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Tribune de Genève | Logement des requérants: l’asile manque de toits

En ligne depuis le 12 septembre 2014 - modifié le 15 janvier 2016

Le dispositif de logement de l’AMIG, la nouvelle unité de l’Hospice général qui s’occupe de l’aide aux migrants et aux requérants d’asile, est surchargé. Ces derniers mois, le nombre de nouveaux arrivants dépasse celui des personnes qui sortent du dispositif, soit parce qu’ils ont trouvé une autre solution de logement, soit parce qu’ils ne se trouvent plus sur le territoire suisse, du moins aux yeux des autorités. Au foyer des Tattes, à Vernier, 660 personnes sont logées dans des bâtiments pensés pour en accueillir 450. Il s’agît d’une situation problématique, à niveau de la santé des résidents et du vivre ensemble, d’autant plus que l’encadrement social est assuré seulement par deux assistants sociaux à 45%.

Article de Laure Gabus publié dans la Tribune de Genève, le 9 septembre 2014 (p. 18).

Deux cent neuf personnes supplémentaires entre janvier et la mi- juillet. «Dans un dispositif déjà saturé, c’est énorme», souligne Bernard Manguin, porte-parole de l’Hospice général (ci-après Hos- pice). Le Canton accueille 5,6% des personnes ayant déposé une demande d’asile en Suisse; un chiffre proportionnel à sa population et englobant des personnes aux statuts très divers. L’Hospice est notamment chargé de leur trouver un logement. Pour ce faire, il dispose officiellement de 5000 lits. A la fin de juillet, l’institution s’occupait de 4994 personnes issues de l’asile. Or, ces derniers mois, le nombre de nouveaux arrivants dépasse celui des «sorties» des logements gérés par l’institution. Ce qui met celle-ci sous pression.

Ces nouveaux arrivants viennent majoritairement de Syrie ou d’Erythrée. Vu les risques qu’ils encourent dans leur pays d’origine, en guerre, ils devraient obtenir le droit de rester en Suisse. Il y a quelques mois, le Conseil d’Etat genevois s’est engagé à accueillir des réfugiés syriens. Mais où pourront-ils être logés? «Lorsque le Canton s’est porté volontaire, on se trouvait dans une situation de baisse des demandes d’asile, rappelle Mauro Poggia, le magistrat de tutelle de l’Hospice. Cela étant, les familles de réfugiés syriens ne seront pas accueillies en abri PCi et une recherche de solution est en cours.» Ce dernier évoque une négociation entre l’Hospice et la Ville pour louer une maison pouvant accueillir trente personnes.

Places supplémentaires
En attendant, l’Hospice peine à offrir un toit aux requérants de toutes origines. Un seul projet de logements est en cours; l’extension du foyer de Feuillasse, à Meyrin. Cent six studios individuels seront disponibles au début de l’année 2015. Ils remplacent des anciens bâtiments préfabriqués qui avaient atteint leur durée de vie et ont été détruits. Au total ne seront créées qu’«environ 40 à 50 places supplémentaires», précise Mauro Poggia.

Un nouveau foyer, prévu à la route des Jeunes, a pris du retard. Un échange de parcelles, doublé d’une évacuation, a terminé devant la justice. «Le dossier évolue favorablement, mais tous les aspects ne sont pas encore finalisés, explique Nicole Bovard Briki, chargée de communication du Département du logement. Une décision du Tribunal des baux et loyers doit bientôt tomber et est très attendue.» Environ 160 personnes pourront y vivre, mais il s’agira pour la plupart des actuels locataires du foyer Frank Thomas, situé vers la gare des Eaux-Vives et voué à la destruction avant l’arrivée du CEVA.

Réouverture d’un abri PCi
Un autre projet a été abandonné au printemps. Il s’agissait de l’extension du foyer des Tilleuls, situé à proximité de la piste d’atterrissage de l’aéroport, au Grand-Saconnex. «Les nuisances sonores y sont trop fortes et la Commune s’est opposée à des constructions dans ce périmètre, rapporte Ariane Daniel Merkelbach, directrice de l’Aide aux migrants (AMIG). Humainement, je nous voyais mal construire un centre aussi près de la piste.»

Et ailleurs? «Il n’y a pas grand-chose et c’est bien ce qui nous préoccupe. Nos centres n’ont pas de murs extensibles, continue l’employée de l’Hospice. La seule solution reste l’ouverture d’abris PCi, mais elle n’est pas pérenne, car coûteuse et surtout humainement peu satisfaisante.» Pourtant, l’Hospice pense rouvrir un abri PCi prochainement. «Compte tenu de l’afflux actuel, de nouveaux arrivants de nationalité syrienne ou érythréenne seront probablement logés dans cet abri, mais de manière transitoire, poursuit Mauro Poggia. Seuls les hommes célibataires seront concernés, les femmes et les enfants n’étant pas logés en abri PCi.»

Foyer des Tattes: 660 personnes
Cela ne résoudra pas le problème chronique de la pénurie de logements. «Dans l’immédiat, nous avons surtout besoin de logements individuels et de terrains, mais il nous est difficile d’en obtenir car nos projets sont souvent en concurrence avec d’autres», poursuit Ariane Daniel Merkelbach. Antonio Hodgers, en charge du Logement, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet, expliquant par la voie de sa chargée de communication que «cette problématique relève essentiellement d’autres départements».

Il faut donc composer avec l’existant. La directrice de l’AMIG précise qu’il reste encore «une quarantaine de places disponibles» au foyer des Tattes, à Vernier. Ce chiffre fait bondir les associations venant en aide aux migrants. Six cent soixante personnes sont aujourd’hui logées dans ce foyer qui a été construit pour accueillir 450 personnes. «De quatre à six personnes dorment dans les chambres prévues pour deux, témoigne Nicole Andreetta, responsable de l’aumônerie pour requérants d’asile Agora, qui a ses locaux sur les lieux. Et bien qu’il y ait deux cents habitants en plus, il n’y a pas davantage de douches, de toilettes et de poubelles. Cela pose des problèmes d’hygiène.»

Des problèmes sanitaires sont en effet apparus. Le foyer est régulièrement traité contre les punaises de lit, sans pouvoir en venir définitivement à bout. Un phénomène néanmoins courant à Genève et bien moins grave que les nombreux cas de gale qui ont été traités cet été dans des lieux où logent des personnes issues de l’asile (lire ci-dessous). A l’origine, seuls les requérants déboutés, célibataires et à l’aide d’urgence (ndlr: frappés d’un renvoi, n’ayant pas le droit de travailler et touchant une somme minimum pour vivre) devaient être logés au foyer des Tattes. Or, actuellement, des personnes aux statuts très divers y vivent, dont une centaine de mineurs.

L’aumônière observe des tensions et des bagarres «qui finissent parfois avec l’arrivée d’une ambulance». Elle déplore surtout le manque d’encadrement. Seuls deux travailleurs sociaux à 45% gèrent l’ensemble du foyer. «Le régime de l’aide d’urgence est une volonté politique, que la population a votée et qui prévoit un encadrement social minimum, rappelle Nicole Andreetta. Néanmoins, cet été, il y a eu 130 nouveaux arrivants aux Tattes et pas davantage de travailleurs sociaux. Heureusement que ceux qui sont là font du très bon boulot!»

4994 personnes étaient logées par le programme d’aide aux migrants (AMIG) de l’Hospice général à la fin de juillet. Ce chiffre représente 5,6% des personnes issues de l’asile en Suisse que le Canton de Genève doit accueillir. Depuis le début de l’année, l’Hospice a dû prendre en charge 209 personnes supplémentaires. La plupart des nouveaux arrivants à Genève sont originaires de Syrie et d’Erythrée, et devraient obtenir l’asile en Suisse.

Laure Gabus

Gale et punaises de lit: les centres en alerte

Une épidémie de gale a été évitée cet été. Entre juin et la mi-juillet, des cas de gale ont été détectés chez une trentaine de requérants d’asile récemment arrivés à Genève. Jamais l’Hospice général n’avait eu affaire à autant de cas simultanément. Ils ont été identifiés par les infirmières du Programme santé migrants et confirmés par le Service de dermatologie. La plupart des malades étaient logés à l’abri PCi d’Annevelle, à Lancy, et au foyer Alexandre Gavard, à Carouge. «La gale est une maladie de la pauvreté, elle reflète bien la précarité des conditions de voyage de ces migrants, mais c’est aussi une maladie de la promiscuité, explique la Dre Sophie Durieux. Nous avons contacté les services du médecin cantonal pour trouver une stratégie afin d’éviter que cela ne se propage. Nous avons donné un médicament à tous les résidents de ces deux foyers et l’Hospice général a traité l’environnement: laver le linge, sprayer la literie. Dans l’abri PCi, cela n’était pas évident.» Pendant ce temps, les habitants ont été logés à l’abri PCi de Châtelaine, rouvert pour l’occasion. Les futurs arrivants des deux centres recevront également un traitement contre la gale, afin d’éviter les récidives.

«Nous avons ainsi garanti un accès aux soins et un suivi médicalisé», conclut le médecin cantonal, Jacques-André Romand. La stratégie semble avoir été gagnante. En même temps que la gale, les deux centres d’hébergement ont été traités contre les punaises de lit. «Un problème de salubrité, mais pas de santé», rappelle le médecin cantonal. Un problème récurrent dans certains foyers de l’Hospice général. Au foyer des Tattes, à ceux d’Anières et de Presinge, des chambres ont été traitées. «Au Grand-Saconnex, le centre est si vétuste et les punaises si résistantes qu’elles sont difficiles à éradiquer, déplore Ariane Daniel Merkelbach, directrice de l’Aide aux migrants. Il est difficile de sortir et reloger tous les habitants du foyer pour le traiter en une fois.»

L.G.

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