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Intervention – Sur la base d’un fact-checking, le Comptoir s’adresse directement à l’auteur d’une information incorrecte ou  pouvant relayer une représentation stéréotypée de la réalité en matière d’asile, pour lui proposer une argumentation et de la documentation. Nous en publions une sélection, après échange avec le journaliste.

Communiqué | La guerre aux frontières… et dans les médias?

En ligne depuis le 25 juin 2014 - modifié le 9 juillet 2014

Communiqué de Vivre Ensemble adressé aux médias suisses le 24 juin 2014, à propos de la dépêche ATS “170 clandestins refoulés à la frontière tessinoise”, reprise par de nombreux médias (Le Temps,p. 8; Le 24 Heures; Le Matin; La Tribune de Genève; Le Courrier, p. 7; La Liberté;…), à cette même date. Cette dépêche reprenait un communiqué du Corps des gardes-frontières annonçant la “Découverte de quelque 170 personnes en séjour illégal” à Chiasso et leur remise aux autorités italiennes, alors qu’il s’agissait d’une manifestation pacifique menée par des citoyens et des migrants titulaires d’autorisations de séjour en Italie. Suite à notre intervention, Le Courrier a consacré son éditorial du 25 juin à cette communication mensongère (v. encadré en bas de la page).

L’intervention du Comptoir des Médias

En tant que service d’information actif dans la défense du droit d’asile en Suisse, nous vous écrivons à propos d’une information diffusée via une dépêche ATS sous le titre : « 170 clandestins refoulés à la frontière tessinoise » et largement reprise par les médias romands le 24 juin 2014. Nous souhaitons attirer votre attention sur la différence entre la communication du Corps des gardes-frontières, dont le langage « guerrier » est renforcé par la dépêche ATS, et la réalité d’une manifestation pacifique menée par des citoyens et migrants titulaires d’autorisations de séjour en Italie.

Une manifestation pacifique

Photo: #NoBordersTrain

Photo: #NoBordersTrain

La manifestation « No borders train », organisée par le mouvement Melting Pot avait pour objectif d’attirer l’attention sur les écueils de la politique d’asile européenne : il s’agissait de revendiquer le droit de présenter une demande d’asile sans être refoulé à la frontière – une pratique courante entre la Suisse et l’Italie, selon les organisateurs — et de concrétiser, par les faits, la mise sur pied d’un véritable système d’asile européen, par l’instauration de « corridors humanitaires ». Plus de 200 personnes, dont des activistes et une cinquantaine de migrants, munis d’un titre de séjour en Italie et d’un billet de train ont pris part à la manifestation.

Partis de Milan, les manifestants ont rejoint Chiasso pour y déposer symboliquement une demande d’asile, puis sont rentrés à Milan où des bus les attendaient pour les ramener dans leurs villes de résidence respectives en Italie.

Les raisons de cette mobilisation ont été expliquées lors d’une conférence de presse à Milan, avant le départ de la manifestation, et annoncées sur les réseaux sociaux.

Malgré le déploiement impressionnant de gardes-frontières à Chiasso, la manifestation s’est déroulée dans le calme et pacifiquement. Les manifestants ont même été invités par le maire de Chiasso au festival de musique Festate, organisé chaque année à Chiasso. Si trois ou quatre migrants ont déposé une demande d’asile, tous les autres manifestants sont repartis en Italie de manière volontaire, comme prévu par la manifestation.

Au vu de ces informations, le renforcement effectif des contrôles aux frontières durant tout le week-end, avec la mise à disposition d’un hélicoptère Super Puma pour faciliter les opérations, est largement exagéré, dans la mesure où les manifestants avaient communiqué leur intention de retourner volontairement en Italie. La communication des gardes-frontières apparaît comme une volonté de justifier le renforcement des contrôles des frontières en faisant passer des manifestants pacifiques pour des migrants illégaux venus « envahir » la Suisse. Pas une seule fois ils ne mentionnent le fait que les migrants étaient susceptibles de déposer une demande d’asile, ou étaient des demandeurs d’asile en italie! En utilisant les termes de « vaste coup de filet », et d’« opération spéciale », la dépêche de l’ATS est allée encore plus loin dans la caricature.

Pourquoi parler de clandestin et de séjour illégal ?

Utiliser le terme « clandestin » à plusieurs reprises, tel que le fait cette dépêche ATS, est une erreur. Quasiment tous les participants étaient titulaires de titres de séjour valides en Italie et sont entrés en Suisse de manière tout à fait légale. Selon Lisa Bosia, du Movimento dei Senza Voce, seules trois personnes ont effectivement déposé une demande d’asile à Chiasso : ils étaient demandeurs d’asile en Italie et leur geste avait pour objectif de dénoncer le système d’asile en Italie et le manque de coordination au niveau européen.Même le passage de la frontière dans le cadre de ce mouvement ne peut être qualifié de clandestin, puisqu’il a été effectué de manière publique et annoncée sur les réseaux sociaux.

Comme nous l’avons souligné dans notre dernier décryptage thématique, l’utilisation du terme « clandestin » n’est pas neutre et ne sert pas seulement à qualifier ou décrire les personnes. Connoté négativement, ce terme renforce l’imaginaire d’une « invasion » de l’Europe (et dans ce cas de la Suisse) et d’une menace incontrôlable, visant à justifier le renforcement du contrôle des frontières. Concernant la dépêche ATS, ce choix lexical ne fait que renforcer le message des gardes-frontières et décrédibilise totalement le message des manifestants. Remarquons encore que, paradoxalement, le communiqué des gardes-frontières, sur lequel est basé la dépêche, ne parle pas de « clandestins » mais de « personnes en séjour illégal » ou « séjournant illégalement en Italie ». Une information erronée, que les journalistes n’ont vraisemblablement pas cherché à recouper.

Pour ces différentes raisons, nous estimons que les médias suisses ont la responsabilité de corriger cette information, et de retirer la dépêche ATS de leurs sites Internet.

 Vivre Ensemble

Pour plus d’informations:

Editorial de Laura Drompt, paru dans Le Courrier du 25 juin 2014. Cliquez ici pour le lire sur le site du Courrier.

Des pacifistes devenus clandestins

Cette semaine, une manifestation pacifique pour les droits des migrants s’est transformée en un «coup de filet» des gardes-frontière pour renvoyer des «clandestins» en Italie. Comment l’expliquer?

L’opération baptisée «No borders train» (Train sans frontières) a rassemblé 200 personnes ce samedi. L’appel venu d’Italie invitait tout un chacun à «défier les frontières de l’Europe, de concert avec les migrants et les réfugiés». Munis d’un billet aller-retour, les participants se sont rendus de Milan à Chiasso afin de déposer une demande d’asile symbolique au Tessin. Ils ont même été conviés par le maire tessinois à un festival de musique.

Pourtant, dans les médias, le tout a été relayé avec des expressions bien étrangères à une manifestation pacifique. «Les Suisses renvoient en un week-end quelque 170 illégaux», titrait l’ATS [1].

Cette information parlait en des termes guerriers d’un «vaste coup de filet» des gardes-frontière suisses, qui aurait mobilisé les grands moyens: quatre-vingts collaborateurs venus de Suisse alémanique en renforts, un hélicoptère Super Puma mis à disposition par l’armée de l’air, trente policiers cantonaux…

En un seul communiqué, les douaniers sont parvenus à dénaturer le mouvement citoyen, présenté comme une vague de «clandestins» dans les médias. En un paragraphe, ils ont amalgamé les manifestants, les moyens déployés et le fait que 170 personnes en séjour illégal ont été arrêtées, sur tout le week-end et dans les cantons du Tessin et du Valais.
La facilité avec laquelle le terme «clandestin» est utilisé doit nous interroger. Assimilé à une opération coup-de-poing démesuré, il renvoie l’image d’une tentative d’invasion et décrédibilise le message porté par les manifestants. Au point que la veille médiatique de l’organisation «Vivre ensemble» a sollicité les journaux concernés pour qu’ils corrigent le tir.

Migrants, réfugiés, demandeurs d’asile, «clandestins», «illégaux» sont devenus des synonymes pour certains. Les partis de droite, certains services de l’administration fédérale et des médias les interchangent sans plus se poser de question. Que des manifestants dénonçant une politique déshumanisante se trouvent qualifiés de «clandestins» alors qu’ils étaient titulaires de permis de séjour et se battaient justement pour les droits des migrants vient nous rappeler que, chaque jour, nous devons peser le poids des mots.
La façon dont le mouvement social a été criminalisé montre combien la politique mise en place par l’extrême droite – et si bien intégrée par la frange conservatrice de l’échiquier politique – a des relents anti-démocratiques. Les conséquences se font sentir pour tous les citoyens. Réfugiés ou non.

Laura Drompt

 [1] La nouvelle a été reprise par plusieurs médias, y compris Le Courrier qui parlait du «renvoi de 170 clandestins».

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