Press briefing | Integration: between increased requirements, on-the-ground realities, and budgetary constraints
Durcissement des exigences, examen des convictions, et Röstigraben de l’intégration ont été évoqués lors d’un point presse migrations organisé par asile.ch et le nccr – on the move mardi 5 mai. La réduction des forfaits d’intégration prévue dans le cadre du programme d’allègement budgétaire, et ses répercussions sur les cantons, ont également été discutées.
Les intervenant·es
- Carine Tacchella, Conseillère en insertion socio-professionnelle et Responsable du Secteur Insertion Migration Asile (SIMA), CSP Neuchâtel
- Stefan Manser-Egli, Chercheur postdoctoral à l’Université de Fribourg et à l’Université d’Amsterdam, et membre du comité d’Aktion Vierviertel et d’Opération Libero
- Karine Lambert, Cheffe d’office, et Leïla Weber, Conseillère en insertion socio-professionnelle, Service des migrations (SMIG) Neuchâtel
Modération par Marie Vuilleumier, journaliste parlementaire pour les Radios régionales romandes.
Durcissement, convictions et Röstigraben
La progressive codification de la notion d’intégration s’est accompagnée d’un durcissement des exigences. L’acceptation de l’initiative populaire « contre l’immigration de masse » a conduit à l’inscription de la notion d’intégration dans la Constitution. Le critère du « respect des valeurs de la Constitution », examiné notamment dans le cadre de la naturalisation, repose sur l’imaginaire d’une communauté de valeurs partagées par l’ensemble des titulaires du passeport suisse, dont l’égalité des genres ferait par exemple partie. Afin d’évaluer ce critère, l’Etat n’examine pas le comportement, mais cherche « à accéder à des convictions internes (…) ce qui est problématique dans un Etat de droit libéral » selon Stefan Manser-Egli. Ses recherches mettent également en évidence un « biais migratoire » : les attentes normatives envers les personnes étrangères (par exemple : avoir des contacts réguliers avec ses voisins) seraient plus élevées qu’envers la population générale. Fait surprenant : ce biais est significatif en Suisse alémanique et non en Suisse romande.
Zoom sur l’intégration socio-professionnelle dans le canton de Neuchâtel
Dans le canton de Neuchâtel, le suivi des personnes issues de l’asile est partagé entre trois institutions : Caritas, CSP, et SMIG (OIFA). Le rôle des conseiller·ères en insertion socio-professionnelle est de clarifier les compétences, ressources et objectifs de la personne, et de construire un projet d’insertion réaliste et réalisable. Ce que Leïla Weber apprécie : un travail de manière institutionnelle, mais avec une grande liberté dans la mise en place de projets pour les bénéficiaires. La formation et les stages permettent de découvrir les réalités professionnelles, de se constituer un réseau, d’acquérir ou de valider des compétences. Absence de solutions de garde et difficultés de reconnaissance des diplômes ou d’expériences professionnelles figurent parmi les obstacles. Pour Carine Tacchella, « La motivation -à apprendre, se former, chercher un emploi- n’est jamais un obstacle ».
Diminution de la durée des forfaits d’intégration : un report de charges sur les cantons
Les forfaits d’intégration de la Confédération financent actuellement des mesures cantonales d’intégration pendant 5 (permis B réfugié) ou 7 ans (permis F et F réfugié). Le programme d’allègement budgétaire 2027 prévoit une harmonisation à 5 ans, et donc une diminution de la durée -et donc de moyens- pour les étrangers et réfugiés admis provisoirement. Après ce délai, les personnes passent à la charge des cantons. Pour Karine Lambert, «Le temps d’apprentissage de la langue, lui, ne va pas changer ». Reste à savoir quelles décisions prendront les cantons : maintiendront-ils l’ensemble des mesures pour les personnes sorties des forfaits, ou réduiront-ils l’accompagnement au risque de fragiliser leur insertion ? Affaire à suivre.
Enregistrement vidéo, ressources complémentaires et slides des intervenant·es
- asile.ch, Camille Aubry (2026). Entre limitation et prolongation du statut de protection: quelle intégration pour les personnes venues d’Ukraine?
- asile.ch, Karine Povlakic (2024). Permis F. L’intégration minée par une aide sociale insuffisante.Confédération suisse (Fedlex), Loi sur la nationalité suisse (LN), art. 11 et 12
- CSIAS (2023), L’aide sociale dans le domaine de l’asile : le forfait pour l’entretien
- CSIAS (2024), Les réfugiés à l’aide sociale : l’Agenda Intégration porte ses fruits
- Éducation pour tou·xtes – maintenant ! & Parlement suisse des Réfugiés (2026), De la nécessité d’un accompagnement à l’intégration adapté aux besoins des personnes réfugiées
- Office fédéral de la statistique (OFS). Indicateurs de l’intégration
- SEM (2025). Situation professionnelle des personnes admises à titre provisoire et des réfugiés 2025
- SEM. Agenda intégration suisse
- Stefan Manser-Egli & Philipp Lutz (2025). nccr blog. Dispense d’intégration: pourquoi les migrant·e·s sont soumis·es à des normes sociales plus strictes.
- Stefan Manser-Egli (2025). La démocratie l’emporte sur l’intégration.
©Image de couverture: Jon Tyson sur Unsplash.