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En ligne depuis le 24 octobre 2011 et publié dans - modifié le 14 juillet 2017

«Ce n’est pas très beau que des personnes meurent sur des vols spéciaux. Ce n’est pas conforme à la tradition humanitaire de la Suisse», commentait la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey, à la sortie de la projection du film Vol Spécial de Fernand Melgar (1). Pas très joli, en effet, de voir sur grand écran la violence de la machine d’Etat sur les hommes. Ces hommes pris dans l’engrenage des expulsions, que l’angoisse ne quitte pas, qui essaient de rassurer femmes et enfants sans pouvoir expliquer pourquoi ils sont en prison alors qu’ils n’ont commis aucun délit.

Un film qui divise, émeut, agace, fait débat, en raison de son procédé: filmer de manière égale tous les protagonistes – y compris le personnel de la prison administrative de Frambois. Un film qui laisse le spectateur juger en fonction de ses propres filtres. Alors oui, il y a le «gentil» directeur à la cravate rose, et les «gentils» mâtons. Certains les trouveront sans doute sympas, comme ils ont «aimé» celui qui apparaissait comme le directeur de La Forteresse – dénoncé après-coup pour harcèlement et racisme par le personnel de Vallorbe.

Mais d’autres les verront écœurants de paternalisme, refuser d’assumer leur rôle de méchants - «c’est la procédure» - d’acteurs à part entière de cette logique infernale de l’expulsion. Il serait sans doute utile de projeter, juste après Vol spécial, le film Le Spécialiste (2) sur le procès d’Eichmann, bourreau ordinaire de l’Allemagne nazie, organisateur des convois de déportés, et qui répétait à l’envi qu’il n’était qu’un exécutant.

Ici, c’est la loi que ces acteurs exécutent. Oui, cette jolie législation sur l’asile et sur les étrangers concoctée par le Conseil fédéral, le Département fédéral de justice et police, le Parlement et choisie par une majorité de la population suisse (le peuple souverain!).

Ce qui est cynique, dans cette affaire, c’est à quel point personne ne veut assumer la responsabilité de ses actes. Jusqu’à la présidente de la Confédération. Car si elle était logique jusqu’au bout, elle chercherait à rétablir cette soi-disant tradition humanitaire de la Suisse. Et elle conclurait, de concert notamment avec les Juristes démocrates suisses après le matraquage d’un expulsé «récalcitrant» sur le tarmac de l’aéroport de Zurich en juillet 2011 –filmé par le TJ alémanique-, qu’il faut renoncer à ce type de vol.

Une solution qui aurait évité à la Fédération des Eglises protestantes de Suisse de se retrouver sur le front des critiques pour avoir accepté le mandat délicat d’observateur «neutre» des vols spéciaux (p.2). Il faut dire que les conditions imposées par l’ODM dans le cadre du mandat – «assurer et optimiser les rapatriements par voie aérienne » et «secret de fonction» – n’a pas incité grand monde à jouer de sa réputation…

Quant à la solution soumise à l’ODM par le président de la toute jeune Commission nationale pour la prévention de la torture, elle aurait peut-être mérité plus de publicité. « L’idée était de filmer [les renvois] afin que la population suisse puisse se rendre compte réellement de ce que sont les rapatriements. [L’ODM] m’a dit que c’était trop émotionnel. Mais quand quelqu’un hurle parce qu’il est persuadé qu’il risque la torture à son arrivée dans son pays, il ne faut pas se voiler la face. » (3)

Sophie Malka


Notes:

(1) Le 7 août 2011, à Locarno, sur le plateau de la TSR.

(2) Un spécialiste –  Le procès Eichmann à Jérusalem, Eyal Sivan et Rony Brauman, 1999.

(3) Jean-Pierre Restellini, magazine AMNESTY, n°63, , novembre 2010.

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