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Témoignage | “Nous n’avons pas quitté l’Afghanistan pour faire du tourisme”

En ligne depuis le 30 mars 2014

Venue d’Afghanistan avec ses parents et sa soeur il  y a 5 ans, Jagdeep (18 ans) a passé son CEB (diplôme d’enseignement primaire) en une année et d’un coup. Maintenant, elle suit l’enseignement général secondaire et elle veut devenir cardiologue chirurgien. Seul problème: sa famille n’a toujours pas de papiers.

Billet publié sur le blog Brussels is love, le 5 mars 2014. Cliquez ici pour lire le billet sur le blog.

jagdeepQuels sont tes souvenirs d’Afghanistan?
J’ai dû avoir 8 ans lorsque j’ai commencé à comprendre la vie en Afghanistan; je ne sortais pas assez que pour me rendre compte de la guerre. On avait un jardin à Kaboul, et on allait au Temple sikh où j’ai suivi un cours de punjabi, puis une prof venait à la maison pour m’enseigner l’anglais et un peu de culture générale. C’est tout…

Plus tard, la situation s’est empirée, et mon père a décidé de ne plus me laisser sortir pour aller au cours. En Afghanistan, c’est la guerre depuis 37 ans, et en plus il y a une guerre contre les filles qui est encore pire: tu peux te faire violer ou kidnapper, et même la police est parfois complice.

Avant le Taliban, l’Afghanistan était un peu comme la Belgique: les femmes travaillaient et s’habillaient comme elles voulaient. Depuis, on n’avait plus le droit. A la limite, si on voyait la main d’une femme dépasser sa burqa, on la lui coupait. La plupart des Afghans pensent qu’il est inutile qu’une fille aille à l’école. Elle n’a qu’à se marier. Par contre, mon père a voulu que j’étudie, du coup il m’a offert des cours particuliers.

Es-tu plus heureuse ici? 
L’Afghanistan, c’est ma terre, mon pays. Mais quand je regarde l’avenir et que je le compare avec mon passé, c’est ici, en Belgique, que je suis plus heureuse. On dit souvent que la Belgique est un petit pays. Mais mis à part la situation politique un peu compliquée, je trouve que tout est nickel ici. Pendant mes 5 années à Charleroi, je n’ai pas vu de racistes, tout le monde a bien voulu devenir ami avec moi. Même si ma religion, le Sikhisme, est peu connue ici, je me suis toujours sentie bien accueillie.

Quels sont tes rêves, tes passions?
Je voudrais devenir médecin, et me spécialiser en chirurgie cardiaque. Je suis fascinée par le fonctionnement du corps. Je voudrais comprendre, et surtout le coeur, car sans lui il n’y a pas de vie. J’aime lire aussi, je lis tout. A l’école, on nous demande de lire un livre par mois et d’en faire un résumé. Alors quand je lis, j’éteins mon Facebook! Je suis allée à la Foire du Livre avec ma prof de Latin, et j’ai trouvé plein de beaux livres en anglais. Je suis tombée sur le livre ‘I am Malala’, la jeune Pakistanaise sur qui le Taliban a tiré. Je voudrais aussi un jour écrire un livre, pour tout dire. Tout ce qui ne se dit pas dans les médias. Là, je participe à un atelier d’écriture pour réfugiés: nous apprenons à écrire notre histoire, qui sera reprise dans un livre collectif. Chacun écrit son histoire personnelle, pour finalement se rendre compte qu’elles ont toutes quelque chose en commun: nous venons ici car nous avons fui un pays où nous étions en danger.

L’Afghanistan te manque?
Je n’ai plus de famille en Afghanistan. Si nous avons quitté l’Afghanistan, ce n’était pas pour nous distraire ou pour faire du tourisme. Alors, non: même si j’y avais de la famille, je ne voudrais pas y retourner. C’est ici que j’ai vécu mon adolescence, c’est ici que j’ai commencé à apprendre la vie, les humains, et comment ça se passe….

As-tu un dernier message pour les lecteurs de ce blog?
Si vous croisez un réfugié, un immigré, ne jugez pas avant d’avoir écouté son histoire. Il est vrai que les profiteurs existent, et je comprends que la Belgique ne puisse pas accepter tout le monde. Mais ne nous mettez pas tous dans le même sac. Parmi les Sikhs que j’ai croisés en Belgique, tous désirent travailler et assumer. C’est comme les Flamands: ils ne sont pas tous racistes. Et les Wallons ne sont pas tous paresseux. Laissons tomber les préjugés.

Et puis encore ceci: s’entendre dire, après 5 années passées ici à nous intégrer, que maintenant il faut partir… ce n’est pas juste. Nos 5 années ici ont-elles vraiment été nulles et non valables? Vous ne feriez pas ça à votre propre fille…

Propos recueillis par Marlene Nuhaan

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