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En ligne depuis le 27 janvier 2015

Un jeune demandeur d’asile érythréen a été assassiné à Dresde, le fief de la «Pegida» et des néonazis en Allemagne. La Police ferme d’abord les yeux, les habitants de la ville s’indignent.

Article de Kai Littmann, publié sur Mediapart.fr et Eurojournalist.eu, le 18 janvier 2015. Cliquez ici pour lire l’article sur le site Mediapart.

AntiPegida

Manifestation anti-Pegida à Munich. Photo: Giovanni Bassista (flickr)

La ville de Dresde mène un combat désespéré pour sauver sa réputation. La semaine dernière, un jeune demandeur d’asile a été poignardé à deux pas de chez lui – et à Dresde, dans la communauté des étrangers, la peur est palpable. Surtout lorsque l’on considère les «erreurs» et «omissions» de la Police de la ville.

Khaled Idris Bahray avait 20 ans – et il pensait être arrivé dans un pays d’accueil où il serait, enfin, en sécurité. Mais à Dresde, il n’était pas en sécurité. Il y a été assassiné.

En allant chercher des cigarettes, mardi dernier, il a été poignardé devant chez la maison où il partageait un appartement avec d’autres réfugiés attendant, comme lui, leur procédure d’asile. Seulement, dans ce quartier de Dresde, marqué par des HLMs typiques de la RDA, les tristement célèbres «Plattenbau», les réfugiés ne sont pas les bienvenus. Dans la cage d’escalier, comme le relatent d’autres réfugiés qui ont peur de se faire photographier ou de donner leurs noms, des groupes de néonazis au crane rasé les agressent régulièrement, dessinent des croix gammées sur les portes et créent un climat de la peur.

Pour l’instant, on ignore qui a poignardé Khaled, mais tout le monde s’est fait son idée. Après la découverte du corps de Khaled, le comportement de la police était scandaleux. Malgré les blessures mortelles au coup et les abondantes traces de sang, la police avait hâtivement conclu à un suicide et voulait déjà classer le dossier. Une équipe de journalistes, trouvant étrange qu’un jeune de 20 ans puisse se suicider en allant chercher des cigarettes, s’est rendu sur place pour constater que la police n’avait pas relevé de traces sur le lieu du crime et n’entendait pas ouvrir une enquête. Affaire classée.

Ce n’est que 30 heures après l’assassinat que la police de Dresde estimait nécessaire, sous la pression publique, d’envoyer une équipe pour tenter de relever des traces – mais 30 heures après un tel crime, dans un quartier populaire où de centaines de gens vivent et passent, il n’y avait plus grande chose à relever. Et on se pose la question à Dresde et ailleurs, comment la police a pu arriver à la conclusion d’un suicide, en absence d’une arme et en présence de blessures mortelles infligées par une arme blanche. Il fallait fermer les deux yeux pour ne pas y voir immédiatement un meurtre.

Bien entendu, dans le climat qui règne actuellement à Dresde, l’hypothèse d’un assassinat sur fond de cet extrémisme qui s’est installé dans la ville saute à l’œil, surtout en considérant que quelques jours avant ce crime, des croix gammées avaient été gribouillées une nouvelle fois sur la porte de l’appartement où était hébergé Khaled avec ses compatriotes. Mais la tentative de la police de faire passer ce crime pour autre chose qu’un meurtre donne aussi à réfléchir.

Samedi, des milliers de citoyens de Dresde se sont réunis, portant des roses blanches et des pancartes disant «Ich bin Khaled», faisant référence au célèbre «Ich bin Charlie», exprimant leur indignation face à ce meurtre que personne à Dresde interprète autrement qu’un crime de haine raciale.

Si Paris et la France sont devenus le week-end d’avant le symbole d’une unité républicaine face à l’extrémisme et au terrorisme, la ville de Dresde est en train de se faire une réputation toute autre. Les 35’000 contre-manifestants contre «Pegida» de la semaine dernière et les milliers de manifestants de ce week-end ont du mal à effacer cette triste image que collent les xénophobes et néonazis à cette ville située sur l’Elbe.

Ces derniers jours, l’Europe entière discute sur des sujets comme l’extrémisme, le terrorisme et l’intégration – mais il serait temps de parler aussi de l’intégration des jeunes Européens qui virent au néonazisme. Il s’agit de jeunes sans perspectives, sans éducation, sans qualification professionnelle, qui défoulent leur frustration et leur manque de perspectives sur ceux qu’ils estiment être plus faibles qu’eux-mêmes.

Le processus dans les cités françaises et les «Plattenbausiedlungen» est le même. Les jeunes se radicalisent face à l’impossibilité de s’intégrer dans la société et ce manque de perspectives se traduit par une montée de la violence. Si nous parlons «intégration», il faut aussi penser à intégrer cette jeunesse perdue, qui elle est aussi dangereuse que des extrémistes fondamentalistes. La répression, l’intensification du travail des services secrets, le contrôle et la surveillance ne serviront à rien si nous n’admettons pas que les néonazis constituent un danger aussi important que des terroristes fondamentalistes. Et si la police ferme les deux yeux face à ce genre de crime odieux, cela ne fait qu’aggraver la situation.

Si on ne peux qu’apprécier la réaction des habitants de Dresde, réellement choqués par ce qui se passe dans leur ville, force est de constater que le fossé entre les populations au sein même de la société ne cesse de se creuser. En même temps, l’ouverture d’un centre d’accueil pour 70 réfugiés a été annulée – le propriétaire de l’immeuble avait reçu des menaces anonymes et s’est rétracté d’un contrat qu’il avait conclu avec la ville. Etre étranger à Dresde ces jours-ci devient dangereux.

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