{"id":90167,"date":"2023-03-20T08:56:19","date_gmt":"2023-03-20T07:56:19","guid":{"rendered":"https:\/\/asile.ch\/?p=90167"},"modified":"2023-03-20T22:46:00","modified_gmt":"2023-03-20T21:46:00","slug":"swissinfo-la-detresse-psychologique-des-jeunes-migrants-est-difficile-a-detecter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2023\/03\/20\/swissinfo-la-detresse-psychologique-des-jeunes-migrants-est-difficile-a-detecter\/","title":{"rendered":"Swissinfo | \u00ab\u00a0La d\u00e9tresse psychologique des jeunes migrants est difficile \u00e0 d\u00e9tecter\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"accroche\">Depuis des ann\u00e9es, des voix associatives, politiciennes ou citoyennes s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour revendiquer le droit aux enfants migrants d&rsquo;\u00eatre avant tout consid\u00e9r\u00e9s comme des enfants. Dans les faits, la prise en compte des besoins essentiels des mineurs est encore d\u00e9faillante, entra\u00eenant des cons\u00e9quences importantes sur des jeunes d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9\u00b7es par l&rsquo;exil. Le r\u00e9cent suicide de Alireza \u00e0 Gen\u00e8ve en est un exemple cruel. Un ouvrage collectif r\u00e9dig\u00e9 par des professionnel\u00b7les de la sant\u00e9 mentale des mineur\u00b7es accompagn\u00e9\u00b7es sugg\u00e8re des pistes pour mieux les accompagner et faire une place \u00e0 leur vuln\u00e9rabilit\u00e9. Swissinfo donne la parole \u00e0 Sydney Gaultier, psychologue qui a co-dirig\u00e9 l&rsquo;ouvrage.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;article de Katy Romy \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.swissinfo.ch\/fre\/economie\/-la-d%C3%A9tresse-psychologique-des-jeunes-migrants-est-difficile-%C3%A0-d%C3%A9tecter-\/48325766\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">La d\u00e9tresse psychologique des jeunes migrants est difficile \u00e0 d\u00e9tecter\u00a0\u00bb<\/a> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans Swissinfo le 3.03.2023<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L&rsquo;ouvrage co dirig\u00e9 par Sydney Gaultier, Abdessalem Yahyaoui et Pierre Benghozi s&rsquo;intitule \u00ab\u00a0<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.inpress.fr\/livre\/mineurs-non-accompagnes\/\" target=\"_blank\">Mineurs non accompagn\u00e9s, rep\u00e8res pour une clinique psychosociale transculturelle\u00a0\u00bb<\/a>; \u00c9ditions In Press, 2023 <\/em><br><em>Il sera pr\u00e9sent\u00e9 jeudi 23 mars 2023 lors d&rsquo;une table ronde \u00e0 la Haute Ecole en travail social de Gen\u00e8ve (HETS GE). <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/asile.ch\/en\/agenda\/geneve-table-ronde-mineurs-non-accompagnes-quels-besoins-quelles-reponses\/\" target=\"_blank\">Plus d&rsquo;infos ici.<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Retrouvez \u00e9galement \u00e0 ce sujet l&rsquo;interview de <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.unige.ch\/fapse\/psychoclinique\/unites\/upcii\/membres\/goguikian\/\" target=\"_blank\">Betty Goguikian<\/a>, enseignante et chercheuse \u00e0 la Facult\u00e9 de psychologie et des sciences de l\u2019\u00e9ducation (FPSE) de l\u2019UNIGE et contributrice de l&rsquo;ouvrage, publi\u00e9 le 16 mars 2023 dans le journal de l&rsquo;UNIGE. <a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.unige.ch\/lejournal\/analyse\/printemps-2023\/mineurs-non-accompagnes-le-mal-etre-se-manifeste-souvent-a-bas-bruit\" target=\"_blank\">\u00ab\u00a0Mineur\u00b7es non acompagn\u00e9\u00b7es \u00ab\u00a0Le malaise se manifeste souvent \u00e0 bas bruit\u00a0\u00bb<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-buttons is-layout-flex wp-block-buttons-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-button has-custom-width wp-block-button__width-100\"><a class=\"wp-block-button__link wp-element-button\" href=\"https:\/\/renverse.co\/IMG\/pdf\/alirezaflyer_textemanifestations.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Pour que la politique d\u2019asile change, rejoignez-nous le 29 mars \u00e0 18h \u00e0 la place du Rh\u00f4ne. Alireza on ne t\u2019oublie pas !<\/a><\/div>\n<\/div>\n\n\n<div\n    class=\"c-block--box  is-box--\">\n    <div class=\"c-block--box-inner\">\n        \n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00abLa d\u00e9tresse psychologique des jeunes migrants est difficile \u00e0 d\u00e9tecter\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Les r\u00e9cents suicides de deux requ\u00e9rants d\u2019asile \u00e0 Gen\u00e8ve ont mis en lumi\u00e8re la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des jeunes migrants. Comment faut-il accompagner ceux qu\u2019on appelle mineurs non accompagn\u00e9s? Entretien avec le psychologue Sydney Gaultier.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Katy Romy, 03.03.2023, Swissinfo<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>La Suisse n\u2019a jamais accueilli autant de mineurs non accompagn\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire des enfants migrants sans famille. En 2022, ils (principalement des jeunes hommes) \u00e9taient plus de 2854 \u00e0 avoir demand\u00e9 l\u2019asile \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration, selon les chiffres fournis par le Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat aux migrations.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019encadrement de ces jeunes, qui dissimulent souvent leur souffrance derri\u00e8re leur grande capacit\u00e9 d\u2019adaptation, est un d\u00e9fi. Un ouvrage*, paru en janvier, explore la question de l\u2019accompagnement de ces personnes dans leur parcours vers l\u2019\u00e2ge adulte et l\u2019autonomie. Des psychologues, psychiatres et anthropologues suisses et fran\u00e7ais y ont contribu\u00e9, sous la direction de Sydney Gaultier, psychologue associ\u00e9 au sein de l&rsquo;Unit\u00e9 transculturelle de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adolescent du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>swissinfo.ch: Le terme de mineurs non accompagn\u00e9s est un peu technique. Qui sont les personnes qui se cachent derri\u00e8re cette d\u00e9nomination?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sydney Gaultier: Il s\u2019agit d\u2019une cat\u00e9gorie juridique qui peut regrouper des r\u00e9alit\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9rentes en fonction des pays d\u2019accueil et l\u2019actualit\u00e9 internationale. Actuellement, en Suisse, nous accueillons majoritairement de jeunes Afghans, alors que par le pass\u00e9, nous voyions plut\u00f4t arriver de jeunes \u00c9rythr\u00e9ens, des Somaliens ou Nig\u00e9riens.<\/p>\n\n\n\n<p>La France re\u00e7oit majoritairement des jeunes en provenance d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, ce qui s\u2019explique par l\u2019histoire coloniale du pays, mais aussi les conditions d\u2019accueil. Les personnes migrantes mineures y sont accueillies au titre de la protection de l\u2019enfance et, \u00e0 la majorit\u00e9, peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un titre de s\u00e9jour li\u00e9 au travail ou \u00e0 un apprentissage. Elles n\u2019ont ainsi pas besoin d\u2019avoir fui un conflit ou de passer par une proc\u00e9dure d\u2019asile.<\/p>\n\n\n\n<p>En Suisse, les personnes migrantes mineures doivent demander l\u2019asile. Les requ\u00e9rantes ou requ\u00e9rants d\u2019Afrique de l\u2019Ouest n\u2019ont ainsi pas beaucoup de chance de l\u2019obtenir, car ce ne sont pas des personnes qui viennent de pays consid\u00e9r\u00e9s comme en guerre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019an dernier, le nombre de personnes mineures non accompagn\u00e9es arrivant en Suisse a fortement augment\u00e9. Comment faites-vous face \u00e0 cette nouvelle situation?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous constatons effectivement une croissance extr\u00eamement importante du nombre de jeunes migrants qui arrivent chez nous. Dans le canton de Vaud, o\u00f9 je travaille, en moins d\u2019une ann\u00e9e, nous sommes pass\u00e9s de deux foyers d\u2019accueil pour mineurs non accompagn\u00e9s \u00e0 huit foyers et bient\u00f4t \u00e0 dix. Ces structures ont des capacit\u00e9s d\u2019accueil qui vont de 15 \u00e0 35 places.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela nous a contraints \u00e0 adapter notre protocole d\u2019intervention. Dans certains endroits du canton, nous avons \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 renoncer temporairement \u00e0 rencontrer syst\u00e9matiquement tous les jeunes mineurs non accompagn\u00e9s, comme nous le faisons d\u2019habitude.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la place, nous devons attendre que les \u00e9ducateurs rep\u00e8rent une d\u00e9tresse psychologique et nous la signalent pour intervenir. Heureusement, une extension de nos moyens va prochainement nous permettre de revenir \u00e0 nos bonnes pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&gt;&gt; Ce graphique montre l&rsquo;\u00e9volution du nombre de mineurs non accompagn\u00e9s en Suisse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"678\" height=\"323\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Screenshot-2023-03-20-at-08-45-16-La-detresse-psychologique-des-jeunes-migrants-est-difficile-a-detecter.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-90168\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Screenshot-2023-03-20-at-08-45-16-La-detresse-psychologique-des-jeunes-migrants-est-difficile-a-detecter.png 678w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Screenshot-2023-03-20-at-08-45-16-La-detresse-psychologique-des-jeunes-migrants-est-difficile-a-detecter-300x143.png 300w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Screenshot-2023-03-20-at-08-45-16-La-detresse-psychologique-des-jeunes-migrants-est-difficile-a-detecter-150x71.png 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 678px) 100vw, 678px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>En l\u2019espace d\u2019un peu plus d\u2019un mois, deux requ\u00e9rants d\u2019asile ont mis fin \u00e0 leur jour \u00e0 Gen\u00e8ve, dont un jeune de 18 ans qui devait \u00eatre renvoy\u00e9 vers la Gr\u00e8ce. Que vous \u00e9voque ce drame?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le canton de Vaud, nous n\u2019avons plus v\u00e9cu un tel drame depuis quelques ann\u00e9es, mais nous g\u00e9rons chaque ann\u00e9e plusieurs crises suicidaires. Toutefois, cela fait partie de la r\u00e9alit\u00e9 de la p\u00e9dopsychiatrie et n\u2019est pas sp\u00e9cifique aux mineurs non accompagn\u00e9s, m\u00eame s\u2019ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme plus vuln\u00e9rables.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous savons aussi qu\u2019une d\u00e9cision de renvoi peut conduire \u00e0 un passage \u00e0 l\u2019acte suicidaire. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, nous avons r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9ussi \u00e0 faire valoir des arguments m\u00e9dicaux et \u00e0 dialoguer avec le Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat aux migrations, mais il y a des cas o\u00f9 visiblement cela ne fonctionne pas, comme dans celui de ce jeune homme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais l\u2019encadrement de ces jeunes est-il suffisant en Suisse?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a de grandes disparit\u00e9s entre les cantons, qui ont des politiques d\u2019accueil parfois tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Dans le canton de Vaud, les conditions d\u2019accueil sont globalement bonnes, mais cela ne veut pas dire qu\u2019elles soient toujours optimales. Par exemple, lorsque des jeunes qui souffrent de polytraumatismes se retrouvent \u00e0 trois dans une chambre, cela g\u00e9n\u00e8re automatiquement des troubles du sommeil. Ils souffrent d\u2019insomnie li\u00e9e aux traumatismes, parlent ou jouent sur leur t\u00e9l\u00e9phone pendant la nuit. De plus, ils sont dans un \u00e9tat de vigilance permanente, donc ils sont toujours aux aguets par rapport \u00e0 de potentiels dangers. Ils s\u2019emp\u00eachent ainsi de dormir mutuellement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quels sont les troubles dont souffrent les jeunes mineurs non accompagn\u00e9s que vous rencontrez?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ils souffrent souvent de stress post-traumatique, provoqu\u00e9 par ce qu\u2019ils ont v\u00e9cu durant leur parcours migratoire ou dans leur pays d\u2019origine. Cela g\u00e9n\u00e8re une forte anxi\u00e9t\u00e9, aggrav\u00e9e par l\u2019incompr\u00e9hension de leur nouvel environnement et les incertitudes concernant la r\u00e9ussite ou l\u2019\u00e9chec de leur proc\u00e9dure d\u2019asile.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous observons \u00e9galement beaucoup de troubles d\u00e9pressifs, qui sont tout simplement li\u00e9s \u00e0 la perte, \u00e0 la s\u00e9paration, \u00e0 l\u2019acceptation. De nombreux jeunes doivent aussi faire le deuil de leurs id\u00e9aux, car ils se rendent compte de l\u2019ampleur des obstacles \u00e0 surmonter pour les accomplir. De mani\u00e8re plus p\u00e9riph\u00e9rique, nous rencontrons des jeunes qui souffrent d\u2019autres pathologies, comme des troubles de la personnalit\u00e9, des troubles psychotiques ou des troubles de l\u2019attachement.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignright size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/GAULTIER-427x625-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-90169\" width=\"189\" height=\"277\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/GAULTIER-427x625-1.jpg 427w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/GAULTIER-427x625-1-205x300.jpg 205w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/GAULTIER-427x625-1-102x150.jpg 102w\" sizes=\"auto, (max-width: 189px) 100vw, 189px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ouvrage co-dirig\u00e9 par Sydney Gaultier<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Quelle prise en charge leur proposez-vous?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous menons syst\u00e9matiquement quatre entretiens avec chaque jeune au sein de son lieu de vie, peu apr\u00e8s son arriv\u00e9e. Il est important de pouvoir agir pr\u00e9ventivement, plut\u00f4t que de devoir intervenir en urgence aupr\u00e8s d\u2019une personne qui ne conna\u00eet pas la psychiatrie. Ces jeunes viennent souvent de cultures o\u00f9 la psychiatrie est stigmatis\u00e9e, o\u00f9 les gens gardent plut\u00f4t leurs \u00e9motions pour eux. Il est donc primordial d\u2019expliquer notre r\u00f4le. Ainsi, lorsque nous identifions des besoins de soins avec eux, une grande partie des jeunes est ensuite d\u2019accord de poursuivre le travail. Si certaines personnes ne sont pas pr\u00eates imm\u00e9diatement, elles nous recontactent souvent par la suite.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Peut-on am\u00e9liorer l\u2019encadrement de ces jeunes?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut surtout davantage les soutenir au moment de leur passage \u00e0 la majorit\u00e9. Ce sont des jeunes vuln\u00e9rables, qui sont confront\u00e9s \u00e0 un nouvel environnement, qui doivent apprendre une nouvelle langue, aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de 18 ans, ils deviennent majeurs et devraient \u00eatre autonomes. C\u2019est une transition assez brutale, qui se base sur un crit\u00e8re l\u00e9gal, mais ne respecte pas leurs besoins psychoaffectifs, sociaux ou d\u00e9veloppementaux.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un point de vue neurologique, nous savons d\u2019ailleurs que notre cerveau est adulte \u00e0 25 ans et non pas \u00e0 18 ans. Il est ainsi tout \u00e0 fait illusoire d\u2019imaginer que des jeunes qui ont \u00e9t\u00e9 moins entour\u00e9s que d\u2019autres puissent \u00eatre autonomes plus t\u00f4t que les autres.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 la suite du drame qui s\u2019est produit sur son territoire, le canton de Gen\u00e8ve a justement d\u00e9pos\u00e9 une initiative cantonale, qui demande de prot\u00e9ger les r\u00e9fugi\u00e9s mineurs non accompagn\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 25 ans. Une bonne solution \u00e0 vos yeux?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cela pourrait faire partie de la solution. La France a eu ce d\u00e9bat il y a quelques ann\u00e9es. Les jeunes sortaient du jour au lendemain des foyers de la protection de l\u2019enfance \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 18 ans<strong>. <\/strong>On s\u2019est rendu compte que cela posait de grands probl\u00e8mes de pr\u00e9carit\u00e9. Tout le travail qui avait \u00e9t\u00e9 entrepris avec eux se d\u00e9tricotait \u00e0 la majorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Des contrats pour jeunes majeurs ont ainsi \u00e9t\u00e9 mis en place, c\u2019est-\u00e0-dire un soutien qui s\u2019adapte au besoin de chaque jeune dans ses \u00e9tapes d\u2019autonomisation. Il serait int\u00e9ressant de mettre en place ce type de solution en Suisse. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019avoir la m\u00eame r\u00e9ponse pour tout le monde, mais de ne pas se d\u00e9sengager subitement comme on le fait actuellement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, ces jeunes doivent \u00eatre encadr\u00e9s et de l\u2019autre devenir autonomes. Comment concilier ces deux besoins?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est exactement cela. Il s\u2019agit du paradoxe de ces jeunes. \u00c0 la fois, ils ont d\u00fb apprendre \u00e0 se d\u00e9brouiller tr\u00e8s jeunes, \u00e0 se comporter comme des adultes. Ils se montrent hypermatures dans certains domaines. En m\u00eame temps, cela n\u2019enl\u00e8ve pas leurs besoins psychoaffectifs d\u2019enfants. Ce m\u00e9lange fait que parfois les \u00e9ducateurs se trompent, en les imaginant plus autonomes qu\u2019ils ne le sont r\u00e9ellement. Parfois, on r\u00e9alise qu\u2019ils ont certes leur appartement, mais par exemple ils ne se lavent pas ou ne savent pas faire \u00e0 manger. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a l\u2019imp\u00e9ratif de l\u2019autonomie, mais il y a des freins \u00e0 cette autonomie. On r\u00e9alise qu\u2019ils doivent apprendre \u00e0 devenir autonomes et qu\u2019il faut les accompagner sur ce chemin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce paradoxe rend-il aussi la d\u00e9tresse de ces mineurs difficiles \u00e0 d\u00e9tecter?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On a effectivement plus de difficult\u00e9s \u00e0 identifier la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et la d\u00e9tresse psychologique chez les mineurs non accompagn\u00e9s pour plusieurs raisons. Ceux qui souffrent continuent souvent \u00e0 maintenir d\u2019excellentes capacit\u00e9s d\u2019adaptation. Ils r\u00e9ussissent plut\u00f4t bien \u00e0 l\u2019\u00e9cole, apprennent bien la langue et sont socialement tr\u00e8s comp\u00e9tents.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont normalement des facteurs qui nous rassurent, mais dans ce cas, la d\u00e9tresse est rendue invisible par un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019internalisation des troubles. Il s\u2019agit de l\u2019une des caract\u00e9ristiques du stress post-traumatique: on met en place des strat\u00e9gies pour \u00e9viter les souvenirs douloureux, \u00e9viter d\u2019en parler, d\u2019y repenser.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont aussi des jeunes qui se sentent dans l\u2019obligation de r\u00e9ussir pour justifier leur pr\u00e9sence et pouvoir aider leur famille. Il faut s\u2019imaginer qu\u2019aller mal contredit leur projet de r\u00e9ussite, nos attentes sociales et leur habitus culturel.<\/p>\n\n\n    <\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis des ann\u00e9es, des voix associatives, politiciennes ou citoyennes s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour revendiquer le droit aux enfants migrants d&rsquo;\u00eatre avant tout consid\u00e9r\u00e9s comme des enfants. Dans les faits, la prise en compte des besoins essentiels des mineurs est encore d\u00e9faillante, entra\u00eenant des cons\u00e9quences importantes sur des jeunes d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9\u00b7es par l&rsquo;exil. Le r\u00e9cent suicide de Alireza &hellip; <a href=\"https:\/\/asile.ch\/en\/2023\/03\/20\/swissinfo-la-detresse-psychologique-des-jeunes-migrants-est-difficile-a-detecter\/\">Continued<\/a><\/p>","protected":false},"author":8,"featured_media":90176,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[160],"tags":[1159,625,939,697],"ve_numero":[],"pays":[],"ve_type":[1061],"ve_action":[1050],"class_list":["post-90167","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","tag-documentation","tag-mineur","tag-rmna","tag-sante-mentale","ve_type-article-de-presse","ve_action-documentation"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90167","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=90167"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90167\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":90182,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90167\/revisions\/90182"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/90176"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=90167"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=90167"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=90167"},{"taxonomy":"ve_numero","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_numero?post=90167"},{"taxonomy":"pays","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pays?post=90167"},{"taxonomy":"ve_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_type?post=90167"},{"taxonomy":"ve_action","embeddable":true,"href":"https:\/\/asile.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/ve_action?post=90167"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}