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A Vallorbe, instants d'évasion et émotions partagées

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A Vallorbe, instants d'évasion et émotions partagées

Des perles contre l’oisiveté

En ligne depuis le 27 septembre 2011 et publié dans - modifié le 14 juillet 2017

A leur arrivée en Suisse, les demandeurs d’asile doivent déposer leur requête dans un Centre d’enregistrement et de procédure (CEP). En Suisse Romande, c’est au centre de Vallorbe -connu comme La Forteresse depuis que Fernand Melgar y a posé sa caméra- que transitent hommes, femmes et enfants depuis 2000. L’enfermement dure jusqu’à 90 jours mois. Depuis environ un an, des bénévoles de l’Association en faveur des requérants d’asile de Vallorbe, œuménique et humanitaire (ARAVOH), qui vient de souffler ses dix bougies, anime un atelier pour enfants le mercredi après-midi. L’une d’elle raconte. (réd.)

Il est 14 heures. J’arrive à Vallorbe. Ma mission: animer avec Patricia (artiste-peintre) un atelier pour les enfants.Dans l’entrée, je croise le regard d’une nouvelle arrivante. On vient de lui servir un repas, elle attend patiemment que le personnel finisse ses formalités. Dans ses yeux, une immense détresse et, en même temps, une sorte de résignation mêlée de soulagement d’être arrivée à son but.

Je me raccroche à l’idée que, dans quelques minutes, je vais être avec des enfants et essayer de leur faire oublier leur tragédie (au moins pendant deux heures …). L’insouciance de l’enfance leur permet de retrouver très vite leur sourire et parfois même leur rire. Mais on m’informe que, ce jour-là, il n’y a pas d’enfants au centre ! Qu’à cela ne tienne, je suis sur place, je propose de rencontrer des adultes. J’ai justement dans mon sac des centaines de perles qu’une amie m’a données; j’ai aussi du fil et des fermoirs pour faire des colliers et des bracelets.

Un groupe d’une dizaine d’Africaines me rejoint. Je leur montre mon précieux butin; je me souviendrai longtemps du sourire qui éclaira leur visage!

Ravies de pouvoir confectionner des bijoux pour elles-mêmes, elles se mettent au travail dans une ambiance joyeuse. Je dois bien leur confier que si j’ai des perles, je n’ai par contre aucun savoir-faire en la matière! A elles de m’enseigner, donc.

Parmi elles, une femme beaucoup plus âgée qu’elles appellent Mama. Quel âge peut- elle avoir : 70 – 75 ans ? J’apprends qu’elle est arrivée seule sans famille, qu’elle vient d’Érythrée. Je n’ose pas lui demander ce qui l’a poussée à demander l’asile, je ne veux pas interrompre ce moment de bonheur. Deux heures durant, elle se confectionne un magnifique collier, apportant un grand soin au choix des perles et des couleurs. Lorsqu’il est terminé, je l’aide à le mettre autour du cou. Elle me prend alors dans ses bras. L’émotion m’étreint.

L’heure de se quitter est arrivée, elles me remercient toutes, me serrant fort les mains. En un instant elles m’ont donné bien plus que je ne leur ai apporté. Alors que je pars chercher mon manteau, Mama prend mon sac et l’emporte, ployant un peu sous son poids. Elle le dépose devant la sortie. Je comprends alors que c’est sa façon à elle de me remercier. Les larmes me viennent.

En l’espace d’un instant, cette femme vient de me faire comprendre que ce que l’ARAVOH me permet de faire n’est pas vain.

Nicole Bouchrara

Nouveaux locaux de l’ARAVOH: Esplanade de la Gare Marchandise, rue du Simplon 20, 1337 Vallorbe

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