L’Iran est secoué, depuis le 28 décembre 2025, par une nouvelle vagues de contestations. Face au prix de la nourriture et, plus largement, à la santé de l’économie iranienne, ce sont d’abord les commerçant·es du Grand Bazar de Téhéran et les étudiant·es qui se sont mobilisé·es, rapidement rejoint·es par une bonne partie de la population. D’une violence inédite, la répression du régime s’inscrit dans l’oppression qui le caractérise depuis 1979, d’une révolution à l’autre. Dans ce contexte, nous vous proposons (re)lire le dossier sur l’Iran que nous avions publié en 2023, lors du mouvement insurrectionnel «Femmes, vie, liberté».
Sara Ashrafi
Plus la voix de cette révolution sera entendue, mieux ce sera.
Sara Ashrafi, janvier 2026
Les illustrations du présent article sont l’oeuvre de Sara Ashrafi, peintre et iranienne. Elle a dû demander protection à la Suisse après avoir été prévenue que le régime voulait la questionner sur ses oeuvres. Son parcours avait fait l’objet d’un article dans notre édition n°194 en octobre 2023, qu’elle avait illustré et dont le dossier d’aujourd’hui est tiré. Depuis, elle a obtenu le statut de réfugiée, avec sa fille. Découvrir son travail ici: saraashrafi.com
Quelques éléments sur la révolution en cours
Sara Ashrafi
Répression d’une violence inédite: les forces de sécurité du régime islamique ont tiré à balles réelles dans la foule. Selon les observations sur place, le bilan s’élève à plusieurs milliers mort·es du côté des manifestant·es. Près de 20’000 personnes pourraient avoir été arrêtées[1]OSAR, L’Iran en état de choc: les victimes de persécution politique doivent être protégées, 19 janvier 2026. Les images de morgues iraniennes débordant ont fait le tour du monde, y compris à la TV officielle iranienne.
L’accès à Internet est coupé depuis le 8 janvier, empêchant les habitant·es de communiquer. Le mouvement s’organise et passe par le service de communication Starlink, propriété d’Elon Musk. En réaction, les autorités s’en prennent à ce service.
Schutz benötigt:
Le SEM a décidé le 13 janvier 2026 de suspendre provisoirement les demandes d’asile des personnes ayant la nationalité iranienne lorsqu’une décision négative et un ordre d’exécution du renvoi sont à prévoir. Les cas susceptibles d’aboutir à une décision positive continueront d’être traités. Les procédures Dublin continueront également d’être jugées et une admission provisoire peut être accordée pour des raisons individuelles. Le SEM dit être en cours d’évaluation de la situation en Iran pour évaluer s’il faut partir du principe que l’Iran est en proie à une violence généralisée, mais que les coupes Internet ne facilitent pas la chose.
L’OSAR souligne que les citoyen·nes d’Iran ayant pris part aux récentes manifestations et aux mouvements qui les ont précédées, tels que «Femmes, vie, liberté», risquent la persécution politique et doivent donc bénéficier de l’asile. Elle demande à ce que « l’admission provisoire [soit] prononcée pour les personnes non reconnues en tant que personnes réfugiées et qui n’obtiennent pas l’asile. Au vu de la situation actuelle, il y a lieu d’approuver les demandes de réexamen et les demandes multiples de personnes iraniennes déboutées de leur demande d’asile.[2]OSAR, L’Iran en état de choc: les victimes de persécution politique doivent être protégées, janvier 2019 »
A retrouver dans le dossier Iran
Une histoire de soulèvements
Sara Ashrafi
Depuis la révolution de 1979 et le renversement du Shah, l’histoire iranienne a été ponctuée de mouvements de contestation. Un sentiment de désillusion a accompagné ces sursauts populaires. La concentration du pouvoir de la République islamique par le président Khamenei et l’instauration du régime théocratique a marqué le début du désenchantement: la révolution devait apporter la libération face à l’autoritarisme du régime déchu.
Selon l’anthropologue Chowra Makaremi, les crises qui ont suivi émanent majoritairement de la perte de légitimité de ce pouvoir. Désillusions lors d’élections de candidats réformistes, trucages des votes et renforcement autoritariste envers les minorités ont érodé la confiance à l’égard du pouvoir théocratique. Dans cette instabilité grandissante, les outils répressifs de l’État face aux manifestations se sont renforcés, s’accompagnant d’une rhétorique nationaliste mythifiant une identité persique (Parsa, 2020). L’objectif était de fabriquer un sentiment de cohésion nationale au détriment des minorités religieuses, ethniques ou linguistiques (Beck, 2012). En a découlé une atomisation de la société.
C’est dans ce contexte qu’émerge le mouvement insurrectionnel «Femmes, vie, liberté», suite à la mort de Jina Masha Amini, tuée pour un voile mal ajusté. La contestation, qui s’est cristallisée autour de l’obligation du port du voile, apparait comme l’évolution logique de la crise de confiance entre l’État et sa population amorcée dès 1979.
Pour approfondir: notre chronique monde sur l'Iran (2023)
Chowra Makaremi est anthropologue et chercheuse. Elle est née en Iran, un pays qu’elle a dû fuir enfant à la lumière de son histoire familiale. Nous l’avons rencontrée en 2023, alors que venait de paraitre son documentaire Hitch, – rien, en iranien – une histoire iranienne et que son nouveau livre « Femme! Vie! Liberté » s’apprêtait à sortir. Dans l’entretien ci-dessous, il est question du mouvement homonyme, du contexte répressif dans lequel il s’intègre, de la singularité des personnes qu’il réunit, de la place qu’y occupe les femmes. Il est question d’une révolution féministe, de demandes pour l’égalité des droits enfin relayées dans un régime où l’oppression des minorités passe, aussi, par le contrôle des corps et de la mémoire.
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