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Demandes d’Irakiens | L’ODM a violé le droit 10’000 fois sous l’ère Blocher

En ligne depuis le 12 janvier 2012 - modifié le 5 août 2014

L’Office fédéral des migrations a violé le droit sous l’ère Blocher

(ATS/Newsnet) Créé: 11.01.2012  Dépêche parue dans 24h

L’Office fédéral des migrations a violé le droit en ne traitant pas des milliers de demandes d’asile déposées par des Irakiens dans les ambassades de Suisse en Syrie et en Egypte. Le Conseil fédéral a pris connaissance mercredi des conclusions d’un rapport. Aucune conséquence n’est prévue.

L’analyse a été commandée par la cheffe du Département de justice et police (DFJP) Simonetta Sommaruga à l’ex-juge fédéral Michel Féraud. La découverte de 7000 à 10’000 demandes de requérants irakiens laissées en souffrance entre 2006 et 2008 dans les deux représentations helvétiques avait suscité l’émoi l’été dernier.

L’ancien magistrat met en cause uniquement l’Office fédéral des migrations (ODM) pour sa décision, prise en novembre 2006 alors que Christoph Blocher dirigeait le DFJP et Eduard Gnesa l’ODM.

Afflux de réfugiés

Face au flot de demandes d’asile rudimentaires déposées par des requérants irakiens, l’ambassadeur suisse en Syrie, Jacques de Watteville, a proposé de ne pas réagir et d’attendre les décisions des autres pays. L’ODM a alors soutenu cette proposition et recommandé de ne plus lui faire parvenir les demandes d’asile.

Pour lui, il s’agissait d’adresser les requérants au Haut- Commissariat aux réfugiés de l’ONU. La réglementation a ensuite été étendue à l’ambassade du Caire, elle aussi confrontée à un afflux de requêtes.

Or, le non-traitement des demandes enfreint la loi sur l’asile et les garanties de procédure équitable assurées par la constitution, relève le rapport. Les demandes déposées alors étaient en effet juridiquement valables.

Seule circonstance atténuante reconnue à l’ODM, celui-ci pouvait partir du principe que des Irakiens bénéficieraient d’une protection effective en Syrie et en Egypte et qu’ils ne risquaient pas de se voir renvoyer dans leur pays. Dans les faits, admet l’ancien juge, certains ont été refoulés en Irak.

Pas de sanctions

La réglementation particulière relève de la seule responsabilité de l’Office, d’après le texte. Pour l’ancien juge, la question d’une responsabilité disciplinaire ne se pose cependant plus, compte tenu notamment du temps qui s’est écoulé.

L’enquête n’a pas non plus mis au jour d’actes pouvant être pénalement répréhensibles. Aucun des fonctionnaires concernés ne peut être soupçonné d’avoir commis un délit, notamment un abus d’autorité, dans l’exercice de ses fonctions.

Information non transmise

Le rapport met en cause aussi le non-respect du devoir d’information à l’égard d’Eveline Widmer-Schlumpf, qui a succédé à Christoph Blocher à la tête du DFJP à fin 2007. La Grisonne n’a pas été mise au courant de la réglementation particulière.
Interrogée par la presse, la présidente de la Confédération n’a pas voulu entrer dans la polémique. «On ne peut pas informer son successeur d’absolument tout», a-t-elle affirmé mercredi. Et de nier un problème avec le «conseiller national Blocher».

Quant à la nouvelle ministre de justice, Simonetta Sommaruga, elle aurait elle aussi dû être informée activement de l’affaire, critique l’ancien juge.

Concernant les demandes encore en souffrance, le rapport conclut que le droit en vigueur ne permet pas d’opter pour une procédure simplifiée afin d’accélérer le traitement. L’ODM devra régler les quelques 3000 demandes en suspens d’ici à la fin de 2013.

Pour télécharger le rapport officiel : Bericht über die Asylgesuche irakischer Staatsangehöriger auf den schweizerischen Vertretungen in Damaskus und Kairo zwischen 2006 und 2008 (260 Kb, pdf; ce document n’est pas disponible en français)

Département fédéral de justice et police. Le non-traitement des demandes d’asile était contraire au droit (Communiqué du Conseil fédéral) 11.01.2012

Berne. Le Conseil fédéral a pris connaissance aujourd’hui du rapport final rédigé par l’ancien juge fédéral Michel Féraud concernant les demandes d’asiles non traitées qui avaient été déposées entre 2006 et 2008 dans les ambassades de Suisse en Syrie et en Égypte. Le rapport arrive à la conclusion qu’en décidant, le 20 novembre 2006, de ne pas traiter ces demandes, l’Office fédéral des migrations (ODM) a violé des règles de procédure définies dans la législation en matière d’asile, ainsi que des garanties de procédure consacrées par la Constitution fédérale.

Entre 2006 et 2008, les ambassades de Suisse en Syrie et en Égypte ont reçu entre 7000 et 10 000 demandes d’asile de ressortissants irakiens. Ces demandes n’ont ensuite pas été traitées pendant plusieurs années. Après avoir eu connaissance de cette affaire, la cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP) a chargé l’ancien juge fédéral Michel Féraud, à la fin du mois d’août 2011, de mener une enquête externe afin de déterminer si le droit en vigueur a été violé ou si des devoirs d’information n’ont pas été respectés. Il s’agissait aussi de définir la manière correcte de procéder avec les demandes encore en souffrance.

Dans son rapport final du 22 décembre 2011, l’ancien juge fédéral Michel Féraud arrive à la conclusion que les demandes déposées alors sont des demandes d’asile juridiquement valables. La décision arrêtée par l’ODM le 20 novembre 2006 de ne pas traiter ces demandes viole par conséquent des règles de procédure définies dans la législation en matière d’asile, ainsi que des garanties de procédure consacrées par la Constitution fédérale. Cette réglementation particulière relève de la seule responsabilité de l’office. L’ODM pouvait toutefois partir du principe que ces ressortissants irakiens bénéficieraient d’une protection effective dans ces deux pays et qu’ils ne risquaient pas de se voir renvoyer dans leur pays de provenance.

Le rapport relève également que le devoir d’information n’a pas été respecté à l’égard de l’ancienne cheffe du DFJP Eveline Widmer-Schlumpf, qui n’a pas été mise au courant de l’existence de la réglementation particulière du 20 novembre 2006. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga aurait elle aussi dû être informée activement de cette affaire.

Pour l’ancien juge fédéral Michel Féraud, la question d’une responsabilité disciplinaire ne se pose cependant plus, compte tenu notamment du temps qui s’est écoulé. L’enquête n’a pas non plus mis au jour d’actes pouvant être pénalement répréhensibles, car aucun des fonctionnaires concernés ne peut être soupçonné d’avoir commis un délit, notamment un abus d’autorité, dans l’exercice de ses fonctions.

Le rapport pointe la rigidité de la réglementation qui oblige toutes les représentations suisses à l’étranger à enregistrer et traiter toutes les demandes d’asile déposées dans leurs locaux comme cause principale de ces événements. L’auteur du rapport voit donc d’un œil favorable la proposition d’abroger les dispositions concernées, qui figure dans le message du Conseil fédéral du 26 mai 2010 concernant la modification de la loi sur l’asile.

Concernant enfin la manière de procéder avec les demandes qui sont encore en souffrance, le rapport conclut que le droit en vigueur ne permet pas d’opter pour une procédure simplifiée afin d’accélérer le traitement. L’ODM devra régler les quelques 3000 demandes en suspens d’ici à la fin de 2013 au plus tard.

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