{"id":7794,"date":"2013-04-17T06:44:41","date_gmt":"2013-04-17T06:44:41","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=7794"},"modified":"2021-08-26T14:11:28","modified_gmt":"2021-08-26T12:11:28","slug":"swissinfo-italie-vagabonds-de-lasile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2013\/04\/17\/swissinfo-italie-vagabonds-de-lasile\/","title":{"rendered":"Swissinfo | Italie: vagabonds de l&rsquo;asile"},"content":{"rendered":"<h2>Chaque ann\u00e9e, des milliers de requ\u00e9rants d\u2019asile arrivent en Suisse depuis l\u2019Italie. Le manque de mesures d\u2019int\u00e9gration, de logements et d\u2019emplois les pousse \u00e0 franchir la fronti\u00e8re, le plus souvent pour \u00eatre finalement renvoy\u00e9s. Reportage \u00e0 Milan.<\/h2>\n<h3>Article de Stefania Summermatter publi\u00e9 le 16 avril 2013 par <a href=\"http:\/\/www.swissinfo.ch\/fre\/politique_suisse\/L_Italie_les_accueille,_puis_les_abandonne.html?cid=35478236\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Swissinfo<\/a>.<\/h3>\n<p>\u00abIl n\u2019y a pas grand-chose \u00e0 faire ici\u2026 pas de travail, pas d\u2019\u00e9cole\u00bb. Il est dix heures du matin et Vivian est assise devant la t\u00e9l\u00e9vision. Elle regarde d\u00e9filer les images en essayant de capter quelques mots ici et l\u00e0. Pour apprendre l\u2019italien, dit-elle, mais aussi pour passer le temps.<\/p>\n<p>Vivian a fui l\u2019Egypte il y a presque deux ans, apr\u00e8s la chute de Moubarak, avec son mari et ses trois jeunes enfants. A peine d\u00e9barqu\u00e9e en Italie, la famille a \u00e9t\u00e9 conduite au centre CARA de Mineo, en Sicile, o\u00f9, selon la loi italienne, les candidats \u00e0 l\u2019asile ne peuvent rester que 35 jours au maximum, le temps de v\u00e9rifier leur identit\u00e9 et de d\u00e9finir la proc\u00e9dure qui leur sera appliqu\u00e9e. Mais l\u00e0, les conditions d\u2019accueil sont limite (jusqu\u2019\u00e0 1300 places) et les mesures d\u2019int\u00e9gration insuffisantes.<\/p>\n<p>Pourtant, Vivian et sa famille sont rest\u00e9s une ann\u00e9e \u00e0 Mineo. Jusqu\u2019\u00e0 ce que, attir\u00e9s par le bouche \u00e0 oreille qui promettait de meilleures chances de trouver du travail, ils d\u00e9cident de venir \u00e0 Milan. En poche, un statut de protection humanitaire (une particularit\u00e9 du droit italien), qui correspond \u00e0 un statut national de r\u00e9fugi\u00e9 et donne droit \u00e0 un permis d\u2019un an, renouvelable.<\/p>\n<p>Nous la rencontrons au centre pour femmes de la Via Sammartini, un b\u00e2timent plut\u00f4t spartiate, \u00e0 quelques minutes de bus de la gare centrale de Milan. Ici vivent une trentaine de femmes et autant d\u2019enfants. La plupart sont r\u00e9fugi\u00e9s et quelques-uns requ\u00e9rants d\u2019asile, avec le droit de rester au maximum dix mois.<\/p>\n<h4>Requ\u00e9rants et r\u00e9fugi\u00e9s sous le m\u00eame toit<\/h4>\n<p>\u00abLes r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019ont pas droit \u00e0 un minimum vital; ils peinent \u00e0 trouver un logement et un travail. Ainsi, ils se retrouvent souvent en situation de grande pr\u00e9carit\u00e9 et se tournent vers les diverses structures d\u2019accueil pour les migrants. Mais ces centres sont \u00e0 peine suffisants pour offrir un toit aux milliers de personnes qui arrivent chaque mois sur le territoire\u00bb, explique Don Roberto Davanzo, directeur de Caritas Ambrosiana \u00e0 Milan, qui coordonne la gestion des centres d\u2019accueil pour le compte des autorit\u00e9s de la ville.<\/p>\n<p>En 2011, le Haut-commissariat de l\u2019ONU pour les r\u00e9fugi\u00e9s (<abbr class='c2c-text-hover' title='United Nations High Commissioner for Refugees'>HCR<\/abbr>) a recens\u00e9 34&rsquo;120 demandes d\u2019asile en Italie, puis 15&rsquo;170 en 2012. S\u2019y ajoutent 58&rsquo;000 r\u00e9fugi\u00e9s politiques, selon une estimation des Nations unies de juin 2012. Or, les centres d\u2019accueil g\u00e9r\u00e9s directement depuis Rome ne totalisent qu\u2019environ 10&rsquo;000 places. Et ceux qui d\u00e9pendent des r\u00e9gions ne suffisent pas \u00e0 compenser la diff\u00e9rence. Cons\u00e9quence: les listes d\u2019attente s\u2019allongent. A Milan, une quarantaine de femmes et d\u2019enfants attendent qu\u2019une place se lib\u00e8re \u00e0 la Via Sammartino.<\/p>\n<p>En fait, l\u2019Italie est un des rares pays d\u2019Europe \u00e0 ne pas avoir de loi-cadre sur l\u2019asile. Le domaine est r\u00e9gi par une s\u00e9rie de d\u00e9crets adopt\u00e9s pour faire face aux urgences migratoires dans un pays que les accords de Dublin ont plac\u00e9 doublement en premi\u00e8re ligne. \u00abLe syst\u00e8me est plut\u00f4t fragment\u00e9 et cr\u00e9e de grandes disparit\u00e9s entre les r\u00e9gions\u00bb, explique au t\u00e9l\u00e9phone le Suisse Beat Schuler, juriste du HCR \u00e0 Rome.<\/p>\n<h4>Trop tard, pas d\u2019\u00e9cole jusqu\u2019en septembre<\/h4>\n<p>Pendant que Vivian bavarde avec une compatriote, nous visitons le centre de la Via Sammartini. Trousseau en mains, la coordinatrice Daniela Ceruti nous montre l\u2019infirmerie, la buanderie, la salle d\u2019atelier et celle o\u00f9 les enfants peuvent jouer. Toutes strictement ferm\u00e9es \u00e0 cl\u00e9. Pour \u00e9viter les vols, dit-elle. Deux gar\u00e7ons descendent l\u2019escalier. Bizarre\u2026 ce n\u2019est pas un jour de cong\u00e9, ne devraient-ils pas \u00eatre en classe?<\/p>\n<p>Daniela Ceruti explique que de nombreux enfants &#8211; dont la fille a\u00een\u00e9e de Vivian, neuf ans &#8211; ne sont arriv\u00e9s au centre qu\u2019apr\u00e8s No\u00ebl. Soit trop tard pour \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans une classe. \u00abIls devront attendre jusqu\u2019\u00e0 septembre, si d\u2019ici l\u00e0 la famille n\u2019a pas d\u00e9cid\u00e9 de quitter la ville\u00bb, note la coordinatrice.<\/p>\n<p>L\u2019heure du repas approche et Vivian attend impatiemment l\u2019arriv\u00e9e de son mari. Elle le voit presque tous les jours, mais ils ne vivent pas ensemble. A Milan en effet, il n\u2019y a pas de structure d\u2019accueil pour les familles et les hommes sont log\u00e9s dans des centres \u00e0 part, parfois \u00e0 l\u2019autre bout de la ville.<\/p>\n<h4>Recherche travail, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment<\/h4>\n<p>Nous nous rendons dans la banlieue nord de Milan, station Bignami. Au fond d\u2019une ruelle, derri\u00e8re une cl\u00f4ture verte, se cache un vieux b\u00e2timent pr\u00e9fabriqu\u00e9 qui fait plus penser \u00e0 un entrep\u00f4t abandonn\u00e9 qu\u2019\u00e0 un centre d\u2019accueil. Autrefois, c\u2019\u00e9tait une \u00e9cole. Aujourd\u2019hui, une cinquantaine d\u2019homme vivent l\u00e0.<\/p>\n<p>A cette heure de l\u2019apr\u00e8s-midi, le lieu est presque d\u00e9sert. Les r\u00e9sidents doivent partir apr\u00e8s le petit d\u00e9jeuner. La plupart s\u2019en vont \u00e0 la recherche d\u2019un emploi, \u00e0 l\u2019usine, sur les chantiers ou dans les champs. En Italie, contrairement \u00e0 la Suisse, la loi autorise les requ\u00e9rants d\u2019asile \u00e0 travailler d\u00e8s qu\u2019ils ont s\u00e9journ\u00e9 six mois dans le pays. Mais par ces temps de crise \u00e9conomique, les offres sont rares, m\u00eame pour des emplois peu r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la pi\u00e8ce centrale, cinq ou six hommes assis \u00e0 une table discutent avec les assistants sociaux. Ils tirent un bilan de leurs dix mois pass\u00e9s au centre. Dans quelques jours, ils devront partir, mais quelques-uns ont d\u00e9j\u00e0 une solution de rechange. Certains iront chez un ami, d\u2019autres finiront peut-\u00eatre dans un des nombreux refuges ill\u00e9gaux comme il s\u2019en trouve dans toute l\u2019Italie. \u00abC\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 du tiers monde, constatent les volontaires de l\u2019ONG milanaise Naga Har, qui visitent r\u00e9guli\u00e8rement ces endroits. Les gens dorment sur des matelas jet\u00e9s par terre, avec les rats, sans eau potable ni \u00e9lectricit\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>Pour ceux qui ne veulent pas s\u2019y r\u00e9soudre, reste l\u2019option de reprendre la route. Certains choisiront d\u2019\u00e9migrer vers le sud, en attendant le d\u00e9but de la saison des travaux des champs, d\u2019autres iront au nord, par-del\u00e0 la fronti\u00e8re, soit directement en Suisse, soit en Allemagne, ou plus loin encore, vers les Pays-Bas ou la Su\u00e8de.<\/p>\n<h4>Le \u00abtourisme de l\u2019asile\u00bb<\/h4>\n<p>Selon Beat Schuler, du HCR, l\u2019Italie est davantage consid\u00e9r\u00e9e comme un pays d\u2019arriv\u00e9e que comme un pays de s\u00e9jour. De l\u00e0, les r\u00e9fugi\u00e9s essayent de rejoindre les pays o\u00f9 ils trouveront une forte communaut\u00e9 de leurs compatriotes ou ceux o\u00f9 ils savent que les conditions sociales et les perspectives de travail sont meilleures. Dans ce sens, la Suisse est un objectif pour certains et un passage pour d\u2019autres.<\/p>\n<p>Celui qui arrive sur le territoire de la Conf\u00e9d\u00e9ration a souvent d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pos\u00e9 une demande d\u2019asile ailleurs, principalement en Italie. Il devrait donc y \u00eatre renvoy\u00e9. Mais ici, le conditionnel est de rigueur.<\/p>\n<p>En 2012, la Suisse a pr\u00e9sent\u00e9 aux autres Etats Dublin 11&rsquo;029 demandes de r\u00e9admission, dont 6605 \u00e0 l\u2019Italie. Mais moins de la moiti\u00e9 des personnes (2981) ont \u00e9t\u00e9 effectivement renvoy\u00e9es dans la P\u00e9ninsule. Pourquoi? Pour diverses raisons, r\u00e9pond l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral des migrations (<abbr class='c2c-text-hover' title='Federal Office for Migration'>ODM<\/abbr>): probl\u00e8mes de sant\u00e9, recours pendants, retours \u00e0 la clandestinit\u00e9 ou d\u00e9parts \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il y a aussi les requ\u00e9rants qui refusent de partir et que l\u2019on finit par renvoyer des mois plus tard par \u00abvol sp\u00e9cial\u00bb.<\/p>\n<p>Acc\u00e9l\u00e9rer les proc\u00e9dures fait partie des objectifs prioritaires de la politique d\u2019asile suisse. Mais la r\u00e9alit\u00e9 du terrain montre les limites du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Une fois qu\u2019ils ont atterri \u00e0 Milan ou \u00e0 Rome &#8211; les deux voies pr\u00e9vues par la proc\u00e9dure Dublin -, les r\u00e9fugi\u00e9s ne sont pas conduits dans des centres d\u2019accueil, comme on pourrait s\u2019y attendre. \u00abOn les consid\u00e8re comme des citoyens libres\u00bb, explique Don Roberto Davanzo. Ils ont quelques jours pour se pr\u00e9senter \u00e0 la police et reprendre la proc\u00e9dure d\u2019asile o\u00f9 ils l\u2019avaient laiss\u00e9e. \u00abRien ne nous dit que certains ne vont pas sauter dans le premier train pour la Suisse ou pour l\u2019Allemagne. Et comment les en bl\u00e2mer?\u00bb, ajoute le directeur de Caritas Ambrosiana.<\/p>\n<h4>La fin et le d\u00e9but de l\u2019urgence<\/h4>\n<p>Retour \u00e0 Milan. La journ\u00e9e est morne et froide, le printemps peine \u00e0 \u00e9clore. La municipalit\u00e9 a donc d\u00e9cid\u00e9 de retarder de quelques semaines la fermeture des dortoirs pour les sans-abri. C\u2019est l\u00e0 que se sont r\u00e9fugi\u00e9s ces derniers temps de nombreux requ\u00e9rants d\u2019asile nord-africains.<\/p>\n<p>A fin f\u00e9vrier en effet, l\u2019Etat italien a ferm\u00e9 les centres sp\u00e9ciaux dits \u00aburgence Afrique du Nord\u00bb qui ont accueilli quelque 28&rsquo;000 r\u00e9fugi\u00e9s, parqu\u00e9s l\u00e0 sans aucune mesure d\u2019int\u00e9gration. Maintenant que la crise est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00abtermin\u00e9e\u00bb, l\u2019Italie a mis \u00e0 la porte les pr\u00e8s de 13&rsquo;000 personnes qui restaient, avec en poche un billet de 500 euro et un permis de voyage de trois mois.<\/p>\n<p>O\u00f9 ces gens vont-ils chercher refuge? Les ONG craignent une augmentation du nombre des sans-abri. En Suisse, certains pr\u00e9disent d\u00e9j\u00e0 un nouvel afflux de requ\u00e9rants, m\u00eame si pour l\u2019heure, l\u2019ODM dit ne pas avoir constat\u00e9 de changements importants dans les flux migratoires.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque ann\u00e9e, des milliers de requ\u00e9rants d\u2019asile arrivent en Suisse depuis l\u2019Italie. Le manque de mesures d\u2019int\u00e9gration, de logements et d\u2019emplois les pousse \u00e0 franchir la fronti\u00e8re, le plus souvent pour \u00eatre finalement renvoy\u00e9s. Reportage \u00e0 Milan.<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[342,155],"tags":[1159],"ve_numero":[],"pays":[178],"ve_type":[1061],"ve_action":[1050],"class_list":["post-7794","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-de-presse","category-documentation","tag-documentation","pays-italie","ve_type-article-de-presse","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7794","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7794"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7794\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7794"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7794"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7794"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=7794"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=7794"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=7794"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=7794"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}