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Editorial | Humains de 3ème classe

En ligne depuis le 5 avril 2004 et publié dans - modifié le 20 juin 2017

Depuis la fin des années 1980, l’assistance pour les demandeurs d’asile a progressivement été déclassée pour s’établir grosso modo à la moitié des barèmes fixés pour la population résidente. Et malgré les protestations des défenseurs de l’asile, cette conception de l’accueil visant à faire vivre quelques dizaines de milliers de personnes très en dessous de ce qui est normalement considéré comme le minimum «vital», ne choque plus grand monde aujourd’hui.

Avec l’application à partir du mois d’avril, des mesures d’allègement budgétaire qui prévoient l’exclusion du système d’assistance prévu par la loi sur l’asile pour ceux qui sont frappés d’une décision de non-entrée en matière, la logique de la dissuasion fait un pas de plus. Derrière l’assistance de seconde classe réservée aux réfugiés demandeurs d’asile, c’est désormais une aide sociale de troisième classe qui s’installe en Suisse.

Le seul filet social auquel pourront se raccrocher ceux qui seront ainsi laissés à la rue, sera en effet cette aide sociale d’urgence directement fondée sur l’article 12 de la Constitution, qui évoque le «droit d’obtenir de l’aide dans les situations de détresse». Un dispositif d’aide très rarement utilisé jusqu’ici, et dont les déboutés de l’asile vont être d’une certaine façon les cobayes.

Tout indique que cette aide sera réduite au strict minimum: un abri où dormir et des repas du type «soupe populaire». Encore faut-il s’attendre à ce que certains cantons traînent les pieds pour l’organiser et que certains déboutés de l’asile soient dissuadés de demander cette aide par manque d’information ou par peur d’une intervention policière. Des milliers de personnes seront ainsi poussées à vivre dans la misère, sauf à s’adonner au travail clandestin ou à la délinquance pour s’en sortir. La mendicité et le système D sont donc appelés à s’institutionnaliser dans une société à trois vitesses. A-t-on bien mesuré les conséquences de cette évolution, où l’on trouve normal de traiter certains comme des humains de troisième classe?

A travers la clochardisation organisée des déboutés de l’asile, on est en fait en train de faire tomber le tabou qui veut que notre société ne doit pas abandonner sur le bas côté de la route ceux qui ne parviennent pas à s’en sortir. A terme, c’est toute la conception de notre politique sociale qui est en jeu. Quand des milliers de requérants auront fait la démonstration que l’on peut survivre avec une aide sociale encore plus réduite, cette façon de faire se répercutera immanquablement sur l’ensemble des chômeurs, des assistés et autres bénéficiaires d’allocations diverses pour lesquels la baisse des prestations sociales est déjà engagée. Nous aurons alors durablement posé les bases d’une société impitoyable, où la solidarité et l’humanité disparaîtront derrière la logique de la concurrence et de la compétition. Ceux qui se désintéressent de l’asile en le considérant comme un domaine à part devraient y réfléchir.

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