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Témoignage | Si c’était à refaire, je ne referais jamais ce chemin !

En ligne depuis le 5 juillet 2012 - modifié le 17 juin 2014

A côté des clichés fades, des articles de loi malheureusement nécessaires, il y a le témoignage de ceux qui vivent l’exode du 21ème siècle. Suivons Ali* dans le périple qui l’a amené en Suisse.

Nous sommes en 2008. Je m’appelle Ali *, j’ai 28 ans et je vois que dans mon pays tout va de mal en pis. Je prends conscience de la réalité de la guerre. Plus rien ne fonctionne. Il y a beaucoup de  fausses promesses, de mensonges, les groupes politiques font la loi. Pour eux tout est permis, pour nous tout est interdit. Pour eux les pots de vins, pour les honnêtes gens, l’injustice. Les politiciens vivent grassement. Les gens honnêtes sont toujours opprimés.

Qu’est-ce que je fais encore ici ?

“Ces planches pourraient bien devenir mon cercueil !”

Je quitte illégalement l’Irak pour la Turquie. Là, on me met en contact avec un réseau maffieux kurde d’Irak. Au début ces gens me font les yeux doux puis lorsque j’ai payé, je deviens pire que du bétail.

Je m’embarque dans un camion en route pour l’Italie. Dès cet instant, tout devient flou, hors de l’espace et du temps.

Quel trajet est ce que j’emprunte ? Soudain, je change de camion. Suis-je près d’une autoroute ?  8 h par jour nous voyageons entassés les uns sur les autres. La nuit nous descendons pour nous précipiter dans une chambre puis de nouveau un camion et un nouveau trajet.

Où sommes-nous ? L’air est irrespirable, nous sommes mal assis, Il fait très chaud, Je ne peux même pas bouger un bras, je ne sens plus ma jambe droite. D’ailleurs ai-je encore une jambe droite ? Il n’est pas question de manger ni d’aller aux toilettes.

Dans un nouveau camion, je me trouvé coincé sous des planches de bois. Je pense que ces planches pourraient devenir mon cercueil. Puis je suis stocké derrière un chargement de pastèques. Combien sommes-nous dans ce trou de souris? Peut-être 2 personnes ? En fait je n’en sais rien !

Je perds la notion du temps. Si je pouvais fuir, je le ferais mais un retour en arrière est impossible. Il faut que je tienne !

Si la police me découvrait, j’en serais heureux. Elle arrêterait ce calvaire !

Dans cet enfer c’est chacun pour soi. Seules règnent la méchanceté et la peur.

Nous arrivons en suisse, à Lausanne. Après 8 jours de voyage, mon corps est brisé, je suis pris de vertige.

Même pour des milliers de dollars, je ne recommencerais pas un tel voyage.

Ce souvenir me donne encore des cauchemars, 4 ans après.

Accueilli

Après Lausanne je me rends à Vallorbe. Je cherche le foyer pour requérants.

Je n’ai jamais vu d’africains et le foyer en est rempli. Je pense en moi-même que ces gens tout noir travaillent dans une mine.

L’accueil que l’on me réserve est bon, les gens sont gentils. Enfin je me sens en sécurité.

Plus jamais je referai ce voyage d’enfer.

Se reconstruire peu à peu

Au foyer de Vallorbe, une jeune fille de 20 ans donne des cours de français. Je découvre cette langue. Je travaille bénévolement à  la cuisine. L’équipe est sympa, je me sens trop bien avec eux.

Le canton qui m’est dévolu est Genève . A la gare Cornavin, je demande où est Anières. Mais personne ne connaît ce village.

J’arrive au foyer d’Anières un après-midi du mois d’août. Il fait chaud, il n’y personne dans le foyer. Tout est propre et calme. Je cherche à qui donner mes papiers, mais c’est la pause de midi et personne ne peut me répondre.

Enfin, je rencontre un homme qui prend une photo de moi pour la carte de bus.

Il s’inquiète : « Est-ce que tu as faim ? »

On m’attribue une chambre ou plutôt un dortoir. 10 personnes logent déjà là.

Tout de suite, je me mets à apprendre l’anglais avec un nouvel ami. Pour cela nous utilisons le dictionnaire. Cela m’occupe durant 3 jours. Ce même ami m’introduit aussi à la langue française.

A la bibliothèque du foyer, on peut suivre des cours de français. J’aime beaucoup découvrir la culture suisse, la fête de l’Escalade. J’aime trop étudier le français. Je fais partie de ces élèves qui restent après le cours pour poser 1000 questions.

Je travaille également à la cuisine. Mon chef a peur que j’achète un appartement en Irak.

Avec quel argent ??

Je suis plusieurs cours de français à Genève puis je travaille dans un  restaurant.

Je m’aperçois bien vite que l’on profite de nous, les réfugiés. Mon salaire est misérable.

Mon assistant me communique quelques informations sur les cours touchant à mon métier. Les cours d’électricité à l’IFAGE me conviennent parfaitement. Ils sont précieux pour mon intégration en Suisse. Je peux suivre 4 modules très intéressants.

Depuis peu, mes amis ont trouvé pour moi un joli studio dans la campagne genevoise. Ils se sont portés garants devant la propriétaire.

Après avoir obtenu le permis de conduire théorique, je suis en train de me préparer à passer l’examen pratique.

Des relations de valeur

Je pensais que les européens n’avaient pas de cœur mais ce n’est pas vrai !

Les gens suisses sont vraiment sympas, magnifiques Plus les gens religieux que les autres.

Moi, un musulman, je suis allé plusieurs fois à l’église avec eux. Ils me montrent le bon chemin. Toujours ils sont là pour m’aider. Parmi eux, je ne me sens plus un étranger.

Je les remercierai tout le reste de ma vie. Jamais je ne pourrai oublier ces amis qui sont à côté de moi. Je partage mes soucis, leur porte est toujours ouverte. Jamais je ne pourrais oublier. Ils sont encore là pour m’aider sans se lasser ! Merci à mes amis, merci à Dieu !

J’ai un ami turc, un ami kurde, un ami afghan. Je peux aussi compter sur eux.

Un regard en arrière

Si c’était à refaire, je ne referais jamais ce chemin. Non Jamais !

Des rêves ?

Je n’ai plus de rêve, Je n’ai rien ! La vie ne me dit rien !

Je n’attends rien pour demain, rien !

Association Temps libre

* Ali est un nom d’emprunt

 

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