top menu

Plateforme d’information sur l’asile

Actualités et documentation sur les réfugiés en Suisse et dans le monde

Comptoir des médias

Une veille médiatique sur les questions d’asile, pour une information sans préjugés

Préjugés sur l’asile

Des faits et des chiffres pour lutter contre les idées reçues

Revue Vivre Ensemble

Bulletin de liaison pour la défense du droit d’asile

Agenda de l’asile

Evénements et manifestations sur l'asile et sur les migrations

Association Vivre Ensemble

Service d'information et de documentation sur le droit d'asile

Glossaire de l’asile

Mémo[ts] pour parler d'asile et de migrations

Des faits! Des faits! Encore des faits!

En ligne depuis le 23 février 2015 et publié dans - modifié le 6 août 2017

«Le taux de protection (proportion des cas d’octroi de l’asile et d’admission provisoire sur la base d’une décision de première instance) s’est élevé à 58%. Cette hausse est due au fait qu’une majorité de requérants remplissait les conditions légales d’admission en Suisse en raison d’une situation de guerre ou de persécution.»

A la bonne heure! Dans leur communication relative aux statistiques de l’asile 2014, les autorités incluent enfin les admissions provisoires dans leur appréciation du taux de protection. Un changement de discours nécessaire bien qu’encore balbutiant. Le même document retombe plus loin dans ses travers: il noie les admissions provisoires dans les décisions négatives, abaissant ainsi le taux de reconnaissance à 25%, ce qui laisse croire et alimente les discours prétendant que 75% des demandeurs d’asile ne sont pas à protéger (1).

A force de minimiser officiellement et dans la tête du public la proportion de personnes méritant la protection de la Suisse, les autorités rendent acceptable un droit d’exception. Les durcissements législatifs et de conditions d’existence, visant prétendument à «lutter contre les abus», ont majoritairement touché des personnes en besoin de sécurité. Déclassement, stigmatisation, marginalisation… Les effets de cette politique et de ces discours sur les capacités de ces personnes, a priori fragilisées, à se reconstruire et à rebondir sont indéniables. Ils le sont également sur l’attitude de la société d’accueil: les peurs prédominent sur la bienveillance lorsqu’il s’agit d’ouvrir une structure dans une commune. Ils polluent jusqu’à notre principe d’humanité (p. 17 à 20).

Alors on ne peut que mettre en avant les propos de la cheffe du service des migrations de Schwytz expliquant que les jeunes Erythréens accueillis dans l’abbaye d’Einsiedeln auront vraisemblablement tous le permis F, donc resteront en Suisse et qu’on doit leur permettre de s’intégrer dès le premier jour (2). A contrario, on ne peut que condamner le fait que durant toute l’année 2014, les autorités fédérales et cantonales n’ont cessé d’agiter le spectre de la hausse des demandes d’asile pour expliquer les difficultés d’hébergement dans les cantons. Non seulement ces effets d’annonce sont anxiogènes pour la population – la peur de l’invasion génère repli et rejet- mais ils se sont révélés largement exagérés, et trompeurs quant au lien de causalité. Notre enquête montre en effet que si difficultés d’hébergement il y a eu, c’est justement en raison du fait que la majorité des demandeurs d’asile arrivés en Suisse ont vu leur besoin de protection reconnu (p. 21). Il aurait été plus simple, plus honnête, de le dire.

Reste à savoir comment le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) gérera sa communication lorsque les Chambres fédérales se saisiront du projet de loi relatif à la restructuration du domaine de l’asile, qui mise tout sur l’hébergement des demandeurs d’asile dans des centres fédéraux en promettant notamment de belles économies aux cantons. Cette réorganisation table sur une structure des demandes constantes –en terme de proportion de taux d’acceptation, de rejet, et de non-entrées en matière Dublin- et sur une base de 24’000 requêtes annuelles.

Or, la structure des demandes sur laquelle est basé le modèle a volé en éclat: en 2014, deux fois plus de personnes ont obtenu la protection de la Suisse, essentiellement parce qu’elles viennent de Syrie et d’Erythrée. La situation en Syrie ne va pas en s’améliorant et les tentatives du président du PLR Philip Müller et de Christoph Blocher de faire passer l’Erythrée pour un lieu de villégiature n’ont trompé personne.

Autrement dit, la planification sur laquelle se penchera le Parlement ce printemps est déjà obsolète. Et selon le SEM lui-même, la restructuration pourrait coûter beaucoup plus cher aux cantons (3), sans résoudre les questions d’hébergement à long terme.

Les autorités oseront-elles l’assumer et cesseront-elles de se défausser uniquement sur la rhétorique de la hausse des demandes d’asile ? Elles auraient pourtant intérêt à mettre le paquet pour changer l’image déformée, négative, criminalisante des demandeurs d’asile qu’elles ont contribué à façonner. A restituer la réalité de l’exil. A mon- trer qu’elles sont capables de faire mieux et plus. Pour rassurer la société d’accueil. Pour éveiller les manifestations d’empathie et de solidarité et pour favoriser un accueil digne.

Sophie Malka


Notes:

(1) Nos calculs montrent que 75% des personnes se sont vues reconnaître leur besoin de protection après entrée en matière et examen de leurs motifs d’asile (p. 21, et voir également Vivre Ensemble, n°146, Vivre Ensemble, n° 143 ou SOS Asile n°101). Vous pouvez également consulter notre page spéciale statistiques sur notre site web: asile.ch/vivre-ensemble/statistiques.

(2) Un groupe d’Erythréens a pris ses quartiers provisoires dans l’abbaye d’Einsiedeln dans le canton de Schwytz, RTS,19h30, 07.10.2014.

(3) Office fédéral des migrations, Planification générale de la restructuration du domaine de l’asile, pp.82-85.

, ,