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Genève, Maison de la Croisette | Lieu de vie, lieu de partage

En ligne depuis le 11 juin 2007 et publié dans - modifié le 28 juin 2017

L’Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile (AGORA) a connu une année 2006 fort active. Des aumôniers et des bénévoles se sont rendus régulièrement dans la zone de transit de l’aéroport, dans la prison pour mesures de contrainte de Frambois, au Lagnon où sont hébergés les demandeurs d’asile frappés d’une non-entrée en matière ou encore au foyer d’hébergement pour requérants d’asile des Tattes. L’AGORA est également un lieu de réflexion et, souvent, d’indignation face à la manière dont la société traite les plus faibles et un lieu d’action, elle s’est impliquée dans le référendum puis dans la campagne contre les lois sur l’asile et sur les étrangers. Leur Maison de la Croisette à Vernier, lieu d’accueil ouvert à tous les requérants d’asile et réfugiés reflète le mieux l’esprit de l’Agora, comme nous le montre cet extrait, tiré de leur rapport annuel 2006. (réd.)

La vie de la Maison de la Croisette commence chaque matin à 9 heures. Deux bénévoles, secondées selon les périodes par une stagiaire, se préparent pour l’accueil. A peine la table du petit déjeuner est-elle disposée qu’on sonne à la porte. Nos amis réfugiés arrivent. A 9h30 commencent les premiers cours de français. Les participants viennent de différents foyers, celui des Tattes pour le plus proche, celui d’Anières pour le plus éloigné.

Les deux bénévoles sont présentes toute la matinée, disponibles et à l’écoute de chacun. Les nouveaux inscrits sont initiés par les plus anciens, les compatriotes deviennent traducteurs, même si leur français n’est pas encore très sûr. A 10h, les cours d’informatique débutent à leur tour, les pas de retardataires sont rapides dans le couloir, Ce n’est alors qu’un bref bonjour, mais on se retrouve à 11h30, lors de la pause. Alors, souvent, les conversations sont animées et même bruyantes.

Des permanences

Trois après-midi par semaine, le réseau ELISA tient une permanence fort fréquentée. Dans les salles d’accueil, l’atmosphère est souvent lourde, les visages fermés et soucieux. L’enveloppe de l’Office fédéral des migrations tenue à la main ne recèle qu’exceptionnellement une bonne nouvelle. En cas de réponse négative, le dernier espoir réside dans un recours. Différentes sont les permanences des Scribes, deux fois par semaine. Il s’agit souvent d’entreprendre des démarches pour un changement de permis (de F à B) ou pour une naturalisation ou encore pour la mise en ordre d’un compte de sûreté.

Des moments de partage

Depuis l’automne 2005, plusieurs femmes réfugiées se retrouvent chaque mardi dans la «salle artistique». Elles sont originaires d’Iran, d’Irak, du Kosovo, d’Afghanistan, d’Erythrée ou d’Ethiopie. Certaines d’entre elles sont présentes chaque mardi, d’autres de temps à autre. Nous partageons tout autant nos joies que nos soucis et nos peines. Nous avons été particulièrement touchées par l’histoire de notre amie Kismet. Dès son arrivée, en 2005, elle nous a parlé de sa fille Eline, restée en Irak: le passeur avait refusé de l’emmener parce qu’elle était malade le jour du départ. Nous avons partagé la souffrance de Kismet qui savait son enfant en danger à Mossoul. Il a fallu de multiples démarches, effectuées par une permanente d’ELISA, pour voir arriver Eline à l’aéroport de Cointrin, au bout de quatorze mois, le 4 juillet 2006. Quel bonheur ! Un groupe d’adolescentes s’est réuni dans cette même salle artistique le mercredi après-midi, pour du dessin, des bricolages, etc. sous la responsabilité de notre stagiaire et cela jusqu’à fin avril, quand son stage a pris fin.

Un peu de nettoyage

Nous avons invité ceux qui veulent nous aider, à venir le dernier samedi du mois, dès 9h pour le ménage, de fond en comble (ou presque, nous oublions volontairement la cave et le grenier) de la Maison de la Croisette. Chaque fois, un petit groupe de requérants d’asile, spécialement, mais pas uniquement, des hommes, nous ont rejoints pour manier les balais, l’aspirateur et les chiffons ou pour entretenir les abords de la maison. Les dix heures sont l’occasion de parler ensemble.

Du jardinage

Au printemps, une fois de plus, les jardiniers ont labouré, semé, puis récolté les radis, les salades, les poivrons, les tomates, les haricots, les potirons… Une vingtaine de parcelles ont ainsi été travaillées par autant de familles. Nos deux bénévoles jardiniers ont conseillé les néophytes, veillé sur l’ordre. Avec des moments de découragement: le travail soigné et le respect de la nature sont le fruit de toute une formation. Cependant, le jardinage peut être une vraie thérapie. Et le jardin de la Croisette a permis des réunions de famille à l’ombre du cèdre ou du ginkgo biloba.

Un tour en cuisine

Comme les années précédentes, chaque premier mercredi du mois a eu lieu, dans la salle de paroisse Vernier, aimablement mise à notre disposition, un repas qui a rassemblé, en moyenne, une quarantaine de convives. Cela a été chaque fois une aventure: qui préparera le repas, qui répondra à notre invitation ?

Certains mois, des requérants d’asile se sont annoncés spontanément pour nous faire découvrir la cuisine de leur pays. D’autres mois, nous avons sollicité telle ou telle personne dont nous connaissons les talents. Des aumôniers, des bénévoles, des stagiaires les ont aidés dans leur tâche et une fidèle équipe a assuré le lavage de la vaisselle. Les convives sont invités durant les jours qui précèdent ou le jour même à la Maison de la Croisette, aux Tattes ou par téléphone. Ils arrivent peu à peu, entre 18h30 et 19h. Durant cette année 2006, le repas de Vernier a toujours été un beau moment de convivialité, dans une bonne ambiance. A la fin, nombreux sont les requérants qui apportent leur aide pour le rangement.

Marie-José Bavarel

Extrait du rapport annuel 2006 de l’AGORA

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