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HCR | Récits poignants de milliers de Nigérians ayant traversé le lac Tchad

En ligne depuis le 31 janvier 2015

Des milliers de réfugiés nigérians sont déjà arrivés dans l’ouest du Tchad par canoé ce mois-ci. Leurs témoignages sur la situation au nord-est du Nigéria sont poignants et le HCR se prépare à d’autres afflux du fait de la poursuite des violences.

Article de Massoumeh Farman-Farmaian (camp de Dar Es Salam, Tchad) publié sur le site du HCR, le 28 janvier 2015. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du  HCR.

Plus de 14’000 personnes ont traversé le lac Tchad depuis début janvier quand des militants ont attaqué leurs maisons dans et autour de la ville de Baga, au nord-est du Nigéria, en brulant les maisons, en tuant des centaines de personnes et en kidnappant d’autres.

Le HCR, conjointement avec les autorités tchadiennes, surveille les arrivées dans certaines localités comme Kangalom et aide à transférer les arrivants vers le camp de Dar Es Salaam. Ce camp a été récemment construit sur des terres allouées par le gouvernement et il a une capacité initiale d’accueil de 15’000 personnes. Le HCR prévoit d’autres afflux de réfugiés pour cette année.

Brahim, un réfugié, a déclaré qu’il se trouvait à Baga le 3 janvier dernier, lorsque des militants ont lancé une attaque dans la matinée. «Ils étaient nombreux et tous armés de mitrailleuses, d’AK 47 et de grenades RPG [des lance-roquettes]», a-t-il expliqué. «Nous avons fui dans la brousse vers le lac [situé non loin] et nous avons embarqué dans des canoés. Mais ils nous ont suivis, même dans l’eau profonde, et ils ont continué de tirer sur les gens qui se trouvaient dans les bateaux et dans l’eau.»

Ce négociant de riz et de sucre, âgé de 42 ans, s’est entretenu avec le HCR au camp de Dar Es Salam près de Bagasola. Il explique avoir vu des corps sans vie d’hommes, de femmes et d’enfants qui flottaient dans le lac.

Un autre réfugié, Abdoulaye, âgé de 45 ans, a indiqué que sa famille élargie avait été séparée lors de l’attaque. «J’ai quatre épouses et 34 enfants, mais je suis arrivé au Tchad avec un seul enfant», a-t-il expliqué, en montrant Ishaq, âgé de huit ans. «Nous avons fui où nous pouvions, dans toutes les directions. Je ne sais pas où sont allés les autres.»

Abdoulaye, Brahim et les autres ont souffert de la faim pendant plusieurs jours avant de pouvoir rejoindre le Tchad. Près de 2600 réfugiés se trouvent actuellement au camp de Dar Es Salam. Ils reçoivent de la nourriture, des abris et de l’eau et ils ont accès aux soins de santé.

Brahim, comme d’autres, ont exprimé leur reconnaissance envers les autorités. Ils souhaitent toutefois rentrer chez eux dès que possible. Ceci pourrait toutefois ne pas être dans l’immédiat si la situation au Nigeria continue de se détériorer.

«Dans le site de Dar Es Salam, nous avons de la nourriture, de l’eau et beaucoup de choses, mais nous voulons rentrer. Je suis un homme d’affaires, il est un pêcheur, mon ami là est un mécanicien, Abdoulaye est chauffeur», a-t-il déclaré, en montrant chaque personne dans le groupe. «Nous voulons retrouver notre vie d’avant. Il n’y a pas de travail pour nous ici et nous serons toujours des étrangers.»

En plus de l’assistance fournie par des organisations humanitaires comme le HCR, la population locale a donné de la nourriture et de l’argent pour aider les réfugiés.

Parallèlement, le HCR s’attend à davantage d’arrivées. L’agence se prépare à accueillir et à aider jusqu’à 30’000 personnes ayant fui vers le Tchad en quête de protection cette année. L’agence des Nations Unies pour les réfugiés établit un bureau dans la zone de Bagasola, augmente ses ressources en personnel et recherche de nouveaux partenariats dans une région où il y a très peu d’ONG sur le terrain.

Au total, la crise au Nigéria a déraciné environ 154’000 personnes vers les pays voisins, le Tchad, le Cameroun et le Niger. Par ailleurs, près d’un million de déplacés internes se trouvent dans les six États du nord-est du Nigéria, selon l’Agence nigériane de gestion des situations d’urgence.

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