{"id":9247,"date":"2013-07-08T15:19:35","date_gmt":"2013-07-08T15:19:35","guid":{"rendered":"http:\/\/asile.ch\/wp\/?p=9247"},"modified":"2021-08-26T14:11:09","modified_gmt":"2021-08-26T12:11:09","slug":"parution-dem-ak-xabaar-recit-dun-clandestin-africain-en-route-vers-leurope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asile.ch\/en\/2013\/07\/08\/parution-dem-ak-xabaar-recit-dun-clandestin-africain-en-route-vers-leurope\/","title":{"rendered":"Parution | \u00abDEM AK XABAAR\u00bb R\u00e9cit d\u2019un clandestin africain en route vers l\u2019Europe"},"content":{"rendered":"<h3>Ce r\u00e9cit relate le p\u00e9riple de trois ann\u00e9es effectu\u00e9 par Mahmoud Traor\u00e9 entre Dakar (S\u00e9n\u00e9gal) et l\u2019enclave espagnole de Ceuta, o\u00f9 il participa \u00e0 l\u2019assaut collectif de la \u00ab\u00a0barri\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb, le 29 septembre 2005, et r\u00e9ussit \u00e0 la franchir apr\u00e8s plusieurs tentatives avort\u00e9es. Loin des poncifs sur les immigr\u00e9s clandestins, r\u00e9p\u00e9t\u00e9s ad nauseam par les responsables politiques europ\u00e9ens, on d\u00e9couvre ici la r\u00e9alit\u00e9 complexe d\u2019une organisation continentale du \u00ab\u00a0passage\u00a0\u00bb, o\u00f9 tous les candidats \u00e0 l\u2019\u00e9migration ne sont pas des anges, ni tous les passeurs, des profiteurs d\u00e9nu\u00e9s de scrupules.<\/h3>\n<p><a href=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/Dem-ak.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-9248\" alt=\"Dem ak\" src=\"http:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/Dem-ak-201x300.jpg\" width=\"201\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/Dem-ak-201x300.jpg 201w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/Dem-ak-101x150.jpg 101w, https:\/\/asile.ch\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/Dem-ak.jpg 483w\" sizes=\"auto, (max-width: 201px) 100vw, 201px\" \/><\/a>DEM AK XABAAR (\u00ab\u00a0Partir et raconter\u00a0\u00bb en langue wolof) relate le long p\u00e9riple africain de Mahmoud Traor\u00e9, candidat \u00e0 l\u2019exil vers l\u2019Europe, entre 2002 et 2005.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit autobiographique de Mahmoud Traor\u00e9 \u2013\u00a0recueilli par Bruno Le Dantec, et dont ils ont ensemble \u00e9tabli\u00a0la version d\u00e9finitive \u2013 r\u00e9v\u00e8le la r\u00e9alit\u00e9 de la vie sur les routes d\u2019un migrant irr\u00e9gulier, faite d\u2019exp\u00e9dients, d\u2019attente, d\u2019extorsions et de brutalit\u00e9, mais aussi d\u2019entraide et de bravoure. Il s\u2019y d\u00e9voile le fonctionnement des foyers, \u00ab\u00a0ghettos\u00a0\u00bb et autres campements de fortune, o\u00f9 les clandestins r\u00e9inventent une organisation sociale \u00e0 la fois pr\u00e9caire et pleine de contradictions.<\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage est un document unique, \u00e0 plusieurs titres. Mahmoud Traor\u00e9 a mis plus de trois ans \u00e0 atteindre l\u2019Europe \u00e0 travers le Sahel, le Sahara, la Libye et le Maghreb. Son voyage se conclut par sa participation \u00e0 l\u2019assaut collectif de la fronti\u00e8re de Ceuta, le 29 septembre 2005. Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat premier de ce r\u00e9cit r\u00e9side sans doute dans la description de la vie sur les routes d\u2019un migrant irr\u00e9gulier, faite d\u2019exp\u00e9dients, d\u2019attente, d\u2019extorsions, de brutalit\u00e9, mais aussi d\u2019entraide et de bravoure. Il s\u2019y d\u00e9voile le fonctionnement des foyers, \u00ab\u00a0ghettos\u00a0\u00bb et autres campements de fortune o\u00f9 les clandestins r\u00e9inventent une organisation \u00e0 la fois pr\u00e9caire et riche en contradictions et enseignements. Aucun livre n\u2019a encore rapport\u00e9 cette r\u00e9alit\u00e9 souterraine avec autant de pr\u00e9cision, sans jamais stigmatiser ni id\u00e9aliser ces hommes et ces femmes qui ont la faiblesse de croire en la libert\u00e9 de circulation.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Je n\u2019ai rien dit \u00e0 personne. Ma s\u0153ur Kadi et son mari Moussa \u00e9taient au courant pour Bambo, mais moi, je ne leur ai avou\u00e9 que je partais qu\u2019au dernier moment. Le sourcil fronc\u00e9, Moussa m\u2019a demand\u00e9 si ma m\u00e8re \u00e9tait pr\u00e9venue, si j\u2019avais de l\u2019argent, si j\u2019\u00e9tais conscient des risques encourus. D\u2019apr\u00e8s lui, cette affaire est bien mal ficel\u00e9e, trop improvis\u00e9e. Il a sans doute raison, mais qu\u2019importe, je ne serai pas le premier jeune \u00e0 prendre la route sur un coup de t\u00eate. Tu es l\u00e0, les mains vides, tu en as marre d\u2019attendre quelque chose qui \u2013tu le sais bien\u2013 ne viendra jamais \u00e0 toi si tu ne vas pas le chercher. Alors un beau jour tu te secoues les puces et tu tentes ta chance, en te disant que si \u00e7a foire, il sera toujours temps de rebrousser chemin comme si de rien n\u2019\u00e9tait.<\/i>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le clandestin n\u2019est pas seulement l\u2019\u00ab\u00a0objet\u00a0\u00bb politique ou l\u2019instrument id\u00e9ologique \u00e0 quoi on cherche \u00e0 le r\u00e9duire. Il est un acteur de la vie \u00e9conomique dans les pays de destination. Il est \u00e9galement un acteur politique \u00e0 part enti\u00e8re. Le pr\u00e9sent r\u00e9cit en atteste\u2009\u00a0: dans la moiti\u00e9 septentrionale du continent africain, les flux migratoires \u00ab\u00a0sortants\u00a0\u00bb ont fait \u00e9merger une \u00e9conomie de mis\u00e8re, en partie g\u00e9r\u00e9e par ses acteurs m\u00eames. \u00c0 chaque \u00ab\u00a0relais\u00a0\u00bb (le plus souvent situ\u00e9s dans les grandes villes des pays respectifs travers\u00e9s), des ghettos structur\u00e9s par origine nationale, couleur de peau, sexe, langue ou religion servent de point de passage vers l\u2019\u00e9tape suivante du voyage. Ces relais sont dirig\u00e9s par des \u00ab\u00a0chairman\u00a0\u00bb, ayant trouv\u00e9 l\u00e0 le moyen d\u2019un revenu confortable, rendu possible par le racket plus ou moins brutal exerc\u00e9 sur les voyageurs de passage. D\u2019autres fois, les formes politiques spontan\u00e9es s\u2019affinent d\u2019un exercice tournant du pouvoir, le candidat \u00e0 l\u2019exil devant \u00ab\u00a0payer\u00a0\u00bb son passage en assumant la responsabilit\u00e9 transitoire de l\u2019une des t\u00e2ches relatives \u00e0 la gestion de la communaut\u00e9\u2009\u00a0: service d\u2019ordre, intendance, n\u00e9gociation avec les responsables des autres communaut\u00e9s et organisation des passages. Ironiquement, ces organisations se structurent quelquefois autour d\u2019une sorte de \u00ab\u00a0gouvernement\u00a0\u00bb autoproclam\u00e9 et organis\u00e9 selon des r\u00e8gles strictes\u2009\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Je n\u2019ai aucune id\u00e9e de comment ils se r\u00e9partissent les sommes qu\u2019ils nous r\u00e9clament. Ils sont vingt-neuf \u00e0 gouverner le ghetto s\u00e9n\u00e9galais. Le pr\u00e9sident, le premier ministre, le commissaire et le tr\u00e9sorier forment le noyau dur, r\u00e9unis toute la journ\u00e9e dans leur QG, mais ils comptent aussi sur la collaboration des chefs de zone. Il y a trois zones pour la Guin\u00e9e-Bissau, deux pour la Guin\u00e9e Conakry (Koundara et Bok\u00e9) et six pour le S\u00e9n\u00e9gal (Tambacounda, V\u00e9lingara, Kolda, Zinguinchor, Dakar, S\u00e9n\u00e9gal Nord). Ce qui fait une bonne dizaine de zones, ou quartiers, avec chacune son chef, qui si\u00e9ge au parlement. Ce sont ces chefs de zone qui collectent l\u2019argent du bizness avant de le remettre au chairman. Dans la zone de V\u00e9lingara, Boubacar le tr\u00e9sorier fait partie du gouvernement central, ainsi que Yaya le chef de zone, Djibril le cuisinier des chefs et puis Bassilou, qui est brigadier de police\u2009\u00a0: autant d\u2019informateurs du chairman. Tous ces grades ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9s pour tenir le pouvoir. Ils contr\u00f4lent par la crainte le petit peuple des clandestins et ne font confiance en personne, parce qu\u2019ils savent bien que les clandestins ne vivent dans leur royaume que contraints et forc\u00e9s.<\/i>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les tentatives de franchissement collectif des hautes barri\u00e8res de s\u00e9curit\u00e9 de Ceuta et Mililla, auxquelles a plusieurs fois particip\u00e9 Mahmoud Traor\u00e9 en 2005, a fait grand bruit alors. Elles t\u00e9moigne de la complexit\u00e9 des situations dont les clandestins sont \u00e0 la fois les acteurs et l\u2019enjeu. Car le \u00ab\u00a0business\u00a0\u00bb des fronti\u00e8res ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la seule \u00e9conomie de mis\u00e8re des passeurs et autres \u00ab\u00a0chairman\u00a0\u00bb. Leur contr\u00f4le fait l\u2019objet de n\u00e9gociations et de transactions au plus haut niveau entre les gouvernements europ\u00e9ens et ceux des pays africains de la rive m\u00e9diterran\u00e9enne. La complaisance du gouvernement fran\u00e7ais vis-\u00e0-vis du r\u00e9gime libyen de Mouammar Kadhafi \u2013 avant sa chute \u2013 en t\u00e9moigne. D\u2019importantes sommes sont vers\u00e9es, des armes et des moyens de contr\u00f4le livr\u00e9s aux r\u00e9gimes alg\u00e9rien et marocain (et \u00e0 l\u2019\u00e9poque, libyen) \u00e0 qui l\u2019on \u00ab\u00a0sous-traite\u00a0\u00bb une partie du service d\u2019ordre de l\u2019Europe de Schengen.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Bruno Le Dantec et Mahmoud Traor\u00e9\" alt=\"Bruno Le Dantec et Mahmoud Traor\u00e9\" src=\"http:\/\/www.editions-lignes.com\/IMG\/jpg\/Brun_et_Mahm_2.jpg\" width=\"300\" height=\"400\" \/><\/p>\n<p><strong>Mahmoud Traor\u00e9<\/strong> est n\u00e9 en Casamance dans un village proche de la fronti\u00e8re avec la Guin\u00e9e-Conakry et la Guin\u00e9e-Bissau. Il est envoy\u00e9 par les siens \u00e0 Dakar pour y poursuivre ses \u00e9tudes. Tr\u00e8s vite, il abandonne le lyc\u00e9e et devient apprenti-menuisier. Mais sans autre horizon qu\u2019un ch\u00f4mage end\u00e9mique, il part avec un ami pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Ce pays \u00e9tant en guerre, il d\u00e9vie alors sa route vers l\u2019Europe \u00e0 travers le Sahel, le Sahara, la Libye et le Maghreb. Ce n\u2019est que trois ans apr\u00e8s son d\u00e9part qu\u2019il atteint l\u2019Espagne en participant \u00e0 un assaut de migrants d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s sur les grilles de l\u2019enclave espagnole de Ceuta, au nord du Maroc. Il vit depuis en Andalousie, o\u00f9 il travaille et poursuit une formation en menuiserie industrielle.<\/p>\n<p><strong>Bruno Le Dantec<\/strong> est n\u00e9 en 1960. \u00c9crivain et journaliste, il r\u00e9side \u00e0 Marseille. Il collabore r\u00e9guli\u00e8rement au magazine <i>CQFD<\/i>. Il a notamment publi\u00e9\u2009\u00a0: <i>La Ville-sans-nom, Marseille dans la bouche de ceux qui l\u2019assassinent<\/i> (Le Chien rouge, 2007) et <i>Psychog\u00e9ographie<\/i> (Le Point du jour, 2005).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce r\u00e9cit relate le p\u00e9riple de trois ann\u00e9es effectu\u00e9 par Mahmoud Traor\u00e9 entre Dakar (S\u00e9n\u00e9gal) et l\u2019enclave espagnole de Ceuta, o\u00f9 il participa \u00e0 l\u2019assaut collectif de la \u00ab barri\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb, le 29 septembre 2005, et r\u00e9ussit \u00e0 la franchir apr\u00e8s plusieurs tentatives avort\u00e9es. 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