\u2019\u00e9tais en isolement, que la d\u00e9cision n\u00e9gative du <abbr class='c2c-text-hover' title='Secr\u00e9tariat d&#039;\u00c9tat aux migrations'>SEM<\/abbr> \u00e0 notre demande d\u2019asile nous a \u00e9t\u00e9 transmise. J\u2019\u00e9tais particuli\u00e8rement inqui\u00e8te pour mon fils, dont je n\u2019avais pas de nouvelles, car je savais qu\u2019il \u00e9tait probablement tr\u00e8s affect\u00e9 par cette d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p>Heureusement, le mercredi, j\u2019ai re\u00e7u le r\u00e9sultat de mon test Covid qui s\u2019est av\u00e9r\u00e9 n\u00e9gatif. J\u2019ai alors demand\u00e9 aux gardiens de me laisser sortir, mais on m\u2019a r\u00e9pondu que seule l\u2019infirmi\u00e8re pouvait d\u00e9cider de ma sortie et qu\u2019elle \u00e9tait absente ce jour-l\u00e0. Je devais donc attendre son retour pr\u00e9vu le lendemain. Or, le jour suivant, des gardiens sont venus avec un chien pour inspecter le b\u00e2timent o\u00f9 je me trouvais. Ils m\u2019ont inform\u00e9e avoir d\u00e9couvert qu\u2019il y avait des puces dans ma chambre. C\u2019\u00e9tait apparemment la seule chambre infect\u00e9e. Quatre agent\u00b7e\u00b7s de s\u00e9curit\u00e9 sont venus m\u2019annoncer qu\u2019en raison de cela je ne pourrais pas \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e avant le mardi suivant, car on ne voulait pas que j\u2019emm\u00e8ne les puces avec moi. Je ne sais pas pourquoi ils ont envoy\u00e9 quatre gardien\u00b7ne\u00b7s, peut-\u00eatre avaient-ils peur que je devienne folle, je ne sais pas.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai protest\u00e9, je ne voulais pas rester l\u00e0, \u00e7a ne faisait aucun sens de me laisser enfermer dans une chambre avec des puces. Attendait-on qu\u2019elles me mangent ? Finalement le lendemain, une assistante sociale a accept\u00e9 de me faire sortir, constatant qu\u2019il suffisait de laver mes habits pour \u00e9viter que les puces ne se r\u00e9pandent.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant toute cette semaine enferm\u00e9e, je me suis sentie vraiment l\u00e9s\u00e9e. Je voyais que tout \u00e9tait d\u00e9sorganis\u00e9, le personnel n\u2019avait aucun plan, et on ne m\u2019informait de rien. \u00c0 deux reprises, on a m\u00eame oubli\u00e9 de me nourrir: un matin, je n\u2019ai pas re\u00e7u de petit-d\u00e9jeuner et un autre jour on ne m\u2019a pas amen\u00e9 de souper. Quand j\u2019ai appel\u00e9 l\u2019agent de s\u00e9curit\u00e9 pour lui dire que je n\u2019avais pas eu \u00e0 manger, il est parti informer l\u2019infirmi\u00e8re, mais n\u2019est jamais revenu, et une heure plus tard il n\u2019y avait toujours personne. J\u2019ai appel\u00e9 une autre agente qui est all\u00e9e chercher une assistante sociale. Celle-ci m\u2019a dit qu\u2019elle ne savait pas que j\u2019\u00e9tais l\u00e0, que personne ne l\u2019avait inform\u00e9e de ma pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pire dans tout cela ce n\u2019\u00e9tait pas de ne pas \u00eatre nourrie, mais d\u2019\u00eatre enferm\u00e9e et oubli\u00e9e, sans savoir ce qu\u2019il advenait de mon fils. Je me suis sentie n\u00e9glig\u00e9e et maltrait\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>\u00c9LISA TURTSCHI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>* Nom d\u2019emprunt choisi par la t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;[1] Voir Louise Wehrli, \u00abEn quarantaine car vuln\u00e9rable, il re\u00e7oit une d\u00e9cision Dublin\u00bb, Vivre Ensemble, N\u00b0 177, avril-mai 2020<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Simone Woolf* est journaliste. Menac\u00e9e dans son pays, elle est venue en Suisse en mai 2020 avec son fils pour y demander l\u2019asile. En pleine pand\u00e9mie. Attribu\u00e9e au centre f\u00e9d\u00e9ral de Boudry, elle a \u00e9t\u00e9 soumise aux nouvelles directives pour lutter contre la Covid-19. 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