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Préjugés

Tromperie? Le besoin de protection

Des faits, non des préjugés

Les statistiques sont une manière d’analyser le monde. Dans les débats politiques ou les médias, on entend souvent que les demandeur·euses d’asile n’ont majoritairement pas de motifs d’asile et sont là pour des raisons économiques, voire pire. Une façon de délégitimer leur présence en Suisse. Nous avons donc voulu savoir comment et dans quelle proportion la Suisse reconnaît, ou non, un besoin de protection aux personnes dont elle examine les motifs d’asile. Autrement dit, après examen sur le fond du dossier. En effet, dans de nombreux cas – les décisions de non-entrée en matière- elle ne se penche pas sur les motifs d’asile, donc les raisons (torture, persécution, violences, etc.) de la fuite. Elle écarte simplement la demande pour un motif “formel” (transit par un pays tiers (Dublin), essentiellement). Les services statistiques les incluent néanmoins dans les décisions négatives, gonflant ainsi le taux de rejet. Et ce n’est qu’un des facteurs biaisant la représentation proposée par les autorités. Dans cette rubrique, nous montrons comment, à partir des mêmes données, nous parvenons à un résultat aussi différent de celui du Secrétariat d’Etat aux migrations.

Plus de 70% des demandeurs d'asile se voient reconnaître un besoin de protection après examen de leurs motifs d'asile. Vrai ou faux? +

C’est vrai!

En 2020, après examen des demandes d’asile, la Suisse a reconnu un besoin de protection dans 73% des cas, en accordant l’asile (permis B réfugié) ou l’admission provisoire (permis F). Pourtant, les statistiques officielles ne parlent que de 33% de réfugié·es reconnu·es. Pourquoi?

Parce que leur calcul gonfle le taux de décisions négatives. Explications:

  1. 16% des demandes ont été écartées sans examen des motifs de fuite, par décision de non-entrée en matière (NEM). Or, elles ne disent rien du besoin de protection. En effet, les décisions de non-entrée en matière (NEM) sont majoritairement prononcées au motif que la personne a transité ou séjourné dans un Etat tiers avant d’entrer en Suisse. Cela signifie que le besoin de protection doit être examiné par cet Etat ou l’a déjà été, non que la demande est infondée.   Les décisions NEM devraient donc être exclues du calcul du besoin de protection au lieu d’être comptabilisées comme des décisions négatives.
  2. Les admissions provisoires sont comptabilisées par les autorités comme des décisions négatives. Or, elles concernent généralement des personnes fuyant les guerres ou les conflits et reconnaissent un besoin de protection. 

A côté du «taux de reconnaissance», les autorités suisses affichent dans ses statistiques un «taux de protection» qui additionne les admissions provisoires et les octrois de l’asile. Mais elles continuent d’inclure les décisions de NEM comme décisions négatives. Leur «taux de protection» reste donc inférieur à celui auquel nous parvenons.