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Reportage | Riace: un village-fantôme resuscité grâce aux réfugiés

En ligne depuis le 9 février 2010 et publié dans - modifié le 7 juillet 2017

Destiné, comme tant d’autres, à devenir hameau-fantôme, le village italien de Riace n’a pas succombé après l’exil de ses jeunes générations. L’arrivée d’une embarcation de réfugiés kurdes, il y a plus de 10 ans, a permis à Riace de rebondir, grâce à l’ouverture d’esprit de ses habitants, qui ont su voir dans l’intégration de ces nouveaux arrivants l’avenir du développement de leur village. Lucine Miserez Bouleau, assistante sociale au Secteur réfugiés du Centre social protestant, est revenue de son passage à Riace avec un cahier rempli de notes. Elle nous livre ses impressions. (réd.)

Riace est un village calabrais, situé à 7 km des côtes de la mer Ionienne. De plus de 3000 habitants au début des années 60, il est passé à moins de 700 habitants une dizaine d’années plus tard, migration économique vers le nord oblige.En 1998, un bateau de réfugiés kurdes échoue sur la plage de Riace. A son bord, plus de 300 personnes. Spontanément, la population leur vient en aide (nourriture, couvertures, vêtements) et les soutient dans leurs démarches de recherche d’une terre d’accueil. L’hiver arrivant, une solution de logement devait être trouvée pour les réfugiés restés sur place. Une association a alors été créée: «Città Futura». Celle-ci prit contact avec les propriétaires de maisons vides en leur proposant de retaper leur maison afin de loger les réfugiés. Une location symbolique était proposée. Certains –eux-mêmes émigrés aux 4 coins du monde- jouèrent le jeu. Les maisons ont été réparées avec les réfugiés, qui ont passé leur premier hiver dans un logement décent.

La migration, expérience commune

10 ans plus tard, le projet est plus vivant que jamais. De fil en aiguille, il s’est développé et affiné autour de problématiques touchant à la fois les résidents que les nouveaux arrivants: l’intégration des réfugiés, le développement économique de la région, un projet politique et citoyen. L’expérience de la migration est centrale, car tous les habitants la connaissent… qu’ils aient eux-mêmes migré ou qu’une partie des leurs vivent ailleurs. Brassages et mélanges ont transformé les familles et les relations sociales. A Riace, la mixité est vécue comme un plus.

L’école du visage est sauvée

D’où des mesures pro-actives pour intégrer les migrants: apprentissage de l’italien, accès à l’école, possibilité de travailler et d’être utile dans la communauté. Les échanges de savoirs et des traditions sont encouragés. De nombreuses manifestations culturelles sont régulièrement organisées pour mettre en valeur les spécificités tant des migrants que des calabrais. L’idée est qu’il faut d’abord bien se connaitre pour pouvoir faire une place à l’autre.Aujourd’hui, le village compte plus de 100 migrants pour environ 700 habitants. L’école du village est restée ouverte grâce aux enfants des nouveaux venus. Pour les uns, Riace est un passage avant de poursuivre leur route vers un ailleurs, plus proche de leurs aspirations. Pour d’autres, des familles surtout, Riace est un petit coin de paradis où ils souhaitent poser leurs valises durablement comme Issa, le potier. Venu d’Afghanistan, il vit à Riace depuis plus de 7 ans. Il a laissé toute sa famille au pays et souhaiterait par-dessus tout pouvoir fonder une famille et vivre de son nouveau métier.

Des emplois pour tous

L’objectif premier était de créer des emplois permettant aux natifs du lieu et aux migrants de vivre décemment de leur travail. La location de certaines maisons retapées a permis le développement d’une activité touristique créatrice d’emplois. Une auberge propose des spécialités locales et du monde. En parallèle, la coopérative «Il borgo e il cielo» s’est créée pour promouvoir une production agricole locale répondant aux critères du développement durable et du commerce équitable (huile d’olive, confitures, fromage de chèvre). Des ateliers d’artisanat (poterie, tissage, verrerie) offrent des possibilités de formation et des débouchés commerciaux tout en valorisant des savoir-faire ancestraux.

Città futura en politique

Dans cette démarche, «Città Futura» cherche à mettre à profit l’expérience de tous pour développer d’autres projets.Forts de l’élan de solidarité déclenché par l’arrivée des réfugiés, des membres de Città Futura sont élus au conseil municipal dès 1999. Deux ans plus tard, ce dernier valide la participation de Riace au Programme national asile.

Un autre accueil est possible

Celui-ci octroie une aide financière journalière (20 € par personne) aux mairies qui s’engagent à accueillir des réfugiés. Seule une centaine de communes italiennes participent à ce programme. Le projet prend de l’ampleur lorsqu’en 2004, l’un des initiateurs de l’association «Città Futura»- Domenico Lucano – est élu maire. L’association y acquiert une plus grande visibilité et de nombreux liens sont tissés vers l’extérieur. Riace adhère notamment au réseau italien de communes solidaires (Recosol). Bien sûr, Riace n’est pas un village 
parfait, et le revers de la médaille qui découle peut-être de l’’institutionnalisation du projet existe assurément. La pertinence de cette expérience originale détonne néanmoins avec l’atmosphère ambiante plutôt morose et les politiques sécuritaires et répressives à l’œuvre un peu partout. Il faut du courage, une bonne dose de culot et de la persévérance pour poursuivre ce travail commencé il y a plus de 10 ans. Les habitants de Riace prouvent quotidiennement qu’un autre accueil est possible…

Lucine Miserez Bouleau

Impressions

Des rues de Riace, grouillantes de vie, se dégagent un sentiment de paix et d’harmonie très agréable. J’ai eu l’impression que certains migrants avaient véritablement trouvé la paix et la sécurité dont ils avaient besoin pour se reconstruire et élaborer de nouveaux projets de vie, qu’ils avaient une véritable place dans ce village. Selon certains témoignages, des familles ont quitté Riace pour y revenir plus tard. D’autres ont fait la démarche inverse. Ce cadre de vie ne peut pas convenir à tout le monde, c’est une évidence et ce n’est pas grave en soi. Ce qui l’est beaucoup plus, c’est lorsque le lieu de résidence est imposé, sans prendre en compte ni les aspirations, ni les ressources des migrants, comme cela se passe en Suisse. Leur adaptation et leur intégration dans la société d’accueil en devient assurément plus difficile.

LMB

Pour en savoir plus:

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