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Liza Schuster | Brutaux, coûteux et futiles, la vérité sur les renvois des requérants d’asile

En ligne depuis le 5 décembre 2013 - modifié le 18 octobre 2014

Tribune de Liza Schuster, publiée sur le site “The Conversation”, le 23 octobre 2013.

Bruxelles, 9 novembre 2013 Photo de: Laurence Vray

Bruxelles, 9 novembre 2013
Photo de: Laurence Vray

Six jeunes hommes sont arrivés à l’aéroport de Kaboul mardi 22 octobre, renvoyés depuis la Norvège. La Norvège renvoie plus ou moins toutes les semaines ce nombre de personnes, mais elle n’est pas seule, la Belgique, l’Allemagne et le Royaume-Uni font de même. L’argument qui est mis en avant est que ces jeunes hommes ne sont pas en danger, qu’ils sont en Europe juste pour “chercher une meilleure vie”, et qu’ils ne seront confrontés à aucune difficulté particulière en cas de renvoi.

Aref Hassanzade est arrivé en Belgique il y a 4 ans, alors qu’il était encore mineur. Il y a déposé une demande d’asile, qui lui a été refusée, puis a fait plusieurs recours. Terrifié de devoir retourner dans son pays, il a commencé une grève de la faim. Finalement, déprimé du fait que personne ne croyait à la véridicité de son histoire, le jeune homme de 20 ans a accepté de rentrer “volontairement” en Afghanistan – comme ça, sans menottes ni gardes. Selon sa mère, il a été tué par les Taliban en mai 2013.

Moi qui travaille  sur les conséquences des renvois vers l’Afghanistan, je suis tombée à de nombreuses reprises sur des histoires similaires. Les personnes partent pour des raisons variées, parmi elles, il y en a pour qui il faudrait interpréter l’article 1 de la Convention de Genève de 1951 de façon large (mais pas irraisonnable) afin qu’elles obtiennent le statut de réfugié. Pour d’autres, une interprétation très stricte devrait être suffisante: Elles ont peur de rentrer car elles ont peur d’être tuées à cause de leur appartenance ethnique, leur religion ou leur appartenance à un groupe social ou politique.

La peur qui pousse les gens à partir, les poussent à partir à nouveau lorsqu’ils sont rapatriés dans leur pays. De septembre 2012 à mars 2013, j’étais en Afghanistan pour discuter avec ces gens et leurs familles. J’ai été frappée par le nombre de personnes expulsées et qui planifiaient de repartir. Dans beaucoup de cas, il s’agissait de jeunes hommes qui avaient déjà effectué un long et périlleux voyage en passant par l’Iran, la Turquie, la Grèce, qui avaient risqué leurs vies en se déplaçant sous des camions et dans des bateaux, qui ont dormi dans des parcs, ont été arrêtés par la police et attaqués par des groupes de personnes racistes – et qui tout de même,  étaient prêts à partir à nouveau.

Pour des personnes qui ont passé du temps en Afghanistan (ou dans la République démocratique du Congo, en Érythrée, en Éthiopie ou en Somalie), la raison pour laquelle ces personnes quittent le pays est évidente – même si la majorité des personnes restent. L’insécurité est constante.

Si, en retournant chez eux, les personnes doivent faire face aux mêmes problèmes et conditions qu’au moment de leur départ, inévitablement la migration sera aux yeux de ces personnes la seule option possible. Mais après un premier renvoi, la pression de partir devient encore plus importante. Beaucoup de jeunes hommes ont contracté des dettes pour effectuer le premier voyage. Des dettes qui n’ont pas encore été complètement remboursées et qu’ils ne pourront pas rembourser tant qu’ils restent en Afghanistan. D’autres ne supporteront pas la honte de l’échec, surtout lorsqu’ils connaissent des membres de la familles qui y sont parvenus et qui envoient régulièrement de l’argent au pays.

C’est pourquoi ils vont repartir. 80% des personnes avec qui j’ai discuté planifient de repartir dans les deux prochaines années, juste le temps de rassembler l’argent nécessaire. Les autres étaient déjà en train de se préparer au voyage. Et la majorité avait prévu de retourner dans le même pays qui les a expulsés, quelques-uns prévoyaient une autre destination. Une question intéressante se pose : à quoi sert le renvoi? Les gouvernements renvoient uniquement une minorité de ceux qui ont obtenu une décision négative. C’est un exercice brutal, coûteux et futile. Ni moi ni mes collègues  n’avons trouvé aucune preuve selon laquelle le revoi pourrait être dissuasif. Est-ce seulement une punition cruelle, infligée à ceux qui osent défier le droit d’un Etat de contrôler les mouvements migratoires? Il semble fort probable que ces jeunes hommes soient victimes d’une politique inhumaine et symbolique.

Cliquez ici pour lire l’article complet (en anglais).

(traduction de l’anglais par Cristina Del Biaggio)

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